La révolution genevoise de 1782 est un soulèvement populaire qui a lieu entre avril et dans la cité-État de Genève. Cette révolution s'opère dans le cadre de revendications d’une partie considérable du peuple, les « natifs », face aux magistrats qui forment un gouvernement oligarchique. Cette révolution se solde par l'échec de la réforme constitutionnelle de la République.

Composition de la société genevoise Dans la république de Genève de la fin du , la population se partage en 6 groupes distincts : les patriciens, les citoyens, les bourgeois, les natifs, les habitants et les sujetsLes Salons du Général Dufour, Fonctionnement des institutions genevoises sous l'ancien régime, consulté le 8 février 2026, sur https://share.google/4tdNRf4xn0TCxfMo4. Parmi les citoyens, ceux qui siègent dans les assemblées dirigeantes qui gouvernent Genève font partie du patriciat. Les bourgeois jouissent des droits de citoyens mais ne siègent pas dans les conseils. Ils représentent 3 000 hommes sur 25 000 habitants dans la ville. Les citoyens ont accès a tous les postes politiques, ce qui en fait la catégorie la plus privilégiée après les patriciens. Pour pouvoir devenir citoyen il faut d'abord être bourgeois. Ces derniers sont des habitants qui ont acheté des lettres de bourgeoisies, dont le prix est élevé, ce qui restreint la cohorte. Dans les années 1780, il y avait chaque année 5,6 nouveaux bourgeois dans la ville par an, ce qui est peu.

Il y a aussi les « natifs », qui correspondent aux descendants des émigrés arrivés à Genève dans les deux siècles précédents. Ce sont des émigrés provenant essentiellement du royaume de France, à la suite des conflits des guerres de religion (-) qui avaient provoqué le départ de milliers de protestants en direction de Genève.  Et enfin, il y a les « habitants » ou « étrangers », qui eux, ne possèdent qu’un tout petit nombre de droits. Ce sont des étrangers qui ont acheté le droit de résider à Genève.

En 1762, dans le contexte de l'affaire Rousseau, le parti des Représentants émerge dans la ville. Il s'agit d'une faction politique favorable à davantage de droits pour les natifs, et notamment à un accès privilégié au statut de bourgeois. Face au parti des Représentants émerge celui des « Négatifs » décidés à conserver une cohorte de citoyens très restreinte et s’opposant ainsi à l’entrée de nouveaux natifs dans la bourgeoisie.

Institutions politiques de Genève Le conseil général de Genève ou l’assemblée du peuple correspond aux représentants du peuple. Il dirige le peuple et est l'organe législatif de la république. Il se compose d’une assemblée des citoyens qui élit les magistrats. Elle est composée de 1200 à 1500 personnes sur une ville qui comptait 25 000 habitants. Tout en haut du gouvernement, se situe le Petit Conseil qui a un rôle exécutif, c’est l’organe principal du gouvernement. A sa tête, se trouvent 4 syndics qui sont élus par le conseil général, pour une durée d’un an, dont un premier syndic qui est le chef de l’Etat officiel qui correspond au représentant de Genève. Il préside les séances du Petit Conseil, mais a un rôle honorifique car le pouvoir est exercé collégialement. Effectivement, le pouvoir est concentré entre les mains d’un petit groupe qui est le conseil intermédiaire, appelé le conseil des Deux-cents. Il débat des décisions importantes comme l’impôt, prend des décisions fiscales qu’il vote et se réunit une fois par semaine, débat des décisions. Il s’agit d’un exercice collectif du pouvoir.

Contexte de la révolution À Genève, le pouvoir est laissé entre les mains d’un groupe aristocratique qui a accès aux droits politiques. De ce fait, seul un groupe restreint de personnes peut diriger et décider de la politique genevoise au détriment du reste de la population qui se voit contraint d’accepter les décisions oligarchiques. Ceci explique qu’une petite partie de la population a pu se hisser en haut du gouvernement. Ainsi, une majeure partie du peuple n’est pas représentée. Jacques Godechot appelle cette faction les  « démocrates », contre la faction « oligarque ».

À la fin du , la Suisse comprenait de profondes inégalités concernant le pouvoir des cantons, et c'était également le cas à Genève où certaines grandes familles de notables détenaient les pouvoirs. En parallèle, les idées des Lumières progressent en Europe et touchent la Suisse et Genève. Avec les Lumières s’ajoutent les difficultés économiques de la fin du siècle qui touchent Genève dès le début 1780.  Effectivement, les révolutions genevoises sont liées à la conjoncture économique dans la mesure où M. Patrick O’Mara estime que les courbes des divers prix à Genève avaient au la même allure qu’en France. Ainsi en 1781, les natifs et les bourgeois forment un parti révolutionnaire fort et décident de créer une « commission de sûreté », qui est par ailleurs analogue aux comités de sûretés formés dans d’autres pays comme la France ou l’Amérique. Elle permet ainsi de diriger la justice et la police révolutionnaire. Cette commission de sûreté a pour but de garantir aux natifs l’obtention de certains droits comme le droit pour certains d’intégrer la bourgeoisie. De plus, la révolution qui éclate à Genève en 1782 s’opère aussi dans certains cantons Suisse. Effectivement, au même moment, en 1781 a lieu un soulèvement des paysans du canton de Fribourg durement réprimé. Cet ensemble constitue « une sorte de préfiguration de la Révolution Française ».

Dans la république de Genève, les idées des Lumières prolifèrent. Le célèbre philosophe Rousseau est né au sein de la ville, ainsi que Charles Bonnet et Horace Bénédicte de Saussure, deux célèbres naturalistes. Par ailleurs, la publication de Rousseau en 1762,  Du contrat social fait émerger des mécontentements au sein de Genève. Selon Robert Palmer, Le Contrat social a été le précurseur de l'émergence d'un puissant mouvement démocratique à Genève dès 1762, qui a ensuite conduit aux révolutions de 1768, 1782 et 1792. Dès sa sortie, cette œuvre est censurée par le magistrat à Genève. Cela conduit a une rébellion en 1765. Il s’agit de la rébellion des Natifs contre les Représentants et les patriciens. Face à ce désordre croissant, un compromis est signé le qui accorde aux Natifs, chaque année, l’opportunité pour cinq familles de leur condition d’accéder à la bourgeoisie. Ce compromis aboutit à un édit de conciliation le .

Au début de l’année 1782, un conseil est réuni en réaction à l’édit du . Cet édit permettait aux citoyens d’obtenir plus de libertés et de droit en matière de politique. Désormais, cinq familles des Natifs peuvent, chaque année, entrer dans la bourgeoisie. L’édit du s’inscrit dans le cadre de « l’affaire Du Roveray » qui témoigne d’une répression contre les Représentants. Le ministre des affaires étrangères de Louis XVI, Vergennes, ainsi que son chargé d’affaires de Genève, modifient les affaires intérieures de la république, ce qui déplaît fortement au Procureur général Du Roveray. Effectivement, Vergennes envoie des lettres de recommandations au Petit Conseil qui applique ces dernières. Du Roveray accuse la cour de France d’être à l’origine des troubles qui éclatent à Genève depuis le début des années 1770, car le ministre des affaires étrangères français se mêle des affaires internes aux cantons et à Genève. Du Roveray accuse le ministre Vergennes. Selon lui, la diffusion de la lettre du ministre en est à l’origine de la décision du Conseil des Deux-Cents de dissoudre de la commission du code.

Ainsi Vergennes demande la destitution et l’exclusion des Deux cents, puis l’arrestation du procureur général Du Roveray. Celui-ci est arrêté entre les murs de l’Hôtel de ville. Ceci déclenche l’émeute revendiquant l’édit de bienfaisance du favorable aux Natifs. Conjointement, la conférence de Soleure est organisée entre la France et les cantons de Berne et de Zurich qui constituent trois puissances médiatrices entre juin et . Vergennes a la volonté de démontrer publiquement que les cantons ainsi que la cour de Versailles ont cherché à réagir de manière pacifique avant d’agir plus durement, en particulier avec l’affaire du Roveray.

Cependant, le Petit Conseil refuse de ratifier cet édit, ainsi que celui de 1768. Ce refus marque le début des conflits entre le Petit Conseil, incarné par les magistrats et les Natifs qui voient leurs droits de nouveaux réduits. Pour marquer ce refus, le Petit Conseil propage une déclaration par laquelle il annule l’édit de 1768 et celui de 1781 qu’il qualifia de « monument durable du projet formé depuis longtemps d’affermir la République à une démocratie démagogique ». Le parti aristocratique soutient le Petit Conseil et sa déclaration. Le Petit Conseil rend public son refus d’établir l’édit. Cette réponse provoque la fureur des Natifs.

Événements genevois de 1782 Le , 900 citoyens adressent un ultimatum au petit conseil de Genève. Son refus provoque d’abord une émulation dans les cercles de Natifs puis une émeute. Des bandes de Natifs s’emparent du parc d’artillerie, chassent la garde l’Hôtel de Ville et assiègent les portes de la ville. Ils sont rejoints par des Représentants qui s’arment et prennent la tête du mouvement. Les syndics sont molestés, des notables sont emprisonnés.

Le , le Premier syndic de Genève proclame le refus de ratifier l’Édit de bienfaisance. Dans la nuit du 7 au , une prise d’arme s’organise. Cette prise d’armes s’effectue dans le respect de la tradition insurrectionnelle genevoise. Son objectif n'est pas de renverser le gouvernement, mais de lui faire accepter les réformes législatives contenues dans l'édit du qui garantit aux citoyens locaux un accès plus large à la bourgeoisie et à toutes les professions sans entrave, officialise la réforme fiscale et demande la réhabilitation de Du Roveray. Le au matin, les Représentants Étienne Clavière, Jacques Antoine Du Roveray et Jacob Vernes tentent de calmer les foules. Mais, les Natifs se rebellent à 20 heures et finalement, les magistrats sont emprisonnés au sein de leur maison, 11 patriciens sont arrêtés et fait prisonniers. Certains acteurs sont des témoins précieux des faits. C’est le cas d’Ivernois, avocat de la république de Genève et chef de file des Représentants qui dirigent la révolution, qui est présent. Il déclare « Rien ne peut plus arrêter le torrent de cette multitude effrénée ». Il décrit la désorganisation de l’insurrection, la foule se déchaînant sans but précis. La ville haute est prise d’assaut par les Natifs insurgés qui tirent tout à va : il témoigne de plusieurs morts et de nombreux blessés. Selon Brissot, les papiers rendus publics exagèrent la violence des faits. Il évoque même une « insurrection dans le plus grand ordre ». Selon lui, il n’y a que peu de sang versé et seulement quelques coups tirés. On recense la mort d’une femme.

Dès le , un nouvel édit est promulgué. Il fixe la composition des nouveaux conseils. Les citoyens demandent alors, par une réquisition, l’abolition des grands et petits conseils et la création de nouveaux conseils composés des 3/4 des anciens membres. Le conseil général donne le la sanction à cette réforme générale du gouvernement. De surcroît, la sûreté publique exige des précautions extraordinaires. Pour cela est créée, le , une commission de sûreté composée de onze personnes pour une durée de deux mois. Cette commission a pour but de disposer de tous les corps militaires, elle doit aussi rétablir l’ordre, et veille au soutien de la sureté et de la police. Elle permet à certains Natifs d'entrer dans la bourgeoisie. Cette catégorie accueille ainsi 460 nouveaux membres. La Commission de sûreté est présidée par Julien Dentand et est composée des Représentants populaires de Genève comme Pierre François Vieusseux, Jacques Grenus, Clavière et Du Roveray.