Le camp de concentration de Melk (A.K.Me.) est une unité de travail forcé pour homme (Außenlager), dépendante du camp de concentration de Mauthausen en Haute-Autriche. Les prisonniers esclaves devaient creuser d’immenses tunnels dans la montagne près de Roggendorf pour la construction d’une usine souterraine de roulements à billes pour le compte de l’entreprise Steyr-Daimler-Puch AG. Les prisonniers ont également servi à construire divers quartiers de caserne dans la région et la « colonie de la Luftwaffe » à Loosdorf. D’autres victimes durent effectuer leur service dans la scierie Hopferwieser ST & A (aujourd’hui ) à Amstetten, qui produisait des Pölzholz pour les installations souterraines. Ouvert le , il a accueilli environ 14 390 détenus, dont au moins 4 896 y perdirent la vie. Il fut libéré par les troupes américaines le .
En , un commando du camp de concentration de Mauthausen est établi à Melk, en Basse-Autriche. Il occupe les anciens baraquements de pionniers de la Wehrmacht Freiherr von Birago, alors situés dans le Reichsgau Niederdonau, à une centaine de kilomètres à l'est de Linz. Un premier détachement d’environ 500 prisonniers arrive le afin de préparer les installations destinées à recevoir jusqu’à 10000 détenus (bien que l'effectif moyen se soit stabilisé autour de ). Le camp entre officiellement en service les 20 et .
Les prisonniers étaient hébergés dans 18 blocs, partiellement équipés de matériel militaire récupéré de la Wehrmacht. L’entreprise Quarz GmbH Project Quarz. melk-memorial.org., responsable de l’exploitation du travail forcé, fournit les lits, les sacs de paille et les couvertures. Mieux équipé à l'ouverture que la plupart des camps de concentration, le camp de Melk voit ses conditions matérielles et sanitaires se dégrader rapidement avec la surpopulation.
Au total, originaires d’au moins 26 pays furent détenus dans le Kommando de Melk. La capacité initiale de ne fut atteinte qu’à la mi-. À partir de .
Des prisonniers évacués du camp principal de Camp de concentration de Natzweiler-Struthofy furent transférés, suivis, dès , de déportés en provenance d’Auschwitz. Selon l’historien , le camp atteignit son effectif maximal le avec .
Les principaux groupes nationaux sont Polonais, Hongrois, Français, ressortissants soviétiques, Allemands, Italiens, Grecs et Yougoslaves. Des prisonniers originaires d’autres pays, notamment d’Albanie, d’Égypte, du Danemark, du Portugal, de Turquie et des États-Unis, y sont également internés. Environ 30 % des détenus sont juifs.
Le dernier convoi de s en provenance d'Auschwitz arrive le ; il comprend 119 enfants âgés de 9 à 15 ans. Un four crématoire fut construit à l’automne 1944. Entre et , plus de y furent incinérés.
Les documents de transport indiquent que malades ou blessés furent renvoyés au camp principal de Mauthausen comme inaptes au travail (arbeitsunfähig). Le registre des décès tenu par le médecin du camp recense 4 802 morts, dont 1 019 pour le seul mois de janvier 1945, soit une moyenne de plus de trente décès par jour. Environ un tiers des prisonniers transférés à Melk moururent dans les six premiers mois d’existence du camp. vignette|Place de l'appel de Melk. Les statistiques SS indiquent les nationalités des morts : ; ; 546 Français ; 388 citoyens soviétiques ; 302 Italiens ; 174 Yougoslaves ; 150 Allemands et Autrichiens ; 101 Grecs ; 36 Estoniens, Lettons et Lituaniens ; 26 Néerlandais ; 22 Tchèques ; 17 Norvégiens ; 12 Espagnols ; 9 Belges ; 3 Suisses ; 4 Luxembourgeois ; 2 Turcs ; 1 Portugais ; 1 Albanais ; et 1 apatride.
Camp de Mauthausen Le camp de concentration de Mauthausen est ouvert en sur les hauteurs de la ville de Mauthausen (Autriche). En , un camp annexe est ouvert à Gusen, à quelques kilomètres. Le complexe concentrationnaire ne cesse de grandir, à mesure qu’il devient centre de tri et de transfert vers les camps extérieurs (Liste des 46 kommandos de Mauthausen).
Avec l'évolution du conflit, l'exploitation de la main-d’œuvre concentrationnaire devient en effet une priorité, qui se traduit par la multiplication des Kommandos dépendant du camp principal. Pour soutenir l'effort de guerre du Reich, les détenus sont loués par la SS aux usines Steyr-Daimler-Puch AG, Reichswerke Hermann Goering, Heinkel Flugzeugwerke, Porsche GmbH, Solvay GmbH
À partir de la fin 1943, les bombardements stratégiques alliés obligent les autorités allemandes à mettre en œuvre un vaste plan de transfert des activités stratégiques et de l'industrie d'armement. Ces industries sont relocalisées dans des sites camouflés (mines, bunkers, tunnels) dont l'aménagement mobilise des milliers de déportés dans des conditions de vie et de travail inhumaines. Les dommages infligés par les raids alliés mobilisent également de nombreux Kommandos, chargés de travaux de déblaiement, de réparation des infrastructures et de construction d'hébergements d'urgence.
Le « projet Quartz » Le , présenta un « rapport géologique concernant la construction de pièces alternatives dans la Wachberge près de Melk ». En , un camp annexe du camp de concentration de Mauthausen est établi à Melk, dans une caserne militaire évacuée en raison de l'avancée des forces soviétiques et de la menace des bombardements alliés depuis l'Italie. Ce camp est destiné à fournir de la main-d'œuvre esclave pour la construction d'une usine souterraine de production de roulements à billes pour l'entreprise Steyr-Daimler-Puch AG. Bien que le projet initial ait prévu l'utilisation de vingt mille détenus, quatorze mille quatre cents (14400) prisonniers sont effectivement affectés à Melk au cours de l'année suivante, dont environ sept mille (7000) travaillent en permanence sur le chantier à partir de . Les déportés, loués par les SS aux entreprises industrielles, constituent la main-d'œuvre principale affectée aux travaux de terrassement et de construction, tandis qu'un flux constant de nouveaux arrivants compense les pertes humaines causées par les conditions de travail et de détention extrêmement difficiles.
Hiérarchies du camp vignette|Plan du Kommando de Melk.
Deux hiérarchies dirigeaient le camp : celle des SS et des gardes et celle des détenus. La première appliquait les directives nazies. La seconde les faisait respecter parmi les prisonniers avec la dureté et l'inhumanité d'un SS.
Les SS Il n'y avait pas moins d'une dizaine de SS au camp. Cela suffisait pour maintenir la terreur. Ils y étaient aidés par les nazis de la Luftwaffe et aussi par les faibles et les poltrons.
Le premier Lagerführer se nommait Anton Streitwieser. C'était un jeune Hauptsturmführer (capitaine SS) cruel et vicieux. Il pensait davantage à s'amuser, même avec la vie des détenus, qu'à faire travailler. Il fut condamné à la prison à vie en 1967 et mourut en prison en 1972.
Il fut remplacé par un autre capitaine SS en : , qui avait été jugé trop dur au Loibl-Pass par les ingénieurs et les chefs de firmes. Il resta en poste jusqu'à la fin. Il n'était pas très intelligent. Hermann Hofstädt et Pichon eurent vite compris la manière de le manœuvrer et ils y réussirent souvent, au péril de leur vie. Antonin Pichon reçut une mémorable « raclée » lors d'un certain appel. Il fut jugé, condamné à mort et pendu en
Le Rapportführer, chargé à chaque appel de « présenter » les effectifs, était lOberscharführer (Feldwebel = Adjudant SS) Curt Jansen. Le Arbeitdienstführer était le Feldwebel SS Ernst Schindler. Il était chargé du travail en liaison avec Antonin Pichon. L'Hauptscharführer Otto Striegel était chargé de surveiller le ravitaillement du camp de la gare à la cuisine. Il fut condamné et pendu en . En juin-juillet, un autre SS, chargé spécialement des sorties de la cuisine, prénommé Willy, un ancien séminariste, fut affecté au camp.
Au Revier, lUnterscharführer (sergent-chef SS) Gottlieb Muzikant sévissait auprès des malades de manière fort peu médicale. C'était un peintre en bâtiment, infirmier SS. Il fut condamné en 1960 à 21 peines de prison à vie par le tribunal régional de Fulda pour le meurtre de 90 prisonniers gravement malades par injection de phénol et pour l'étranglement d'au moins 100 autres prisonniers.
Chaque block avait son Blockführer, chaque kommando son Kommandoführer. Parmi eux, il y avait quelques SS, mais ils étaient surtout pris dans la troupe et certains, surtout ceux qui surveillaient les travaux des kommandos du camp, étaient de belles brutes.
Les gardes 500 soldats de la Luftwaffe (Wehrmacht), l'armée de l'air nazie, étaient chargés de la surveillance extérieure du camp. Ils furent repris par la Waffen-SS à l’automne 1944. Officiellement, ils n'étaient pas autorisés à y pénétrer. Les soldats de la Luftwaffe assuraient leur service de garde dans les miradors situés autour du camp, le long du cordon de sentinelles et auprès des différents détachements de travail. Ils accompagnaient également les détachements de travail du camp à leurs lieux de travail et inversement. Le travail des gardiens consistait souvent à agresser physiquement les prisonniers ou à abattre ceux qui « tentaient de s’évader » – il s’agissait en réalité souvent de meurtres délibérés.
Franz Höger, un ancien commandant de peloton de la Wehrmacht qui avait commandé une unité de garde de prisonniers (dix ans d’emprisonnement).
Lagerälteste Les détenus étaient dirigés et commandés par des « droits communs », pour qui la vie d'un homme n'avait que peu de valeur. Au cours des mois, les « politiques » apprirent à contrer les « droits communs ».
Le premier Lagerälteste — Doyen du camp — était prénommé Tony, un triangle noir qui n'était sans doute pas assez brutal : dès le mois de juin, il fut remplacé par Herbert Wernig, dit Bertl, qui avait la réputation d'avoir été un tueur de la carrière de Mauthausen. Il avait été jusque-là chef de la police. C'était un « droit commun » que Ludolph respectait parce qu'il était un vieux soldat. Il mena le camp durement, mais pas très intelligemment.
En décembre, il devint chef du block XIV et fut remplacé par Henri Scherrer, « politique français », sous-officier de chasseurs, qui resta Lagerälteste jusqu'à la fin du camp. Antonin Pichon l'avait fait d'abord nommer chef du block XVII, peuplé de Russes qui n'admettaient pas l'injustice et le trafic des chefs de blocks allemands. Il dirigea ce block avec justice, intelligence et fermeté, avec toutes les qualités d'un bon chef. Cela suffit pour ramener le calme dans ce block. Antonin Pichon le proposa à Ludolph comme doyen du camp et il fut accepté. Ce fut une grande victoire des « Politiques ».
Chaque block avait un Blockälteste, chaque kommando, un Kapo.
Fidel Balbas et Uli Schmidt, tous deux anciens kapos, furent condamnés à mort par un tribunal militaire français réuni à Rastatt, après avoir été reconnus coupables du meurtre de plusieurs de leurs codétenus, commis au cours de sévices d'une extrême brutalité.
Résistance La Schreibstube, le secrétariat, était un contre-pouvoir clandestin très efficace. Il était dirigé par deux hommes intelligents et courageux : l'avocat berlinois Hermann Hofstädt et le journaliste français André Ulmann dit "Antonin Pichon". Hermann était grand chef du secrétariat, « Tonin » secrétaire du service du travail : ils répartissaient les places dans les blocks et les kommandos. Ludolph ne pouvait rien contre eux : ils tenaient sa comptabilité secrète, car, comme tout SS, il trafiquait l'or, la nourriture, les vêtements, et les deux « lascars » savaient tout. Ils en profitaient pour gérer la Résistance tant économique que militaire et servir ainsi la solidarité.