L’affaire dite des Cinq du comté de Yuba désigne la disparition mystérieuse de cinq jeunes hommes originaires du comté de Yuba, en Californie (États-Unis).

Dans la nuit du 24 au , après avoir assisté à un match de basket-ball à Chico, cinq jeunes hommes disparaissent sans laisser de trace. Quelques jours plus tard, leur voiture, une Mercury Montego turquoise, est retrouvée abandonnée dans une zone reculée de la forêt nationale de Plumas, à haute altitude, bien loin de l’itinéraire qui devait les ramener chez eux.

En , la fonte des neiges éclaircit une partie de l'affaire. Le cadavre de Ted Weiher est découvert dans un abri forestier, à une trentaine de kilomètres de la voiture. Affaibli, il aurait survécu entre huit et treize semaines avant de succomber à un œdème pulmonaire, malgré la présence à portée de main de vivres et de combustible en abondance. Les restes de Jack Madruga, Bill Sterling et Jackie Huett sont retrouvés non loin de là, épars et partiellement dévorés par des animaux sauvages. Seul Gary Mathias, le cinquième membre du groupe, demeure introuvable ; seules ses chaussures sont retrouvées dans l’abri.

Depuis, l’affaire alimente d’innombrables théories. Près d’un demi-siècle plus tard, les circonstances de leur mort demeurent toujours inexpliquées. Les hypothèses vont d’un épisode de paranoïa de Mathias à une traque par un tiers.

Contexte Les protagonistes Les disparus étaient cinq amis inséparables malgré des profils et des âges différents.:

Theodore Weiher, 32 ans, était un homme jovial et amical, toujours prompt à saluer les gens d'un grand sourire et d'un signe de la main. Lent d'esprit mais pas stupide, il vivait chez sa grand-mère et travaillait comme agent d'entretien et serveur dans un snack. Fan de sport, de danse et de roller, il passait son temps libre avec ses amis, en particulier Huett qu'il considérait comme son petit frère et sur qui il veillait. Méticuleux, il demanda à sa mère de laver ses baskets blanches avant le match. La dernière chose que lui dit sa grand-mère fut : Ce à quoi il répondit : Jack Huett, 24 ans, était doux mais limité intellectuellement. Incapable de lire, écrire ou téléphoner, il dépendait énormément de sa famille et de ses amis, surtout de Weiher, son indéfectible protecteur. Il le suivait comme son ombre, si bien que leurs proches les comparaient à des frères. Passionné de sport, il avait remporté plusieurs médailles aux Jeux Olympiques Spéciaux. William Sterling, 29 ans, était un colosse gentil au grand cœur. Profondément croyant, il passait des heures à lire la Bible aux patients d'hôpitaux psychiatriques. Proche de Madruga, il travaillait comme plongeur dans le même restaurant que lui avant d'être licencié pour lenteur. Sterling était le seul du groupe à ne pas vivre chez ses parents mais seul en appartement. Jack Madruga, 30 ans, était un ancien combattant du Vietnam qui travaillait comme manutentionnaire malgré des problèmes de dos. Seul du groupe à posséder une voiture, une Mercury Montego 69 qu'il bichonnait, il servait de chauffeur attitré aux autres. Gentleman conducteur, il interdisait qu'on boive ou qu'on critique sa conduite à bord. Madruga était le de la bande, celui qui prenait les décisions. Gary Mathias, 25 ans, avait rejoint le groupe quelques mois avant le drame. Vétéran comme Madruga, il avait été réformé pour raisons psychiatriques après être devenu schizophrène à la suite d'une addiction à la drogue contractée en Allemagne. Depuis sous traitement, il n'avait plus fait de crise depuis deux ans et travaillait comme jardinier avec son beau-père. Malgré son passé trouble (démêlés avec la justice, comportements violents), il s'était parfaitement intégré à la bande.

Le programme Gateway Les cinq hommes fréquentaient le centre d'aide par le travail qui les employait à mi-temps pour des tâches de manutention et de recyclage. C'est là qu'ils étaient devenus amis et qu'ils avaient formé une équipe de basket, les , qui s'entraînait plusieurs fois par semaine.

Très soudés, ils passaient tout leur temps libre ensemble, que ce soit pour des activités sportives (bowling, minigolf, roller) ou simplement traîner en ville. Ils étaient connus comme malgré leur âge, du fait de leur insouciance et de leur joie de vivre communicative. Leurs vies étaient réglées comme du papier à musique, centrées sur leur foyer, leur travail et le sport..

Un match capital Le samedi , les Gateway Gators devaient disputer un match capital : la finale des Jeux Olympiques Spéciaux de basket. En jeu, une semaine tous frais payés à Los Angeles pour les vainqueurs, de quoi motiver les troupes. Les garçons ne parlaient que de ça depuis des jours, au point de faire des pieds et des mains pour que tout soit parfait..

Ainsi, Weiher demanda à sa mère de laver ses baskets fétiches, Mathias répéta en boucle à son beau-père : et Sterling astiqua son maillot flambant neuf. Tous avaient préparé leurs affaires de sport la veille au soir, bien en évidence dans leur chambre. Rien ne devait entacher ce grand jour.

Mais le destin en avait décidé autrement. Car aucun d'eux ne se présenterait sur le parquet ce samedi matin. À la place, leurs noms figureraient bientôt en une des journaux pour une tout autre raison : leur inquiétante disparition.

Soirée du 24 février 1978 Ce soir-là, les cinq amis décident d'aller encourager l'équipe de basketball de l'Université d'État de Californie à Chico, à 80 km au nord de Yuba City. Ils prennent la route vers 18h à bord de la Mercury Montego 1969 de Madruga. Le match se termine vers 22h par une victoire des joueurs de Chico.

Juste après, le groupe s'arrête dans une épicerie, , à quelques rues du stade. Selon l'employé qui les sert, ils achètent un grand nombre d'en-cas sucrés et salés ainsi que des boissons, visiblement de bonne humeur. C'est la dernière fois qu'on les aperçoit.

Ils auraient dû rentrer directement après, car ils doivent disputer un match important le lendemain dans le cadre des Jeux olympiques spéciaux. En cas de victoire, ils gagneraient un séjour d'une semaine à Los Angeles, tous frais payés. Les cinq hommes attendent cet événement avec impatience depuis des mois. Pour preuve, avant de partir, ils ont soigneusement préparé leurs affaires de sport, disposées bien en évidence dans leurs chambres.

Disparition et recherches Inquiètes de ne pas voir leurs fils rentrer, les mères contactent la police le au matin. On leur conseille d'attendre le lendemain pour signaler officiellement leur disparition, ce qu'elles font le soir même.

Une vaste opération de recherches est lancée. La police diffuse leur signalement et la description de la Mercury Montego bleue et blanche de Madruga. De nombreux témoins affirment avoir croisé leur route ou aperçu leur véhicule, sans que ces pistes mènent à quoi que ce soit de concret..

Dans la nuit du 24 au 25, une violente tempête de neige s'abat sur la région, compliquant considérablement les opérations au sol. Malgré le déploiement d'importants moyens (hélicoptères, motoneiges, équipes cynophiles...), aucune trace des disparus n'est retrouvée.

Le , un garde forestier repère fortuitement le véhicule de Madruga, garé le long d'un chemin forestier isolé et enneigé dans la forêt nationale de Plumas, à une centaine de kilomètres de Chico. C'est l'opposé de la direction que le groupe était supposé prendre pour rentrer à Yuba City.

La Mercury Montego La Mercury Montego de 1969, chérie de Madruga, est méticuleusement inspectée par les enquêteurs, qui font plusieurs constats troublants: La voiture est garée soigneusement le long d'un chemin en très mauvais état, connu des seuls locaux et pratiquement impraticable en hiver. Le lieu se situe à 1500 mètres d'altitude, bien au-dessus de la limite des chutes de neige. On y accède en empruntant des routes forestières sinueuses sur près de 30 km. Un trajet extrêmement périlleux de nuit et par mauvais temps, qui exclut l'hypothèse d'une simple erreur de navigation. Aucun dommage n'est constaté sur la carrosserie et le châssis, malgré les nombreux nids-de-poule, ce qui indique une conduite très prudente. Pourtant, Madruga n'était jamais venu dans le coin. La Montego est embourbée dans environ 30 cm de neige, mais aurait pu facilement être dégagée à 5. Le moteur fonctionne parfaitement après un simple démarrage au câble et le réservoir est encore au quart plein. L'habitacle est en désordre, jonché de détritus et d'emballages des collations achetées à Chico. Les clés sont introuvables. Une fenêtre est entrouverte, un détail incongru vu les conditions climatiques et surtout connaissant la maniaquerie de Madruga vis-à-vis de sa voiture.. Des cartes de la région sont soigneusement pliées dans la boîte à gants, preuve que le groupe cherchait probablement son chemin. Aucune trace physique des occupants n'est relevée, ni dans la voiture ni aux alentours. La neige est tombée dru, effaçant toutes les empreintes au sol.

La découverte du véhicule relance les recherches, mais la météo exécrable et l'absence totale d'indices entravent les efforts des sauveteurs. Fin mars, les autorités suspendent les fouilles dans l'attente de la fonte printanière.

Témoignage troublant Un dénommé Joseph Shones, depuis un lit d'hôpital, contacte alors la police. Il affirme avoir vécu une expérience troublante à proximité du lieu et de la date de la disparition du groupe.:

Le au soir, Shones se rend dans la forêt de Plumas pour inspecter les conditions de neige en prévision d'un séjour au ski. Mais sa Volkswagen Coccinelle s'enlise non loin de l'endroit où sera découverte la Mercury. En s'efforçant de dégager son véhicule, l'homme de 55 ans est pris d'un malaise cardiaque. Incapable de repartir, il s'enferme dans sa voiture en attendant de l'aide.

Au milieu de la nuit, Shones aperçoit deux groupes de phares. D'abord ceux d'une voiture, garée 15 mètres derrière la sienne, puis ceux d'un pick-up, à une cinquantaine de mètres. Il distingue les silhouettes d'au moins trois hommes, éclairés par les phares. Parmi eux se tient peut-être une femme portant un bébé.

L'homme klaxonne et appelle à l'aide à plusieurs reprises, en vain. À chacune de ses tentatives, les inconnus cessent leurs discussion et éteignent leurs lampes de poche. Shones perçoit également de curieux sifflements. Il finit par s'endormir d'épuisement.

Au petit matin, la douleur le réveille. Il parvient à descendre péniblement vers un lodge en contrebas pour donner l'alerte et regagner son domicile. C'est à ce moment qu'il croise une Mercury Montego garée bizarrement au bord de ce chemin perdu. Une image fugace dont il ne saisira la portée que plusieurs jours après, en prenant connaissance de la disparition du groupe dans les médias.

Le témoignage de Shones, bien que troublant, est accueilli avec scepticisme par les autorités. Certains détails, comme la mystérieuse femme et son bébé, peuvent s'expliquer par son état confusionnel. L'homme admet lui-même avoir été en proie à des hallucinations dues à sa crise cardiaque. Bien qu'il ne soit pas un témoin des plus fiables, son récit laisse néanmoins penser que le groupe a peut-être fait de mauvaises rencontres cette nuit-là.

Le corps de Weiher Le , des motards découvrent le corps décomposé de Ted Weiher dans une caravane de rangers, à près de 20 km de la Mercury. L'état du cadavre est tel qu'il est formellement identifié grâce à ses vêtements et à ses effets personnels.

Weiher gît sur un lit, soigneusement bordé dans plusieurs couches de draps, un détail troublant qui suggère la présence d'un tiers. Son corps est émacié : il aurait perdu entre 40 et 45 kg. Sa longue barbe hirsute indique qu'il a survécu au moins 13 semaines dans des conditions épouvantables.