Perdition est une pièce de théâtre de 1987 écrite par Jim Allen. Sa première représentation au Royal Court Theatre de Londres, dans une production dirigée par Ken Loach, est abandonnée à cause de protestations et de critiques à son encontre par deux historiens, provoquées par ses affirmations tendancieuses et controversées.

Outline

La pièce se base sur le procès Kastner en Israël en 1954–55, procès en diffamation concernant des accusations de collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale en 1944 entre les dirigeants du mouvement sioniste en Hongrie et les nazis.

Le point de départ est le procès de Rudolf Kastner, membre dirigeant du comité d'aide et de sauvetage de Budapest, comité qui se consacrait à aider les Juifs à fuir la Hongrie occupée par les nazis. Ce procès en diffamation se tient à propos des accusations que Malchiel Gruenwald a porté contre lui dans un pamphlet, sur sa collaboration avec Adolf Eichmann, officier SS chargé de la Shoah en Hongrie. Le verdict de première instance conclut qu’il en sauvant quelques Juifs tout en ne prévenant pas les autres que ce que les nazis présentaient comme une réinstallation était en fait une déportation vers les chambres à gaz d’Auschwitz. Le procès en appel devant la cour suprême d'Israël en 1958 renverse le premier verdict. L’affirmation de collaboration avec Eichmann est jugée fausse. Entre les deux verdicts, Kastner est assassiné. Encore en 2017, Paul Bogdanor conclut que Kastner est coupable de collaboration. .

La pièce de théâtre, faisant un parallèle avec le procès de 1954, imagine un procès fictif ayant lieu en 1967 à Londres, où le Dr. Yaron poursuit Ruth Kaplan, un Juif israélien qui l’accuse d’avoir collaboré avec Eichmann. Allen pose la question morale du choix de sauver quelques juifs avec des actes de collaboration supposée, en accord avec la philosophie sioniste de renforcer le peuplement d’Israël, mais au prix du sacrifice de la vie des autres Juifs (dans la vie réelle, Kastner est supposé avoir sacrifié les Juifs hongrois en ne les informant pas de la réalité d’Auschwitz, alors qu’il disposait de toutes les informations, dans le cadre d’un accord avec Eichmann, accord non-avéré : son silence pour maintenir le calme dans les ghettos, contre quelques centaines de vie). La pièce inclut quelques images comme (retirée au cours des répétitions) et accuse les leaders juifs : (This text is also online under the title: "A Discourse of Delegitimisation: The British Left and the Jews".). Les personnages affirment que et .

Allen est influencé par le livre du militant Lenni Brenner Le Sionisme à l’âge des dictatures (1983) qu’il décrit comme une « mine d’or ». Dans une interview au magazine Time Out au moment de la première tentative de montage de la pièce, Allen la décrit comme . Selon Allen, pendant la Shoah, . Dans une interview au Guardian, Allen affirme que les intérêts sionistes correspondaient à ceux d’Hitler, sur une base opportuniste, Hitler admirant lui aussi les sionistes, des Juifs prêts à se battre pour une terre.

Chaim Bermant écrit dans The Jewish Chronicle que Allen affirme . David Cesarani écrit que, comme Brenner dans son livre, Allen s’appuie sur des stéréotypes antisionistes soviétiques plaçant au centre la « conspiration juive ».

Annulation et controverse

En , la production dirigée par Ken Loach de la pièce Perdition au Royal Court Theatre est annulée la veille de l’avant-première. L’historien Martin Gilbert affirme que la pièce est un « travestissement complet des faits » et « profondément antisémite «, en comptabilisant une soixantaine d’erreurs dans le texte. Il affirme au Sunday times: En réalité il y a des erreurs presque sur chaque page du scénario ; pas seulement des erreurs factuelles, mais aussi des insinuations et des allégations contre des Juifs qui ne peuvent plus se défendre, puisqu’ils ont été assassinés il y a plus de 40 ans par des personnes avec qui, le scénario insiste sur ce point, ils étaient en collusion sinistre et délibérée. Un autre spécialiste, David Cesarani, approuve. Max Stafford-Clark, alors directeur artistique du Royal Court, rejette les affirmations que la pièce serait antisémite ou contiendrait des erreurs, mais que continuer la production de cette pièce provoquerait une grande détresse dans certaines partie de la communauté. Stafford-Clark rappelle en 2021 que Stephen Roth, président du , lui a dit que dans le texte d’Allen

Loach affirme que le Royal Court a cédé à la pression des juifs britanniques, dont Roth, l’éditeur Lord Weidenfeld, et le conseiller politique Lord Goodman. Ken Loach dit à un journal du parti révolutionnaire des travailleurs qu’il . Il dit aussi que . Il en veut aussi à la dramaturge Caryl Churchill, qui a soutenu la décision de Stafford-Clark. Jim Allen s’en prend à la « machine sioniste ». Cesarani, dans le Jewish Socialist, écrit en réponse que . Le syndicat des directeurs de Grande-Bretagne a protesté contre l’annulationCesarani (1990), p. 58.

Dans une lettre au Guardian en 2004, et en rapport avec la fin prématurée d’une autre pièce controversée, Loach écrit que l’accusation d’antisémitisme contre la pièce d’Allen est .

Glenda Abramson écrit dans Drama and Ideology in Modern Israel ) (1998) que, dans sa pièce, Allen . Dans un article pour The Jewish Chronicle en 2017, Dave Rich décrit la pièce comme un mensonge stalinien, et que Loach utilise l’affaire Perdition .

Derniers développements

En 1999, la pièce a été jouée au Gate Theatre à Londres, produite par Elliot Levey, gendre de Ken Loach, dans ce que David Jay, écrivant dans le New Statesman, a décrit comme . Levey défend la pièce en 1999 : .

Perfidy, de Ben Hecht, est un ouvrage non-fictionnel à propos de l’affaire Kastner. Le titre de la pièce est en écho au titre du livre de Hecht.

Notes

Pour aller plus loin David Cesarani, "The Perdition Affair" dans Robert Wistrich, ed, Anti-Zionism and Antisemitism in the Contemporary World], London: Palgrave Macmillan. pp 53–60 DOI:https://doi.org/10.1007/978-1-349-11262-3_5, basé sur Cesarani "The Perdition Affair", Jewish Quarterly, 34:1, 6-9, DOI:10.1080/0449010X.1987.10703724 (five experts comment on the play)

Catégorie:Pièce de théâtre britannique Catégorie:Affaire Kastner Catégorie:Antisionisme