L′histoire de l'équitation débute à l'époque de la domestication du cheval, et se poursuit jusqu'à l'époque actuelle. Elle connaît trois importantes transformations avec la généralisation des cavaleries militaires vers environ mille ans avant notre ère, l’élaboration de la selle à arçons qui permet une pratique plus aisée, et enfin son passage du domaine militaire et utilitaire au domaine civil, l'équitation étant désormais pratiquée comme un sport et un loisir.
Contexte L'histoire de l’équitation est, d'après Denis Bogros, longtemps restée ignorée, voire méprisée (mal vue), seule la pratique étant jugée utile. La plupart de ses principes sont inventés durant les deux millénaires qui vont de l'époque de Xénophon à la Renaissance, à l'aide d'outils visant à mieux contrôler le cheval. Le rôle de l'équitation est essentiellement utilitaire (se déplacer) ou guerrier jusqu'au .. D'après Goodwin et al., la principale motivation au développement de l'équitation est l'avantage militaire ; la chasse est une autre source de motivation.
La généralisation de la cavalerie mille ans avant notre ère, l’élaboration de la selle à arçon mille ans plus tard, et enfin le passage de l'équitation du domaine militaire et utilitaire au domaine civil, aux sports et aux loisirs (au ) en sont d'après l'ethnologue Jean-Pierre Digard les trois transformations les plus significatives. Bogros insiste sur l'héritage des peuples cavaliers orientaux, en particulier Arabo-Musulmans et Mongols. Durant leurs invasions successives, ils apportent avec eux le cheval oriental, et leur style de monte. Les Mongols influencent durablement l'équitation slave, notamment celle des cosaques.
Néolithique et âge du bronze
Les plus anciennes preuves d'équitation ont été retrouvées chez la culture Yamna, dans des tombes datées du Néolithique, situées sur le territoire des actuelles Bulgarie, Hongrie et Roumanie... Les squelettes humains retrouvés dans ces tombes présentent en effet des déformations typiques d'une pratique équestre régulière ; ces squelettes ont été datés entre et .. D'après le professeur d'anthropologie David W. Anthony, les premiers cavaliers venus des steppes eurasiatiques à l'âge du bronze ont une influence significative dans l'histoire de l'humanité, en diffusant la langue proto-indo-européenne et en permettant l'essor du commerce sur de vastes étendues..
Les sites archéologiques de la culture de Sredny Stog ont longtemps été considérés comme ceux des plus anciens cavaliers., avant que de nouvelles recherches n'y infirment l'usage du mors.. Les squelette de chevaux de la culture de Botaï et de Kozhaï présentent des traces de pathologies des dents et de la machoire typiques de l'usage d'un mors..
Antiquité
L'équitation gagne vraisemblablement en importance dans les steppes eurasiennes pour favoriser le pastoralisme, et donc la conduite de troupeaux d'ovins et de bovins. L'utilisation du char précède l'équitation dans le domaine militaire. Des raids militaires de tribus montées à cheval ont pu commencer avant cette époque, mais l'organisation de corps de cavalerie ne remonte pas avant le .
La mythologie grecque comporte une référence claire à l'équitation, lorsque la déesse Athéna remet un mors en or au héros Bellérophon afin de lui permettre de dompter le cheval ailé Pégase. La plus ancienne représentation connue d'un cavalier est le bas-relief d'un homme vraisemblablement militaire, portant un javelot et un bouclier, en Crète, daté du . Sans selle et surtout sans étriers, il est difficile de tenir à dos de cheval, ce qui ne permet que des déplacements et l'escarmouche. L'Europe occidentale abandonne progressivement le char au cours du , au profit de l'équitation dont les avantages sont de plus en plus reconnus..
Contrairement à une idée reçue, les Numides ne semblent pas avoir maîtrisé le combat à cheval, du moins au . Les cavaliers romains d'Afrique du Nord de cette époque connaissent par contre le bridon.
Le cheval commence à être utilisé comme monture en Chine vers le , et se généralise peu avant l'unification impériale (221), via l'usage d'une selle plate avec sangle ; cependant son élevage est en périphérie du monde chinois, entraînant un retard par comparaison aux techniques équestres développées dans le Proche-Orient. Une selle à double arçon est développée à l'époque des Trois royaumes ; elle est aussi d'usage en Corée à la même époque.
Apport des Scythes vignette|Guerrier scythe, représenté sur un peigne scythe en or du , kourgane de Solokha. L'apport des Scythes, peuple cavalier indo-européen des grandes steppes eurasiennes dans l'Antiquité, est déterminant. Leurs conquêtes de très vastes territoires eurasiens à dos de cheval contraignent les peuples sédentaires à les affronter également à dos de cheval, ou à engager des Scythes comme cavaliers mercenaires... Les peuples sédentaires, tels que les Assyriens, les Grecs et les Perses, puis les Chinois, tous en contact régulier avec les Scythes, codifient l'équitation en tant que technique et lèguent parfois des écrits, tandis que les peuples cavaliers font rarement connaître leur savoir.
Archers à cheval
L'une des premières représentations d'archer à cheval est un cavalier d'Assurbanipal du , à Ninive (avec vêtements et bonnet scythiques), faisant suite à l'invasion des Scythes au Proche-Orient. La tenue à cheval s'améliore. Ces cavaliers se risquent désormais à la chasse et à la guerre, aidés pour cela par l'invention du mors à barrettes et l'utilisation de rênes alourdies, qui permettent d'employer l'arc tout en empêchant la monture de prendre une allure trop rapide. L'archer à cheval devient l'unité militaire par excellence dans les steppes, et inspire la crainte des siècles durant. Les Scythes maîtrisent l'élevage et la guerre équestre, et résistent à . Les Romains, pourtant réputés pour la qualité de leur armée, n'osent pas attaquer ces peuples cavaliers des steppes. La perfection de l'équitation sans étriers est atteinte par les Parthes, héritiers des Scythes, qui comme ces derniers sont capables de se retourner sur le dos de leur monture au galop et de décocher une flèche dans cette position (c'est le célèbre tir parthe) qui inspire l'expression , du nom des Parni
Ces techniques sont également transmises aux Sassanides, successeurs des Parthes..
Cataphractaires
Après avoir développé la première cavalerie montée légère, les Scythes élèvent dans un second temps des chevaux plus forts qui permettent de développer les premières cavaleries lourdes aristocratiques, les cataphractaires, entièrement en armure. Ils sont les ancêtres des chevaliers de l'époque féodale européenne. Les cataphractaires sont rapidement adoptés dans l'Antiquité par les Perses, puis deviennent essentiels pour les Parthes et les Sassanides, mais aussi les Chinois.
Technologies d'équitation antiques Les Celtes sont parfois crédités de l'invention du mors de brideMusée des antiquités nationales, Vercingétorix et Alésia: Saint-Germain-en-Laye, Musée des antiquités nationales, -, Réunion des Musées nationaux, 1994, , . La selle à arçon rigide, qui fournit une surface d'appui pour protéger le dos du cheval du poids du cavalier, permet de répartir celui-ci. Les Romains auraient inventé la selle solide en bois dès le Gawronski, Some Remarks on the Origins and Construction of the Roman Military Saddle, Archeologia (Archaeology), , son usage se généralise au .. Les progrès de l'équitation antique, très lents, visent à améliorer la tenue de l'homme sur le dos de l'animal, et à maîtriser sa vitesse et sa direction, d'où l'invention du mors et de la selle à étriers, qui couvre toute l'Antiquité. Les Sassanides, dont la technique, les connaissances équestres et l'assiette en selle sont les meilleures parmi les peuples antiques, transmettent leurs connaissances aux Arabes, ce qui a ensuite une influence déterminante sur l'équitation médiévale.
Contrairement à l'idée reçue, les Numides ne semblent pas avoir maîtrisé le combat à cheval, du moins au Au , les cavaliers romains d'Afrique du Nord connaissent par contre le bridon. En Germanie, région forestière, les « peuples barbares » montent des chevaux trop petits pour la guerre et ne s'en servent qu'en transport. Jules César fournit des chevaux de combat aux mercenaires germains qu'il engage contre Vercingétorix.
L'invention de l'étrier reste controversée ; Lynn Townsend White, jr estime que l'idée originelle provient de l'Inde et que les Chinois les ont ensuite réellement inventés ; l'anthropologue Didier Gazagnadou propose qu'il s'agisse d'une invention turco-mongole reprise par les Chinois au moins à partir du , avant d'être adoptée par les Sassanides, puis par les Arabes au , et enfin diffusée vers l'Europe par les Avars..
Traités d'équitation thumb|left|upright=0.7|Xenophon, auteur du plus célèbre des traités d'équitation antiques, au Le Hittite Kikkuli écrit vers 1490 L'art de soigner et d'entraîner les chevaux, considéré comme « le plus ancien traité du monde sur l'entrainement des chevaux », mais qui concerne essentiellement l'entrainement du cheval de char.. La rédaction, apparemment ésotérique, apporte cependant peu d'éléments extravagants.
Simon d'Athènes (vers 424 avant J.C.), hipparque grec, écrit le premier traité d'équitation connu dont seul un fragment subsiste, découvert en 1853 à Cambridge. Xénophon, qui le tenait en haute estime, le cite à plusieurs reprises. Au , Xénophon écrit deux ouvrages traitant de l'équitation et de l'art du maître de cavalerie. Ses principes sont clairs et précis et presque tous demeurent admis. Tout indique que l'équitation pratiquée par Xénophon répondait aux mêmes principes et aux mêmes exigences que l'équitation académique classique. Son traité ., même si l'équitation indienne du n'a rien à lui envier. Il marque une profonde connaissance du cheval, de son utilisation, et une conception de son dressage dans laquelle entrent finesse et psychologie. Il prépare le cheval à la guerre et à la parade tout en cherchant à préserver sa liberté et son naturel, en fondant les rapports entre l'homme et le cheval plus sur la confiance que sur la contrainte..
Empire romain À l'origine, la cavalerie légère représentait que 10 pour cent environ de l'effectif des armées romaines et ne servait qu'aux missions de reconnaissance, à la poursuite et à tenir les ailes lors de l'affrontement, les cavaliers mettant par ailleurs souvent pied-à terre pour se battre. Ce sont les ennemis de Rome qui lui apprirent que l'armée montée pouvait l'emporter. Ainsi, Hannibal est vainqueur à Cannes grâce à un mouvement de la cavalerie gauloise et espagnole. Les guerres puniques lui font découvrir la valeur des cavaliers numides, la conquête de l'Espagne, celle des ibériques, la guerre des Gaules, de la cavalerie gauloise, les guerres orientales, des scythes.
Rome engagea dans ses rangs les cavaliers qui lui faisaient défaut. Au premier siècle de l'Empire, les cavaliers gaulois étaient de loin les meilleurs. Ce peuple était connu pour son amour immodéré des chevaux. Les Ibères introduisirent l'usage du mors de bride, aussi appelé alors frein, les chevaux portant le nom de frenati.
Les grandes invasions marquent le début de la suprématie de l'armée montée lors des conflits occidentaux. Les peuples cavaliers qui se lancent à l'assaut de l'occident doivent particulièrement leur succès à leur très grande mobilité qui leur permet des attaques en profondeur en contournant les obstacles et les résistances. L'Empire en enrôla certains dans ses légions pour se défendre contre d'autres peuples plus agressifs.
Moyen Âge
thumb|Fauconnerie à cheval au Moyen Âge. Les montures semblent être des palefrois de type genêt d’Espagne. Codex Manesse.