Charles-Augustin Sainte-Beuve est un critique littéraire et écrivain français, né le à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) et mort le à Paris. Représentant du romantisme, il est aussi sénateur du Second Empire et membre de l'Académie française.
Biographie
Jeunesse et études Né à Moreuil le , le père de l'auteur, Charles-François Sainte-BeuveLe nom de famille Sainte-Beuve fait référence à Beuve de Reims, vierge, abbesse et sainte du ., contrôleur principal des droits réunisLes droits réunis sont des impôts indirects sur les tabacs, les alcools, les voitures publiques, les cartes et la marque d’or ou d’argent. et conseiller municipal à Boulogne-sur-Mer, se marie le 30 nivôse an XII () avec Augustine Coilliot, fille de Jean-Pierre Coilliot, capitaine de navire, née le et morte en 1850geni.com. Toutefois, atteint par une angine, il meurt le 12 vendémiaire an XIII ().
Orphelin de père dès sa naissance le 2 nivôse an XIII () à Boulogne-sur-Mer, Sainte-Beuve est élevé par sa mère et une tante paternelle, veuve également. En 1812, il entre en classe de sixième comme externe libre à l'institution Blériot, à Boulogne-sur-Mer, où il reste jusqu'en 1818. À cette époque, il obtient de poursuivre ses études à Paris. Placé dans l'institution Landry en , il suit comme externe les cours du collège Charlemagne, de la classe de troisième à la première année de rhétorique, puis ceux du collège Bourbon, où il a pour professeur Paul-François Dubois, en seconde année de rhétorique et en philosophie. En 1822, il est lauréat du Concours général, remportant le premier prix de poésie latine. Après l'obtention de son baccalauréat ès lettres le , il s'inscrit à la faculté de médecine le . Puis, conformément à l'ordonnance du , qui l'exige pour les professions médicales, il prend des leçons particulières de mathématiques et passe le baccalauréat ès sciences, le . Toutefois, alors qu'il a été nommé en 1826 externe à l'hôpital Saint-Louis avec une chambre, il abandonne ses études de médecine en 1827 pour se consacrer aux lettres.
Parcours professionnel Après un article anonyme paru le , il publie dans Le Globe, journal libéral et doctrinaire fondé par son ancien professeur, Paul-François Dubois, un article signé « Joseph Delorme » le .
Le 2 et le , il publie une critique élogieuse des Odes et ballades de Victor Hugo, et les deux hommes se lient d'amitié. Ensemble, ils assistent aux réunions au Cénacle de Charles Nodier à la Bibliothèque de l'Arsenal. Il a une liaison avec l'épouse de Hugo, Adèle FoucherSainte-Beuve est mis en scène dans une comédie de Michel Lengliney, État Critique, montée à Paris en 2005. La pièce met l'accent sur ses rapports avec Madame Hugo. Voir Présentation d'État critique, Trait d'union, , octobre-décembre 2006, ..
vignette|left|Caricature de Sainte-Beuve par André Gill en 1868. Le , Sainte-Beuve et l'un des propriétaires du journal Le Globe, Paul-François Dubois, se battent en duel dans les bois de Romainville. Sous la pluie, ils échangent quatre balles sans résultats. Sainte-Beuve conserva son parapluie à la main, disant qu’il voulait bien être tué mais pas mouilléSainte-Beuve : Exposition organisée pour le cent cinquantième anniversaire de sa naissance, Bibliothèque nationale, 1955, 67 pages, 13..
Après l'échec de ses romans, Sainte-Beuve se lance dans les études littéraires, dont la plus connue est Port-Royal, et collabore notamment à La Revue contemporaine. Port-Royal (1837-1859), le chef-d'œuvre de Saint-Beuve, décrit l'histoire de l'abbaye de Port-Royal des Champs, de son origine à sa destruction. Ce livre résulte d'un cours donné à l'Académie de Lausanne entre le et le . Cette œuvre a joué un rôle important dans le renouvellement de l'histoire religieuse. Certains historiensMolino, Jean, Port-Royal et la méthode de Sainte-Beuve, in Pour ou contre Sainte-Beuve : le Port-Royal, Actes du colloque de Lausanne, septembre 1992. qualifient Port-Royal de « tentative d'histoire totale ».
Élu à l'Académie française le au fauteuil de Casimir Delavigne, il est reçu le par Victor Hugo. Celui-ci portait néanmoins sur leurs relations un regard désabusé : ..
En 1848-1849, il accepte une chaire à l'université de Liège, où il donne un cours consacré à Chateaubriand et son groupe littéraire, qu'il publie en 1860.
À partir d', il publie, successivement dans Le Constitutionnel, Le Moniteur et Le Temps des feuilletons hebdomadaires regroupés en volumes sous le nom de Causeries du lundi, leur titre venant du fait que le feuilleton paraissait chaque lundiAnne Martin Fugier, « Le Salon selon Sainte-Beuve », Cahiers du Centre de recherche historique, -28, avril 2002, ..
Parcours professoral À la différence de Hugo, il se rallie au Second Empire en 1852. Le , il obtient la chaire de poésie latine au Collège de France, mais sa leçon inaugurale sur « Virgile et L'Énéide », le , est perturbée par des étudiants qui veulent dénoncer son ralliement. Il doit alors envoyer, le , sa lettre de démissionMaurice Allem, La vie quotidienne sous le second Empire, Hachette, 1948, 287 pages, , et Hubert Juin, Victor Hugo, Flammarion, 1984, 24 pages, 355 .. Par la suite, le , il est nommé maître de conférences à l'École normale supérieure, où il donne des cours de langue et de littérature françaises de 1858 à 1861.
Parcours politique Sous l'Empire libéral, il est nommé au Sénat, où il siège du jusqu'à sa mort en 1869. Dans ces fonctions, il défend la liberté des lettres et la liberté de penserCharles-Augustin Saint-Beuve sur le site du Sénat..
Sainte-Beuve meurt à son domicile, 11 rue du MontparnassePolybiblion : revue bibliographique universelle, Volume 4, Paris, 1869, p. 265 (« Chronique »).. Selon les médecins qui autopsièrent son corps, sa mort fut vraisemblablement provoquée par un « vaste abcès situé sur la partie latérale gauche de la prostate »Souvenirs et Indiscrétions. Le dîner du Vendredi-Saint. Par C. A. Sainte-Beuve. Publiés par son dernier secrétaire, Michel Lévy Frères, Paris, 1872, pp. 337-338..
Il est inhumé au cimetière du Montparnasse (), dans le caveau où reposait déjà sa mèreSouvenirs et Indiscrétions. Le dîner du Vendredi-Saint. Par C. A. Sainte-Beuve. Publiés par son dernier secrétaire, Michel Lévy Frères, Paris, 1872, p. 342..
vignette|right|Photographie prise entre 1860 et 1869.
Méthode La méthode d'écriture de Sainte-Beuve, qui s'appuie sur l’étude de la biographie et des documents historiques liés à un auteur, est réputée constitutive d'une rupture et d'un renouvellement de la critique littéraire et a donné lieu à diverses analyses : .. Marcel Proust a rendu cette méthode célèbre tout en la restreignant à l'idée que la méthode critique de Sainte-Beuve se fonde sur le fait que l'œuvre d'un écrivain serait avant tout le reflet de sa vie et pourrait s'expliquer par elle. Elle se fonde sur la recherche de l'intention poétique de l'auteur (intentionnalisme) et sur ses qualités personnelles (biographisme). Cette méthode a été critiquée par la suite. Marcel Proust, dans son essai Contre Sainte-Beuve, est le premier à la contester, reprochant de plus à Sainte-Beuve de négliger, voire condamner de grands auteurs comme Baudelaire, Stendhal ou Balzac (ce dernier fut d'ailleurs pour Sainte-Beuve son « gibier favori » ; de fait, tout semblait opposer les deux contemporains : « tempéraments, goûts, styles de vie, conceptions de l'art littéraire et du rôle de l'écrivainRichard M. Chadbourne, « La comédie humaine de Sainte-Beuve », Études françaises, vol. 9, n° 1, février 1973, p. 15 (lire en ligne). »). .
Réception Friedrich Nietzsche, pourtant adversaire déclaré de Sainte-Beuve, a incité en 1880 Ida Overbeck, femme de son ami Franz Overbeck, à traduire les Causeries du lundi en allemand. Jusque-là, Sainte-Beuve n'avait jamais été publié en allemand, malgré sa grande importance en France, car considéré en Allemagne comme représentant d'une manière détestable et typiquement française de penser. La traduction d'Ida Overbeck est parue en 1880 sous le titre Menschen des . Jahrhunderts (). Nietzsche a écrit à Ida Overbeck le : « Il y a une heure que j'ai reçu Menschen des . Jahrhunderts. […] C'est un livre merveilleux, je crois que j'ai pleuré, et ce serait bizarre si ce petit livre ne pouvait pas exciter la même sensation chez beaucoup d'autres personnes ». La traduction d'Ida Overbeck est un document important du transfert culturel entre l'Allemagne et la France, mais fut largement ignorée. En 2014 apparut la première édition critique et annotéeCharles-Augustin Sainte-Beuve: Menschen des . Jahrhunderts. Übersetzt von Ida Overbeck, initiiert von Friedrich Nietzsche. Mit frisch entdeckten Aufzeichnungen von Ida Overbeck neu ediert von Andreas Urs Sommer. 423 pages. Berlin: Die Andere Bibliothek, 2014. )..
Charles Maurras s'inspire directement de la méthode d'analyse du critique littéraire pour forger sa méthode d'analyse politique, l'empirisme organisateur, qui aboutira chez lui au nationalisme intégralCh. Maurras, Chateaubriand, Michelet, Sainte-Beuve : trois idées politiques, p. 29 & sq., H. et E. Champion, Paris, 1912...
Œuvres Poésie Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme (1829) Les Consolations (1830) Pensées d'août (1837) Livre d’amour (1843) Poésies complètes (1863) Œuvres romanesques
Roman
Volupté (Paris : Eugène Renduel, 1834)
Nouvelles
Madame de Pontivy, 15 mars 1837 dans la Revue des Deux-Mondes ; sous forme de livre avec d'autres textes en 1839 Christel, 15 novembre 1839 dans la Revue des Deux-Mondes ; sous forme de livre avec d'autres textes en 1842
Brouillons
Le Clou d'or La Pendule
Publiés ensemble à titre posthume (Paris : Calmann-Lévy, 1881).
Critique thumb|La tombe de Sainte-Beuve au cimetière du Montparnasse à Paris. Tableau historique et critique de la poésie française et du théâtre français au (1828), 2 volumes Port-Royal (1840-1859), 5 volumes Portraits littéraires (1844 et 1876-78), 3 volumes Portraits contemporainshttps://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k35426k,1846 et 1855 en 3 vol., 1869-71, 5 volumes. Portraits de femmes (1844 et 1870) Les Lundis Causeries du lundi (1851-1862), 16 volumes Nouveaux lundis (1863-1870), 13 volumes Premiers lundis (1874-75), 3 volumes Étude sur Virgile (1857) Étude sur Virgile, suivi d'une étude sur Quintus de Smyrne (1870) Étude sur Virgile, annoté par Henri Goelzer (1895) Chateaubriand et son groupe littéraire (1860), 2 volumes Le Général Jomini (1869) Madame Desbordes-Valmore : sa vie et sa correspondance (1870) M. de Talleyrand (1870) P.-J. Proudhon (1872) Chroniques parisiennes (1843-1845 et 1876) Les cahiers de Sainte-Beuve (1876) Portraits allemands (Berlin: Internationale Bibliothek, 1923) (extraits des "Causeries du lundi" et "Premiers lundis") Mes poisons (1926) : carnet secret édité à titre posthume
Correspondance
Correspondance (1877-78), 2 volumes Nouvelle correspondance (1880) Lettres à Collombet (1903) Correspondance avec M. et Mme Juste Olivier (1904) Lettres à Charles Labitte (1912) Lettres à deux amies (1948) Lettres à George Sand Lettres à Adèle Couriard Correspondance générale, 19 volumes publiés de 1935 à 1983, annotés par Jean Bonnerot, suivis en 2006 par deux volumes de Lettres retrouvées publiées par son fils Alain BonnerotLes six premiers volumes ont paru chez Stock, entre 1935 et 1949 ; les treize volumes suivants, t. VII à XVIII, qui inaugurent d'ailleurs une « Nouvelle série » (donc numérotés de I à XII), ont été établis par les soins de J. Bonnerot jusqu'au tome XIV, puis, après sa mort, par son fils Alain, et sont sortis, en coédition, chez Privat à Toulouse et chez Didier à Paris, entre 1957 et 1977 ; enfin, le dernier volume paru , t. XIX (donc XIII de la « Nouvelle série ») a paru chez Privat seul, à Toulouse, en 1983. Manquent donc un volume de "Supplément", et l'index général.
Biographie Le général Jomini, étude, Paris 1869. Texte sur Gallica
Iconographie