La famille Gradis est une famille juive séfarade et française, d’origine portugaise et espagnole, établie à Bordeaux sans doute vers 1595.
Historique Originairement de la Palestine, les Gradis ont émigré au Portugal où l'un des leurs se serait marié à la maison ducale de Bragance. Après l'expulsion des Juifs d'Espagne, les Gradis se sont installés à Bordeaux, où ils ont développé une importante entreprise de transport maritime. Ils ont fondé au Notice de collectivité, catalogue général BNF, lire en ligne la Maison Gradis, devenue la Société française pour le commerce avec l'Outre-mer (SFCO), par le biais de laquelle elle a joué un rôle important dans le commerce avec les possessions françaises d’AmériqueArchives nationales du Monde du travail, « MAISON GRADIS Nouvellement Société française pour le commerce avec l'Outre-mer », 1997. À la fin du , ils avaient un tel contrôle sur les liaisons entre la France et les Caraïbes que proposa de les anoblir, offre qu'ils rejetèrent parce que cela les aurait obligés de prêter serment sur le Nouveau Testament.
Les Gradis figuraient en 1936 parmi les 200 familles les plus fortunées de France.
Liens de filiation entre les personnalités notoires Arbre simplifié de la famille GradisCavignac, 1987, Dictionnaire du judaïsme bordelais)Consultation en ligne des archives la Maison Gradis.J. de Maupassant, op. cit.
Chefs de famille Diego I (v. 1625-1704)) Samuel (?-1736) Benjamin I (1699-1770) Abraham II (1738-1790) Benjamin III (1789-1858) Henri I (1823-1905) Raoul (1861-1943) Gaston (1889-1968) Henri II (1920-2022)Jean Schwob d'Héricourt, La maison Gradis de Bordeaux et ses chefs, Argenteuil, 1975, p. 12. Diego II (1955-)
Principales personnalités de la famille Diego Gradis (v. 1625-1704) Le fondateur de la famille, Diego Gradis, naît à BordeauxJ. de Maupassant, op. cit., p. 3. et s'installe comme simple marchand d'articles variés à Toulouse mais l'hostilité du clergé catholique l'oblige à quitter la ville rose pour revenir vers 1685 s'établir à Bordeaux où il fonde la Maison Gradis installée cours des FossésVoir Noms des anciennes rues et édifices de Bordeaux aujourd'hui, cours Victor-Hugo), une maison de commerce de toile.
Il habite la paroisse de Sainte-Eulalie avec son épouse Sara Rodriguez Bocarro et ses quatre enfants : Jacob Antoine, Samuel, David et Marie.
Il devient veuf et transmet son petit négoce en 1695 à son troisième fils, David. C'est celui-ci qui rend le nom des Gradis célèbre.
David Gradis (1665-1751)
David Gradis (vers 1665-1751) fonde en 1696 une maison de commerce de toiles, vins et spiritueux et abandonne en 1711 le commerce de toiles pour s'installer dans la colonie de la Martinique où il crée à Saint-Pierre, une affaire de commerce avec une succursale à Saint-Domingue. De retour à Bordeaux, il développe en 1728, avec son fils Abraham, son activité d'armateur sous le nom de Compagnie David Gradis & fils, nom qu’elle conservera jusqu’au .
Les archives indiquent que David Gradis achète un jardin en remplacement du cimetière juif disparu, le Voir la Donation Gradis aux Archives nationales, pp. 17-36 de l'inventaire.. Président de la communauté juive de Bordeaux, il fait don du terrain pour la construction du Cimetière des juifs portugais du Cours de la Marne.
Entre 1730 et 1744, la Compagnie David Gradis & fils arme trois navires négriersL'historien Éric Saugera, spécialiste de la traite négrière à Bordeaux, établit une différence entre le nombre de navires armés pour la traite négrière et la proportion de la traite négrière dans l'ensemble des affaires commerciales d'un négociant négrier. Lire en ligne.
En 1731, il est fait bourgeois de Bordeaux. Il acquiert les propriétés Margarance et du marais de Montferrand en 1735.
Depuis 1866, une rue est rebaptisée à son nom à BordeauxDavid Gradis (1665 - 1751) et est objet de controverse en raison de l'implication de la Maison Gradis dans la traite négrière.
Abraham Gradis (1699-1780)
vignette|Abraham Gradis (v. 1699-1780). Le fils de David, Abraham (vers 1699-1780), développa la firme fondée par son père. Elle acquit une importance considérable dans les années 1740, lors de la guerre de Succession d'Autriche, obtenant du surintendant du commerce l'exclusivité du commerce avec le Canada et créant en 1748, la Société du Canada, avec brièvement comme associés l'intendant de la Nouvelle-France, François Bigot et le contrôleur officiel Bréard. En 1756, il est chargé d'acheminer dépêches et ordres secrets vers le CanadaBéatrice Philippe, Être juif dans la société française, éd. Montalba, 1979, , .
En 1748, il fait l’acquisition du château Monadey à Talence en Gironde, qui sera cédée au à François Roul, député-maire de Valence. Il obtint en 1751 des Lettres de Noblesse du Roi Louis XVNègres et juifs au XVIIIe siècle : le racisme au siècle des Lumières, De Pierre Pluchon.
Juif observant, il était syndic de la « nation portugaise » depuis 1738. Il fonde, pour sa communauté, la première caisse mutuelle d'assurance maladie de Bordeaux. Les archives montrent qu'il reçoit aussi des demandes de soutien de communautés juives victimes de discriminations, comme en 1759.
En 1763, le ministre de la Marine Choiseul lui confia le commerce des possessions françaises d’Afrique occidentale, où il avait acheté l'île de Gorée, puis de Cayenne et des Antilles.
David et Abraham Gradis pratiquèrent aussi la traite négrière. Tous deux arrivent en des armateurs ayant armé à Bordeaux pour la traite, avec 10 expéditions négrières de 1730 à 1786(selon Éric Saugera, Bordeaux port négrier, 2002, ) correspondant à 5 % de leur flotte marchande (sur plus de 500 expéditions bordelaises entre les ). David Gradis commerça aussi avec la Hollande et l’Angleterre. vignette|Maison des maîtres de l'habitation Gradis en Martinique. Pour recouvrer une partie de ses créances, il fut poussé par son neveu et beau-frère Moïse à faire l'acquisition de plantations esclavagistes à Saint-Domingue et en Martinique en 1776 et 1777J. de Maupassant, 1931, op. cit. p. 142.
En 1779, Abraham Gradis bénéficia d'exceptionnelles lettres patentes royales le naturalisant français, lui octroyant les mêmes droits que les autres Français et l’autorisant donc à posséder et transmettre des terres dans les colonies.
Durant sa vie, Abraham Gradis fraya avec les plus grands de France et d'ailleurs, qui étaient souvent ses obligés reconnaissants et élogieux à son endroit. Il fit à maintes reprises acte de générosité et la population lui témoigna de grands égards. À son décès, sa fortune est évaluée à 8 millions de livres qu'il répartira entre ses quatre neveux et la population indigente bordelaise, tant juive que chrétienne. Il tint à ce que ses successeurs ne recouvrassent pas les créances en souffrance qu'il avait contractées de son vivant. Un canton Gradis lui rend hommage dans la région du Nord-du-QuébecGradis [archive], sur le site de la Commission de toponymie du Québec..
Moïse Gradis dit Moïsille (1714-1788) À la fois neveu et beau-frère d'Abraham Gradis, Moïse Gradis a aidé son oncle à gérer l'entreprise familiale et reprend la tête de la Maison David Gradis et fils lorsque Abraham meurt en 1780. À sa mort en 1788, Moïse, célibataire, obéit aux vœux de son oncle Abraham et laisse la maison de commerce à ses quatre neveux, fils de Benjamin Gradis : Jacob, Abraham II, Moïse II et David II Gradis.
Abraham II (1738-1790) Fils de Benjamin Gradis, syndic de la Nation portugaise à Bordeaux et de Hanah Gradis, frère de Jacob et Moyse, Abraham épouse Rachel Mercadé. Il devient à son tour syndic de la Nation portugaise de Bordeaux.
Il est surtout connu pour avoir inventé avant l'heure une sorte de « tiers-payant pharmaceutique » dans le cadre des organisations de bienfaisance. En 1750, Abraham Gradis conclut une convention pharmaceutique au bénéfice de ses coreligionnaires juifs de la Nation portugaise, avec Belin, apothicaire à BordeauxARCHIVES NATIONALES, Répertoire numérique détaillé du Fonds GRADIS, 181 AQ 1-156 (1551-1980), par Magali Lacousse conservateur du patrimoine et Christine Nougaret conservateur général du patrimoine, 2006, p. 17. Lire en ligne : « Nous soussignés Abraham Gradis, syndic de la nation portugaise et moy Belin apothicaire de la présente ville sommes convenus et demeurés d'accord que moy Belin promets et m'oblige de voir et assister tous les Pauvres malades de la susdite nation portugaise soudain que j'en serai requis par les dits malades et par ordre dudit sieur syndic et de leur fournir généralement toutes les médecines médicaments et remèdes qui leur sera nécessaire à leurs maladies, duquel cependant je ne pourray de mon chef rien leur ordonner ny leur faire prendre sans le consentement et l'ordre du médecin ou chirurgien qu ils commettront pour le soin des dits malades. Promettant d expédier soudain toutes les recettes qui me seront apportées soit de la part du dit médecin ou du chirurgien et d'envoyer les médicaments chez les dits malades sans aucune sorte de delay ny retardement.
Et moy susdit Abraham Gradis promets de payer au dit sieur Belin la somme de... pour chacune année, ce que nous promettons chacun de nous lacuiter pour ce qui le concerne de bonne foy a peine de tous dépens dommages et intérêts, fait double à Bordeaux... »
David II Gradis (1742-1811)
Fils de Benjamin Gradis (1699-1771) et de Hana Esther Gradis (1706-1776), qui étaient cousins germains, David II Gradis était le sixième enfant d'une fratrie de sept comprenant Jacob (1731-1791), Esther Suzanne (1734-1806), Moïse II (1737-1825), Abraham II (1738-1790), Sara (1740-1812), et Samuel (1745-1781).
En 1762, il prête serment de bourgeois de la ville de Bordeaux.
Abraham et Moïse étant morts tous deux sans postérité, c’est leur neveu commun David II Gradis (1742-1811) qui succéda à la tête de la maison de commerce et d’armement avec ses trois autres frères. Mais Jacob et Abraham II meurent respectivement en 1791 et 1790, tandis que Moïse II, impliqué dans la cause girondiste, fuit en 1793-1794, dans un premier temps à Philadelphie, où il reste environ avant de se rendre à Saint-Domingue et à la Martinique pour reprendre possession des propriétés de la famille qui avaient été confisquées à la suite de la Révolution de Saint-Domingue en 1791.
David II Gradis se livra parallèlement à la réflexion philosophique et politique, publiant des écrits tels que l’Essai de philosophie rationnelle (1811).
En 1785, comme il était syndic des Juifs de Bordeaux, Malesherbes le choisit pour présider la commission chargée d’examiner le statut des juifs en France. Membre du Conseil général de la commune de Bordeaux, il fut aussi, sous le règne de Napoléon , président du consistoire israélite de la ville.
Benjamin III Gradis (1789-1858)
À la mort de David II, son neveu Benjamin III Gradis (1789-1858) prit la direction de la maison de commerce, tout en publiant des ouvrages de philosophie politique et des brochures promouvant la réforme du culte israélite. Il fut vice-président du Comité consistorial de secours et membre du Consistoire de Bordeaux.
Il signait et se faisait appeler Benjamin Gradis Jeune pour se distinguer de son cousin Benjamin II Gradis (1782-1843), dit Benjamin aîné, qui fut critique littéraire et romancier. Les deux Benjamin (II et III) s'associent en 1823.
Héritier des plantations esclavagistes que possédaient ses aïeux Abraham, David, Moïse et Jacob Gradis dans la colonie de Saint-Domingue, Benjamin reçoit en 1827 la somme de . Cette indemnité que la République d'Haïti fut contrainte de payer servait à compenser la perte des biens causée par les révoltes d'esclaves. Puis, après la seconde abolition de l'esclavage en 1848, il reçoit à nouveau la somme de , de la part de l’État français, en dédommagement de l'affranchissement des qu'il possédait dans la plantation familiale en Martinique.
En 1822, Benjamin III avait épousé sa cousine, Sara-Laure Rodrigues-Henriques, fille d'Esther (1780-1859).