Le Zigeunelager d'Auschwitz, également connu sous le nom de Camp des familles Tsiganes d'Auschwitz, était le nom donné dans le langage nazi à la section B IIe du camp d'extermination et de concentration d'Auschwitz-Birkenau durant la période de à . À la suite du décret du , le Auschwitz Erlass du SS Heinrich Himmler, qui ordonne la déportation massive des Tsiganes ou demi-tsiganes (métissés) vers les camps d’AuschwitzSchnellbrief des Reichssicherheitshauptamts vom 29. Januar 1943 an die Kriminalpolizeileitstellen zur „Einweisung von Zigeunermischlingen, Róm-Zigeunern und balkanischen Zigeunern in ein Konzentrationslager“, cette zone du camp est formalisée pour les roms et sintés. Avant même la construction du , les roms ont été déportés pour la première fois à Auschwitz, le .
vignette|Le camp des tsiganes, surligné en jaune. Prise de vue aérienne de la royal air force en 1944.
Les prisonniers
Les déportés, hommes, femmes et enfants, venaient de toute l’Europe, la majorité en transitaient au préalable par les territoires du grand reich et d’Autriche. Il est estimé qu’au moins y ont été emprisonnés, dont plus de sont mortes. Parmi eux, plus de ont succombé à la malnutrition systématique, aux maladies et aux épidémies, et plus de ont été assassinés dans des chambres à gaz. D'autres ont été victimes d'attaques violentes individuelles ou de crimes médicaux notamment de la part du médecin du camp de concentration Josef Mengele. Un petit nombre de prisonniers ont été transférés vers d'autres camps de concentration (comme au camp de concentration de Buchenwald ou celui de Ravensbrück) pour être soumis aux travaux forcés. Avec les destructions de preuves à la fin de la guerre par les Nazis, les approximations administratives de certains fonctionnaires du camp, et les travaux tardifs autour du génocide Roms en Europe, le nombre précis de victimes tsiganes est toujours à l’étude. Les atrocités massives perpétrées dans le camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau font partie du génocide tsigane, appelé Porajmos.
Mise en place À la suite de l'accord entre Heinrich Himmler et Otto Georg Thierack du entre les SS et le Ministère de la Justice puis au décret d’Himmler du , il y a eu non seulement la déportation des Tsiganes, mais aussi l'établissement du à Auschwitz. Cet ordre avait également pour objectif de démanteler les petits camps de concentration établis par les Nazis de manière décentralisée depuis des années, comme par exemple le camp de Roms de Cologne, le camp de Berlin-Marzahn, le camp de Lackenbach
Le début de l'incarcération de la minorité rom dans la section B IIe alors aménagée peut être évaluée par deux événements. Le , le SS Oberscharführer Bruno Pfütze, est nommé chef du camp de Tsiganes et, le arrive le transport commandé par le RSHA (Berlin). Le , c'est le transfert documenté retrouvé. À partir de cette date, les prisonniers roms sont enregistrés dans leur propre registre de prisonniers et tatoués d’une série de chiffres distincts commençant par un Z, sur le bras pour les adultes et sur la cuisse pour les enfants ayant les bras trop fins. Ils devaient porter le triangle noir comme insigne et étaient donc étiquetés comme « asociaux ».
La phase de construction du camp se retrouve déjà sur les plans de la zone d'intérêt d'Auschwitz de . L’aménagement du camp des Tsiganes n'était pas encore terminé lorsque des prisonniers y sont affectés pour la première fois en 1943. La section B IIe mesurait environ de large pour de long et comprenait d'anciennes écuries en bois modestement aménagées en dortoirs, en briques appelées « blocks », utilisés comme habitations et huit blocs annexes, dont deux étaient utilisés pour entreposer la nourriture et des vêtements, quatre pour les infirmeries et deux comme casernes pour nourrissons et enfants. À l'entrée, à l'extrémité nord, se trouvaient un bâtiment séparé, le (Blockführer est le nom des surveillants SS actifs dans une section de block), ainsi qu'un bâtiment de cuisine pour hommes et femmes.
vignette|Vue intérieure d'une reconstitution à Auschwitz d'une baraque en bois à couchettes triples.
La section était clôturée par des barbelés, dotée de tours de guet et bordée du côté est - séparée par une clôture en barbelés - de la section B IId (le camp des hommes du camp de concentration de conception identique). Du côté ouest, il bordait l'hôpital des prisonniers B IIf. À l'extrémité sud de la rangée de casernes se trouvaient les voies ferrées du train interne du camp de concentration, à quelques mètres seulement du crématoire d'Auschwitz, dont l'odeur flottait sur le camp.
Dès les mois suivants la mise en place du , les baraquements, en partie sans fenêtres, sombres et vétustes, avaient des fuites et étaient surpeuplés, ils pouvaient loger chacun jusqu'à un millier de personnes. Dans les écurie-dortoirs, il y avait des couchettes à trois étages, chacune étant destinée à une famille, quelle que soit sa taille.
Arrivée au camp Au bureau, les nouveaux arrivants sélectionnés, ceux qui n’avaient pas été gazés dès l’entrée, devaient présenter le « passeport tsigane » (vert ou bleu) et une demi-feuille blanche contenant l'ordre d'instruction du quartier général du Reich de « lutte contre le fléau tsiganes » et les données personnelles. Les prisonniers étaient tatoués d'un numéro et inscrits dans le registre du camp de Tsiganes..
« La première impression que nous avons eue d’Auschwitz a été terrible, il faisait noir quand nous sommes arrivés. Une zone immense, mais on ne voyait que les lumières. Nous avons dû passer la nuit à l'étage d'une grande salle. Nous avons dû entrer au camp tôt le matin. Là, ils ont d'abord tatoué les numéros des prisonniers sur nos bras et nous ont coupé les cheveux. Les vêtements, les chaussures et le peu de choses que nous avions encore sur nous nous ont été confisqués. » – Elisabeth Guttenberger (déportée en ).
« Lorsque les wagons ont finalement ouvert, les SS nous ont accueillis avec des coups et des limiers – nous étions arrivés à destination. À ce moment-là, nous avons cessé d’être humains. Nous n'étions que des numéros. Tout ce que nous avions nous a été retiré. Tout le monde, y compris les femmes et les enfants, avait les cheveux rasés, tout le monde, y compris mes deux petites filles, avait des numéros tatoués dessus ». – Julius Hodosi (sinté allemand)
La vie quotidienne au camp Contrairement à d’autres sections du camp, les prisonniers du camp de tsiganes pouvaient rester avec leur famille, porter des vêtements civils et se laisser repousser les cheveux, (ce sera le cas aussi plus tard pour les familles juives venue du camp de Theresienstadt), possiblement afin de limiter le risque d’émeutes collectives comme celle survenue le . Les prisonniers capables de travailler n'étaient pas affectés à des commandos extérieurs, mais étaient plutôt déployés sur le terrain du camp de concentration d'Auschwitz pour construire des rampes ou créer un système de drainage au camp. La route du camp dans la section du camp a également été construite par des enfants qui devaient transporter de lourdes pierres. Le prisonnier Helmut Clement rapporte une histoire qui a été transmise à plusieurs reprises :
« Je me souviens encore de l'incident avec les enfants, les deux enfants sintés d'Autriche. Ils ont couru jusqu'à la clôture de barbelés et y ont joué. Il y avait une tranchée, ce qu’on appelle la zone neutre, avec des fils lisses devant et des barbelés derrière. Les deux enfants y jouaient ensemble et se parlaient. Soudain, un SS a tiré sur les enfants depuis la tour de guet. L’un des enfants a reçu une balle dans le bras et dans le ventre et a été grièvement blessé. » – Helmut Clement
Les conditions d'hygiène dans le camp étaient catastrophiques, car les installations sanitaires étaient insuffisantes, les latrines étaient rarement vidées et l'eau était surtout contaminée par des germes. De plus, les rations alimentaires allouées étaient absolument insuffisantes. La faim était omniprésente.
« J’ai aussi perdu mes deux enfants à cette époque ; ils sont littéralement morts de faim. » – Julius Hodosi
Des survivantes rapportent avoir été abusées et torturées par les gardes SS, qui sélectionnaient les plus belles femmes lors des opérations d'épouillage.
Maladies En raison des conditions insalubres du camp et de la malnutrition, des maladies telles que la gale, la typhoïde, la rougeole et le typhus se sont propagées dans le camp. De nombreux enfants étaient touchés par la maladie du noma au niveau du visage. Après la guerre, la médecin prisonnière, Lucie Adelsberger rend compte des conditions de vie des enfants soumis à une mort lente et douloureuse décharnés par les maladies.
Le revier des malades était occupé par 400 à 600 patients. Dès , les malades étaient soignés par 30 médecins prisonniers et 60 infirmières prisonnières, qui ne disposaient pas de suffisamment de médicaments ni de bandages pour les soigner.
Tuer les prisonniers malades était un moyen courant de traitement « médical ». Josef Mengele, médecin nazi au Camp de Tsiganes devient, à partir du , médecin principal du camp. Il était responsable de la sélection quotidienne des patients des blocs infirmiers et faisait établir pour chaque block une liste détaillée des malades avec un diagnostic et un pronostic par les médecins qui dépendaient de lui. Un pronostic d'un temps de guérison de plus de trois semaines signifiait pratiquement automatiquement une condamnation à mort pour le prisonnier en question.
La lutte contre les épidémies relevait également de la responsabilité des médecins du camp. Mengele a solutionné l'épidémie de typhus en gazant les 600 à d'une caserne contaminée puis il fit désinfecter la caserne vide. Les prisonniers de la caserne voisine ont ensuite été épouillés, transférés nus et sans effets personnels et ont finalement reçu de nouveaux vêtements. Ce processus s'est poursuivi avec les prisonniers d'autres baraquements. La possibilité de soigner l’épidémie sans assassiner les prisonniers n'était évidemment pas dans l'imagination de Mengele, comme le notait l'ancienne médecin prisonnière Ella Lingens en 1985.
Outre Mengele, Erwin von Helmersen, Fritz Klein et Franz Lucas, Carl Clauberg, étaient employés comme médecins de camp. Les tsiganes enfants comme adultes y ont été mutilés et subi toute sorte d'expériences médicales, stérilisations, et barbaries pseudo-scientifiques par les doctorants du camp.
Origine et composition des détenus La plupart des prisonniers dont on a retrouvé les registres au ont transité par les territoires du grand Reich, d’Allemagne et d’Autriche. il est alors estimé que la majorité d’entre eux étaient allemands ou autrichiens. Cependant dans les pays qui ne reconnaissent pas officiellement le génocide tsigane, et dont le traitement des Tziganes a longtemps été écarté/occulté des livres scolaires, des (re)découvertes d'archives et de camps de tziganes détruits se multiplient depuis les années 2000 comme en France, Italie, Roumanie, Sans registres, Il sera difficile de savoir où sont morts les déportés qui ne sont jamais revenus.
Comme en témoigne lors de sa déposition au procès de Nuremberg la résistante Française Marie-Claude Vaillant-Couturier « À côté de notre camp, de l'autre côté, derrière les barbelés, à trois mètres de notre camp, il y avait deux camps. Un camp de gitans dont les détenus furent gazés jusqu'au dernier homme vers . C'étaient des gitans de toute l'Europe, y compris d'Allemagne. De l’autre côté se trouvait ce qu’on appelle le camp familial. »