vignette|redresse=1.4|Vue intérieure de la domus I dans la nécropole de Monte Siseri. vignette|redresse=1.4|Bucrane et motifs en spirale (nécropole de Pala-Larga).

Une domus de janas (nom signifiant « maison des fées ou des sorcières ») est une tombe préhistorique creusée dans la roche que l'on trouve sur tout le territoire de la Sardaigne. Les domus de janas apparaissent dès le Néolithique moyen. Ce sont les héritières des grottes artificielles qui ont vu le jour avec la culture de Bunuighinu. Elle connaissent une grande diffusion durant la culture d'Ozieri. Les domus de janas constituent l'une des caractéristiques majeures de l'architecture funéraire du Néolithique en Sardaigne. Leur évolution architecturale résulte probablement d'évolutions culturelles affectant les pratiques funéraires et les relations entretenues entre le monde des morts et celui des vivants durant toute la période pré-nuragique.

Étymologie Selon la tradition populaire, les architectures extraordinaires sont la demeure d’êtres fantastiques, le plus souvent de sexe féminin, parfois dispensatrices de dons, parfois malfaisantes. Dans les différentes régions de l’île, on les appelle ajanas, bajanas, birghines, fadas, faddi, gianes, margianas, mergianas, nanos, virghines, zanas, même si l’appellation la plus répandue est janas. Le nom donné à leurs maisons varie également : concas, concheddas, coronas, furrighesos et, plus généralement, domus.

Localisation Giovanna Maria Meloni, à partir de données bibliographiques connues, a recensé de janas dans toute la Sardaigne. Les domus de janas sont réparties sur tout le territoire insulaire, avec de fortes concentrations notamment dans le nord-ouest de la Sardaigne. Leur présence en Sardaigne centrale et sud-occidentale est en effet très limitée et apparaît concentrée dans le Goceano (zone centrale).

L’étude de la géologie des territoires où sont situées les tombes montre une très nette prévalence des sols calcaires et trachytiques, les autres roches (grès, granite, basalte, dacite, granodiorite, ignimbrite, rhyodacite, rhyolite) témoignent d'une adaptation locale aux ressources disponibles car le choix du substrat conditionne non seulement la possibilité d'y creuser des tombes et de les décorer (sculpture et peinture), mais aussi leur durabilité.

Architecture

Généralités

Dans les domus à accès souterrain, les tombes sont creusées dans un sol rocheux et l'accès se fait par un puits vertical ou fortement incliné, la tombe s'apparente alors à un hypogée. Dans les domus à accès aérien, les tombes sont creusées dans des parois rocheuses verticales, voire des rochers erratiques (Rocher de l'Éléphant à Castelsardo) et l'accès se fait au niveau du sol ou au-dessus, avec éventuellement un couloir à ciel ouvert de type dromos.

Les tombes sont parfois isolées mais le plus souvent elles sont regroupées en nécropoles dans de vastes affleurements calcaires ou gréseux. La nécropole d'Anghelu Ruju regroupe 38 tombes, celle de Montessu 35 tombes. Les nécropoles de Su Crucifissu Mannu et celle de Forus (Villa Sant'Antonio) comprennent respectivement 22 et 20 tombes.

Certaines domus de janas ne comportent qu'une seule pièce en « forme de four », d'autres sont d'architecture plus complexe avec la présence d'une porte, d'un « atrium » ou d'un dromos, permettant l'accès à la chambre sépulcrale. Vingt-neuf tombes comportent un couloir d'entrée. Dans les domus de janas multicellulaires, une petite porte d'entrée ( de côté en moyenne) débouche sur une pièce d'entrée étroite faisant office d'antichambre et celle-ci donne accès une pièce centrale, de plus grande dimension, où chaque côté comporte une porte permettant d’accéder à une ou plusieurs chambres plus petites. Les plus grandes tombes peuvent atteindre jusqu'à vingt pièces, résultant d'agrandissements successifs probablement réalisés pour accueillir les défunts d'un même groupe familial.

Les ouvertures d’entrée des domus et des cellules étaient fermées principalement par des dalles de pierre ou par des portillons en bois. Il n’existe aucun doute sur ce point. À titre de preuve, on peut citer la stèle de Serra is Araus, qui correspond au bouchon de fermeture de l’hypogée homonyme, le bouchon encore en place dans la cellule de la tombe XVI de Su Crucifissu Mannu et celui de l’entrée de la tombe I de Campu Lontanu. La présence de feuillures visibles dans de nombreux portillons (Anghelu Ruju, Furrighesos, Mariughia, Partulesi, Puzzu Putridu, Sa Ogada et Sa Pardischedda) ne s’explique qu’en admettant l’existence de fermetures mobiles, parfois maintenues en place par des chevilles fixées dans des trous creusés dans les parois. Construction Les domus de janas sont des tombes préhistoriques qui ont été creusées dans la roche, avec des pics, comme l'attestent les nombreuses traces laissées sur les parois des tombes et la découverte lors de fouilles archéologiques de nombreux outils lithiques (plus d'une cinquantaine de pics dans la tombe XI de la nécropole d'Anghelu Ruju) laissés sur place. Dès 1909, l'archéologue Antonio Taramelli avait été en mesure de constater qu'à Anghelu Ruju les outils utilisés sont de « gros éclats ou des galets de calcaire jaunâtre provenant du Mont Doglia », plus rarement « des galets de calcaire gris trouvés dans le dépôt alluvial du fleuve voisin » et exceptionnellement « des éclats de trachyte affleurant en divers points de la vallée du rio Filiberto ». Taramelli identifie ainsi cinq types d’outils : des pics (les plus nombreux), des ciseaux, des percuteurs, des polissoirs (rares) et des éclats informes. On connait deux types de pics lithiques : le premier, dit « campignanoïde » ou d’« Anghelu Ruju », présente une forme d’amande, avec des surfaces façonnées par éclatement, ne dépassant pas de longueur, taillé dans un calcaire dur ; le second type, dit aussi de « Molìa », du nom de la nécropole homonyme dans la campagne d’Illorai, utilisait des galets de rivière soigneusement polis et modelés en forme d’amande allongée à pointe conique. Les 232 outils retrouvés dans la tombe VII de Montessu sont majoritairement constitués de pics et de marteaux taillés dans des pierres d’origine volcanique, dure et résistante, avec un façonnage bifacial. Quel que soit le site de découverte des outils, il a été constaté qu'ils correspondaient à des outils fabriqués dans des roches faciles à trouver sur place.

Les domus de janas ne sont pas des structures figées : elles connaissent des réaménagements et agrandissements au fil du temps, en lien avec leur utilisation prolongée et d’une adaptation aux besoins des communautés. En 1998, des traces évidentes de restructuration ont été mises en évidence dans les planimétries de quatorze domus de janas : Anghelu Ruju XX bis et Santu Pedru I, Puttu Codinu VIII, Oredda I, tombe majeure, Noeddale I, Su Crucifissu Mannu VIII et XXI, Molia 1 et 7, tombe du chef, tombe de l'hémicycle, Iloi II, S’Acqua Salida 1. Par la suite, un constat identique a été réalisé dans d’autres hypogées (Mesu ’e Montes II, Ponte Secco IIa, Montalè, Sos Furrighesos VIII et IX). À l'époque nuragique, certaines domus seront transformées en tombes des géants « à façade architecturale ».

Typologie Presque tous les archéologues qui se sont intéressés aux domus de janas ont essayé de les classifier selon une typologie planimétrique.

Approche architecturale En 1901, à la suite de ses nombreuses explorations de domus situées surtout dans la Sardaigne centrale (territoires de Busachi, Fordongianus et Ruinas), G. Pinza utilise une nomenclature issue du vocabulaire de l'architecture classique (atrium, vestibule, dromos, antichambre, cellules « en four » ou à « voûte plate »), encore employée aujourd’hui, et un langage géométrique accordant une place importante à la forme (curviligne, rectiligne) des murs et des plafonds. Pinza distingue ainsi deux types de domus, celles constituées de « petites cellules en four précédées d’un simple couloir ou vestibule », d’où se développent « les hypogées à plusieurs pièces elliptiques ou circulaires, généralement à voûte en coupole » et celles constituées de « simples cellules rectangulaires à voûte plate, auxquelles on accède directement depuis le couloir d’accès », d’où se développa l’hypogée « à cellule rectangulaire, précédée d’une antichambre de plan similaire, accessible par un vestibule ou couloir d’accès, dont la partie interne est parfois couverte par une saillie de la roche ». En 1909, A. Taramelli, après ses travaux à Anghelu Ruju propose une synthèse utilisant le type d’accès aux hypogées comme critère principal de classification : il distingue ainsi les tombes à entrée en puits (avec un couloir plus ou moins long) et celles à pavillon, en soulignant dans les deux cas des constantes planimétriques (présence d'une antichambre, variété des formes des formes des cellules).

vignette|Plan de la domus de janas dite tomba del capo dans la nécropole de Sant'Andrea Priu. vignette|Dromos dans la nécropole de Genna Salixi.

Approches géomorphologique et culturelle Giovanni Lilliu distingue quant à lui deux types d'hypogée selon des critères géomorphologiques : des domus réalisées sur des plateaux ou des affleurements rocheux à peine émergents du sol, avec un puits vertical d’accès et entrée intentionnellement dissimulée, et des domus à projection horizontale, ouvertes dans la façade de falaises rocheuses, avec une entrée bien visible. Le premier type, moins fréquent, serait selon Lilliu plus ancien et peut-être d’origine orientale, car il est attesté surtout dans des zones proches de la mer (Cuccuru S’Arriu à Cabras) et se serait diffusé progressivement dans toute l’île. Pour Lilliu, le second type accorde une importance plus grande à l'articulation planimétrique et au nombre de pièces (passage d'une tombe monocellulaire à une tombe pluricellulaire) et résulte d'une évolution temporelle et des besoins de groupes humains plus ou moins florissants. Constatant que l’articulation des pièces correspond à deux dispositions distinctes (une projection longitudinale ou un développement à plan central), Lilliu estime que le choix de l'un ou de l'autre serait déterminé par des raisons géomorphologiques (configuration et qualité de la roche) et par des motivations culturelles (volonté de rendre désormais l’entrée visible, influence de l'architecture à plan rond des cabanes des pasteurs nomade ou des premiers agriculteurs semi-sédentaires, influence du modèle oriental de la tombe souterraine, influence indirecte des constructions dolméniques de forme rectiligne.