La pharmacopée chinoise Zheng lei bencao 证类本草 / (tradi.) 證類本草 dont le titre entier est Jingshi zhenglei beiji bencao 经史证类备急本草 /(tradi.) 經史證類備急本草, , a été composée sous la dynastie Song, par l’expert en matière médicale Tang Shenwei 唐慎微 (c. 1056 - 1093) originaire du Sichuan.
De sa propre initiative et sans soutien impérial, Tang Shenwei combina et ajusta ensemble les deux dernières grandes pharmacopées des Song, la Jia you bencao 嘉祐本草 (1060) et la Tu jing bencao 图经本草 (1061) et y ajouta plus de 500 notices de substances médicinales, le tout dans un seul ouvrage plus maniable pour les praticiens. La date de composition se situe entre 1098 et 1108 (selon le dictionnaire des Personnes et des sources littéraires de Zheng Jinsheng et al.). L’ouvrage est composé de 31 juan (chapitres).
Tang Shenwei mourut avant de voir la publication de son ouvrage monumental. Son œuvre a été révisée dans les décennies suivantes et publiée avec le soutien de l'empereur Song Huizong à deux reprises : Da guan bencao 大观本草 /(trad.) 大觀本草 en 1108 qui répertorie 1 744 drogues puis la Zheng he bencao 正和本草 publiée en 1116 après révision de Cao Xiaozhong 曹孝忠 et al. et traitant 1748 drogues.
Zheng lei bencao est une des pharmacopées les plus importantes de la Chine ancienne qui a servi de modèle à Li Shizhen pour sa Bencao gangmu. Elle rassemble les drogues du Centre comme du Sud de la Chine, en réunissant les notices des principales pharmacopées produites durant la dynastie Song, et en gardant les innovations du savant polymathe Su Song qui associait les descriptions naturalistes des substances et leurs illustrations. Enfin, pour éclaircir les problèmes terminologiques que ne manquait pas de poser la terminologie sur un domaine si considérable, elle a fait appel aux textes non médicaux pour tirer au clair les problèmes d’ambiguïté ou de synonymie.
Historique du texte Pour son œuvre magistrale de compilation, effectuée quelques années avant 1100, Tang Shenwei est parti des contenus des deux dernières grandes pharmacopées de la tradition principale, de l’époque de l’empereur Song Renzong (1022-1063), la Jia you bencao (1060) et de la Tu jing bencao (1061) dirigée par l’érudit polymathe Su Song, auxquelles il a rajouté des extraits de textes médicaux plus anciens comme le Lei gong pao zhi lun 雷公炮炙論 / 雷公炮炙论 « Discours sur la fabrication des substances médicinales du Seigneur Lei » , la Tang bencao (ou Xinxiu bencao) de Su Jing 蘇敬 (659) la Bencao shi yi 本草拾遺 (739) de Chen Cangqi 陳藏器, la Shi liao bencao 食療本草 (三卷) (713-739) ainsi que de textes non-médicaux contenant des informations médicales. Le travail du savant Su Song avait marqué une double avancée significative en combinant d’une part des illustrations avec du texte sur les matières médicales et d’autre part, en termes de précisions dans la description botanique des plantes médicinales et des autres substances médicinales. On dénombre plus de 500 notices sur les substances médicinales, dont 8 nouvelles drogues, recettes et discussions.
Les substances médicinales sont classées en minéraux (yushi 玉石), arbre (mu 木), humain (ren 人), animaux (shou 兽), oiseaux (qin 禽), petits animaux (chongyu 虫鱼), fruits (guo 果), céréales graines (migu 米谷), légumes (cai 菜), eux-mêmes sous catégorisés en classe supérieure (shang 上), intermédiaire (zhong 中) et inférieure (xia 下).
Dans les éditions anciennes, chaque notice se présente ainsi : les citations de la Shennong bencao sont écrites verticalement en caractères blancs sur fond noir (de la colonne), comme on le voit bien sur l’illustration ci-contre, les citations des médecins des Mingyi bielu 名醫別錄 sont en caractères noirs sur fond blanc. Les textes cités de la Xinxiu bencao sont indiqués par l’annotation Tang fu 唐附 « Addition des Tang », les textes de la Kai bao bencao, et de la Jia you bencao sont marqués avec Xin fu 新附 « Nouvelles additions » et Xin bu 新補 « Suppléments récents ». Enfin les commentaires propres de Tang Shenwei sont séparés optiquement par une ligne horizontale.
Dans l’édition électronique en ligne de Chinese Text Project, les citations se présentent comme le nom de l’auteur ou de l’œuvre, suivi du texte de la citation écrite à l’encre verte. Dans cette autre édition électronique de Chinese Text Project sont combinés les textes de Shennong bencao en blanc sur fond noir et les .
Parmi les textes non-médicaux, Tang Shenwei prend en considération les classiques confucéens et les ouvrages historiques, le canon taoïste et la littérature bouddhiste, conformément à la pratique des lettrés néoconfucéens de l'époque. Plus précisément, il renvoie à environ 250 sources dont 9 bencao, 89 autres œuvres médicales et le reste consistait en 35 sources taoïstes et 1 bouddhiste.
La Zheng lei bencao est une œuvre précieuse pour l’histoire des sciences car elle a préservé du matériel perdu datant de l’époque pré-Song. Elle cite des écrits très rares comme: Bencao shi yi (739) de Chen Cangqi, Lei Xiao 雷斅 (), Lei gong pao zhi lun 雷公炮炙論, Shi liao bencao 食療本草 (713-739) de Meng Xian 孟顯, Haiyao bencao 海藥本草 de Li Xun 李珣 (855-930) ou bien des écrits perdus Xiao pin fang 小品方, Fan Wang fang 范汪方, Yujifang 玉亟方, Shenshifang 深師方, Gujing luyan fang 古今錄驗方, Cuishi fang 崔氏方, Bixiaofang 必效方, Bingbu shouji fang 兵部手集方, Meishifang 梅師方, Danfang jingyuan 丹房鏡源, Gujin luyan yangsheng biyong fang 古今錄驗養生必用方, Doumenfang 鬥門方, ou Shengjinfang 勝金方. Les seuls autres livres citant des sources rares sont Waitai miyao 外臺秘要 et Qian jin fang 千金方.
Le texte a été constamment révisé dans les décennies puis les siècles suivants, pour produire: Da guan bencao 大观本草 /(trad.) 大觀本草 (1108), dont le titre entier est Jīng shǐ zhèng lèi dàguān běncǎo 經史證類大觀本草 publiée en 1108 par les soins de Ai Sheng 艾晟 Zheng he bencao 正和本草 , dont le titre entier est Zhenghe xinxiu jing shi zhenglei beiyong bencao 整合新修经史證类备用本草, publiée en 1116, par Cao Xiaozhong 曹孝忠 et d’autres qui reçurent l’ordre impérial de réviser la Da guan bencao 大观本草 Shao xing bencao 绍兴本草 , la troisième révision a été produite sous la direction de Wang Jixian 王繼先 (1098-1181). Elle a été perdue en Chine et n’est conservée que par fragments au Japon et en Corée Chongxiu zhenghe jingshi zhenglei beiyong bencao 重修政和經史證類備用本草, rédigée sous la dynastie Jin 金 (1115-1234) (dont le titre court est Chongxiu zhenghe bencao 重修政和本草), publiée en 1249, de Zhang Cunhui 張存惠 qui incorpora le texte de la Bencao yan yi 本草衍義 de Kou Zongshi dans le texte de la Zhenglei bencao. Cette bencao fut utilisée pour la série impériale Siku quanshu 四庫全書.
Tang Shenwei termina son énorme manuscrit Jingshi zhenglei beiji bencao 經史證類備急本草 en 1098 (d'après Asaf Goldschmidt (2005) mais d'après sa biographie, il serait mort 1093). Il mourut jeune et n’eut pas la possibilité de voir son œuvre gravée et publiée. Il disparut même avant d’avoir écrit une préface. Son œuvre a le caractère unique d’avoir été compilée à titre privé puis d’avoir été publiée à titre posthume avec l’aide du gouvernement. Plusieurs éditions sortirent sous le patronage impérial, qui furent imprimées plus tard. Lorsqu’il parut finalement, l’ouvrage de Tang Shenwei enregistrait un total de 1744 drogues différentes. C’était un bon en avant considérable quand on se souvient que la bencao des Tang, appelée Xinxiu bencao 新修本草 (659) « Nouvelle révision de la matière médicale » n’en comportait que 850. On peut donc dire que sous la dynastie des Song du Nord, le nombre de substances médicinales validéesayant reçu une forme précurseur d’Autorisation de mise sur le marché (AMM) par les empereurs Tang et Song doubla.
La source qui fournit la majorité des « nouvelles » drogues ajoutées par Tang Shenwei - presque 500 - était Bencao shi yi 本草拾遗 (739) « Suppléments de matière médicale » de Chen Cangqi 陳藏器. La collection de substances médicinales de Chen qui était originaire de la région de l’actuel Zhejiang, reflète l’usage des drogues dans le Sud de la Chine de son époque.
Li Shizhen fait l’éloge de cette œuvre et l’a utilisé comme base pour la compilation du Bencao gangmu. Il l’a cité 152 fois sous divers noms.
La préface La Préface de la Zhenglei bencao vérifiée et catégorisée que l’on trouve dans Chóngxiū zhèng lèi běncǎo xù 重修證類本草序 affirme que la thérapie largement prévalente utilisée en Chine depuis l’antiquité jusqu’au présent (le ), était la thérapie pharmaceutique et non pas l’acupuncture, la moxibustion ou la chirurgie comme on a pu longtemps le croire en France (sous l’influence notamment du sinologue George Soulié de Morant)
(Traduction de ChatGPT4)
Puis l’auteur indique comment sa bencao s'inscrit dans la longue histoire des pharmacopées chinoises qui commence par la Shennong bencao et se poursuit par les révisions sous les Tang et Shu et
Tang Shenwei a terminé son manuscrit Jīng shǐ zhèng lèi bèi jí běncǎo 经史证类备急本草 en 1098, juste avant l’ère (de règne) Zheng he durant laquelle l’empereur fit appel aux érudits et médecins pour préparer une révision de la bencao. Et comme il n’y a aucune mention explicite que Tang Shenwei fut impliqué dans ce travail, on peut supposer qu’il était déjà mort.
La mention de M. Zhang et l’incorporation de la bencao yan yi indiquent que le texte est celui de la Chongxiu zhenghe jingshi zhenglei beiyong bencao 重修政和經史證類備用本草 (1249), la quatrième réédition de la Zheng lei bencao.
Puis surviennent des « ravages de la guerre » qui furent fréquents sous les Song.
Enfin retenons cette observation remarquable sur la conscience des rédacteurs d’appartenir à une longue tradition dépassant leur époque:
Il indique que la contribution de Tang Shenwei du Sichuan a été d’étendre la compréhension de la matière médicale avec des textes des Classiques et des textes historiques. Lorsque le même terme avait des acceptions différentes (en renvoyant à des drogues différentes) selon la province, ou à l’inverse lorsqu’une même drogue avait des noms locaux différents, il a fait appel aux Classiques, à l’Histoire ou à la littérature pour tirer au clair les ambiguïtés ou les synonymies.
Après une audience avec l’empereur, l’auteur prit la responsabilité de ce travail. Il dirigea une équipe de fonctionnaires pour . Il demande de nommer l’œuvre Zhenghe Xinxiu Jing Shi Zheng Lei Bei Yong Bencao 政和新修經史證類備用本草.
Les notices sur les substances médicinales
Exemple du caudex latéral de l’aconit de Carmichael, fuzi 附子
Le terme chinois fuzi 附子 désigne selon le contexte, la plante Aconitum carmichaelii ou une de ses parties utilisée en médecine chinoise, notamment un tubercule latéral, attaché comme le fils (zi 子) est attaché (fu 附) à sa mère. Le renflement tubérisé (ou caudex) de la racine se renouvelle tous les ans, en produisant des caudex latéraux (fuzi), et lui-même s’atrophie progressivement au cours de l'année. Le caudex mère s’appelle en chinois wutou 乌头.
Quatre formes de caudex sont distinguées et décrits Fuzi 附子: caudex latéral, de grande taille, récolté en hiver, ceux avec des protubérances (ou coins), sont considérés comme les meilleurs Wūtóu 烏頭: caudex mère, récolté au printemps lorsque la plante commence à croître, avec l’apparence d’une tête d’oiseau, et une racine longue (3-4 pouces), bifurquée Tiānxióng 天雄: caudex récolté en été (à la mi-août), plus long et plus fin que le fuzi, entouré de plusieurs petites excroissances Cèzǐ 側子: petites excroissances de la racine d’aconit, souvent sur les côtés du fuzi
Quatre notices successives leur sont consacrées (voir par exemple cet exemplaire)
La notice sur le fuzi commence en citant la notice du fuzi du Shennong bencao, la pharmacopée qui a servi de modèle à toutes les pharmacopées ultérieures: