Lukas Vischer, né le à Bâle (Suisse) et mort le à Genève (Suisse), est un théologien réformé suisse. Nommé secrétaire des recherches de la Commission de Foi et constitution (rattachée au Conseil œcuménique des Églises) en 1961, il a été directeur de cette Commission de 1966 à 1979. De 1980 à 1992, il a dirigé l’Office protestant pour l’œcuménisme en Suisse et enseigné la théologie œcuménique à la Faculté de théologie de Berne. De 1982 à 1989, il a présidé le département de théologie de l’Alliance réformée mondiale et, en parallèle, de 1982 jusqu’à sa mort, la Commission des programmes du Centre international réformé John Knox à Genève. C’est à cette époque que son travail s’est axé sur la responsabilité écologique des Églises.
Biographie
1926-1953 : Jeunesse à Bâle Né le dans une famille de notables suisses, tant du côté paternel que du côté maternel, Lukas Vischer est le dernier-né d’une fratrie de quatre enfants. Il grandit à Bâle, où il fréquente l’école secondaire, l’Humanistisches Gymnasium. Après un semestre d’essai en droit et en histoire, Vischer entame en 1946 des études de théologie qui le conduisent dans les universités de Bâle, de Strasbourg et de Göttingen. Il termine ses études supérieures par un trimestre à Oxford où, sous la direction d’Oscar Cullmann, il soutient sa thèse de doctorat sur Basile le Grand (1953)Andreas Karrer, « Lukas Vischer (*1926) », dans Stephan Leimgruber, Max Schoch (dir.), Gegen die Gottvergessenheit, Schweizer Theologen im 19. und 20. Jahrhundert, Bâle, 1990, p. 522ss..
1953-1961 : Pasteur de paroisse à Herblingen/Schaffhouse En 1953, Lukas Vischer épouse Barbara Schmidt, et il accepte un poste de pasteur à Herblingen, près de Schaffhouse. C’est là que naîtront leurs quatre enfants. Dans le canton de Schaffhouse, Vischer s’engage dans le lancement, côté protestant, de ce qui deviendra la Communauté de travail des Églises chrétiennes en Suisse. Il est nommé délégué à la Commission œcuménique de la Fédération des Églises protestantes de Suisse (FEPS).
En parallèle de ses obligations paroissiales, Vischer obtient son habilitation en 1955, avec une deuxième thèse consacrée à l’« Histoire de l’interprétation de 1 Corinthiens 6,11. Renonciation aux droits et médiation » (en allemand : « Die Auslegungsgeschichte von 1. Kor. 6,1-11. Rechtsverzicht und Schlichtung »).
En 1956, Vischer contacte le Conseil œcuménique des Églises (COE) au sujet de la session du Comité central en Hongrie. Il veut mettre en lumière la répression dont sont victimes les représentants des Églises dans ce pays. Le COE l’engage comme traducteur pour la session. Vischer se voit offrir peu après son premier poste au COE, en tant que tuteur à l’Institut œcuménique de Bossey, une école supérieure située près de Genève. Sur proposition du secrétaire général du COE de l’époque, Willem Visser’t Hooft, il est élu en 1960 secrétaire des recherches auprès de la Commission de Foi et constitution du COEIbid.Voir Lukas Vischer, Ein Rückblick auf acht Jahrzehnte, 2006, p. 30-33 (inédit)..
1961-1979 : Au Conseil œcuménique des Églises à Genève Lukas Vischer commence à travailler au COE au moment de sa troisième Assemblée à New Delhi, en 1961. Cette Assemblée apporte de grands changements dans le mouvement œcuménique : le Conseil missionnaire international (CIM) et le COE fusionnent ; les Églises orthodoxes de Russie, de Bulgarie, de Roumanie et de Pologne intègrent l’organisation, créant ainsi une importante présence orthodoxe ; plusieurs « jeunes » Églises de l’hémisphère Sud viennent élargir l’envergure internationale ; et des observateurs de l’Église catholique romaine assistent pour la première fois à l’Assemblée.
La Commission de Foi et constitution, dont Vischer est le secrétaire des recherches puis le directeur à partir de 1966, a la mission suivante : « Le mouvement de Foi et Constitution fait partie intégrante du Conseil œcuménique des Églises. Son but a toujours été de “proclamer l’unité de l’Église de Jésus-Christ et d’appeler les Églises à rendre visible cette unité”. Les principaux moyens pour atteindre ce but sont des programmes d’étude sur les questions théologiques qui divisent les Églises. […] La principale méthode de travail de Foi et constitution repose sur des consultations organisées dans le monde entier, au cours desquelles les questions qui divisent les Églises sont étudiées et débattues. […] L’organisation de ces consultations et la publication des résultats des réunions sont du ressort du Secrétariat de Foi et Constitution, installé au siège du Conseil œcuménique des Églises à GenèveFoi et Constitution.. »
Relations œcuméniques
Concorde de Leuenberg – Unions d’Églises – Confessions chrétiennes mondiales Peu après son arrivée à Genève, Vischer est invité à accompagner les discussions qui réunissent les traditions luthériennes et réformées au niveau européen depuis 1955. Une déclaration affirme que les condamnations du passé « ne concernent pas l’état actuel de la doctrine ». En 1973, après dix ans de travaux, la Concorde de Leuenberg est adoptée et ratifiée par les synodes des Églises participantes – un événement qui aboutira en 2003 à la création de la Communion d’Églises protestantes en Europe (CEPE)André Birmelé dans : Karin Bredull Gerschwiler, Andreas Karrer, Christian Link, Jan Milic Lochman, Heinz Rüegger (dir.), Ökumenische Theologie in den Herausforderungen der Gegenwart, Lukas Vischer zum 65. Geburtstag, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1991, p. 225..
Foi et constitution a également des compétences de conseil lors des négociations en vue d’une union d’Églises et entretient des relations avec les communions chrétiennes mondiales et leurs commissions de dialogue bilatéral ; les contacts avec les instances mondiales ont pour but d’intégrer leurs activités dans le mouvement œcuméniqueVoir W. A. Visser’t Hooft (dir.), The New Delhi Report, The Third Assembly of the World Council of Churches, 1961, Genève, 1962, p. 130ss (https://archive.org/details/wcca11/page/130/mode/2up)..
Relations avec les Églises orthodoxes À la demande du COE, Vischer est chargé des relations avec les Églises orthodoxes de Russie, de Serbie, de Bulgarie, de Pologne et d’Arménie, ainsi qu’avec le patriarche œcuménique Athénagoras 1ᵉʳ. Par la suite, il nouera avec le patriarche Élie II de Géorgie des liens qui compteront beaucoup pour lui. Les relations avec l’Europe de l’Est communiste impliquent un engagement constant en faveur des droits de la personne et de la liberté de religionVoir Emilio Castro dans : Ökumenische Theologie in den Herausforderungen der Gegenwart, p. 14s.. S’agissant de la Russie, la coopération avec le représentant du patriarche de Moscou au COE, le théologien orthodoxe russe Vitaly Borovoï, revêt une importance particulière. En 1964, Vischer organise avec Borovoï et d’autres collègues orthodoxes un dialogue théologique entre les traditions orthodoxes byzantines et orientales dans le but d’éteindre le schisme vieux de 1500 ans qui sépare leurs ÉglisesVoir « Minutes of the Meeting of the Working Committee 1966 Zagorsk », Genève, 1967, p. 17 (https://archive.org/details/wccfops2.052/page/16/mode/2up)..
Le Concile Vatican II et les relations avec l'Église catholique romaine Lucas Vischer acquiert une notoriété internationale en tant qu’observateur officiel du COE lors du Concile Vatican II (1962-1965). L’Église catholique romaine s’ouvre alors à la coopération avec d’autres Églises par le biais de son décret sur l’œcuménisme Unitatis Redintegratio. Le Groupe mixte de travail du COE et de l’Église catholique romaine, dont Vischer sera l’un des deux secrétaires jusqu’en 1979, voit le jour peu après, en 1965Voir « Vischer, Lukas » dans Dictionary of the Ecumenical Movement, 2ᵉ édition, Genève, 2002, p. 1195.. Ce groupe de travail étudie la question des rapports entre unité et autorité et entre la catholicité et l’apostolicité de l’Église. Il prépare également chaque année les ressources de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiensNew Directions in Faith and Order, Minutes of the Meeting of the Working Committee 1967 Bristol, Genève, 1967, p. 116, 120, 123s. (https://archive.org/details/wccfops2.054/page/122/mode/2up)..
Assemblées œcuméniques et études sur l’unité des Églises
L’unité de tous les baptisés en un même lieu L’Assemblée générale du COE à New Delhi en 1961 revêt une importance particulière du fait de sa Déclaration sur l’unité. Elle décrit une « communauté pleinement engagée » qui réunit « en un même lieu, tous ceux qui sont baptisés en Jésus Christ », « confessant la même foi apostolique, prêchant le même Évangile, rompant le même pain, s’unissant dans une prière commune, et vivant d’une vie communautaire qui rayonne dans le témoignage et le service de tous ». En outre, ces baptisés « se trouvent en communion avec l’ensemble de la communauté chrétienne en tous lieux et dans tous les temps, en sorte que le ministère et la qualité de membre sont reconnus par tous, [et] que tous peuvent, selon que les circonstances l’exigent, agir et parler d’un commun accord en vue des tâches auxquelles Dieu appelle son peupleLa Nouvelle-Delhi 1961. Conseil œcuménique des Églises, Rapport de la Troisième Assemblée publié sous la direction de W. A. Visser’t Hooft. Neuchâtel, Delachaux & Niestlé, 1962, p. 113-114. ». La question de savoir comment y parvenir n’a toutefois pas été tranchée.
Convaincu qu’il est possible de s’inspirer des méthodes des premiers conciles chrétiens pour instaurer cette communauté pleinement engagée, Vischer entame des recherches sur les conciles avant même la fin de l’AssembléeVoir The New Delhi Report, p. 131 (https://archive.org/details/wcca11/page/130/mode/2up).Voir Ein Rückblick auf acht Jahrzehnte, p. 38..
Un groupe d’étude patristique comprenant un grand nombre d’orthodoxes est mis sur pied en 1962Voir « Minutes of the Faith and Order Working Committee 1962 Paris », Genève, 1962, p. 8s. (https://archive.org/details/wccfops2.040/page/8/mode/2up).. La formule d’unité de New Delhi sera étendue lors de la quatrième Conférence mondiale de Foi et constitution, à Montréal en 1963, puis lors de la session suivante de la Commission, à Aarhus en 1964.
Baptême, Eucharistie, Ministère et autres études Les travaux sur le ministère et les sacrements relèvent de la compétence de Foi et constitution depuis sa première Conférence mondiale en 1927, et Vischer a notamment pour mission de les poursuivre. L’approche de la Commission concernant la division eucharistique transparaît dans le rapport de la section Unité à New Delhi en 1961 : « Partout où les convictions présentes permettent de progresser dans le sens de l’intercommunion entre les Églises, il faut la pratiquer sans attendre un consensus général et une action d’ensemble du mouvement œcuméniqueLukas Vischer, Foi et Constitution (Coll. Bibliothèque Théologique), Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1968, p. 153.. » Malgré des divergences de vues marquées entre les traditions ecclésiales sur la question du ministère, le processus d’étude permet d’aboutir à une remarquable convergence des positions théologiques. Vischer juge important de mettre en place un vaste processus de consultation pour faciliter l’adoption du document par les Églises membres. La déclaration de convergence « Baptême, Eucharistie, Ministère » sera adoptée peu après son départ du COE, lors d’une séance plénière de la Commission réunie à Lima en 1982Voir le « document de Lima » : Baptême, Eucharistie, Ministère, Document de Foi et constitution n° 111, COE, Genève, 1982 (https://www.oikoumene.org/sites/default/files/Document/FO1982_111_fr.pdf)..