Le lycée militaire de Saint-Cyr (appelé familièrement Khôldo) est l'un des six lycées de la Défense (anciens lycées militaires) du ministère des Armées français, situé à Saint-Cyr-l'École (Yvelines).
Les bâtiments du lycée ont un passé historique particulièrement riche : en effet, l’ont précédé la Maison royale de Saint-Louis (1686-1793), l'hopital du Val Libre (1793-1796), le Prytanée militaire (1801-1808) et l'École spéciale militaire (1808-1940). Les devises du lycée sont Cf. Liste de devises militaires françaises. et Charles de Gaulle, Vers l'Armée de Métier, Berger-Levrault, 1934..
Le lycée scolarise des élèves dont les parents sont militaires et fonctionnaires ainsi que des adolescents boursiers. Ce n'est que pour les classes préparatoires aux grandes écoles qu'il effectue sa mission de formation des jeunes élèves-officiers. Ces derniers sont préparés aux concours pour les grandes écoles militaires de la même manière que leurs camarades du civil ; la formation sportive obligatoire à raison de quatre heures par semaine, la présence d'un encadrement militaire et le port d'un treillis font partie des différences avec les autres classes préparatoiresLycée militaire de Saint-Cyr , consulter l'onglet « mission » dans la section « Au cœur du lycée »..
Historique du lycée thumb|Le domaine de Saint-Cyr et les élèves de la Maison Royale de Saint-Louis, gravure, vers 1690, auteur inconnu. Le site du lycée militaire de Saint-Cyr a accueilli successivement les établissements suivantsBrochure de renseignements administratifs pour le second cycle, édition juin 2006, page 6. : la Maison royale de Saint-Louis (1686-1793) ; l'hôpital militaire du Val-Libre (1793-1796) ; le collège militaire de Saint-Cyr (1800-1805) ; le Prytanée militaire de Saint-Cyr (1805-1808) ; l'École spéciale militaire (1808-1940) ; le collège devenu lycée militaire (depuis 1966) ; le lycée militaire Charles-de-Gaulle (depuis , dénomination annoncée lors d'un discours de la ministre des Armées Florence Parly).
La Maison royale de Saint-Louis (1686-1793)
thumb|left|upright|Portrait de la marquise de Maintenon. La fin du règne du roi est marquée par des guerres longues et coûteuses en vies humaines. En outre, une partie de la noblesse doit vendre ses biens et se retrouve par conséquent ruinée. Le roi décide dès lors de créer trois établissements pour accueillir les enfants de nobles qui ne peuvent donner à leurs descendants une éducation digne de leur rang : les compagnies de cadets pour former au métier d'officier les fils de familles nobles pauvres, et la Maison royale de Saint-Louis pour accueillir les jeunes filles de familles nobles dans le besoin, avec priorité à celles dont les pères étaient morts au combatSaint-Cyr magazine, magazine d'informations municipales, n° 142, juin 2008, page 7..
Décision et construction vignette|Plan de la Maison royale. En 1684, le roi décide donc en grand conseil, sur les instances de sa maîtresse Madame de Maintenon, la fondation « d'une maison et communauté où un nombre considérable de jeunes filles, issues de familles nobles et particulièrement des pères morts dans le service […] soient entretenues gratuitement […] et reçoivent toutes les instructions qui peuvent convenir à leur naissance et à leur sexe ». Il n'est pas question d'en faire des religieuses, mais des futures mères de famille pour la reconstitution de la noblesse française. François Michel Le Tellier de Louvois et Jules Hardouin-Mansart sont chargés de réaliser ce projet. La marquise s'y intéresse dès 1681, prenant exemple sur son amie Madame de Brinon : celle-ci avait créé à Rueil une maison d'éducation pour jeunes filles. Madame de Maintenon installe tout d'abord son pensionnat au château de Noisy. Le bâtiment est néanmoins trop petit pour y éduquer un grand nombre de demoiselles et connaît en outre des problèmes d'approvisionnement en eau ; un domaine est donc acheté aux environs de Versailles, dans le village de Saint-Cyr (val de Gally) en 1685, les architectes notant que . La maîtresse royale regrette néanmoins ce choix en raison de la grande humidité des lieux : SAINT-CYR A TROIS CENTS ANS, par Alain-René Gennari, sur son site personnel.. Les travaux commencent le ; trois mille ouvriers militaires (dont neuf cents maçons et quatre cents tailleurs de pierre) sont réquisitionnés pour ce chantier d'un an, qui voit ériger douze corps de bâtiments sur trois niveaux entourant cinq cours (de sur ) et qui nécessite de détruire le petit château qui s'y trouve. L'édifice, qui comprend notamment une chapelle, boulangerie, des écuries et un escalier d'honneur en fer forgé, est alors l'un des plus modernes de l'époque, comme en témoigne la présence d'une infirmerie, d'une apothicairerie et de quinze latrines. La chapelle est séparée en deux parties : l'« église du dehors », où s'installent les domestiques et les villageois, et la nef, pour les demoiselles et l'encadrement de la Maison royale..
Présentation de l'institution thumb|upright|Gravure représentant deux « demoiselles de Saint-Cyr ». L'installation de la Maison royale d'éducation de Saint-Louis à Saint-Cyr a lieu du au . Madame de Maintenon déclare alors : . Pour célébrer la fondation de l'institution, fait frapper une médaille en or le représentant en bienfaiteur de la Maison royaleaujourd'hui présente dans les collections de l'hôtel des Monnaies, numéro 282A.. Cette maison, unique en Europe, n'est pas confiée à des religieuses mais à trente-six dames laïques. La marquise est désignée comme « fondatrice et directrice perpétuelle » et Madame de Brinon est nommée supérieure de l'institution : les supérieures sont par la suite élues par les trente-six dames, selon un rituel codifié (âge minimum de trente ans, quatre ans d'ancienneté dans l'institution et vote à bulletin secret) ; quinze supérieures se succéderont jusqu'à la fermeture de la Maison royale. L'organe de direction est composé de la supérieure, d'une sous-supérieure qu'elle nomme, d'une dépositaire (intendante) et de la maîtresse des novices (qui s'occupe de la formation des futures dames). Vingt-quatre converses s'occupent du service et de l'entretien. La Maison est dotée d'une dimension religieuse en étant placée sous l'invocation de Saint Louis, ceci constituant en même temps un hommage au roi.
Elle accueille deux cent cinquante demoiselles nobles et pauvres qui sont ; les familles de ces jeunes filles doivent prouver cent quarante ans de noblesse afin d'y entrer. Elles y entrent âgées de neuf à douze ans et en sortent à vingt ans maximum. Doté de cent cinquante mille livres de rentes, l'établissement est organisé de façon simple : quatre « maisons » sont créées, avec chacune un dortoir, une salle d'étude, un réfectoire et une couleur de ruban pour chaque classe d'âge : rouge jusqu'à dix ans, vert de onze à quatorze, jaune de quinze à dix-sept et bleu de dix-huit à vingt ans. Les cours donnés à la Maison royale sont ludiques et varient en fonction de l'âge des pensionnaires : littérature française, histoire, géographie, musique et même arithmétique et sciences naturelles pour les plus âgées.
Le , le Roi est convié pour la représentation d'une pièce de théâtre que Jean Racine a spécialement créé pour les demoiselles, à la demande de la marquise : Esther. En 1691, Racine crée aussi la pièce Athalie. Son ami Nicolas Boileau aide à faire répéter les demoiselles. Des membres de la Cour, à l'instar de Madame de Sévigné, assistent à certaines représentations.
thumb|Racine faisant répéter Esther. Une rupture se produit lorsque la marquise décide de donner une nouvelle impulsion religieuse à la Maison. En effet, elle constate que la venue de courtisans depuis Versailles conduit ses élèves à se montrer . En parallèle, des intérêts financiers justifient aussi cette décision, Louis XIV voulant en effet unir la très aisée mense abbatiale de Saint-Denis à la Maison royale de Saint-Louis. Le pape Innocent XII accepte à contrecœur cette modification et l'institution devient, en 1692, un monastère régulier. L'encadrement n'est alors plus assuré par des dames mais par des religieuses, ce qui conduit le Roi à durcir les conditions d'entrée. En 1694 est créé un « Conseil extérieur », où siègent un conseiller d'État, un avocat et un intendant, chargés de veiller aux biens temporels de la Maison royale, devenus entre-temps importants.
La Maison royale après Madame de Maintenon Les séjours à Saint-Cyr de Madame de Maintenon se font au fil du temps de plus en plus fréquents. En 1715, à la mort du Roi, elle se retire définitivement à Saint-Cyr. Seules quelques visites comme celles du Régent, de la princesse Palatine ou du tsar Pierre le Grand changent son quotidien. Elle y meurt en 1719 et est enterrée dans la chapelle. Ses cendres sont exhumées en 1793, pendant la Révolution française et traînées dans les rues de la ville. Un domestique les enterre dans le parc et ce n'est que dans les années 1810 qu'elles sont exhumées et placées dans un coffre de l'économat, jusqu'à ce qu'en 1895 elles soient replacées dans leur caveau d'origine, dans la chapelle. Après la Seconde Guerre mondiale, lors de laquelle la chapelle est détruite, elles sont envoyées à Versailles« Le château de Versailles dans la Seconde Guerre mondiale », chateauversailles.fr, consulté le 29 août 2023., puis définitivement réinstallées dans la chapelle, lors d'une cérémonie, le .
Après le décès de la fondatrice, le roi ne délaisse pas l'institution, et veille même à sa bonne marche, mais ne s'y intéresse que de loin. Il fait construire le « pavillon des archives », dont les plans ont été dressés quarante ans plus tôt par Jean Cailleteau (mais qui, faute d'argent, n'avaient pas été mis en œuvre) et réadaptés par Gabriel. Le centenaire de la Maison d'éducation, en 1786 est somptueusement fêté, mais il ne doit plus sa survivance qu'à la sœur du roi, Madame Élisabeth. En effet, Louis XVI ne va jamais sur les lieux et n'observe les feux d'artifice de l'anniversaire que depuis les terrasses du château de Versailles, alors que l'école n'est située qu'à quelques kilomètres.
L'hôpital militaire du Val Libre (1793-1796) vignette|La chapelle. La Révolution française sonne le glas de la Maison royale. Louis XVI tente de sauver l'institution en publiant un décret, le , où il propose que toutes les filles d'officiers, sans distinction de naissance puissent l'intégrer. Finalement, un inventaire est réalisé et la majorité des biens fonciers et matériels sont vendus au plus offrant, respectivement pour 8 millions de livres et livres. Comme tous les établissements religieux, le , la Maison royale de Saint-Louis, qui a éduqué plus de trois mille demoiselles au cours de son histoire, est supprimée par décret de l'Assemblée législative.
Le , elle est évacuée et transformée en hôpital militaire appelé, comme la commune, Val Libre. Les bâtiments accueillent neuf cents lits et vingt salles d'hôpital. La chapelle subit une reconversion totale, désormais séparée en deux étages : dans l'un elle accueille des malades, dans l'autre des blessés. En 1798, sous le Directoire, l'hôpital devient une succursale de l'hôtel des Invalides de Paris ; il ne redevient un lieu de culte qu'en 1808Lycée militaire de Saint-Cyr , consulter l'onglet « mission » dans la section « Au cœur du lycée »..
La tradition d'éducation pour les jeunes filles est reprise ensuite et perpétuée jusqu’à nos jours par la Maison d'éducation de la Légion d'honneur (fondée en 1805 et située à Saint-Germain-en-Laye pour la partie collège et Saint-Denis pour la partie lycée).
Le Collège militaire de Saint-Cyr (1800-1805) et le Prytanée militaire de Saint-Cyr (1805-1808)