Jean-Pierre Abraham (1936-2003) est un écrivain français, auteur de différents récits autobiographiques, de poésies en prose et d'histoires pour enfants. Son livre le plus célèbre — Armen — porte sur la période de sa vie pendant laquelle il a été gardien de phare à Ar-Men. Il est le père du sociologue Yves-Marie Abraham, de l'artiste Clet Abraham et du musicien de jazz Clément Abraham.

Biographie

Famille, l'enfant et l'adolescent (1936-1952) Jean-Pierre Abraham est né à Nantes le ., ses parents, dentistes à Hennebont à côté de Lorient, sont d'un milieu et des lecteurs assidus, notamment de Jacques Chardonne, François Mauriac et Georges Duhamel. Lors de la Seconde Guerre mondiale la famille déménage pour aller se réfugier, dans une ville moins exposée, à Fontenay-le-Comte en Vendée. Les parents et leurs enfantsLa date de naissance des autres enfants n'est pas connue, mais la fratrie sera de cinq garçons et une fille (source Philippe Savary, p.14). retournent en Bretagne, en 1945, après la libération de la Poche de Lorient..

Du fait de la destruction de la ville de Lorient, le jeune garçon, qui n'a alors que neuf ans, commence ses études de l'enseignement secondaire au collège des jésuites de Vannes. où la grande majorité des élèves de sa classe ont deux ans de plus que lui. C'est trois années plus tard qu'il retourne poursuivre sa scolarité à Lorient. Toujours bon élève, il passe et obtient son baccalauréat à 16 ans. Cette période de fin de l'enfance et de l'adolescence est aussi marquée par les vacances. En 1946, ses parents emmènent leurs enfants à Carnac où ils ont loué une maison pour ces premiers congés de l'après-guerre. Ayant rapidement fait le tour des plaisirs de la plage, son père achète une petite plate. Au fil des vacances ce premier achat est rapidement remplacé par un dériveur sportif puis par un petit voilier de croisière côtière qui permet de sillonner la baie de Quiberon et même d'aller jusqu'à Belle-Île. Cette découverte de la navigation marque le jeune Jean-Pierre Abraham d'autant plus que son père, devenu un sur le yachting achète de nombreux ouvrages, notamment ceux de Jean Merrien, et arme le petit voilier , les Instructions nautiques sont à bord..

Étudiant et écrivain à Paris (1952-1956) Jean-Pierre Abraham, devenu un jeune adulte précoce, quitte sa famille, au début de l'année scolaire universitaire de 1952, pour aller à Paris où il s'est inscrit en licence de lettres à la Sorbonne. Le jeune étudiant découvre assez vite qu'il n'a pas de motivation pour devenir professeur mais qu'il a une forte envie d'écrire. Il est , apprécie les publications des éditions du Seuil et de la revue Esprit, lit des ouvrages d'Emmanuel Mounier et est influencé par le courant Personnalisme. Les jeudis il va au pot organisé par le Seuil et s'émerveille d'y rencontrer Paul-André Lesort, grand prix catholique de littérature en 1955 pour Le vent souffle où il veut, ou Albert Béguin. Son besoin d'écriture se traduit par des qu'il envoie à Jean Cayrol entré comme éditeur au Seuil.

L'écrivain qui le marque le plus durant son séjour parisien est le lauréat du prix Femina 1955, André Dhôtel, pour son ouvrage Le Pays où l'on n'arrive jamais. Il fait sa connaissance lors de la remise du prix à l'hôtel de Crillon le premier mercredi du mois de novembre. Peu de temps après il lit La Chronique fabuleuse dans le train qui le ramène à Lorient, c'est qui lui permet dès la nuit suivante d'écrire d'un jet son récit Le Vent.. Puis c'est au cours d'un voyage linguistique à Londres que Jean Cayrol l'informe, par courrier, du prochain aboutissement de son projet de revue. Jean-Pierre Abraham a 20 ans, lorsque Le Vent figure dans la première livraison de la revue Écrire en . Dans la revue, l'auteur de Le Vent est présenté ainsi : « Jean Abraham : né à Nantes le . A vécu dans le Morbihan. Poursuit une licence de lettres à Paris ». Cette publication lui doit une critique dans Le Figaro signée par Claude Mauriac : ..

Marin de la Royale puis gardien de phare (1956-1962) L', il n'a pas passé les épreuves de la licenceAu début de son court récit Cette nuit-là, Jean-Pierre Abraham indique pourquoi il a fait le choix de ne pas passer les épreuves de la licence de lettres : (page 63 de l'édition 1997 de Le Vent)., est soutenu par Jean Cayrol qui l'encourage à persévérer dans l'écriture. Mais Jean-Pierre Abraham doit quitter Paris pour effectuer son service militaire dans la marine nationale, à une époque où le temps des conscrits a été porté à trente mois du fait de la guerre d'Algérie. C'est à Brest qu'il embarque sur un dragueur de mines, navire d'environ cinquante mètres de long disposant d'un équipage d'une quarantaine d'hommes. Les navigations ont surtout lieu en bordure de côte, même si elles le mèneront une fois jusqu'au Maroc mais jamais en Algérie. C'est au cours d'exercices dans la mer d'Iroise qu'il découvre le phare d'Ar-Men, fixé sur un rocher, en un point situé à douze kilomètres dans l'ouest de l'île de Sein. Cette vision, provoque une envie irrationnelle et sans équivoque, . C'est à Brest qu'il donne forme à ce projet, peu de temps avant la fin de son service militaire, habillé en marin, il se présente à l'ingénieur du service des phares et balises. Contrairement à ses craintes, , celui-ci ne s'oppose pas à sa candidature, il lui propose simplement de commencer par un essai de neuf mois.

vignette|upright|Le phare d'Ar-Men en 2011. Il commence sa période d'essai en rejoignant, en , le phare d'Ar-Men, où il fait équipe avec le gardien Martin. Neuf mois plus tard, la période probatoire étant positive, il doit alors suivre la formation des gardiens de phares d'une durée d'un an et demi. Avec le statut de stagiaire Jean-Pierre Abraham rejoint, en 1960, l'école du cap Gris-Nez pour suivre l'instruction théorique, puis c'est au centre de balisage de Saint-Nazaire qu'il va suivre la formation pratique. L'enseignement aborde la mécanique et l'électricité mais également les techniques du travail du bois et du fer.. Toujours résolu à mener à bien son projet il refuse une proposition de Jean-Edern Hallier qui l'invite à intégrer la rédaction de la revue Tel Quel.

C'est au début de l'année 1961 qu'il devient gardien titulaire au phare d'Ar-Men. Les périodes prévues sont de vingt jours dans le phare suivis de dix jours de repos à terre, en général dans la maison des gardiens, dite le Grand Monarque, sur l'île de Sein. Il y a toujours deux gardiens en service sur le phare, la relève et le ravitaillement, sont assurés, au départ de Sein, par la Velléda (troisième du nom), patron Henri le Gall. Le planning des relèves est régulièrement modifié, notamment en hiver, en fonction de l'état de la mer qui peut rendre impossible le transbordement des hommes entre le bateau et le phare. La vie du gardien en service est rythmée par des périodes et des activités routinières, la montée et la descente de l'escalier, l'allumage et l'extinction du feu, les quarts, la veille, le remontage du poids, la cuisine, les repas. Pendant la journée c'est l'entretien avec la peinture et le nettoyage des cuivres, puis les impondérables, réglage et réparation du moteur, des portes et vitres détruites par la dernière tempête. Il reste encore du temps pour la pêche par beau temps et des moments pour le vide, les rêveries, la peur. Dans l'intimité de sa chambre il passe également du temps avec les trois seuls ouvrages qu'il met à chaque relève dans son sac : l'album Vermeer et sa reproduction de la jeune fille au turban, un album plus petit sur un monastère cistercien, et un recueil de poèmes de Pierre ReverdyJean-Pierre Abraham, Armen 1967..

Lors des périodes de repos, sur l'île, il s'est fait des amis, notamment, Henri le Gall, le patron de la Velléda, mais aussi le peintre Yves Marion, arrivé, à la rentrée scolaire 1961, avec sa femme Marie-Thérèse le Moal venue prendre un poste d'institutrice, à une époque où Sein compte encore une population de plus de . L'artiste et le gardien-écrivain qui ont régulièrement de longs échanges., . Par l'intermédiaire d'un gardien montant, Yves Marion, fait parvenir à Jean-Pierre Abraham une première série de dessins. Celui-ci est dubitatif sur le titre, la Mer à voir, mais s'intéresse aux dessins qu'il étale par terre dans sa chambre afin d'avoir une vision d'ensemble en se déplaçant avec sa lampe à pétrole. Avec difficulté il finit par trouver les mots pour lier un texte à chaque imageJean-Pierre Abraham, Armen, 1967 (édition 1988 p.93-95).. Une autre fois le peintre lui confie directement les dessins sur l'île. Il les monte au phare, l'écriture est difficile mais noircit des brouillons. Une nuit c'est la délivrance, il déchire les essais et Jean-Pierre Abraham, Armen, 1967 (édition 1988 p.139)..

La télévision s'invite à Ar-Men (1962-1963) À la fin de l'année 1962, une équipe de télévision débarque sur l'île de Sein pour faire un reportage sur les gardiens du phare d'Ar-Men dans le cadre de l'émission Les Coulisses de l'exploit. Ils rejoignent le phare avec la Velléda. Outre des images sur la relève et des lieux et tâches habituelles effectuées par ces hommes, il est prévu de filmer un gardien racontant sa vie dans le phare, mais . Pour résoudre ce problème, Jean-Pierre Abraham se dévoue tout en demandant au réalisateur, Jean Pradinas, de ne pas utiliser ces images.

Au mois de novembre, la rédaction du magazine Télé 7 jours, ayant appris que la diffusion de ce reportage est programmée pour le , décide d'envoyer voir sur place le rédacteur, Claude Sire, et le photographe, Jean-Claude Colin. Le , les deux hommes embarquent, au petit port de Bestrée., sur l'Iroise, qui remplace momentanément la Velléda en grand carénage, pour rejoindre Sein. Après la pause repas et l'embarquement du gardien montant la vedette met le cap sur le phare. Le temps est calme et la mer belle, les journalistes sont transbordés sur le phare, par les gardiens., et ils ont juste le temps de monter en haut et d'en redescendre pour prendre en photo Jean-Pierre Abraham suspendu dans les airs pour rejoindre l'Iroise qui n'attend plus qu'eux pour repartir avant la renverse du courant. C'est chez Fine et Henri Le Gall qu'ils passent la soirée en compagnie du jeune gardien. Claude Sire, sous le charme, repart avec l'idée que le reportage doit pouvoir être vu, sur le phare, le jour de sa diffusion. Sa rédaction accepte le projet, fournit le téléviseur et le matériel nécessaire : antenne et convertisseur, leur laissant le soin d'effectuer la livraison..

Retour à Bestrée en voiture, le vent de suroit est fort, la marée est basse, il faut charger le matériel dans un petit canot pour rejoindre l'Iroise et Henri Le Gall. La mer est creusée dans le Raz, les bagages valsent dans un coup de roulis, il faut reprendre l'arrimage. Arrivé à Sein, il y a juste le temps de prendre un repas avant de repartir pour le bout de la chaussée. La mer est difficile, il n'est pas possible d'accéder au phare, retour sur l'île. Ce n'est que trois jours plus tard qu'une relative accalmie permet d'aller jusqu'à Ar-Men. La mer déferle, Henri Le Gall prend le temps qu'il faut, choisit les moments favorables., les deux journalistes et leurs bagages sont sur la plateforme., ils entrent, la porte est refermée et renforcée avec les barres en bronze. L'Iroise a déjà mis le cap sur Sein. On est le , le poste de télévision est installé dans la cuisine mais il n'a pas résisté et il ne fonctionne pas. Ce soir les deux gardiens, Jean-Pierre Abraham et Lucien Priol, ont des invités, la cuisine est décorée, il y a un sapin, des guirlandes, du houx. À une heure du matin, moment habituel du changement de quart où les gardiens se croisent, ils sont quatre autour de la table avec ce qu'il faut pour que ce « réveillon » soit différent de l'ordinaire.. Les gardiens n'ont pas vu l'émission de télévision, les journalistes découvrent que .