Xavier Forneret, surnommé « l'Homme noir, blanc de visage », né à Beaune (Côte-d'Or) le et mort dans la même ville le , est un écrivain, dramaturge et poète français.

Riche propriétaire de vignobles en Côte-de-beaune, dans les domaines de Pernand et Savigny notamment, Xavier Forneret a dilapidé le patrimoine familial en menant une existence de marginal excentrique. Sa fortune lui permet de publier lui-même ses ouvrages à compte d'auteur et de faire représenter son théâtre à ses frais, sans jamais rencontrer le succès. De son vivant, Charles Monselet lui consacre un article dans Le Figaro, qui fonde sa légende comme .

Représentant une tendance frénétique du romantisme français, Xavier Forneret est associé par les critiques littéraires aux petits romantiques, , selon Jean-Luc Steinmetz, . Selon François Dominique, sa personnalité originale .

Son œuvre a été tirée de l'oubli par les surréalistes, qui le rapprochent de Lautréamont et de Raymond Roussel. Il est considéré par André Breton comme un précurseur de l'écriture automatique et un maître de l'humour noir. Le Prix de l'Humour noir en littérature a été nommé en son honneur, depuis sa création par Tristan Maya en 1954.

Biographie

Enfance et milieu familial Issu d'une famille de marchands originaire de Lausanne et installée à Beaune depuis le , Antoine-Charles-Ferdinand-Xavier Forneret naît le . Il est le fils unique de Jean-Antoine Forneret, né en 1774, et d'Éléonore-Philiberte-Émilie Mathieu, née en 1782. Ses parents s'étaient mariés le , et habitaient cour Forneret (actuellement 1, rue Carnot). Son éducation comprend l'apprentissage du violon, auprès d'un professeur beaunois, puis d'un professeur parisien. Ce violon est un stradivarius, selon un poème de Vapeurs, ni vers ni prose (Vapeur XXIV).

La fille aînée du couple, Marguerite-Apolline, née le 13 messidor an XIII (), épouse Fabius Caron, médecin à Paris, le , contre la volonté de sa mère, mais avec la signature du père et du frère. Parmi , terme qu'il propose de remplacer par « songe-vide, Encore un an de Sans titre », on compte peu d'auteurs classiques et assez de modernes pour son époque, tel que le révèle l'inventaire de sa bibliothèque : La Rochefoucauld, La Fontaine, Racine, Voltaire, Gresset, Rousseau, d'Alembert, Chamfort, Florian, Volney, Béranger, Byron, Young, Lamartine et Hugo. Ces quatre derniers auteurs ont exercé une profonde influence sur son œuvre.

Patrimoine, héritages et procès vignette|left|upright=1.2|Le tel que le connaissait Xavier Forneret.|alt=Photographie en noir et blanc d'une maison de campagne Jean-Antoine Forneret meurt le . Son fils âgé de 19 ans est émancipé le , afin de pouvoir recueillir l'héritage paternel, notamment la maison de campagne de Mimande, à une douzaine de kilomètres de Beaune, qui devient sa résidence principale. C'est dans ce que Forneret rédige la plupart de ses œuvres pour la Lettre à Dieu, par exemple.. Son intérieur comporte bientôt .

La fortune de Xavier Forneret consiste notamment en vignobles de Bourgogne très renommés, les vignes de Pernand et Savigny en particulier — qui deviennent l'enjeu d' entre le fils et sa mère, après la mort de la sœur aînée, à Paris, le . Bernadette Blandin, éditrice et biographe de l'écrivain, rappelle que .

En tant que fils de veuve, Xavier Forneret est exempté lorsqu'il tire au sort pour le service militaire en février 1830. Lors de la révolution de Juillet, il est pourtant intégré dans la garde nationale récemment rétablie. Sans quitter Beaune, le jeune homme appartient au corps de musique, où il tient la caisse roulante.

Xavier Forneret s'installe à Dijon en 1832, puis à Paris en 1837. Il y fait paraître ses ouvrages, publiés à compte d'auteur. Il obtient également d'y faire représenter son théâtre, sans rencontrer le succès. Au terme de ces deux séjours de cinq années, il redevient citoyen de Beaune après la mort de sa mère, le . Depuis plusieurs années, celle-ci , selon Tristan Maya, montrait .

Aux deuils familiaux qui frappent le jeune auteur s'ajoutent des circonstances étranges et macabres — comme la découverte du cercueil de sa sœur, morte depuis plus de dix ans, que leur mère avait fait revenir secrètement et qui est retrouvé grâce à une tentative de vol dans la maison familiale : . Xavier Forneret fait célébrer une cérémonie religieuse à la suite de cet événement, le .

Sa situation matérielle, de son domaine situé sur les communes de Savigny et Pernand, estimé à Francs pour .

Journalisme, politique vignette|upright=0.8|Le Vrai Patriote, 16 août 1849, l'un des derniers numéros publiés.|alt=Couverture du journal Le Vrai Patriote de 1849 La révolution de 1848 et l'instauration de la seconde République sont l'occasion pour Xavier Forneret de s'exprimer dans le domaine de la politique. Un poème paraît le , et dédié Aux électeurs de Beaune, et à tous, qui se présente comme une , même si Tristan Maya estime que ces vers .

Surtout, il prend la direction d'un journal , Le Vrai Patriote. Le premier numéro paraît le , mais la parution du journal est suspendue le , à la suite de l'élection de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence. La publication reprend le , et montre les premiers signes de déchéance financière de Xavier Forneret. Celui-ci commence à vendre ses maisons et ses terres. Après quelques numéros, Le Vrai Patriote disparaît définitivement le . La dissolution de la société en est officialisée le .

Par la suite, Xavier Forneret consacre ses interventions publiques à : l'infanticide en 1856, le pouvoir temporel du pape (Mon mot aussi en 1861) et surtout la peine de mort, dont il se montre partisan, à l'occasion du procès de Charles Hugo. Il publie ainsi ses Réflexions sur la peine de mort à Dijon, en juin 1851, précédées d'une Lettre à M. Victor Hugo.

Cette brochure connaît une seconde impression à Paris, en février 1870, sous le titre Quelques mots sur la peine de mort. Ce texte est ainsi le seul de son auteur dont le tirage atteint exemplaires, à titre exceptionnel. Selon Jacques-Rémi Dahan, .

Amours et descendance Xavier Forneret ne s'est jamais marié, mais il a entretenu des relations avec au moins trois femmes, dont le témoignage est parvenu aux historiens de manière administrative ou littéraire, et montrent il était au quotidien.

À partir de la fin de l'année 1844, l'écrivain vit le plus souvent dans sa propriété de Mimande . La soupçonnant de l'avoir trompé, . Le , il l'accuse d'avoir tenté d'empoisonner la salade qu'elle avait assaisonnée : . Les amants se séparent, .

Quinze jours plus tard, le , Xavier Forneret écrit une Lettre à Dieu de quatre pages, dans laquelle il règle ses comptes avec la jeune femme, . Écrouée en septembre sous l'inculpation d'empoisonnement, Jeanne Sarrey est acquittée et remise en liberté le . Tristan Maya reconnaît que l'écrivain et fait l'objet de chroniques hostiles dans la presse locale, avec laquelle il est en conflit depuis plusieurs années.

Dès l'année suivante, Xavier Forneret vit avec . Celle-ci lui donne un fils, prénommé Antoine-Charles-Ferdinand-Xavier, le . Reconnu par son père le , l'enfant est également le dédicataire d'un poème publié à Beaune le , , À mon fils naturel. Émilie Martin donne naissance à un second fils, prénommé Charles-Ferdinand-Louis-Claude, le , que Xavier Forneret reconnaît également. Selon Tristan Maya, .

Ces deux seuls enfants de l'écrivain meurent, l'aîné en 1867 à une date inconnue, et le cadet le . Dans une carte-lettre versée au dossier de son testament olographe , Xavier Forneret note, le : . En effet, c'est sans doute dans le courant de 1853 qu'il se sépare de sa maîtresse, ou que celle-ci le quitte.

Tristan Maya s'interroge encore sur .

Dernières années Xavier Forneret rédige un premier testament le . À partir de l'année 1875, il vit en compagnie d'une artiste autrichienne, originaire d'Olmütz, la baronne Frédérique-Rosalie von Humbracht qui l'accompagne au piano lorsqu'il se produit . C'est en sa faveur qu'il reprend son testament, le . Cependant, à cette date, son patrimoine est très diminué. Le , , il doit vendre sa maison de Mimande à son notaire, M. Béné.

L'écrivain meurt à Beaune le à dix heures du soir. Aucun membre de sa famille n'est présent, un voisin signe la déclaration de décès. La Revue Bourguignonne insère une brève notice nécrologique dans son numéro du lendemain : . Le service religieux et l'inhumation ont lieu le surlendemain. Conformément à ses dispositions testamentaires, il est enterré dans le cimetière de Beaune, auprès de ses parents. La tombe familiale a été relevée dans la fosse commune à la fin des années 1920. Il est remarquable, par ailleurs, que le testament de Xavier Forneret, , constitue l'un des très rares documents présentant un échantillon de son écriture et de sa signature« Xavier Forneret, écrivain », par Bernadette Blandin..

Œuvre

Théâtre Deux destinées, drame en cinq actes, 1834, Vingt-trois, trente-cinq, comédie-drame en un acte, 1835, créé au théâtre de Dijon le , L'Homme noir, drame en cinq actes, 1835, créé au théâtre de Dijon le , Oncle et neveu Franget, comédie burlesque représentée en 1854 à Chalon-sur-Saône (perdue) Mère et Fille, drame en cinq actes, dont un prologue, 1855, créé au théâtre de Montmartre, le , Jamais, drame signalé dans un article du Moniteur dramatique, le (perdu)

Contes, récits, roman Rien suivi de Quelque chose, 1836, Et la lune donnait et la rosée tombait, 1836, Lanterne magique ! Pièce curieuse !, 1836, Quelque chose du cœur, 1837, Pièce de pièces, Temps perdu, 1840, Premier extrait d'un volume de Rêves, 1845 (perdu) Deuxième extrait d'un volume de Rêves, 1846, Caressa, roman, 1858, Pierre aimait, conte non daté, intégré dans le recueil Ombres de poésie

Poésie Vapeurs, ni vers ni prose, 1838, À mon fils naturel, 1847, Quelques-unes doivent dire cela, poème extrait de Vapeurs, ni vers ni prose, 1848, Aux électeurs de Beaune et à tous, poème imprimé sous forme d'affiche, 1848, Lignes rimées, 1853, L'Infanticide, poème imprimé en caractères rouges, inséré dans le recueil Ombres de poésie, 1856, À Sa Majesté l'Empereur passé, présent, futur, poème inséré dans Ombres de poésie, 1858, Ombres de poésie, 1860

Aphorismes Sans titre, par un homme noir blanc de visage, 1838, Encore un an de Sans titre, par un homme noir blanc de visage, 1840, Broussailles de la pensée, de la famille de « Sans titre », 1870

Divers vignette|upright=0.9|La fleur des champs, villanelle.|alt=Affiche de La fleur des champs Lettre à Dieu, 1846, Pourquoi je n'ai pas pu donner dans les élections ma pauvre petite voix à Beaune, brochure politique de 1846 (perdue) Procès en diffamation, 1850, Lettre à M. Victor Hugo, suivie de Réflexions sur la peine de mort, 1851 (rééditée sous le titre Quelques mots sur la peine de mort en 1870) Voyage d'agrément de Beaune à Autun, fait le 8 septembre 1850, 1851, 47 phrases à propos de 1852, 1852 (perdu) Second voyage d'agrément — mon arrestation, 1853 (perdu) Quelques lignes inévitables, lettre ouverte au rédacteur de lIndicateur chalonnais, 1854, Mon mot aussi, brochure gallicane, 1861

En accord avec son goût marqué pour le violon et ses dons d'interprète, Xavier Forneret a composé et fait paraître deux pièces pour son instrument : La musette, duo pour violon et piano, publiée en juin 1872, et La pluie, valse pour violon et piano (ou violon seul), publiée en juin 1873. D'autres pièces ont disparu : Tristan Maya relève qu'en novembre 1845, Forneret interprétait . Un de ses poèmes, La fleur des champs, a été mis en musique par Eugène Ketterer en 1854.

Carrière

Éditions à compte d'auteur vignette|left|upright=0.8|Couverture de Rien, au profit des pauvres (1836).|alt=Couverture de Rien, au profit des pauvres (1836)

Jacques-Rémi Dahan s'est intéressé aux caractéristiques de la publication des ouvrages de Xavier Forneret. Selon lui, . L'attitude de l'auteur à l'égard de est singulière : . Une étude attentive lui permet d'affirmer que .