L'histoire de l'alphabet latin recouvre une période de plus de jusqu'à nos jours. Elle commence en Égypte antique voire préhistorique avec les hiéroglyphes égyptiens et se poursuit jusqu'à notre époque.

Pour mieux suivre les changements phonologiques et paléographiques, voir l'arbre évolutif de l'alphabet situé en fin d'article.

Origines jusqu'à l'alphabet latin L'origine de l'alphabet latin se trouve à la fin de la Préhistoire avec l'apparition des premiers systèmes d'écriture puis du système alphabétique. Pour aboutir à l'alphabet latin utilisé sous l'empire romain.

Hiéroglyphes égyptiens vignette|Proto-hiéroglyphe M43 (vers -2700)Les premières vignes cultivées d'Égypte sur le site archeologie-vin.inrap.fr probable prototype de la lettre O ; Nouveau Larousse illustré (1897-1904).

gauche|vignette|Stèle hiéroglyphique à Sérabit el-Khadim. Berceau de l'alphabet selon Orly Godwasser. Le premier système d'écriture dont certains caractères deviendront nos lettres latines est l'hiéroglyphique égyptien. Les hiéroglyphes égyptiens sont apparus dans la vallée du Nil au (Nagada III). Ils sont attestés dès 3250-3200 Günter Dreyer, Recent Discoveries at Abydos Cemetery U, dans « The Nile Delta in Transition : -3th Millenium BC », Édit. M. Van Den Brink, Tel Aviv, 1992, .. Cette écriture n'a rien d'alphabétique et ses graphèmes (plus de dans les listes les plus complètes) sont des logogrammes (dit idéogrammes), phonogrammes et sémagrammes (dit déterminatifs). Un hiéroglyphe en tant que tel a pour les égyptiens des vertus magiques et sacrées, il est « vivant ». L'image ayant donc une importance primordiale autant linguistique que symbolique, en plus de d'utilisation, l'écriture monumentale égyptienne n'évolue qu'assez peu. Il existe néanmoins des versions cursives des hiéroglyphes monumentaux, l'hiératique, le linéaire et le démotique, qui quand bien même sont simplifiées ne restent accessibles qu'à une frange intellectuelle de la population.

Les Égyptiens utilisaient bien certains phonogrammes pour ne noter qu'un seul son (dit unilitères) qui pourrait s'apparenter à un alphabet mais ne s'en sont jamais servi comme tel, excepté pour des noms propres notamment étrangers. Les Koushites et les Cananéens appliqueront ce principe sur les hiéroglyphes avec respectivement l'alphabet méroïtique et protosinaïtique.

Alphabets protocananéens vignette|Sphinx découvert à Sérabit el-Khadim et dont l'inscription protosinaïtique permis à Alan Henderson Gardiner de déchiffrer cette écriture en 1916.

Les désignent deux versions du même système d'écriture :

Le protosinaïtique, premier alphabet inventé entre -2000 et -1300. Le protocananéen, à partir de -1050, alphabet protosinaïtique simplifié, écriture de transition vers l'alphabet phénicien.

Il existe encore beaucoup d'incertitudes concernant l'alphabet protosinaïtique notamment son contexte d'invention. Ce qui est sûr c'est qu'il est issu du contact entre des cananéens et les hiéroglyphes égyptiens. Les Cananéens vont découvrir en Égypte les hiéroglyphes et vont avoir l'idée d'utiliser les glyphes qui leur parlaient le plus ou qui ressortaient particulièrement dans les inscriptions pour leur donner une fonction différente. En effet, ils vont, par principe d'acrophonie donner une valeur phonétique à un signe hiéroglyphique en fonction du premier son de son nom en cananéen.

C'est le plus ancien système alphabétique mais ne note pour l'instant que les consonnes, c'est un abjad ou alphabet consonantique. Il possède un nombre de signes incertains entre 25 et 30 car même le faible corpus de texte protocananéen montre une grande diversité dans les signes utilisés et dans leurs formes selon les endroits et les époques. On sait que l'ordre des lettres dit ordre levantin duquel descend la plupart des classements alphabétiques modernes est attesté pour la première fois avec l'alphabet ougaritique. C'est un tournant dans l'histoire de l'écriture qui est pour la première fois simplifiée à quelques caractères notant le segment plus réduit d'une langue (phone), ce qui la rend très accessible et pratique (l'acrophonie permettant en théorie à un cananéen de lire une inscription sans connaitre l'alphabet). Le principe alphabétique permet en théorie d'écrire plusieurs langues avec le même alphabet. Ce principe permit donc la subsistance du protosinaïtique à chaque reprise de son système par d'autres cultures. L'alphabet n'a été inventé qu'une seule fois et s'est dérivé calligraphiquement et phonologiquement jusqu'à l'écriture latine.gauche|vignette|Comparatif de cinq alphabets issus du protosinaïtique. De gauche à droite : latin, grec, phénicien, hébreu, arabe.|614x614px

Alphabet phénicien

vignette|Sarcophage d'Eshmunazar II, roi de Sidon, |299x299pxL'alphabet phénicien est la « forme finale » des alphabets protocananéens utilisée par les phéniciens (nom grec des cananéens modernes) et comportant 22 lettres. Les caractères sont plus simples car l'image originelle du graphème n'a plus tant de sens (même si elle subsiste dans le nom des lettres) et est délaissée au profit d'une optimisation pratique du signe. Certaines lettres protocananéennes semblent s'être fusionnées dans l'alphabet phénicien car transcrivant des sons identiques ou similairesChristian Touratier. L‘alphabet phénicien. Revue de Linguistique Latine du Centre Alfred Ernout (De Lingua Latina), 2009, 2. hal-03511020.

La quasi totalité des alphabets connus sont des descendants de l'alphabet phénicien. En effet, l'influence de cette civilisation diffusa son écriture jusqu'à donner les alphabets arabe, grec, hébreu, runique, cyrillique, devanagari ou encore mongol pour ne citer que certains des plus connus.

Alphabets grecs archaïques

vignette|240x240px|Calendrier religieux, 550-500 av. J.-C., Musée archéologique de l'ancienne Corinthe. Les alphabets grecs archaïques sont l'ensemble des variantes d'un même alphabet utilisé en Grèce à partir du début du N. Stampolidis et V. Karageorghis, The date of the earliest inscribed objects; A.W. Johnston, The alphabet, dans Sea Routes from Sidon to Huelva: Interconnections in the Mediterranean, éd. N. Stampolidis et V. Karageorghis, 2003, 263-76.(voir plus tôtJoseph Naveh, "Some Semitic epigraphical considérations in the antiquity of the Greek alphabet", American journal of archaeology 77: 1-8 (1973).M. Bernal, Cadmean Letters: The Transmission of the Alphabet to the Aegean and Further West Before 1400 B.C., Eisenbrauns, 1990, .Robert R. Stieglitz, "The Letters of Kadmos: Mythology, Archaeology, and Eteocretan", Pepragmena tou Diethnous Kretologikou Synedriou (Héraklion, 29 août – 3 septembre 1976), Athènes, 1981.). Mais la plus ancienne inscription connue date d'environ -740. Ses lettres sont basées sur l'alphabet phénicien importé par les marchands phéniciens et leur son est adapté au changement de langue. En effet, la langue phénicienne est sémitique. Les Grecs ont donc remanié certaines lettres pour en faire des voyelles, ce n'est plus un abjad mais bien un alphabet au sens strict. alphabets en digamma Ϝ.certains alphabets oméga Ω.

Dans quelques alphabets apparaissent les lettres phi Φ, chi Χ et psi Ψ . Υ, Φ, Χ, Ψ et Ω se placeront à la fin de l'alphabet. Les noms des lettres phéniciennes sont gardés bien qu'ils ne signifient rien en grec.

Vieil italique

Le vieil italique rassemble lui aussi plusieurs versions du même alphabet issu de l'alphabet eubéen (un des alphabets grecs archaïques aussi dit occidental) présent dans la péninsule italique. Il est utilisé dès le par différents peuples notamment italiques mais pour écrire d'autres langues que le grec et devant donc s'adapter. C'est l'un de ces alphabets, l'étrusque, qui va évoluer pour devenir l'alphabet latin utilisé par les Romains mais aussi l'alphabet runique scandinave. Les étrusques abandonnent le nom des lettres pour simplement les nommer par leur prononciation.

Les étrusques vont ajouter une nouvelle lettre effe : 𐌚 qui ne restera pas dans l'alphabet latin.vignette|304x304px|Cippe de Pérouse, 300-200 av. J.-C.|centré Capitale romaine (alphabet latin)

vignette|331x331px|Dédicace découverte à Cimiez et écrite en capitale monumentale. L'alphabet étrusque sert à écrire le latin dès le . Mais le véritable alphabet des Romains ne se distingue qu'à partir du pour supplanter l'étrusque. Il prend sa forme considérée comme la plus aboutie au , c'est la capitale romaine. Il existe plusieurs types d'écritures dite capitale romaine : La capitale monumentale, la quadrata et la rustica ayant chacune un usage différent. gauche|vignette|236x236px|Texte et représentation de Virgile écrit en rustica. Le changement de langue cause beaucoup d'adaptations durant la période de transition entre l'alphabet étrusque et l'alphabet latin. La phonologie change et certaines lettres avec. Le zé 𐌆 italique disparaît au profit d'une nouvelle lettres issu de la lettre ké 𐌂 (C) qui se voit doté d'un éperon, c'est le G. Il fut introduit par Spurius Carvilius Ruga ou Appius Claudius Caecus à cause d'un besoin des latins de noter le son , son originel de la lettre (gamma Γ grec). Ces soucis d'adaptations débouchent en trois lettres pour noter le même son (C, K et Q). Le zé 𐌆 est finalement réhabilité au pour noter les mots d'origine grecs, c'est le Z. Il est donc replacé à la fin de l'alphabet. Ce même besoin de noter les sons d'origine grecs poussât au même moment à la réhabilitation de l'upsilon Υ par l'ajout du i grec Y à la fin de l'alphabet.

C'est à partir de l'alphabet latin classique que l'orientation des lettres (ductus) est fixée définitivement de gauche à droite car jusque là les inscriptions se faisaient essentiellement en boustrophédon c'est-à-dire en alternant de ductus. On le remarque dans l'orientation des lettres, le 𐤄 phénicien originel se renverse dans le E latin.

Début de l'alphabet latin À partir de là, l'alphabet latin est l'alphabet classique en Europe mais n'est que le prototype des 26 lettres majuscules, minuscules en écriture cursive et scripte de l'alphabet latin moderne comme l'alphabet français. Il connait de nombreux styles d'écritures manuscrites marquant son évolution jusqu'à aujourd'hui.

centré|vignette|450x450px|Évolution de l'écriture minuscule depuis la capitale romaine jusqu'au Times New Roman.

Cursive romaine

vignette|317x317px|Les deux cursives romaines. Le terme cursive romaine englobe deux écritures manuscrites différentes :

L'ancienne cursive romaine, qui se développe en même temps que la capitale romaine (mais est probablement plus ancienne). C'est une version simplifiée des lettres capitales.

La nouvelle cursive romaine, probablement aussi issue de la capitale romaine, elle est utilisée bien plus tard à partir du . Elle a pour particularité d'être cursive. L'ancienne cursive n'est plus l'écriture administrative.

L'écriture était avant la cursive romaine monocamérale et devient, surtout avec la nouvelle cursive, bicamérale (dissociant deux types de lettres pour un alphabet). L'apparition de cet « alphabet alternatif » est due à la démocratisation des supports souples et de l'alphabétisation à Rome, les cursives romaines sont des écritures populaires. Cette popularisation de l'écriture permet à la minuscule d'évoluer assez rapidement et facilement.

Avec l'Empire romain, l'alphabet latin est propagé partout en Europe où il restera jusqu'à nos jours.

Onciale et semi-onciale

gauche|vignette|340x340px|Papyrus d'Oxyrhynque 668 en onciale, . Au début de l'antiquité tardive, deux écritures d'évolution simultanée et distincte s'imposent en Europe dans les manuscrits latins. L'onciale et la semi onciale qui, malgré leur nom, n'ont aucun lien entre elles si ce n'est leur origine. En effet, elles sont issues de la cursive romaine avec des influences de quadrata pour l'onciale.

Une écriture de type onciale est caractérisée par sa non cursivité et sa forme arrondie. C'est un mélange majuscule-minuscule comme les écritures minuscules scriptes modernes.