Cet article présente la liste des villes et villages arabes dépeuplés lors de l’exode palestinien de 1948. Durant la guerre israélo-arabe de 1948-1949, qui provoqua la Nakba, des centaines de villages (entre 400 et 1000 selon les façons de compter) et des dizaines de villes palestiniens ont été vidés de leur population par la force ou la peur, une grand part d’entre eux étant détruits et rendus inhabitables : seuls 7 subsistent. Tous les lieux listés ici sont actuellement en Israël ; la plupart ont été repeuplés par des Israéliens, et leurs noms hébraïsés. D’autres villages ont été dépeuplés par Israël, dans d’autres régions comme le Golan (voir liste) ou à d’autres moments (voir Expulsions des Palestiniens de 1949 à 1956).
Liste
Les villes et villages listés ci-après sont triés en fonction des sous-districts de la Palestine mandataire, dans leur sixième découpage adopté durant la Seconde Guerre mondiale.
Contexte
Parmi les causes avancées figurent aux fuites : les troubles causés par la guerre civile dès 1947 et la guerre israélo-arabe qui a suivi ; les massacres commis par les milices juives (Hagana, Irgoun, Lehi) puis par l’armée israélienne. Selon Benny Morris, ces massacres n’étaient pas des bavures, mais prémédités, comme celui de Deir YassinPhilippe Rekacewicz, Dominique Vidal, Palestine-Israël : une histoire visuelle, Paris : co-édition éditions du Seuil, L’Olivier, Points, Nouvel Attila, Verso, 2024, 88..
David Ben Gourion avait demandé que le maximum d’Arabes soient chassés de Palestine au cours de la guerre de 1948. L’exode est provoqué par des intimidations, des exécutions sommaires et des massacres. Dans certains cas, des bus arrivaient pour transporter les Palestiniens qui voulaient partir ; dès qu’ils étaient partis, des bulldozers rasaient les maisonsVidal, , 92.. Le plan d’opérations des forces juives, ou plan Daleth, prévoyait l’expulsion d’un maximum de villagesIllan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : Fayard, 2008. . Version électronique, 116.. Les ouvrages de plusieurs historiens ont permis d'aboutir à la conclusion d'un nettoyage ethnique volontaire : Walid Khalidi avec Plan Dalet : Le plan directeur sioniste pour la conquête de la Palestine (1961), Salman Abu Sitta, Nur Masalha avec Expulsion des Palestiniens : Le concept de « transfert » dans la pensée politique sioniste (1991), Richard Falk« Nakba. Stages of a Forced Displacement » (), Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 3 décembre 2025., Le Nettoyage ethnique de la Palestine d'Ilan Pappé (2006), qui fait date, et enfin Under the Cover of the War. The Zionist Expulsion of the Palestinians de Rosemarie Esber (2008)Rosemarie Esber, Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the Palestinians, Arabicus Books & Media LLC : 2008. et L'Histoire occultée des Palestiniens (1947-1953) en 2013 par Sandrine Mansour-Mérien.
État actuel
Les totaux différent selon les auteurs. Ilan Pappé recense 531 villages et 11 villes. Salman Abu Sitta recense 531 villages, villes et tribusSalman Abu Sitta, "Compilation or the Depopulated Villages List", in Palestinian Right of Return: Sacred, Legal, and Possible, 1999.. L’ONG De-Colonizer recense 578 villages arabes détruits en 1948, et 31 villes..
Seuls sept des 418 villes ou villages abandonnés subsistent. Des petits groupes d’Arabes subsistent dans quelques villes (Haïfa, Jaffa et Acre) ; Jérusalem est divisée entre la Jordanie et Israël. Environ Palestiniens restent à Jérusalem dans ce qui devient le quartier arabe (Jérusalem-Est). réfugiés non juifs sont installés à Jérusalem-Est, et réfugiés juifs de la Vieille ville vers Jérusalem-Ouest, côté israélien. La majorité des Arabes vivant dans les villes désormais israéliennes, et dont le nom a été hébraïsé (Acre, Akko en hébreu, Akka en arabe, Haïfa, Hefa en hébreu et Hayfa en arabe, Safed, Sefath et Safad, Tibériade Tverya et Tabariya, Ascalon, Beer-Sheva, Jaffa et Beït Shéan) ont fui ou ont été expulsés. La plupart des Palestiniens restés en Israël sont devenus des déplacés internes de leurs proches villages par l’effet de la loi sur la propriété des absentsDavis, 2011, 237-238..
Un grand nombre des villes et villages ont été détruits par l’armée israélienne après la guerre de 1948-1949, mais entre 1950 et 1965 ce sont encore 100 villages qui sont détruits — dont plusieurs des plus grands villages abandonnés — par l’Aron Shai, “The Fate of Abandoned Arab Villages in Israel, 1965-1969.” History and Memory, vol. 18, no. 2, 2006, 86–106: .
Outre les villages détruits, Dominique Vidal et Philippe Rekacewicz comptabilisent les villages judaïsés, pour aboutir aux totaux suivants : 612 villages de moins de 100 habitants ; 417 villes et villages de 100 à 3000 habitants ; 34 villes de plus de 3000 habitants.
Avancée des recherches
Les premières publications recensant de manière assez large les villages arabes détruits sont celles de Benny Morris (The Birth Of The Palestinian Refugee Problem, , première édition en 1989) et de Walid Khalidi ( paru en 1992 en anglais, en 1997 en arabe et en 2001 en français). Les recherches ont progressivement augmenté ce recensement, notamment avec l’inclusion plus large des tribus bédouines et localités de Bédouins sédentarisés (comme Al-Ma'in par exemple) par Salman Abu Sitta dans son ouvrage paru en 2000 The Palestinian Nakba 1948: The Register of Depopulated Localities in PalestineSouad R. Dajani, Ruling Palestine. A history of the legally sanctionned Jewish-Israeli Seizure of land and housing in Palestine (en français : Dominer la Palestine. Une histoire de la saisie juive-israélienne légalement validée des terres et des habitations en Palestine), Genève : Centre on Housing Rights and Evictions (COHRE)/Bethléem : BADIL Resource Center for Palestinian Residency & Refugee Rights, mai 2005, , 32..
Depuis la publication du Nettoyage ethnique de la Palestine par Ilan Pappé, en 2006, suivi en 2008 par Rosemary M. Esber avec Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the Palestinians, le consensus s‘est fait parmi les historiens pour considérer ce dépeuplement de villages dans le cadre du plan Daleth comme un nettoyage ethnique.
Mémoire
Les réfugiés palestiniens ont adopté l’usage de prénommer leurs filles d’après les noms des villages expulsés en 1948 et pour la plupart détruits depuisSusan Slyomovics, The Object of Memory: Arab and Jew Narrate the Palestinian Village, University of Pennsylvania Press, 1998, 978-0-8122-1525-0, 202..
En 2011, plus de 120 livres du souvenir documentent l’histoire de ces villages dépeuplés. Ces livres sont basés sur les récits donnés par les villageois. Selon Rochelle A. Davis, les auteurs cherchent à .
Une application a été créée en 2014 par l’ONG Zochrot pour permettre de localiser ces anciens villages« Une application pour retrouver les vestiges de villages palestiniens », Times of Israel, 5 mai 2014..
Tableau