Al-Araqib (On trouve le nom du village également transcrit sous les formes Arakiv, Arakib, Arakeeb, Araqib, Kafr al-Arakib ) est un village de Bédouins dans le Sud d’Israël, que l’État hébreu a fait démolir plus de 200 fois et qui est sans cesse reconstruit par ses habitants.
C’est un des 45Ahmad Amara, « The village of al-Araqib », Interactive encyclopedia of the Palestine question, consulté le 6 juin 2024. , non-reconnus par l’État d’Israël. Il est peuplé par des Arabes des tribus bédouines des Al-Turi et Al-Uqbi, et se situe à environ au nord de Beersheba. Le village comptait au début des années 2000 environ 300 habitants.
Son nom signifie « douces collines » en arabe.
En , le village a été démoli pour la fois par Israël et reconstruit autant de fois par ses habitants« Désert du Naqab : L’armée sioniste démolit un village 238 fois depuis 2010 », El Watan, 23 avril 2025.. La lutte des Bédouins est soutenue par les ONG Forum pour la coexistence au Neguev et l’égalité civile, le conseil régional pour les villages non-reconnus et Adalah, ainsi que plusieurs partis politiques.
Histoire
Le cimetière At-Turi des Bédouins d’Al-Araqib date de 1914.
Lors de la guerre israélo-arabe de 1948-1949, quatorze adolescents et jeunes hommes du désert du Néguev sont enlevés par un véhicule militaire israélien, en septembre 1948. Ils sont conduits à Al-Araqib et abattus dans une maison abandonnée appartenant à 'Odeh al-Qawasmeh. Le but de ce massacre étant d’inspirer la peur aux Arabes afin de faciliter le nettoyage ethnique de la Palestine. L’expulsion des Bédouins du Néguev se poursuit jusqu’en 1950Nasser Rego, « Israel, 1948 and memoricide : the 1948 Al-'Araqib/Negev massacre and its legacy », Holy Land Studies 11.2 (2012), 205–206. DOI: 10.3366/hls.2012.0045.. Il semble que ce massacre en particulier soit dû à un ordre du comité de transfert d’empêcher les Palestiniens de vaquer à leurs travaux des champs, qui se double d’un ordre de l’état-major de nettoyer la zone des ArabesRego, , 207.. L’unité en question appartenait au Palmah, les troupes d’élite de l’armée israélienne, et était commandée par un colon juif de Mishmar HaNegev, qui avaient abattu deux frères près d’Al-Araqib, pour avoir cultivé leurs champsRego, , 208..
Après la guerre de 1948, Israël commence à déplacer les Bédouins du désert du Néguev, ayant expulsé plus de 90 % des approximativement Bédouins qui vivaient dans le Nord du Néguev. Selon Eyal Weizman, plusieurs méthodes ont été employées, du mitraillage aux massacres, en passant par les incendies des campements. Les Bédouins se sont réfugiés dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. Les survivants ont été déplacés dans la réserve de Siyāj (ou Siyag, ce qui signifie « Clôture ») située dans une zone plus salinisée. Selon l’encyclopédie de la question palestinienne, ces familles auraient vécu ici jusqu’en 1948, au moment de la mise en place de la politique israélienne d’expulsion des populations arabes d’Israël. En 1951, l’armée israélienne demande aux Bédouins de quitter la zone pendant six mois, le temps de grandes manœuvres, puis leur dénie le droit au retour. Leurs terres sont ensuite confisquées légalement en 1953 ou 1954 par l’application de la loi sur la propriété des absents et sous prétexte de mesures de sécurité, de développement et afin de développer la colonisation. Le schéma directeur pour le développement du Néguev ignore les 40 villages bédouins, leurs terres sont déclarées , ce qui rend les constructions illégales (sauf si elles sont le fait de colons israéliens). Ces terres sont plantées de forêts par le fonds national juifRekacewicz, Vidal, , 169.. La loi martiale appliquée aux Palestiniens est levée en 1966. La famille al-Turi est majoritairement réinstallée près de Rahat, et la famille al-Uqbi à Hura. Leurs descendants commencent à revendiquer leurs terres à partir des années 1970, les al-Uqbi pour 1251 dunams à Al-Araqib et Zhiliqa (revendications portées par le cheikh Suleyman al-Uqbi), et les al-Turi pour 1600 dunams. Ces revendications sont gelées depuis, ce qui n’empêche pas une cinquantaine de familles de s’installer à Al-Araqib en 1998.
Les Bédouins venant d’Al-Araqib, les al-Tūris et les al-‘Uqbis, ont continué à fréquenter leurs terres ancestrales. Le village est situé précisément sur l’isohyète des établi par les météorologues israéliens qui sert de base au schéma directeur défini par Wladimir Köppen pour différencier les zones cultivables et le désert. Deux archives ont été établies pour défendre les droits des Bédouins à leur terre, l’une par Nūri al-‘Uqbi, l’autre par le géographe israélien Oren Yiftachel. Les tribunaux israéliens ont rejeté les procédures engagées en vue de revendiquer ces terres, refusant, selon Weizman, de reconnaître la propriété des Bédouins au sud de cette ligne des 200 mm, qui est réservée aux kibboutz et aux moshavimGeorge Prochnik, Eyal Weizman, 'The Desert Threshold,' Los Angeles Review of Books 18 October 2015.. En 2012, un tribunal israélien a rejeté la demande faite par les al-'Uqbis sur leur terre, basée sur la culture continue de ces terres et reconnue par l’ÉtatJoanna Paraszczuk and Sharon Udasin, 'Court rejects 6 Beduin Negev land lawsuits,' The Jerusalem Post 19 March 2012..
Le fonds national juif inclut Al-Araqib dans un projet de reforestation du désert du Néguev appelé Ambassadors' Forest, en l’honneur de l’aide apportée à Israël par le corps diplomatique mondial. Ce plan est refusé par des Bédouins vivant à Rahat et dans les villages proches. En le village est démoli avec le concours de 1300 policiers, mettant en œuvre une décision de l’Israel Land Administration.. Des projets d’autoroute (autoroute Yitzhak Rabin), centres commerciaux, nouvelles implantations d’administration, et d’établissement de colons sont aussi évoqués, dans le cadre du plan Blueprint Negev.
Étant un des villages bédouins non-reconnus par Israël, Al-Araqib n’a jamais bénéficié des services publics tels que routes, réseaux électrique, d’eau potable ou d’assainissement. Il est également interdit d’accès aux ambulancesMarion Lecoquierre, « Les villages invisibles d’Israël : vers la disparition des Bédouins du Néguev ? », Justice spatiale = Spatial Justice, juillet 2015, Droit au village, 7. et ne figure pas sur les cartes israéliennesPhilippe Rekacewicz, Dominique Vidal, Palestine-Israël : une histoire visuelle, Paris : co-édition Seuil, L’Olivier, Points, Nouvel Attila, Verso, 2024, 168.
En 2011, James Anaya, rapporteur spécial des Nations unies pour le droit des peuples indigènes, soumet un rapport au comité des droits de l'homme des Nations unies. Israël rejette le caractère indigène des Bédouins, nie l’ancienneté de leur présence et affirme que Al-Araqib est squatté.
Après une procédure de six ans, le tribunal de district de Beersheba rejette, le , six demandes de la famille Al-Uqbi, qui revendiquait la propriété privée des terres d’Al-Araqib. Ce jugement fait jurisprudenceJerusalem Post, "Court rejects 6 Beduin Negev land lawsuits", March 19, 2012. . Se basant sur les avis des experts et les preuves présentées, le juge considère que ces terres appartiennent à l‘État. Cette décision est refusée par les Bédouins, qui reviennent toujours à l’emplacement du village reconstruire leurs maisons systématiquement rasées par IsraëlGideon Levy, Alex Levac 'Drafting the blueprint for Palestinian refugees' right of return,' at Haaretz 4 octobre 2013Jonathan Cook, 'Treatment of Palestinians is apartheid by any other name,' The National, 10 juillet 2013 2.. Aziz al-Touri, représentant du village, demande pourquoi les juifs sont autorisés à s’établir dans le Néguev et à y vivre des kibboutz, des moshavim ou des fermes isolées alors que ce droit est refusé aux Bédouins qui désirent vivre dans leurs propres villages. Selon l’interviewer, l’exode des Palestiniens de 1948 ne s’est jamais arrêté.
Propriété des terres vignette|250px|Carte de la région de Beersheba dans les années 1940, où est figurée l’implantation d’al-Araqib à au nord de la ville. Les familles bédouines d’Al-Araqib affirment qu’ils possèdent 4600 acres de désert pour lesquels ils payaient les impôts fonciers à l’empire ottoman puis aux autorités britanniques de la Palestine mandataire. Les leaders de la communauté affirment qu’ils ont été obligés par l’armée israélienne à s’établir le long de la frontière de Cisjordanie en 1951, et qu’ils ont été chassés à chaque fois qu’ils ont essayé de revenir. Après la fondation d’Israël, les Bédouins étaient confinés dans des zones militaires fermées, et ne pouvaient pas en sortir sans permisFarah Najjar, « Israel destroys Bedouin village for the 119th time », Al-Jazeera, 3 octobre 2017, consulté le 6 juin 2024..
Les représentants d’Israël affirment que la propriété des terres est revenue à l‘État au début des années 1950 car elles étaient abandonnées, et que leurs habitants n’ont pas été en mesure de présenter des titres de propriété. Ils considèrent les Bédouins comme des squateurs refusant de payer des impôts ; les terres cultivées ne leur appartenant pas et qu’ils élèvent du bétail sans autorisation. Les autorités affirment qu’il n'y a jamais eu d’installation permanente de Bédouins dans la zone, et que l’empire ottoman a autorisé le pâturage du bétail des Bédouins sans leur donner la propriété des terres de parcours.
Selon l’Israel Land Administration (ILA), les Bédouins ont commencé à s’établir illégalement en 1998, et plusieurs douzaines de familles ont construit leurs foyers en 1999 quand le gouvernement a voulu s’emparer des terres. L’ILA a proposé de louer les terres aux Bédouins pour 2 NIS par dunam, mais les habitants ont refusé et . En 2000, un tribunal israélien interdit aux Bédouins de pénétrer dans la zone. Arrêt qui n’est pas respecté, les Bédouins continuant de se déplacer dans la zone et d’y planter des arbres. En 2003, l’ILA obtient une ordonnance du tribunal visant à expulser les résidents, le cas allant jusque devant la cour suprême d'Israël.
Des dizaines de milliers de bâtiments ont été construits dans les communautés de Bédouins, et de nouvelles sont construites plus rapidement que le gouvernement ne peut les détruire.. Elles sont illégales, l’État n’ayant jamais délivré de permis de construire pour les villages bédouins fantômes.
En , l’État entame des poursuites réclamant 1,8 million de shekels aux familles Abou Mediam et Abou Jabber, accusées d’empiètement sur les terres de l‘État..
Opérations de destruction et d’expulsions vignette|250px|Maison démolie à Al-Araqib. En 2003 et 2004, l’ILA use d’herbicides pour détruire les récoltes de blé des Bédouins., alors qu’un habitant parle d’épandages empoisonnant les champs à la fin des années 1990. Cette pratique est déclarée hors-la-loi en 2007 après que le centre d’aide juridique Adalah pour les droits des Arabes en Israël ait soumis une demande à la cour suprême au nom des habitants d’Al-Araqib et de Wadi al-Bakar.
En , les inspecteurs de l’Israel Land Administration et 1300 policiers démolissent le village et arrachent 850 arbres, qui sont replantés ailleurs. CNN rapporte que des témoins lui ont affirmé que les centaines de policiers anti-émeute étaient accompagnés de bus entiers de civils pleins d’allégresse. Selon la police israélienne, il n’y a pas eu de problème.. Des centaines d’oliviers ont été arrachés.. Les Israéliens du camp de la paix ont affronté la police durant les démolitions"1,300 policemen guard razing of Bedouin village; Land Administration personnel demolish 45 illegal structures in al-Arakib village, near Rahat." Ilana Curiel, 27 juillet 2010, Y-nat News..
Quelques Bédouins ont immédiatement commencé à reconstruire leurs maisons. Shlomo Tziser, fonctionnaire du Land Administration déclare à la presse que .