Des agressions sexuelles de masse (pratiquées par des groupes d'hommes, en public, dans une foule, généralement à l'encontre de femmes), ont été documentées en Égypte. Les premières agressions de ce type connues ont eu lieu en 2005, et à plusieurs reprises depuis .

Les forces de sécurité égyptiennes et certains de leurs agents, ont été accusés d'utiliser cette forme de violence contre les femmes comme une arme contre des manifestantes lors d'une manifestation politique sur la place Tahrir, au Caire, le . Ce comportement s'est répandu. En 2012, des agressions sexuelles perpétrées par des foules de jeunes hommes ont été documentées lors de manifestations et lors de festivals en Égypte. Lors de ces agressions, les assaillants encerclaient une femme, tandis que des cercles extérieurs d'hommes dissuadaient les sauveteurs. Fréquemment, les agresseurs prétendaient être là pour aider les femmes, ajoutant ainsi à la confusion. Les femmes ont déclaré avoir été pelotées, déshabillées, battues, mordues, pénétrées avec les doigts et violées. Les attaques ont été décrites comme le « cercle de l'enfer » (the circle of hell).

Certains commentateurs affirment que ces attaques reflètent une attitude globalement misogyne au sein de la société égyptienne, qui pénalise les femmes qui sortent de leur domicile. On cherche ainsi à les terroriser dans l'espace public. On estime de plus que la violence sexuelle sera source de honte pour la victime et non pour l'agresseur.

Contexte Le harcèlement sexuel était un sujet dont on parlait peu en Égypte avant 2006. Le a tenté d'attirer l'attention sur ce sujet, mais la réaction du public a été que cela n'existait pas en Égypte et qu'il s'agissait d'un concept américain appliqué à tort à la société égyptienne.

Des agressions sexuelles de masse ont été documentées pour la première fois lors du référendum constitutionnel égyptien du , depuis connu sous le nom de « mercredi noir ». Des manifestantes ont été agressées sexuellement par des groupe d'agents provocateurs, des groupes d'hommes arrivés sur place à bord de bus, alors que la police regardait sans intervenir. Certains affirment même que la police a organisé ces agressions.

Le sujet a de nouveau attiré l'attention quand, après la fête de l'Aïd al-Fitr le , une foule de jeunes hommes qui s'étaient vu refuser l'entrée dans un cinéma du Caire se sont livrés à une agression sexuelle en masse durant cinq heures contre des femmes dans la rue Talaat Harb. Ici aussi, la police n'aurait rien fait pour stopper les agresseurs, même si de nombreux passants et propriétaires de magasin ont tenté d'aider ces femmes.

Ce type de violence s'est fait connaitre hors d'Égypte en , quand Lara Logan (correspondante du réseau américain CBS), a été prise à partie et agressée sexuellement par des centaines d'hommes sur la place Tahrir, au Caire, alors qu'elle couvrait la révolution égyptienne de 2011.

En 2012, selon le journal (semi-officiel) Al Akhbar, de telles attaques étaient devenues un « élément important » des fêtes religieuses en Égypte.

Description

Agressions Les attaques se déroulent selon un même modèle : les femmes ont déclaré qu'elles étaient souvent séparées de leurs ami(e)s ou de leur mari, seules ou à plusieurs, pui encerclées par un grand groupe d'hommes ; ceux-ci leur palpaient les seins, les organes génitaux et les fesses. Des tentatives ont été faites pour arracher ou couper leurs vêtements, et leurs corps ont été tirés dans différentes directions alors que les hommes les déplaçaient à travers la foule. Les agresssions rentrent souvent dans la catégroie des viols en raison d'une pénétration vagin et de l'anus, soit par des doigts, soit par divers objets comme des bâtons, des barres de fer, des couteaux, et, dans plusieurs cas, des objets qui tranchants ont été insérés dans le vagin de la victime, suite à quoi au moins une femme a eu besoin d'une intervention chirurgicale. Dans certains cas, les femmes meurent des suites de ces agressions. Les victimes de ces attaques ont déclaré qu'elles duraient généralement de quelques minutes à plus d'une heure et que les hommes étaient généralement âgés d'une vingtaine ou d'une trentaine d'années. Les victimes étaient quant à elles âgées de à .

Une étudiante a décrit comment lors d'une manifestation sur la place Tahrir le , un groupe d'hommes a formé un cercle autour d'elle :. Les agresseurs prétendent régulièrement aider les femmes alors qu'en réalité, ils les attaquent. Ceci augmente la difficulté pour les sauveteurs et les victimes elles-mêmes qui ne savent plus à qui faire confiance. Des femmes témoignent avoir entendu des agresseurs dire : ou . Les personnes qui essaient sincèrement d'aider se retrouvent également battus et tenus à distance avec des armes, ou sont elles-mêmes agressées sexuellement. note Human Rights Watch.

Des groupes de bénévoles au Caire, dont OpAntiSH (Operation Anti-Sexual Harassment/Assault, en français :Opération anti-harcèlement sexuel), organisent des « équipes d'extraction » qui pénètrent dans les cercles et font sortir les femmes. D'autres équipes OpAntiSH transportent des vêtements de rechange et des fournitures médicales, disposent d'une ligne d'assistance téléphonique pour que les équipes d'extraction sachent où aller et proposent des conseils et une aide juridique et médicale. Ils ont été appelés sur pour la seule journée du et ont pu intervenir dans 15 d'entre eux. Beaucoup de volontaires sont attaqués pendant qu'elles et ils essaient d'aider. Dans un cas, de l'eau bouillante provenant d'un stand de thé a été jetée sur les sauveteurs qui avaient formé un anneau de protection autour d'une femme. Lors d'une attaque au Caire en 2013, les assaillants n'ont autorisé une ambulance à repartir avec la victime que lorsque le chauffeur leur a annoncé qu'elle était morte.

En mars 2014, une étudiante de la Faculté de droit de l'Université du Caire a été agressée sexuellement par un grand groupe d'hommes, sur le campus, en  ; elle est allée s'enfermer dans les toilettes que les hommes ont entourés, jusqu'à ce qu'elle soit escortée en lieu sûr par des gardes de sécurité.

Éléments d'explications vignette|alt=Photographie couleurs d'une place entourée de grands immeubles ; au pied, quelques automobiles | Rue Talaat Harb, au Caire, où une foule d'hommes s'est livrée à une attaque de cinq heures contre des femmes en octobre 2006. Selon Mariz Tadros, de l', il y a une différence entre les violences sexuelles sociétales prévalentes dans la société et celles qui sont commises pour des raisons politiques. La violence sexuelle sociale est un problème récurrent en Égypte depuis de nombreuses années. Les causes de celles-ci incluent un désir de dominer les femmes, une recherche de divertissement « sentiment perçu de privation sexuelle » (notamment, car le mariage peut être financièrement prohibitif). Dans le cas de violences sexuelles induites par des raisons politques, les crimes sont planifiés et synchronisés avec d'autres initiatives visant à éliminer l'opposition. Dans ce deuxième cas, il est bien plus difficile de chercher de l'aide auprès des forces de l'ordre qui sont suspectées d'être complices. L'autrice insiste sur le fait que, en Égypte, sous le gouvernement autoritaire de Mubarak, cette violence a concerné des hommes ainsi que des femmes, et qu'elle était principalement commise dans des établissements des forces de l'ordre. Elle a commencé à devenir publique en 2005.

La journaliste Shereen El Feki, auteure de (2013), a écrit à propos du harcèlement sexuel en général (taharrush jinsi) ; d'après elle, beaucoup de personnes mettent en cause le chômage important dans le pays, l'influence des réseaux sociaux, un « effondrement de la surveillance familiale » (par des parents surmenés). Dans une enquête faite dans le pays, 60 % des femmes égyptiennes les plus instruites ont blâmé les victimes (de harcèlement sexuel en général) et les vêtements « provocateurs », et ce taux atteignait 75 % chez les femmes les moins instruites.

Dans une autre enquête, conduite par l'ONU femmes en 2013, 75,7 % des femmes ayant été harcelées sexuellement ont déclaré que cela s'était produit alors qu'elles portaient des vêtements modestes et aucun maquillage. Interrogées sur ce qui aurait pu motiver leurs agresseurs, elles entre autes cité (97,2 %) ainsi que d'autres sources de pornographies, (95,5 %) et (94,3 %). Les hommes interrogés ont, eux, cité entre autres (96,3 %), le fait que les filles (97,5 %), le comportement indécent des filles (97.5 %) et le fait de consulter diverses sources de pornographie, par exemple des films provoquants (97.5 %).

Pour Nehad Abu Komsan (directrice du Centre égyptien pour les droits des femmes), l'explosion des occurrences de harcèlement sexuel en Égypte relève plus de l'oppression politique et économique—ce qui fait que les hommes — que d'une augmentation de la frustration sexuelle. Hussein el Shafie d'OpAntiSH juge que les agressions de masse sont comme une visant à ce que les femmes sortent de l'espace public de la rue, une action non pas à caractère sexuel mais découlant d'un sentiment que tout leur est dû. D'après Diana Eltahawy d'Amnesty International, les militants qui luttent contre le harcèlement citent plusieurs explications du phénomène d'agressions sexuelles de masse, parmi lesquelles que .Selon un rapport de 2013 de Nazra dans Feminist Studies , ces agressions ne s'expliquent pas uniquement par le fait de recruter des voyous ; Au contraire, il y a un sentiment général que les hommes ont le droit sexuel sur le corps des femmes : .

Prévalence vignette|alt=Photographie couleurs du buste d'une jeune femme brune aux cheveux bouclé, portant des lunettes et parlant devant un texte projeté | La journaliste égyptienne Mona Eltahawy, agressée au Caire en novembre 2011. Selon une enquête réalisée en 2008 par le Centre égyptien pour les droits des femmes, 83 % des femmes égyptiennes ont déclaré avoir été victimes de harcèlement sexuel, tout comme 98 % des femmes étrangères pendant leur séjour en Égypte. Une étude réalisée en Égypte en 2013 par ONU Femmes a révélé que 99,3 % des femmes interrogées ont déclaré avoir été harcelées sexuellement.

La première peine de prison pour harcèlement sexuel dont on ait connaissance a été prononcée en Égypte en 2008, après qu'un homme ait agressé une femme dans la rue depuis sa voiture. À la suite de cela, deux films – Shéhérazade, Raconte-moi une histoire (Yousry Nasrallah, 2009) et Les Femmes du bus 678 (Muhammad Diyab, 2010) – ont porté la question des agressions sexuelles au cinéma.

Il semble que les agressions sexuelles se multiplient depuis la chute d'Hosni Moubarak () et la fin de la révolution de 2011.

Selon Serena Hollmeyer Taylor et d'autres chercheurs de la Fletcher School of Law and Diplomacy, durant la révolution, il y a eu une baisse des plaintes pour harcèlement. Citant HARASSmap, qui propose un service de cartographie interactif auquel le harcèlement peut être signalé, ces chercheurs écrivent que de harcèlement sexuel ont été reçus entre le 7 et le . Cela contraste avec les reçus entre le , jour des premières manifestations, et le , date de la démission de Moubarak. Taylor et coll. appellent cela le de l'Égypte, suivant l'idée de l'anthropologue Victor Turner selon laquelle, lors de bouleversements politiques, les gens sont libérés de leur . Pendant ces , leur a expliqué un manifestant, les hommes ont mis de côté leurs différences avec les femmes et tout le monde était simplement égyptien.