Louise Laurin est une éducatrice et une femme politique québécoise, née le à Montréal et morte le dans le même ville. Militante souverainiste, elle s'est particulièrement investie dans le mouvement pour la déconfessionnalisation des écoles et pour l'intégration des immigrants. Elle est surtout connue pour avoir fondé et coordonné les activités de la Coalition pour la déconfessionnalisation du système scolaire québécois et pour avoir été la première femme présidente du Mouvement national des Québécoises et Québécois (MNQ).

Biographie Jeunes années et formation Louise Laurin naît à Montréal le . Enfant unique, elle grandit dans une famille modeste de Villeray. Elle perd son père à l'âge de neuf ans et voit bientôt sa mère se remarier à un notaire. Ce dernier est d'un naturel strict et a des idées bien arrêtées sur le rôle des femmes au sein du couple et de la société. Selon lui, comme le rapporte Louise Laurin, « une fille c'[était] pas fait pour aller à l'université. C'[était] fait pour faire la cuisine et laver des couches »« La souverainiste qui a modifié la Constitution canadienne », Le Pionnier, mars 1998, pp. 1-4..

N'en déplaise aux positions de son beau-père, Louise Laurin est d'un naturel studieux et entretient l'espoir d'aller à l'université. Elle obtient d'ailleurs le soutien des Sœurs de Sainte-Anne. Croyant au potentiel de la jeune fille, ces dernières lui octroient une bourse d'études dans le but d'en faire une enseignante.

À l'âge de seize ans, Louise Laurin entre ainsi à l'École normale de Saint-Jérôme, où elle est pensionnaire pendant deux ans. Ces années passées à Saint-Jérôme sont cruciales pour son développement intellectuel et culturel. À l'École normale, Louise rencontre des religieux et des religieuses qui lui font découvrir « la force du nationalisme, la richesse de l'éducation et la nécessité de la culture »« La souverainiste qui a modifié la Constitution canadienne », Le Pionnier, mars 1998, pp. 1-4.. De plus, le directeur de cette école, le très nationaliste abbé Pleau, l'initie à l'art de l'organisation en l'introduisant à l'Association de la jeunesse canadienne-française (AJC, anciennement l'Association catholique de la jeunesse canadienne-française). Dans les années 1960, Louise deviendra présidente de cette organisation. Elle y fondera d'ailleurs un cercle dédié à la romancière Laure Conan.

Louise Laurin, éducatrice À l'âge de dix-huit ans, fraîchement diplômée de l'École normale, Louise Laurin entame une carrière en enseignement qui durera trente-cinq ans. Formée en pédagogie ainsi qu'en histoire et en espagnol, elle enseigne d'abord pendant treize ans au primaire et au secondaire avant de se consacrer à la direction d'écoles, principalement dans des milieux défavorisés et multiethniques. C'est d'ailleurs alors qu'elle dirige une école en milieu défavorisé que Louise Laurin met sur pied le premier service de garde en milieu scolaire à Montréal. Elle développe également des programmes favorisant l'intégration des enfants immigrants et la francisation de leurs parentsSSJB-Montréal, « In Memoriam – Louise Laurin », L'Aut'Journal, 10 janvier 2013. https://lautjournal.info/20130110/memoriam-louise-laurin .

Pour Louise Laurin, son rapport à l'école s'inscrit dans le contexte de son engagement citoyen : « L'action, la participation du citoyen, c'est-à-dire la citoyenneté, a toujours été importante pour moi. J'ai toujours axé mon travail sur la culture, la participation, la défense de la langue. J'ai toujours lié l'école au projet social et valorisé sa dimension communautaire. C'est à l'école que la société se forme. Si on veut avoir une société cohérente avec des objectifs communs, il faut que tous les enfants apprennent à vivre ensemble et à se respecter ».

Une femme engagée La nationaliste et la militante pour l'indépendance du Québec Dès la fin des années 1950, Louise Laurin s'engage dans l'Association de la jeunesse canadienne-française (AJC), une organisation nationaliste et catholique dont elle est la présidente de 1960 à 1963. Elle est la première femme à occuper ce poste.

Entre le milieu des années 1960 et la fin des années 1980, Louise Laurin délaisse le militantisme pour se consacrer corps et âme à sa vocation d'enseignante. Elle n'en demeure pas moins une nationaliste et souverainiste convaincue. Lorsqu'elle prend sa retraite de l'enseignement à l'aube de la décennie 1990, elle choisit naturellement la voie du militantisme. Elle se tourne d'abord vers la politique québécoise avant de se consacrer à la vie associative.

Candidate pour le Parti québécois dans la circonscription d'Anjou aux élections générales de , Louise Laurin est défaite par le candidat libéral René Serge Larouche par une marge de . La défaite de Louise Laurin s'inscrit dans le balayage qui permet au Parti libéral de Robert Bourassa de faire élire 92 députés et de recueillir 50 % du vote populaireLe Soleil, 6 août 1991..

Si le passage de Louise Laurin en politique est peu fructueux, il lui permet néanmoins de se faire connaître dans son milieu. C'est notamment ce qui lui permet, alors qu'elle a pris sa retraite du domaine de l'enseignement, d'être élue commissaire indépendante à la Commission des écoles catholiques de Montréal (CECM) en 1990.

Entre 1990 et 1994, Louise Laurin siège comme commissaire du quartier Villeray-Parc-Extension à la CÉCM, devenue depuis la CSDM puis le CSSDM. À la même époque, Louise Laurin est aussi membre du Comité consultatif des communautés culturelles et du Comité d'accès à l'égalité pour les communautés culturelles.

Le Mouvement national des Québécoises et Québécois Compte tenu de son engagement, Louise Laurin est tout naturellement invitée par le président Jean Dorion à joindre la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Elle en devient la vice-présidente de 1992 à 1993. Au sein de la Société, elle met sur pied le comité Passeport Québec, un groupe de réflexion sur la citoyenneté québécoise qui cherche à mieux intégrer les immigrants.

Durant la même période, Louise Laurin est également vice-présidence du Mouvement national des Québécoises et Québécois (MNQ), anciennement la Fédération des Sociétés Saint-Jean-Baptiste du Québec. Elle assume ensuite la présidence du Mouvement entre 1994 et 1996, succédant à Sylvain SimardLe Soleil, 20 mai 1994..vignette|Mouvement national des Québécoises et Québécois (MNQ)Depuis 1984, le MNQ a notamment la charge de l'organisation des activités officielles de la Fête nationale du Québec. À titre de présidente de l'organisme, Louise Laurin insiste pour que ce jour soit réellement la « fête de tous les Québécois » : « J'invite tous les Québécois », dit-elle, « à s'offrir ce cadeau unique de fraternité quelle que soit leur allégeance politique »Laurent Soumis, « La fête de tous les Québécois », Le Devoir, 22 juin 1994..

Sous la gouverne de Louise Laurin, le MNQ adopte une posture souverainiste, mais non partisane : « Le MNQ poursuit les objectifs de la souveraineté mais se garde un droit de réserve à l'endroit des partis politiques »Jean Chartier, « Immigration : le MNQ interviendra », Le Devoir, 18 avril 1994..

Participation à la campagne référendaire de 1995 À titre de citoyenne et de présidente du Mouvement national des Québécoises et Québécois, Louise Laurin s'engage naturellement du côté des forces souverainistes à l'occasion de la campagne référendaire de 1995.

Le Conseil de la souveraineté Aux côtés de l'ex-ministre péquiste Yves Duhaime, Louise Laurin participe d'abord à la fondation du Conseil de la souveraineté, dont elle devient d'ailleurs la première vice-présidente. Cette organisation souverainiste reçoit des fonds du gouvernement de Jacques Parizeau pour mettre sur pied des campagnes publicitaires faisant la promotion de l'option souverainiste. Le Conseil de la souveraineté disparaît à la suite du référendum avant de renaître au début des années 2000. Depuis 2014, il porte le nom d'Organisations unies pour l'indépendance du Québec (OUI-Québec).

Les Partenaires pour la souveraineté À l'aube de la campagne référendaire, Louise Laurin prend l'initiative de la formation des Partenaires pour la souveraineté, une vaste coalition d'organismes de la société civile qui a pour objectif de faire la promotion de l'option souverainiste à l'extérieur des structures traditionnelles de la politique partisane. Les Partenaires pour la souveraineté représentent plus d'un million de Québécois et de Québécoises membres des principales centrales syndicales, des grandes associations étudiantes et d'organisations culturelles et communautaires diversesPierre O'Neill, « Le OUI ébauche son parapluie », Le Devoir, 21 janvier 1995, p. A8. .

Après avoir annoncé leur formation lors d'une conférence de presse le , les Partenaires pour la souveraineté font une première percée dans l'espace public à l'occasion de la Journée des femmes du . À titre de présidente du Mouvement national des Québécoises et Québécois (MNQ), Louise Laurin appose sa signature à la lettre « Huit femmes... un huit mars », publiée dans la section « Opinions » du journal La Presse. Ce document établit les positions féministe et sociale-démocrate des Partenaires en plus de souligner l'engagement de ses signataires en faveur de la souveraineté du Québec. Outre Louise Laurin, les signataires de la lettre sont Stéphanie Venne, porte-parole du Mouvement étudiant pour la souveraineté; Jennie Skene, présidente de la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec; Lorraine Pagé, présidente de la Centrale de l'enseignement du Québec; Françoise Laliberté, du Mouvement Action Chômage de Montréal; Danielle-Maude Gosselin, du Syndicat de la fonction publique du Québec; Nicole Boudreau, porte-parole des Partenaires pour la souveraineté; et Lise Blais, de Solidarité populaire Québec.

L'Opération porte-voix et le spectacle SouveReines Après avoir mené plusieurs activités de mobilisation auprès des jeunes, des Franco-Canadiens et des Acadiens au printemps et à l'été 1995, les Partenaires pour la souveraineté tournent leur attention vers les femmesRéférendum Express, vol. 4, no 3 (vendredi 19 mai 1995), p. 1.. Les sondages menés durant cette période indiquent que celles-ci sont moins enclines que les hommes à soutenir l'option souverainisteMario Fontaine, « En car pour le oui », La Presse, 6 septembre 1995, p. B1.. Attribuant cette frilosité au fait que le discours politique traditionnel, pratiquement monopolisé par les hommes, ne passe pas toujours très bien chez les femmes, les Partenaires sont déterminés à redoubler d'efforts à leur endroit. À l'initiative de la porte-parole Nicole Boudreau, l'Opération porte-voix est lancée le « Opération porte-voix », Le Soleil, 6 septembre 1995, p. A9. . Des représentantes des Partenaires annoncent alors aux médias qu'une grande tournée nationale visant à « favoriser le dialogue » et à « informer les femmes » se mettra en branle quelques jours plus tard. « Il fallait [...] trouver un moyen de rejoindre ces femmes en outrepassant les discours conventionnels et les lignes de parti », explique Nicole Boudreau, « [d]'où l'idée d'une tournée en autobus et des femmes en région qui, à leur manière, décideront comment elles reçoivent les passagères souverainistes »Lia Lévesque, « Les femmes souverainistes feront une tournée du Québec en autobus », Le Nouvelliste, 6 septembre 1995, p. 27..