Pierre Maltais, alias Norman William, alias Joseph Maltais, vraisemblablement né le au Québec et mort en au Nicaragua, est généralement décrit comme un gourou, manipulateur, escroc et prédateur sexuel pédocriminel. Ce Canadien-français, caché sous de très nombreuses identités pendant sa vie, a fondé plusieurs sectes dans les années 1970, 1980 et 1990.

Ses activités se sont déroulées au Québec et en Europe. Il fonde successivement de multiples structures, créant une soixantaine d'associations, dont les plus connues sont « la tribu », « écoovie » et « Iriadamant ». Il a également faussement affirmé qu'il était d'origine métisse. Lui et ses partisans se sont ensuite présentés comme étant des Mi'kmaq. Ils ont pendant plusieurs années adopté un mode de vie nomade, sillonnant une partie de l'Europe, entre la France, la Belgique, l'Italie et la Finlande.

Il a également été soupçonné d'être impliqué dans des groupes terroristes et de collaborer pour des services secrets.

Il est condamné et emprisonné en Belgique pendant 4 mois.

Biographie

Jeunesse Il naît le à East Angus, au Québec, vraisemblablement sous le nom de baptême de Joseph-Doris-Pierre-Albert Maltais.. Il grandit dans une famille pauvre. Au début des années 50, scout, il fait la rencontre d'une communauté autochtone en Gaspésie. Il est fasciné par eux et commence à s'inventer des origines amérindiennes fictives et se fait prénommer Piel Pejo. Il se prétend ainsi d'origine micmac, originaire de la réserve indienne de Maria. Le chef de la tribu conteste cette version.

Premières actions au Québec Dans les années 1960, devenu fonctionnaire, il milite pour l'indépendance du Québec, au sein du Parti québécois dirigé par René Lévesque. Il aurait également milité au Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) et au Front de libération du Québec (FLQ). Il multiplie ses mensonges et manigances. Il aurait été approché par les services secrets canadiens pour infiltrer les indépendantistes. Certains observateurs, notamment Philippe Brewaeys et Jean-Frédérick Deliège affirment qu'il a travaillé pour plusieurs services de renseignement.

D'après Le Devoir, qui a obtenu ses renseignements auprès des policiers montréalais, à l'époque où Pierre Maltais vit encore au Québec, la police n'a rien d'incriminant contre lui sous le nom de Piel. Par contre, un certain Pierre-Léo Lacourse, qu'un ouvrage de Louis Fournier identifie comme « Maltais », est condamné à 18 mois de prison pour des attentats terroristes et recel de dynamite..

Expansion en Europe

La tribu Maltais arrive en Europe dans les années 1970, à Paris, avec sa femme enceinte et deux enfants. En 1976, il fonde La Tribu, à Paris, où Maltais tient une coopérative de produits biologiques et un restaurant nommé « Le Cheval de Trois ». Il se présente comme un indien Micmacs, et son groupe écologique prône un mode de vie communautaire et végétalien. Des membres de La Tribu déclarent avoir été attirés par le mode de vie indien, par les produits bio, par un manque de sens à vivre dans la société de consommation.

Parallèlement, il crée en avec deux québécois, Michel André, le concept de Sylvilisation.

Des adeptes rentiers lui faisant des dons généreux, Pierre Maltais vit, à l'insu de tous, dans un appartement luxueux au 225 rue du Faubourg-Saint-Honoré, tout proche de l'Arc de Triomphe à Paris. Il vit avec valets et chauffeur. Il rend visite à La Tribu sous ses tipis pour partager des informations qui fascinent les membres du groupe.

Ecoovie Il fonde en 1978 à Paris une « coopérative de vie écologique » dénommée « Ecoovie », qui est une communauté prétendant promouvoir l'agriculture biologique et l'autosuffisance. Le groupe est basé un premier temps à Paris, où il vend des produits naturels. Puis il se déplace à Noisy-le-Grand. Le groupe est au départ principalement composé de Français, de Canadiens français, d'Italiens et de Belges. Les membres de la communauté se sont identifiés aux peuples et aux coutumes amérindiens, s'habillant avec des costumes traditionnels, vivant sous des tipis et prenant des noms inspirés des peuples autochtones. Ils cultivent la terre sans outils, à la main. Sur le campement, la consommation d'alcool, de cigarettes et de drogues est prohibée, étant considérée comme une « béquille affective ». Il n'y a ni télévision, ni électricité. Les enfants ne vont pas à l'école, ils sont éduqués sur place. Les membres sont entre 50 et 100, et ont des valeurs communes, comme l'écologie et le respect de la nature. Ils considèrent le travail dans la société comme une exploitation, qu'ils refusent, tout comme la notion d'argent.

À son apogée, Ecoovie compte environ 500 membres dans toute l'Europe, et notamment en France et en Belgique, vivant un style de vie se voulant primitif. Ils rejettent généralement les régimes alimentaires modernes, les soins médicaux.

D'après Le Devoir, vers 1980, des difficultés apparaissent : dettes, plaintes de parents, et enquêtes de police. Pierre Maltais prend alors le nom de Norman William, communément appelé « Man ». L'écrivain Roger Ikor, qui lutte contre les sectes, accuse Pierre Maltais de prétendre que de l'eczéma purulent est un signe que l'organisme se purifie, alors que, selon Roger Ikor, l'eczéma est en fait le résultat de carences alimentaires. Roger Ikor dénonce que les bébés d'Ecoovie puissent vivre au milieu de déjections épandues à terre, un constat établi également par la mairie de Noisy-le-Grand qui a été prévenue par le voisinage.

Ecoovie est finalement dissoute en 1984 à la suite d'accusations de manipulation mentale et d'escroquerie financière.

De multiples créations de structures Il fonde l’Université de l’Île-de-France (UNIDEF) en 1980. Elle devient Université de la paix en 1980, ou 1982 ou 1983. Cette université prétend proposer un enseignement alternatif basé sur le retour à la nature, à l’alimentation et l’agriculture naturelles. Cela permet à Maltais de s’introduire dans la Fédération mondiale des villes jumelées, et par ce biais d'avoir accès à des organismes dépendant de l’ONU et de l’UNESCO. En 1984, Maltais prend le titre de président du Conseil mondial des peuples unis. Il se prétend successeur de Ghandi ou de Martin Luther King.

L'homme politique québécois Guy Descary, vice-président de la Fédération mondiale des villes jumelées, voit en Pierre Maltais un « agitateur professionnel », un avis partagé par Janine Tavernier, vice-présidente de l'Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu victimes de sectes (UNADFI), et dont le mari a rejoint la tribu de Pierre Maltais. Guy Descary accuse également Pierre Maltais d'avoir été à la solde du colonel libyen Mouammar Kadhafi. Selon Janine Tavernier, Pierre Maltais négociera en 1988 en Belgique pour le compte de Mouammar Kadhafi l'achat d'une petite société d'aviation privée.

Grâce à la Fédération mondiale des villes jumelées, Pierre Maltais élargit son carnet d'adresses auprès de personnalités et hommes politiques. Il participe notamment à un dîner à Matignon en présence de Pierre Mauroy.

La marche du retour : 10 ans d'itinérance gauche|vignette|Octobre 1992, dans le campement de Kittilä Le , les membres du groupe du campement de Noisy-le-Grand, environ 200 personnes, entreprend une « marche du retour », censée être une tournée mondiale pour planter des arbres et diffuser sa philosophie, prévue pour durer 16 ans en traversant 65 pays..

Divers observateurs estiment qu'il s'agit d'une fuite, Pierre Maltais étant visé par des associations anti-sectes. Il dément sur Radio libre de Paris (RLP), où il déclare que ce n'est pas une fuite, mais une « façon de vivre en se déplaçant ».

La marche est difficile. Les marcheurs doivent faire du feu avec du bois mouillé. Il leur faut réinstaller les tipis tous les soirs. Leurs organismes sont soumis à rude épreuve. Des dizaines de membres abandonnent. Certains ont des plaies qui s'infectent, ou souffrent de pertes de dents, d'hépatites, de plaques purulentes sur le corps. Mais Pierre Maltais leur dit qu'il s'agit d'« éliminations », le corps se réadaptant à de nouvelles conditions de vie. Il incite les marcheurs à ne pas utiliser la médecine traditionnelle. Michel Tavernier fait partie du groupe des marcheurs. Au début, il est prêt à vendre sa maison pour le groupe. Puis il évolue et finit par penser que Pierre Maltais est un « cas pathologique ». L'expérience de Michel Tavernier est présentée dans le documentaire Le pervers au 100 visages. Lorsqu'il revient chez sa femme Janine Tavernier, celle-ci découvre une « loque » : Michel est sale, amaigri, ne pesant plus que 43 kg, car les marcheurs ne mangent pas à leur faim. Pierre Maltais, pendant ce temps, quitte régulièrement le groupe sous différents prétextes, et vit luxueusement dans différents hôtels européens.

Le groupe vit plusieurs années de manière nomade. Il part de Noisy-le-Grand, traverse plusieurs régions françaises : notamment la Normandie et la Bretagne. Il traverse la frontière française, et vit un moment en Galice (en 1986), au Portugal, ainsi que dans l’enclave espagnole de Ceuta, mais n'est pas autorisé à passer au Maroc. Ils passent également par le Latium à la fin des années 1980, puis le Danemark, la Suède (pendant 5 mois en 1990). Ils s'installent en Finlande pendant 2 ans et demi de 91 a 93, sous le nom de Iriadamant.

Leur dernière étape est finalement la Calabre fin 1993, début 1994 après le retour de Finlandehttps://www.dekamer.be/FLWB/pdf/49/0313/49K0313008.pdf.

Le groupe vit très souvent dans des conditions extrêmes, notamment en Finlande où il affronte des températures de -30°C. Les membres sont sans soins élémentaires, et ont une alimentation insuffisante : Pierre Maltais impose de longs jeûnes et un végétalisme frugal, censé être en adéquation avec les cycles naturels, mais fortement carencé. Alors que le groupe s'est installé en Italie pendant un an, un membre est gravement malade, puis meurt. Le groupe l'enterre sur ordre de Pierre Maltais sans même avertir la famille ou les autorités.

Par ailleurs, les femmes et les hommes sont strictement séparés et interdits de relations charnelles. Les hommes doivent par contre avoir des relations sexuelles entre eux, et avec Pierre Maltais. Ce dernier est même accusé d'abuser d'adolescents.

Les journalistes se mettent à enquêter sur le groupe lorsqu'un père découvre que son fils marcheur est hospitalisé en . Les journalistes révèlent alors que Pierre Maltais loge dans une suite luxueuse dans un hôtel, et consomme de la viande, contrairement aux marcheurs. Pierre Maltais est devenu franciscain et il s'est associé avec Gustave Keteleer pour des affaires financières opaques.

Arrestation en Belgique Le , une opération de police est lancée. Il est arrêté en Belgique à Anderlecht... et emprisonné pour détention de faux passeports, escroquerie, trafic d'armes et enlèvements d'enfants. Il est poursuivi par plusieurs associations anti-secte.

Il sort de prison en , après quatre mois de prison. Il a fait une grève de la faim et paraît très amaigri. Il porte toujours sa tenue d'indien et se positionne en victime. Il accuse les journalistes d'avoir mené une cabale contre lui. Il affirme que 0,002 % seulement de ce qui a été écrit par les journalistes sur lui est « défendable », le reste étant selon lui « des contes à dormir debout ». Il est expulsé de Belgique alors que ses papiers ne lui ont pas été rendus : son franchissement des frontières reste un mystère.

Iriadamant

En Italie, a la fin des années 1980, le groupe prend le nom d'Iriadamant., dérivé de l'expression « peintres de style de vie ». Créée en Italie par Maltais, Iriadamant est une secte ésotérique teintée de mysticisme amérindien. Iriadamant attire des adeptes en Italie et en Finlande, mais sera également dissoute après des accusations de dérives sectaires. droite|vignette|Membres de la communauté Iriadamant à Kittilä, octobre 1992.