Les ont lieu les et pour le premier tour et les et pour le second tour afin d'élire les de la de la Cinquième République.
Initialement prévues pour 2027, les élections sont convoquées de manière anticipée trois ans avant la fin de la législature, à la suite de la dissolution de l'Assemblée nationale par Emmanuel Macron, président de la République, la coalition présidentielle Ensemble menée par la députée européenne Valérie Hayer ayant été devancée de près de par le Rassemblement national (RN) dirigé par Jordan Bardella lors des élections européennes du . C'est la sixième dissolution de la via l' de la Constitution et la première au cours d'un quinquennat. Sa convocation en cours de mandat présidentiel l'amène notamment à être comparée aux législatives anticipées de 1997, qui ont marqué une déroute pour le camp présidentiel et ont contraint Jacques Chirac à la cohabitation.
Une très large union de la gauche voit le jour sous le nom de Nouveau Front populaire (NFP), initiée par le député sortant François Ruffin, tandis que le président Les Républicains (LR), Éric Ciotti, annonce une alliance avec le RN, à laquelle refusent de participer la quasi-unanimité des députés LR sortants. Les forces centristes se regroupent autour du parti présidentiel Renaissance sous le nom d'Ensemble pour la République (EPR).
Le premier tour voit le RN arriver pour la première fois en tête d'un premier tour d'élections législatives, cumulant avec ses alliés un résultat inédit de 33 % des suffrages exprimés. Ces résultats leur assurent la victoire dans dès le premier tour et la qualification dans . Avec 28 %, le NFP remporte 32 circonscriptions et se qualifie dans , devant la coalition présidentielle, en recul de cinq points par rapport à 2022, et LR, à nouveau quatrième, en baisse. L'important bond de la participation génère plus de trois cents triangulaires et cinq quadrangulaires, quatre fois plus que le précédent record historique des élections de 1997. Le front républicain amène dans l'entre-deux-tours à un nombre record de désistements, ramenant le nombre de triangulaires à 89, et au maintien de deux quadrangulaires.
L'assemblée élue au soir du second tour est très divisée avec pour résultat un parlement minoritaire, les trois principaux blocs étant très loin de la majorité absolue. Le NFP remporte une majorité relative de sièges, devançant EPR puis le RN, ce dernier obtenant un chiffre bien plus faible que celui attendu par les sondeurs en raison du front républicain appliqué dans l'entre-deux-tours. La droite républicaine arrive quant à elle en quatrième position.
Les élections sont suivies de plusieurs mois de gestion des affaires courantes par le gouvernement sortant, dans l'attente de la nomination d'un nouveau Premier ministre par Emmanuel Macron. Ce dernier temporise et reporte dans un premier temps cette nomination à la fin des Jeux olympiques organisés à Paris. Fin juillet, les partis composant le NFP proposent la nomination de Lucie Castets au poste de Première ministre mais cette proposition n’est pas suivie par le Président de la République. À la suite de nombreuses consultations des différents partis, Michel Barnier est finalement nommé Premier ministre le . Son gouvernement tombe cependant le à la suite du vote d'une motion de censure dans le cadre d'une utilisation de l'article 49.3 de la constitution lors du vote du budget. C'est la première fois depuis 1962 qu'un gouvernement français est censuré, accentuant ainsi la crise politique en cours jusqu'au , date à laquelle François Bayrou devient Premier ministre.
Contexte Contexte politique Assemblée issue des législatives 2022
Depuis les élections législatives de 2022, lors de la , la coalition Ensemble gouverne grâce à une majorité relative à l'Assemblée nationale avec un tripartisme fort entre la gauche, les libéraux et l'extrême droite..
Sur différents projets de lois et votes de budgets sont constatés de nombreux recours à l'article 49 alinéa 3 de la Constitution (dit « 49.3 ») par le gouvernement Borne. S'y ajoute le sentiment d'entraves liées à l'absence de majorité absolue soutenant Emmanuel Macron. Ce dernier aurait envisagé en privé avec des proches, au moment du remaniement du gouvernement au mois de , la possibilité d'une dissolution, possiblement à l'échéance de .
Élections européennes de 2024
Emmanuel Macron dissout l'Assemblée au soir des élections européennes du ., la liste Besoin d’Europe (Renaissance et ses alliés) n'arrivant que deuxième avec 14,60 % des votes, près de derrière les 31,37 % du Rassemblement national (RN).. Le président de ce dernier, Jordan Bardella, réclame d'ailleurs plusieurs semaines avant l'annonce d'Emmanuel Macron que l'Assemblée soit dissoute en cas de victoire du Rassemblement national..
La plupart des ministres d'Emmanuel Macron apprennent la dissolution en direct, en même temps que le reste des Français. Selon le journal Le Monde, Pascal Praud l'aurait apprise avant eux, trois heures avant son annonce.. Le président justifie la dissolution par , qu'il considère comme ...
L'élection européenne donne lieu à une intense propagande prorusse, deux ans après l'invasion de l'Ukraine, sur les réseaux sociaux du groupe Meta (WhatsApp, Instagram, Facebook).. Les faux contenus de l'opération Matriochka, active en France aussi depuis au moins , continuent pendant les législatives.
Contexte historique et institutionnel Dispositions de la Constitution et constitutionnalité de la dissolution
L'article 12 de la Constitution permet au président de la République française d'appeler à de nouvelles élections dans les vingt à quarante jours après la signature du décret de dissolution . La dissolution doit être précédée de la consultation du Premier Ministre, de la présidente de l’Assemblée nationale et du président du Sénat. Depuis la réforme constitutionnelle de 2000, instituant un mandat présidentiel de cinq ans, les élections législatives et présidentielles coïncidaient, les secondes suivant systématiquement la première, permettant aux présidents nouvellement élus de n'avoir plus besoin de dissoudre pour conforter leur majorité du côté du parlement, comme en 1981 et 1988.
Alors que les premières informations début juin 2024 précisaient que les consultations prévues par la Constitution avaient eu lieuAurélie Herbemont, « Emmanuel Macron dissout l'Assemblée à la surprise générale », France Info, 10 juin 2024., Gérard Larcher, président du Sénat, affirme , ce qui pose une question de constitutionnalité, sans réponse claire. Le président du Conseil constitutionnel, Laurent Fabius, estime que son Conseil n’a pas compétence en la matière, mais que d’un autre côté, si le président du Sénat avait eu le réflexe de saisir le Conseil ou s’il était même simplement avéré que les consultations prévues par la Constitution n’avaient pas eu lieu, (Laurent Fabius).. Le procès-verbal de l’appel téléphonique n’a pas été communiqué au site d’analyse juridique de l’information Les Surligneurs, qui en avait fait la demande. Le site donne toutefois l’exemple de consultation présidentielle très réduite en 1962 entre De Gaulle et Gaston MonnervilleGuillaume Baticle, « Gérard Larcher estime que la dissolution de l’Assemblée nationale n’était pas conforme à la Constitution », Les Surligneurs, 11 juillet 2024, modifié le 15 juillet, consulté le 26 décembre 2024..
Précédentes dissolutions sous la Cinquième République
C'est la quatrième dissolution non consécutive à une élection présidentielle, après celle de 1962 décidée par le général de Gaulle à la fin de la guerre d'Algérie, celle causée par le mouvement social de et celle de 1997. Cette dernière avait conduit à la troisième cohabitation, avec Lionel Jospin comme Premier ministre, son parti obtenant à lui seul 250 des de la gauche. Deux autres cohabitations avaient suivi les législatives de 1986 et celles de 1993, toutes les deux gagnées par une coalition à deux partis menée par Jacques Chirac, le RPR obtenant contre 131 à l'UDF en 1986 et 257 contre 215 pour l'UDF en 1993.
Le quotidien Les Échos. rappelle la dissolution opérée par Jacques Chirac en 1997, convaincu qu'il faut pour se renforcer sur la droite en vue de réformes budgétaires., après les grandes manifestations du mouvement social de 1995, alors les plus importantes depuis Mai 68.
Malgré des sondages lui donnant une majorité en sièges jusqu'au jour du , sur fond de coude-à-coude avec la gauche en nombre de voix, Jacques Chirac perd le second tour des élections législatives françaises de 1997 après avoir été devancé au premier : la gauche crée la plus grosse surprise de la Cinquième République"Le vote surprise Les élections législatives du 25 mai et " par Pascal Perrineau, Colette Ysmal en 1998 aux Éditions Presses de Sciences Po . avec d'avance sur la droite, tandis que le Front national (FN) réussit à obtenir grâce au meilleur score depuis sa création..
Jacques Chirac doit accepter la troisième cohabitation, avec un Premier ministre socialiste, Lionel Jospin, qu'il avait battu deux ans avant en finale de la présidentielle. La gauche bénéficie notamment au second tour des législatives d'un bond de de la participation entre les deux tours et des imposées par le FN, qui se maintient le plus souvent, divisant ainsi les voix de droite. ; il n'obtient néanmoins qu'un seul siège malgré près de 15 % au premier tour et 5,59 % au second tour.
Ces résultats, conjugués à une victoire peu probable de la coalition d'Ensemble en 2024, amène la dissolution décidée par Emmanuel Macron à être comparée à celle décidée par Jacques Chirac en 1997."Le pari raté de Jacques Chirac" sur CNews le 09/06/2024..
Contexte social
Les élections ont lieu un an après le mouvement social contre la réforme des retraites en France de 2023, mené par les huit principaux syndicats français de salariés réunis en intersyndicale nationale, avec treize journées d'action dans quelque , le nombre total de manifestants dépassant plusieurs fois les précédents records de 1995 et 2010, selon la police comme selon les syndicats. Ce mouvement social soutenu par trois-quarts des Français a aussi dénoncé un débat raccourci et sans vote du Parlement, via un recours inattendu à l'article 49.3 de la Constitution, jusque-là limité aux questions budgétaires, qui a relancé le débat sur une crise démocratique, plus de deux ans après l'abandon d'un premier projet de réforme.
Réactions et conséquences de l'annonce
Réactions politiques
La courte allocution d'Emmanuel Macron en pleine soirée électorale annonçant la dissolution prend de court la plupart des médias, partis et personnalités politiques.
Le soir du vote, dans un tweet et à la télévision, François Ruffin (LFI) lance un appel aux dirigeants des quatre partis de gauche à s'unir dans un Nouveau Front populaire. Le lendemain matin, avec Sébastien Jumel (PCF), Marie-Charlotte Garin (LE), Sébastien Peytavie (G.s), Sophie Taillé-Polian (G.s), Nicolas Sansu (PCF), Damien Maudet (LFI), Karine Lebon (GDR), Leïla Chaibi (LFI) et Émeline K/Bidi (GDR), il lance un site web pour récolter les signatures des électeurs désireux de l'union des formations de gauche. Dans la soirée débutent des discussions entre les numéros un des principaux partis de gauche, Manuel Bompard (La France insoumise), Olivier Faure (Parti socialiste), Marine Tondelier (Les Écologistes) et Fabien Roussel (Parti communiste français), afin de former une coalition qui s'appellerait le Front populaire et proposerait un programme de gouvernement jusqu'à l'élection présidentielle de 2027. Réunis au siège du parti Les Écologistes, tous les quatre précisent qu'elle aurait une structure différente de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (NUPES), l'union des gauches des élections législatives de 2022.