Le canal Siversky Donets-Donbass (CSDD) est un canal situé dans l'est de l'Ukraine, long de .

Il s'écoule du nord au sud, reliant la rivière Siversky Donets (ou simplement Donets) et le fleuve Kalmious, de Sloviansk à Marioupol. Il passe ainsi par Tchassiv Iar, Toretsk, Horlivka, Avdiïvka, Donetsk, Marïnka, Volnovakha. Il est en partie souterrain, s'écoulant dans des tuyaux sur plusieurs kilomètres.

Durant la guerre russo-ukrainienne, à partir de 2014, le canal est situé en partie sur la ligne de front et devient un enjeu de coopération entre l'Ukraine et les républiques séparatistes du Donbass. Avec l'invasion russe, le contrôle du canal prend encore plus d'importance.

Il est géré par la compagnie privée Voda Donbassa (« Eau du Donbass »), épaulée par plusieurs ONG humanitaires.

Situation géographique

gauche|vignette|Autre vue du canal près de Tchassiv Iar. Le canal est situé dans l'est de l'Ukraine et s'étend sur . Il s'agit d'une structure hydraulique reliant le Siversky Donets au fleuve Kalmious, près de Marioupol.

Le CSDD s'écoule du nord au sud dans la région du Donbass, de Sloviansk à Marioupol, en passant par Tchassiv Iar, Toretsk, Horlivka, Avdiïvka, Donetsk, Marïnka et Volnovakha. Une branche dérivée se détache du canal entre Horlivka et Avdiïvka, pour rejoindre Donetsk et la source du fleuve Kalmious, et de nombreux pipelines secondaires relient le canal et les plus petites localités des alentours. Une autre source considère que le CSDD désigne uniquement la branche allant de la périphérie de Sloviansk à Donetsk et que le canal partant de Horlivka pour rejoindre Marioupol se nomme le « Pipeline d’eau du sud du Donbass » (, SDWP), mais précise que les deux infrastructures .

Caractéristiques techniques La longueur totale du canal est de 133,4 km, mais seulement sont des canaux terrestres traditionnels, à l'air libre. Les restants sont constitués de pipelines tubulaires qui enjambent d'autres rivières, une voie ferrée, des routes ou des ravins. Ils se composent de deux ou trois tuyaux d'un diamètre de plus de 2 mètres et d'un équipement de pompage supplémentaire.

La structure du canal comprend aussi quatre stations qui remontent l'eau du canal jusqu'à la crête de Donetsk, à une altitude d'environ . Cinq réservoirs sont créés en aval du canal pour assurer un fonctionnement ininterrompu, même en cas d'accident : Karlivka, Volynets, Artemivske, Horlivka et Verkhnia Kalmious, d'un volume total de .

Au total, l'infrastructure compte de filtration de l'eau qui assurent sa potabilisation et de pompage d'eau tout le long du canal.

Histoire

Construction L'industrialisation du Donbass à la fin du et au début du épuise les réserves d'eau douce de la région de Donetsk. D'une part, la production industrielle nécessite d'importants volumes d'eau douce : par exemple, d'eau sont nécessaires pour fondre une tonne de fer, pour fondre une tonne d'acier, jusqu'à sont utilisés pour produire d'électricité et chaque tonne de charbon extraite nécessite un mètre-cube d'eau. D'autre part, l'exploitation des gisements de minerais souterrains (principalement le charbon) entraîne une forte baisse du niveau des nappes phréatiques.

L'oblast de Donetsk n'ayant pas de grandes rivières, un canal est construit à partir de la rivière Siversky Donets pour approvisionner l'industrie de l'oblast. Un décret gouvernemental sur la construction du canal Siversky Donets-Donbass est adopté en 1954. La construction débute le et dure jusqu'en 1958. Le canal Siversky Donets-Donbas est conçu à l'origine pour un débit d'eau de .

Avant l'ouverture du canal Dniepr - Donbass, qui réalimente le bassin du Siversky Donets avec l'eau du Dniepr/Dnipro, le volume de prise d'eau en été dépasse le débit du Donets, qui, les années sèches, tombe en dessous de . Par conséquent, afin de maintenir le fonctionnement du canal en été, le réservoir d'Oskil est construit en 1957 sur l'affluent du Siversky Donets, la rivière Oskil, dans l'oblast de Kharkiv, pour réguler le débit de l'eau dans le Siversky Donets, conformément aux contraintes techniques du CSDD.

En 1979, le canal est rénové pour augmenter sa capacité de transport, qui passe à . L'utilisation réelle du canal diminue en raison du déclin industriel de l'Ukraine. Alors qu'en 1990 le canal est utilisé pour transporter , son débit en 2000 n'est plus que de .

La ville de Marioupol, dépendante du canal, est obligée de stocker l'eau dans le réservoir de Starokrymsky, ce qui altère sa qualité. Pour sécuriser son approvisionnement en eau sans faire appel au réservoir de Pavlopil, trop proche de la ligne de front, la ville lance un projet de station de traitement de l'eau. Un contrat à d'euros est signé avec la France.

Durant la guerre du Donbass Dans le Donbass, avant même la guerre, de nombreux villages reculés n'ont pas accès à l'eau potable, ou seulement pour une partie des habitations, et doivent compter sur leurs puits. Ceux-ci s'assèchent progressivement, en particulier en 2016, à la suite d'une succession de sécheresses.

Lorsque débute la guerre du Donbass en , le canal constitue en de nombreux points la ligne de front entre les forces séparatistes du Donbass et les Forces armées de l'Ukraine. Il suit sur plusieurs kilomètres la frontière de facto et la traverse à quatre reprises, deux tiers de sa longueur environ se trouvent en territoire séparatiste.

La guerre rend extrêmement difficile les réparations et de nombreux ouvriers sont blessés, que ce soit par des tirs d'artillerie ou des mines placées par les deux camps. Au total, entre 2014 et 2019, neuf employés de Voda Donbassa sont tués et .

Les employés de l'entreprise sont obligés d'aller effectuer les travaux obligatoires sous la menace de la guerre. Chaque opération de réparation ou d'entretien doit se faire lors d'une , un cessez-le-feu temporaire négocié sous la médiation de l'OSCE, procédure qui peut durer plusieurs semaines. Les techniciens de réparation sont escortés par la Croix-Rouge et des agents de l'OSCE jusqu'à la zone d'intervention, accompagnés de soldats du génie, chargés de déminer.

Le , l'un des camions d'intervention, transportant la pelleteuse, saute sur une mine, blessant gravement les ouvriers. Plutôt que de blâmer les démineurs, la Police ukrainienne accuse les séparatistes d'avoir commis un attentat délibéré, bien qu'il soit impossible de savoir quel camp a placé les mines.

Durant l'invasion de l'Ukraine par la Russie Le , Vladimir Poutine lance l'invasion de l'Ukraine. Après l'offensive ratée sur Kyiv, l'armée russe se recentre sur son objectif de conquérir le Donbass. Le canal devient la ligne de front sur une plus longue distance. Les frappes d'artillerie, bien plus nombreuses qu'entre 2014 et 2022, provoquent la destruction d'une partie des pipelines et des sous-stations et l'arrêt des usines, qui manquent d'électricité pour fonctionner.

Le média américain Daily Kos postule que le contrôle du trajet du CSDD pourrait être l'un des buts de guerre de Vladimir Poutine, afin de rendre les zones contrôlées économiquement viables du fait de leur approvisionnement garanti en eau.

Après la prise de Bakhmout et d'Ivanivske par la Russie, les forces russes avancent jusqu'à proximité du CSDD, dans une zone où celui-ci sort de terre sur quelques centaines de mètres, constituant une . Lors de la bataille de Tchassiv Iar, le contrôle du canal et l'établissement d'une tête de pont à l'ouest de celui-ci sont des objectifs majeurs pour la Russie. Début , un assaut russe pour tenter de franchir l'un des quatre ponts sur le canal échoue, repoussé par la mécanisée.

Exploitation du canal gauche|vignette|Barrage marquant le début du canal, au nord-ouest de Sloviansk. Avant la guerre, le canal assure l'approvisionnement en eau potable d'une partie de la région du Donbass. Le CSDD fournit aussi de l'eau aux usines de la région, un bassin ouvrier très industrialisé.

Il est géré par l'entreprise privée Voda Donbassa (« Eau du Donbass »), qui compte . La situation devient difficile lors de la guerre du Donbass où un s'installe. Le siège social est officiellement installé à Donetsk, dans la zone contrôlée par les séparatistes, mais l'entreprise opère aussi depuis Pokrovsk, bastion aux mains des Ukrainiens, plus à l'ouest, ce qui oblige certains employés à faire des trajets entre l'Ukraine et la république autoproclamée. La majorité des bureaux et locaux administratifs se trouvent toujours en territoire contrôlé par l'Ukraine. L'entreprise continue à fournir en eau les régions séparatistes de la RPD et de la RPL, qui paient en roubles russes les salaires des employés locaux , tandis que les consommateurs côté ukrainien paient en hryvnias.

Les autorités séparatistes souhaitent nationaliser l'entreprise, comme ils l'ont fait avec d'autres compagnies auparavant privées, ce que refuse Kyiv qui menace dans ce cas de couper l'approvisionnement en eau. Un texte de loi est préparé pour, selon le numéro 2 de Voda Donbassa, Viktor Zavodovsky, , mais la crainte de fait échouer leur adoption. La situation reste donc dans un relatif statu quo. Viktor Zvodovsky affirme : .

L'entreprise réalise des partenariats d'investissement avec des ONG humanitaires comme Première Urgence Internationale ou People in Need et obtient des financements de l'Unicef. Ces organisations sont principalement chargées d'assurer les distributions d'eau dans les régions non reliées au réseau ou victimes des combats.

Références

Bibliographie

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