Les jardins ouvriers des Vertus sont des Jardins familiaux situés à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis. Ils occupent une surface d'environ 2,6 hectares sur le glacis du Fort d'Aubervilliers. Ces jardins ont vu le jour le et sont gérés par l’association du même nom. Entre 2020 et 2024, ils ont fait l'objet d'une lutte environnementale pour préserver près de menacés de destruction.

Historique La Plaine des Vertus est au cœur de la vaste plaine alluviale de La Plaine Saint-Denis, à quelques kilomètres au nord de Paris. Elle est drainée par de petits cours d'eau comme le Ru de Montfort, le ru du Vivier et celui du Goulet. Terroir agricole attesté depuis le Moyen Âge, la dénomination de « Vertus » aurait pour origine la légende d'une jeune fille ayant prié la Vierge, à la suite d'une longue sécheresse, qui aurait vu, le , ruisseler les yeux de la statue et entendu la pluie tomber au même moment. Après ce miracle, l'Église Notre-Dame-des-Vertus d'Aubervilliers serait devenue un lieu de pèlerinage.

Les premières mentions de légumes sur ce territoire datent de la même période : « Dès le XIVe siècle, la plaine des Vertus est un centre réputé des cultures légumières. Le sens le plus général attribué dès lors au mot Vertus désignera les gros légumes poussés en plein champ et fumés à l’aide de l’engrais urbain (boues et gadoues de Paris et Saint Denis) : robustes choux des vertus, salsifis et oignons « paille des vertus, … », « Les différentes variétés servaient à la préparation de potages et préfiguraient, en cela, la production légumière du XVIIe siècle »Voir thèse de doctorat de Françoise Dedieu, citée en référence.

Jusqu'au début du XXe siècle, la Plaine des Vertus accueillait de nombreux maraîchers, dont la production était essentiellement destinée à l'alimentation de la capitale. Elle était une référence pour l’approvisionnement parisien : au marché des Halles de Paris, ses maraîchers avaient une place réservée, le « Carreau des Vertus ». La pression immobilière a peu à peu chassé les maraîchers…Patrimoine en Seine-Saint-Denis : les [jardins ouvriers]https://patrimoine.seinesaintdenis.fr/IMG/pdf/patrimoine_en_ssd_30.pdf Les jardins familiaux qui s'étendent sur le glacis du Fort sont la dernière trace de ce passé.

Dès 1905, des jardins ouvriers sont installés dans les glacis du Fort d’Aubervilliers. Placés sous l’égide de la Société des Jardins ouvriers des Quatre Chemins, ces premiers jardins sont inaugurés par l’abbé Lemire le 17 mai 1908. Après une période de difficultés, les jardins connaissent un élan renouvelé à partir de 1925, avec la fondation du Syndicat des Jardins ouvriers de Pantin-Aubervilliers, aujourd’hui connu sous le nom de l’association des jardins familiaux de Pantin-Aubervilliers. Les jardins ouvriers des Vertus sont fondés le 29 novembre 1935, via la création de la Société des jardins ouvriers des Vertus, qui officialise son existence administrative en signant ses statuts au sein du bistrot « Au Bon Accueil ». À partir de cette date, les parcelles, réparties sur une surface totale d’environ 70 000m², sont investies par les ouvriers résidant à proximité, qui les dédient à la culture potagère.

Ces jardins s'étendent aujourd'hui sur 7 hectares, dont 2,6 hectares pour les Jardins Ouvriers des Vertus et 4,5 hectares pour les Jardins de Pantin. En 1963, les jardins des Vertus occupaient plus de 6,2 hectares. Ils ont été amputés à plusieurs reprises, notamment pour la construction du métro de la ligne 7 Fort d'Aubervilliers (métro de Paris) en 1979, et pour la construction du théâtre Zingaro de Bartabas en 1989.

Depuis 2014, les jardins sont inclus dans le projet de ZAC du Fort d'Aubervilliers, porté par Grand Paris Aménagement (GPA). Cette ZAC prévoit de transformer les 36 ha du fort en un quartier accueillant 1 800 logements sur , et de locaux d’activités et de commerces, une piscine d’entraînement olympique et une gare du Grand Paris Express. La piscine d’entraînement olympique est l’une des bases d’entraînement des nageurs participant aux Jeux olympiques d'été de 2024 de Paris, dessinée par Chabanne Architectes. Le projet prévoit l'aménagement d'un solarium ainsi que d'un espace de remise en forme, qui devaient empiéter sur dix-neuf parcelles des jardins. Par ailleurs, GPA prévoit d'urbaniser de jardins, classés par le PLUi en zone "UM". Il est aussi projeté une station de la ligne 15 Est du Grand Paris Express (entre Saint-Denis et Champigny), qui desservira le site à l’horizon 2030. Cette station sera liée à celle de la ligne 7 Fort d'Aubervilliers (métro de Paris). Le chantier de cette gare devait à l'origine détruire environ de jardins.

Écologie L’étude d’impact réalisée en pour la ZAC du Fort d'Aubervilliers comme le PLUi de Plaine Commune définissent le secteur des jardins comme un refuge pour plusieurs dizaines d’espèces menacées (insectes pollinisateurs, hérissons, oiseaux...). Selon l'OAP du PLUi de Plaine Commune, il s'agit d'un "noyau primaire de la trame écologique locale".

Plus précisément, l'étude d'impact recense l'habitat de plusieurs espèces protégées au sein des jardins : oiseaux, hérissons, grillons… Selon l’étude, on y trouve aussi " le lapin de garenne (Oryctolagus cuniculus) au niveau des jardins familiaux, la taupe d’Europe (Talpa europaea), le mulot (Apodemussy/vaticus), la musaraigne (Crocidura sp.) ou encore l’écureuil roux (Sciurus vulgaris). Le hérisson d’Europe (Erinaceus europaeus), espèce protégée, et le renard roux (Vulpes vulpes) fréquentent les jardins familiaux ainsi que les terrains de la gendarmerie. Ils se reproduiraient au sein de la zone de l’étude d’impact. Le hérisson hiberne régulièrement dans les jardins familiaux." Cette étude d'impact évoque aussi la présence de chiroptères (chauves-souris), de Pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus), et du grillon d’Italie (Oecanthus pellucens) protégé régionalement. Lors de l'étude d'impact, ont été observés 36 espèces d’oiseaux dont 22 espèces d’oiseaux protégées en France.

L’Orientation d'aménagement et de programmation du Fort d'Aubervilliers note que « Les fossés se sont enfrichés, accueillant une des rares zones humides du territoire et devenant un noyau primaire de la trame écologique locale reliant le canal au cimetière de Pantin. Cette continuité est notamment avérée pour des oiseaux comme l’Épervier d’Europe et le Faucon crécerelle. »

Mobilisation pour la sauvegarde des jardins

Les débuts de la mobilisation À partir de l'été 2020, des jardinières, jardiniers, et habitant·e·s se mobilisent après avoir appris qu'une partie des jardins était menacée par le chantier de la future gare de la ligne 15 du Grand Paris Express ainsi que par la construction d'un solarium sur 4 000 mètres carrés des jardins. Un collectif se forme, argumentant que la piscine peut se construire sans toucher aux jardins, et que dans l’idéal, un bassin plus modeste aurait été suffisant pour les habitants. La construction est rendue possible par le nouveau Plan Local d'Urbanisme (PLUi) qui rend constructible certaines parcelles des Jardins des Vertus, PLUi attaqué par des jardiniers.

À partir de l'automne 2020, le mouvement de défense des jardins commence à engager la lutte sur plusieurs plans : juridique, politique, médiatique… Il est nécessaire de visibiliser la lutte et la sortir des jardins. Cela se fait à la fois par une interpellation du public grâce aux médias, avec notamment une première tribune publiée dans le journal Libération : "Aubervilliers, nous étouffons", par une ouverture des jardins au public, grâce à des visites régulières qui connaissent rapidement un grand succès, le lancement d'une pétition, d'une cagnotte et d'un site web, la production de documents démontrant l'absurdité et la démesure du projet, la distribution de graines de la lutte et de tracts, l'interpellation de politiques, de personnalités, et la visibilisation de la lutte dans l'espace public par des affichages et par des articles de presse. Aidé par un architecte engagé, le collectif propose à la mairie un projet alternatif pour la piscine, mais il se heurte à un mur. Les décideurs tiennent à leur solarium anachronique et refusent de revoir leur projet.

2021 – L’occupation des Jardins, et l'annulation du solarium Début 2021, le début des travaux est entériné par la signature d'une convention tripartite entre Grand Paris Aménagement (GPA), la mairie d’Aubervilliers et l’association des Jardins Ouvriers des Vertus. Elle prévoit l’expulsion des dix-neuf jardiniers concernés. Cet évènement marque la rupture entre le bureau de l’association des Jardins, et le Collectif de défense des Jardins des Vertus. GPA devient le propriétaire des parcelles le et commence le démantèlement des cabanes, sans aucun égard envers les ouvriers et jardiniers. De l'amiante est trouvée, et l'inspection du travail intervient et retarde les travaux de plusieurs mois.

Le , une grande manifestation est organisée dans Aubervilliers, qui rassemblera un millier de personnes avec un cortège joyeux et déterminé. A l'arrivée, la foule se presse devant les jardins, et malgré la présence des forces de l'ordre et de certains jardiniers réactionnaires, tout le monde pénètre dans les jardins pour un après-midi de discussions ensoleillé. Il devient nécessaire de défendre les jardins physiquement, et l'occupation commence. Cette occupation est officiellement lancée sur les jardins le lors d'une grosse assemblée générale:  les Jardins à Défendre (la JAD) sont nés. Des jardinier.e.s se domicilient aux jardins. Des nouvelles cabanes sont construites, d'autres réaménagées, une zone camping est créée. Une quinzaine de personnes en moyenne vivent sur place, plus selon les périodes. Assemblées, construction, récups, jardinage, évènements politiques, fêtes… tout le répertoire des lieux en lutte trouve sa place et préfigure ce que pourraient être des jardins partagés et vivants. L'occupation tiendra  5 mois, et représentera une expérience transformatrice pour beaucoup des personnes qui s'y sont impliquées.

Le 2 Septembre 2021 à l'aube, les personnes occupant les jardins (la JAD) sont réveillées par des forces de l'ordre en grand nombre et sont expulsé.e.s brutalement. Des militants qui étaient monté.e.s dans le magnifique cerisier sont emmenés en garde à vue. Les jardins sont bouclés, et les médias ne peuvent y avoir accès, des grillages sont mis tout autour de la JAD. Des gardes de sécurité privés sont déployés avec des chiens aux portes. Malgré ce dispositif impressionnant, une poignée de militants parvient à rentrer dans les jardins et replantent quelques tentes à côté pour un campement temporaire qui durera environ trois semaines- JAD2- afin de signifier leur refus de cet écocide annoncé. Et en effet, en 48h, tout est saccagé par les bulldozers- les plans de tomates, les fleurs, nos cabanes, tous les arbres que nous avions répertoriés. Un nombre incalculable d'animaux sont sacrifiés au passage (hérissons, notamment). Un hommage leur est rendu avec une déambulation funéraire à Aubervilliers quelques jours plus tard. En réaction à l'expulsion et à l'écocide d'une grande brutalité, une manifestation s'organise qui se termine aux jardins, où attendent une haie de forces de l'ordre. Des personnes parviennent à les déborder et à  rentrer dans les jardins. La manifestation est réprimée, et des militants finissent encore en garde à vue. L'expulsion a eu lieu alors même que fin août, le collectif avait lancé une démarche en référé suspension pour arrêter les travaux le temps que le permis soit réexaminé. Le ,  la Cour administrative d'appel de Paris accepte le référé-suspension, et les travaux de la piscine doivent cesser. Après un changement dans le permis de construire, la Cour stipule que les travaux peuvent reprendre.