Le siège de Missolonghi de 1825-1826 est un épisode déterminant de la guerre d'indépendance grecque (1821-1829), car il a été un facteur essentiel du basculement de l’opinion européenne en faveur de l’indépendance grecque. Son importance est aussi politique que militaire.

Par sa situation sur la rive nord du golfe de Patras, Missolonghi () est une place stratégique qui commande l'accès au golfe de Corinthe, mais aussi au Péloponnèse et à la Grèce du nord. Elle avait prouvé cette importance au lors de la bataille de Lépante.

Missolonghi fut assiégée à plusieurs reprises par les Ottomans au cours de la guerre d’indépendance grecque : en 1822, puis en 1823. Les défenseurs de la ville furent alors rejoints, financés et entraînés par Lord Byron en 1824. Les Ottomans assiégèrent de nouveau Missolonghi en 1825-1826 et finirent par s'emparer de la ville en .

La mort de Byron dès 1824, ainsi que la défense héroïque et le sacrifice de la population au cours des sièges, marquèrent les philhellènes et l’Europe en général, de sorte que cette défaite des Grecs joua un rôle déterminant dans l'obtention de leur indépendance trois ans plus tard.

Guerre d’indépendance grecque

La guerre d’indépendance grecque fut une guerre de libération contre l’occupation ottomane. Si les affrontements principaux eurent lieu dans le Péloponnèse et autour d’Athènes, il y eut aussi des combats en Épire et en Grèce centrale.

En effet, Ali Pacha de Janina qui cherchait à assurer définitivement l’indépendance de ses possessions en Épire s’était révolté contre le Sultan Mahmoud II en 1820. La Porte (nom parfois aussi donné au gouvernement de l’Empire ottoman) avait dû mobiliser toute une armée autour de Ioannina. Le Sultan avait envoyé Khursit Pacha, alors gouverneur du Péloponnèse, et ses troupes pour mater la rébellion. Missolonghi était le port stratégique de communication entre les deux régions : Péloponnèse et Épire.

Pour les patriotes grecs organisés dans la Philiki Etairia et qui préparaient le soulèvement national depuis la fin du , la rébellion d’Ali Pacha rendait le moment favorable. Il y avait potentiellement moins de soldats ottomans disponibles pour réprimer leur soulèvement. L’insurrection fut déclenchée dans le Péloponnèse. Elle commença entre le 15 et le , sur toute la côte Nord du Péloponnèse (Patras, Vostitsa, Kalavryta) et dans le Magne. Theodoros Kolokotronis, un des chefs de l’insurrection, avait sillonné le Péloponnèse au début de 1821 afin de faire avancer la cause de l’indépendance. Il était parti de Zante qui avec Corfou était une des bases de préparation de l’insurrection. Les îles Ioniennes fermaient le golfe de Corinthe dont Missolonghi, avec Patras commandait l’entrée. Le , l’archevêque de Patras Germanos, proclama la guerre de libération nationale.

Les insurgés grecs prirent en quelques mois le contrôle de l'Acarnanie et de l'Étolie (l'ouest de la Grèce continentale, au sud du golfe d'Arta), tandis qu'en Épire les Souliotes alliés à Ali Pacha avaient repris possession de leurs montagnes en et harcelaient avec les armatoles de la région les troupes ottomanes. L’alliance était une alliance de circonstance ; les Grecs n’oubliant pas qu’Ali Pacha avait massacré les Souliotes au début du siècle. Deux tentatives ottomanes de traverser les passes du Makrynoros (la principale voie de passage entre la région d'Arta et l'Étolie-Acarnanie) furent repoussées en mai et juin. Fin novembre, la coalition des armatoles grecs, des Souliotes et des troupes d'Ali attaqua Arta ; malgré des succès initiaux, ils ne réussirent pas à en garder le contrôle lors de la contre-attaque ottomane. Les troupes d'Ali quittèrent alors leurs alliés et passèrent dans le camp ottoman, en partie à la suite des exactions anti-musulmanes des chrétiens (conversions forcées, destruction de mosquées, massacres notamment celui de Tripolizza en octobre).

Ali Pacha finit par être tué au début de 1822. Alors, les Ottomans purent tourner leurs forces contre les insurgés, au sud et en Épire. Khursit Pacha, ayant négocié avec les Grecs la libération de ses femmes et de son lieutenant capturés à Tripolizza en échange d'une forte somme et de la libération de ses otages souliotes, reprit l'offensive fin .

Missolonghi comptait au début des années 1820 autour de , vivant presque tous de la mer. Construite à une des extrémités d’une baie peu profonde donc difficile d’accès aux navires à fort tirant d’eau, la ville n’est séparée de la mer distante de que par une lagune marécageuse appelée Limnothalassa ; elle est ainsi protégée à l’ouest et au sud. L’entrée de la baie est de plus commandée par les îlots de Vasiladi, Dolmâ et Anatolikon (sur lequel était bâtie une forteresse). Vers l’est, le mont Aracinthe constitue une autre défense naturelle. Malgré ces protections physiques, ses défenses terrestres se résumaient à un petit fossé presque comblé, un mur mal entretenu et quatre vieux canons.

Premier siège (novembre 1822-janvier 1823) Après la défaite et la mort d’Ali Pacha, les Souliotes se retrouvèrent donc quasiment seuls face aux nombreuses troupes de Khursit Pacha (). Ils appelèrent alors à leur aide les autres Grecs insurgés. Aléxandros Mavrokordátos fut dépêché sur place avec 920 pallikares grecs et 120 philhellènes. Ses huit navires quittèrent Corinthe pour Missolonghi, port d’entrée en Étolie. Les Souliotes, dans un dernier effort, avaient réussi à se dégager. Mavrokordátos se porta à leur rencontre, puis marcha sur Arta où il fut défait le ( du calendrier julien) par au cours de la bataille de Péta. Il perdit le tiers de ses hommes et la moitié de ses philhellènes et dut se replier vers le sud. Après une capitulation signée en août, les Souliotes rejoignirent Céphalonie en septembre sur des navires britanniques.

À la mi-octobre, l’armée ottomane commandée par Omer Vrioni quitta Arta et traversa le Makrynoros sans rencontrer d'opposition, une partie des armatoles s'étant ralliée au camp ottoman. Il fallut évacuer l’Étolie, la population grecque de la région abandonnant ses possessions en brûlant fermes et récoltes pour ne rien laisser aux Ottomans.

Les Grecs refluaient vers Missolonghi. Ils y furent rejoints par l’armée ottomane le ( julien). Alors que l’infanterie turque bloquait la ville par la terre, trois navires de guerre mettaient en place un blocus maritime. Mavrokordátos et Markos Botzaris ne voulaient pas abandonner Missolonghi car la perte de la ville aurait ouvert la porte du Péloponnèse aux troupes turques. Il y avait alors face à face 360 Grecs avec des vivres et des munitions pour un mois et ottomans avec onze canons et quatre obusiers. Parmi les soldats de la Porte, se trouvaient des Albanais musulmans, considérés comme des troupes d’élite car encore invaincues.

Omer Vrioni commença par négocier pour obtenir une reddition sans avoir à combattre. Pour montrer sa bonne volonté, il accorda une trêve de huit jours afin que les Grecs réunissent les vaisseaux nécessaires à l’évacuation des civils. Hydra et Spetses envoyèrent sept navires qui, au lieu d’évacuer les populations, donnèrent la chasse aux navires ottomans ( julien), puis firent débarquer des renforts : d’abord 700 Péloponnésiens commandés entre autres par Petrobey Mavromichalis, puis autres pallikares et leurs capétans (commandants) avec des provisions et des munitions ( julien)An Index of events in the military history of the greek nation., p. 45-46.

Les assiégeants souffraient quant à eux de la disette et de maladies (la région de Missolonghi est très marécageuse). De plus, les soldats albanais engagés par Omer Vrioni, qui n’avaient pas touché leur solde, refusaient de combattre. Les sorties régulières et meurtrières des assiégés démoralisaient les troupes ottomanes.

Omer Vrioni décida d’en finir en attaquant le jour de Noël 1822 (du calendrier julien). Il espérait que les assiégés, occupés par la fête religieuse seraient moins sur leurs gardes. L’effet de surprise échoua car des chrétiens au service des Ottomans réussirent à prévenir les Grecs. Ceux-ci étaient tous à leur poste de combat quand l’infanterie ottomane passa à l’action. Le combat dura trois heures. Les Ottomans durent finalement battre en retraite après avoir perdu 500 hommes (morts et blessés) et douze bannières. Les Grecs n’auraient eu à déplorer que quatre morts.

Les assiégés continuèrent leurs sorties de harcèlement les jours suivants. Ils étaient aidés par des petites bandes de pallikares qui avaient réussi à rejoindre Missolonghi par la terre. Une expédition de secours pour dégager les Grecs était annoncée. Des troupes commandées par Mavromichalis furent envoyées vers les bouches de l'Achéloos afin de couper la retraite ottomane. Par ailleurs, certains armatoles comme Rhangos, qui étaient passés dans le camp ottoman en juillet après la défaite de Péta, rejoignirent à nouveau le camp grec et occupèrent les défilés du Macrynoros.

De plus en plus menacé, Omer Vrioni donna l’ordre de lever le camp. Les Ottomans levèrent le siège dans la nuit du 11 au ( du calendrier julien), laissant sur place toute leur artillerie. Un désaccord, comme il y en avait alors beaucoup, entre les chefs grecs retarda la poursuite. l'armée ottomane ne put franchir l'Acheloos en crue, et dut s'installer dans les ruines de Vrachori ; une tentative de franchissement fut repoussée le , et la famine se fit durement ressentir dans le camp ottoman, la région ayant été dévastée. Le fleuve ne put être franchi que le , 600 soldats trouvant la mort par noyade. Finalement, les restes de l'armée ottomane rejoignirent leurs bases de Vonitsa et Prévéza autour du , en traversant le golfe ambracique par bateau.

Le bilan de ce premier siège de Missolonghi fut positif pour les Grecs insurgés. Les Albanais de l’armée ottomane perdirent leur réputation d’invincibilité. Les Ottomans ne pouvaient plus, en tout cas par le nord, essayer de reprendre le Péloponnèse lors de cette campagne. La victoire à Missolonghi permit aux Grecs de croire en une possible victoire finale. Enfin, les nations d’Europe occidentale commencèrent à s’intéresser au sort des Grecs qui semblaient pouvoir gagner.

Deuxième siège (octobre-décembre 1823) vignette|gauche|alt=tableau : scène de combat|La Mort de Márkos Bótzaris par Filippo Marsigli.

En 1823 les Grecs profitèrent de la période de répit avant la campagne suivante, et peut-être de l’argent des philhellènes, pour améliorer les fortifications. La tâche fut confiée à l’ingénieur Coccini. Un nouveau mur avait été construit, avec des bastions auxquels on avait donné les noms de héros de la guerre d’indépendance comme Botzaris, Makris, Kyriakoulis Mavromichalis, Kanaris, Sachtouris, Miaoulis, Drakoulis (un dramaturge mort à la bataille de Dragatsani), Normann (un général philhellène décédé lors d’un siège précédent et enterré dans la ville) et Byron, mais aussi de personnalités s'étant illustrées au cours de guerres d'indépendance, comme Benjamin Franklin, Guillaume Tell, Kościuszko, Skanderbeg, Guillaume d'Orange, d'intellectuels comme Rigas ou Koraïs, et d'autres personnalités comme l'ingénieur en fortifications Montalembert, l'ancien évêque d'Arta Ignace, lord Sheffield (un Anglais ayant secouru des Grecs dont Coccini en Italie) et l'oncle et bienfaiteur de CocciniCf plan des fortificationsAuguste Fabre, Histoire du siège de Missolonghi, .. Une cinquantaine de canons dont quatre obusiers constituaient maintenant l’artillerie de défense.