vignette|Quartier de la Meinau à Strasbourg, centre de gravité de la filière.
La filière de Strasbourg est une filière salafiste djihadiste française, composée d'une dizaine d'Alsaciens ayant rejoint l'État islamique en Syrie, de 2013 à 2015. En , tous les membres de la filière sont rentrés en France ou sont morts sur zone, à l'exception de Foued Mohamed-Aggad qui participe à la tuerie du Bataclan lors des attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Trois proches de la première cellule tentent de rejoindre l'État islamique en 2016 mais sont arrêtés en route.
La filière a connu une certaine médiatisation du fait que l'un de ses membres ait participé à la tuerie du Bataclan. Elle s'inscrit dans un contexte local assez favorable au djihad, puisque près de 43 habitants du Bas-Rhin ont été identifiés dans des filières djihadistes, dont une trentaine s'est rendue en Syrie, en faisait l'un des départements français les plus touchés par le phénomèneBas-Rhin : dans la toile du djihad sur dna.fr, le 10 novembre 2017Les collectivités territoriales et la prévention de la radicalisation sur senat.fr, le 29 mars 2017.
Départ pour la Syrie vignette|Le massacre de la Ghouta, en , devient un symbole de l'oppression du régime. Entre les 13 et De l'Alsace à la Syrie, de la Syrie à l'Alsace : le parcours des sept djihadistes présumés de Strasbourg sur francebleu.fr, le 27 mai 2016., une dizaine de jeunes hommes d'une vingtaine d'années quittent séparément leur domicile avec l'intention de participer à la guerre civile syrienne contre le régime de Bachar el-Assad. Ils ont notamment été influencé par Mourad Farès, qui ambitionne de créer un groupe indépendant de Français. Tous se connaissent et gravitent autour du quartier prioritaire de la Meinau à Strasbourg, bien qu'ils n'en soient pas tous originaires, les frères Mohamed-Aggad venant par exemple de Wissembourg, dans le nord de l'Alsace.
La plupart d'entre-eux occupaient alors des métiers précaires ou enchainaient des missions d'intérim. On trouve parmi eux un animateur jeunesse, un footballeur, un vendeur, un livreur, un agent d'entretien et deux agents de sécurité, à savoir les frères Boudjellal. Seul Mokhlès D. est connu de la justice et condamné pour recel, violences et trafic de stupéfiantsAttentat à Strasbourg : depuis 2000, quatre fois où la ville a été liée à une affaire de terrorisme sur franceinfo.fr, le 12 décembre 2018. Tous sont issus de familles musulmanes avec des origines maghrébines, à l'exception d'un qui est d'origine sénégalaise. Le renseignement territorial note à leur propos qu'ils « menaient auparavant une vie normale, avec des loisirs fait de pratiques sportives, sorties en discothèque, et même consommation d'alcool et de tabac ».
Les protagonistes quittent le territoire français pour passer en Allemagne et utilisent différents aéroports afin de rejoindre la Turquie, sans prévenir leur famille, leur faisant parfois croire aller à Dubaï pour un emploi. Ils atterrissent alors à Antalya avant de se rejoindre à Hatay, à la frontière turco-syrienne. Ils traversent la frontière qui est contrôlée par les groupes rebelles opposés au régime syrien, via KilisOuverture du procès de l'une des premières filières djihadistes en France sur francetvinfo.fr, 29 mai 2016.. Alors qu'ils s'attendaient à retrouver leur contact Mourad Farès, celui-ci s'est fait berner par son passeur, qui guide directement les Strasbourgeois vers un camp de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL, ou Daech). Mourad Farès quitte alors l'organisation pour se rapprocher du Front al-Nosra, lié à Al-Qaïda.
L'organisation procède alors à la confiscation de leur téléphone, argent et passeport, puis enquête sur leur motivationJuger d’anciens djihadistes sur laviedesidees.fr.. Ils choisissent tous de devenir combattant plutôt que martyr, les deux seuls choix offerts par l'EIILFilière de Strasbourg : la chair à canon de Daech sur le banc des accusés sur marianne.net, le 11 juin 2016.. Ils prêtent ensuite allégeance à l'organisation et reçoivent un rapide entrainement militaire d'une dizaine de jours. Miloud M. tente de se soustraire à l'entrainement en prétextant une maladie. Il sera, selon sa déposition, emprisonné et humilié durant deux jours (« coups, excréments dans la bouche, éjaculation en plein visage »)Filière djihadiste de Strasbourg : en Syrie, « tout s’est effondré comme un château de cartes » sur Le Monde, le 1 juin 2016.. Avant la fin du mois de , ils sont séparés et envoyés en mission.
Au sein de l’État islamique vignette|En noir, le territoire contrôlé par Daech en janvier 2014, au moment de la « fitna » avec les groupes rebelles.
Au moment où les Alsaciens arrivent en Syrie, la tension accumulée depuis plusieurs mois entre les différents groupes opposés à Bachar el-Assad se transforme en véritable guerre fratricide. En cause, l'exécution de plusieurs membres rebelles par l'EIIL, notamment un chef de brigade de l'Armée syrienne libre et un combattant d'Ahrar al-Cham, groupe salafiste, car ses bourreaux l'ont cru de confession chiite à tortSyrie : des djihadistes décapitent un rebelle par erreur sur Le Point, le 15 novembre 2013.. Du fait de son extrémisme, le groupe rejoint par les Alsaciens est ainsi de plus en plus indésirable parmi les rebelles, celui-ci appliquant strictement la charia avant la chute du régime syrien, mettant en place sa propre justice, et animé d'une haine violente envers les chiites qu'il chercher à tuer systématiquement. Le , le porte-parole de l'EIIL Abou Mohammed al-Adnani appelle à l'extermination des rebelles syriens, qui lancent une offensive contre l'organisationSyrie: un groupe lié à Al-Qaïda appelle à "anéantir" les rebelles sur Le Point, le 7 janvier 2014..
Le , deux frères de la filière alsacienne, Mourad et Yassine Boudjellal, sont tués par des combattants de l'Armée syrienne libre à Alep, vraisemblablement dans des combats pour un barrage tenu par l'EIIL. Dans le même temps, les rebelles syriens chassent l'EIIL de la ville comme de l'ouest du pays. Les autres membres de la filière prennent la fuite pour Raqqa, dans l'est du pays où Daech a supplanté tous ses adversaires pour se retrouver en position hégémonique. Ils s'implantent à Al-Chaddadeh début , à proximité avec la frontière irakienne. Six d'entre-eux se prennent en photo, armes à la main, dans un snack de la ville, alors que la ligne de front avec le régime syrien est située à proximité, au sud d'Hassaké. Durant leur séjour, ils communiquent avec leurs proches, vantant leurs actions à leurs amis et prenant la pose en tenue de combat. L'un d'entre eux affirme avoir assisté à une crucifixion et exprime sa haine des « kouffars ». Dans leur communication avec leur famille, ils prennent au contraire leur distance avec les exactions du groupe et s'inquiètent des conséquences à attendre de leur retour en France.
S'affirmant dégoutés par cette guerre fratricide, les membres de la filière vont progressivement quitter le pays pour rejoindre la France, entre février et . Miloud est le premier à quitter la Syrie, en s'infiltrant au sein d'un convoi qui se dirigeait vers la Turquie, puis franchissant la frontière à piedUn membre de la filière djihadiste de Strasbourg déchu de sa nationalité française sur Le Parisien, le 5 juin 2024.. Il arrive en France le . Mokhlès et Banoumou rentrent en France le , avec l'aide d'un berger qui fait paitre ses moutons à proximité de la frontière entre la Syrie et la Turquie. Les deux Alsaciens s'accroupissent au milieu du troupeau pour passer la frontière sans se faire repérerLe retour en France des sept de la « filière de Strasbourg » était-il sincère ? sur rue89strasbourg.com, le 3 juin 2016.
D'autres membres de la filière rentrent après avoir été piégés par leurs proches en Turquie ou arrêtés par les forces turquesL’ombre d’un kamikaze du Bataclan sur le procès de la filière djihadiste de Strasbourg sur Le Monde, le 26 mai 2016.. Karim Mohamed-Aggad est le dernier à quitter le pays alors qu'il aurait tenté de convaincre son petit frère de le suivre« Je suis venu pour tomber en martyr » sur Le Monde, le 20 mai 2016.. Mais Foued Mohamed-Aggad reste sur zone et devient un combattant zélé de l'organisation, alors que son épouse française l'a rejoint deux mois plus tôt. Dès , il menace d'attaquer la France, plusieurs mois avant les premières frappes occidentales visant le groupeFilière djihadiste de Strasbourg : le destin croisé de deux frères accusés de terrorisme sur Le Point, le 27 mai 2016.. À la tête d'une katiba de 300 hommes, il participe à des exactions, égorge un prisonnier, avant de revenir en France pour prendre part à la tuerie du Bataclan lors des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, où il meurtFoued Mohamed-Aggad, le kamikaze du Bataclan sur dna.fr, le 10 novembre 2017.
Procès vignette|Situation dans l'est de la Syrie à la mi-mai 2014 : au nord, on aperçoit les lignes du régime syrien à proximité d'Al-Chaddadeh, où sont implantés les Strasbourgeois.
Les sept membres de la filière revenus en France sont tous arrêtés par la police en Coup de filet : six djihadistes présumés en garde à vue à Strasbourg sur France bleu, le 13 mai 2014. dans le quartier de la Meinau, après « un mois de filatures, d'écoutes téléphoniques, d'espionnage électronique des mails et des SMS »De retour de Syrie, de jeunes djihadistes interpellés à Strasbourg sur Le Figaro, le 13 mai 2014.. Ils sont accusés d'association de malfaiteurs terroristes à caractère délictuelle, et risquent un maximum de dix ans de prison, alors que cinq d'entre eux ont un casier judiciaire viergeDjihad: les suspects de Strasbourg déférés sur Le Figaro, le 16 mai 2014.. Ils sont jugés par le tribunal correctionnel de Paris, en , et condamnés à des peines allant de six à neuf ans de prisons, contre les huit à dix réclamés par le parquet. Ce dernier fait appel de la décision et le procès en appel, qui se déroule devant la Cour d'appel de Paris en , aboutit à des peines plus lourdes, de sept à neuf ans de prisonFilière djihadiste de Strasbourg : les sept hommes condamnés en appel à des peines de 7 à 9 ans de prison sur France bleu, le 9 mai 2017.Filière djihadiste de Strasbourg : peines alourdies en appel sur vosgesmatin.fr, le 9 mai 2017.. Parmi les éléments à charge, on trouve la photo de six des membres de la filière, armés dans un snack d'Al-Chaddadeh, à proximité de la ligne de front avec le régime syrien. Ils démentent cependant avoir combattu. Les journalistes observateurs du procès décrivent deux groupes. Le premier est constitué des quatre prévenus ayant résidé le plus longtemps en Syrie, dont Karim Mohamed-Aggad, et sont condamnés à des peines de neuf à huit ans de prison. Les trois autres, adoptant une posture plus conciliante, sont condamnés à sept ans de prisonFilière djihadiste de Strasbourg : procès en appel du frère d'un kamikaze du Bataclan sur Le Point, le 14 mars 2017..