Les sondages d'opinion en France appliquent la technique des sondages à une population humaine visant à déterminer les opinions probables via l'étude d'un échantillon confectionné par les sondeurs.

Leur traçabilité sur Internet permet de comparer les instituts et les estimations passées aux résultats, révélant de fréquents écarts plus importants que la marge d'erreur, notamment aux européennes de 2019 et à la présidentielle 2022.

Bien qu'étant supervisés par la loi et une commission des sondages, ils sont critiqués pour leur manque de transparence et leur difficulté à prévoir les résultats et le taux de participation aux grands scrutins, une partie des sondés refusant de communiquer son intention de voter ou pas, et pour qui, en particulier chez les jeunes et les classes populaires. Croissance des sondages d'opinion en France La France en un consommateur record de sondages par rapport aux autres pays. Leur nombre a fortement augmenté, passant de 111 en 1981 à 293 en 2007, et a ensuite à nouveau triplé en une quinzaine d'années, apportant aux entreprises de sondages l'essentiel de leur notoriété Édouard Lecerf (TNS Sofres) et Jérôme Sainte-Marie (CSA) dans l'émission Ligne j@une du 9 mars 2011 sur www.arretsurimages.net et suscitant un débat sur leur fiabilité"Élection présidentielle 2022 : biais et disparités méthodologiques des intentions de vote" par Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au Cevipof-Sciences Po, Le Monde, 10 octobre 2021 "Présidentielle : les sondeurs en quête des électeurs cachés" par Valérie de Senneville, Les Échos, 17 avril 2017 .

Droit des sondages électoraux en France Le droit des sondages électoraux est dans les années 2010 mieux connuRomain Rambaud, Le droit des sondages électoraux, l'Harmattan, Logiques juridiques, 2012, 306 p., en particulier, la loi -808 du les encadrantles sondages électoraux - c'est-à-dire en rapport avec une élection prévue par le Code électoral, un référendum ou l'élection des parlementaires européens, ce qui n'inclut donc pas l'ensemble des sondages d'opinion politique - ayant fait l'objet d'une publication ou d'une diffusionLoi -808 du 19 juillet 1977 relative à la publication et à la diffusion de certains sondages d'opinion, et créant la Commission des sondages, autorité administrative indépendante réunissant des magistrats (Conseil d'État, Cour de cassation et Chambre des comptes).

Sa mission est double: contrôler la qualité et l'objectivité des sondages et publier des correctifs dans les journaux visant à alerter l'opinion publique voire de saisir le juge pénalLoi -808 du 19 juillet 1977 relative à la publication et la diffusion de certains sondages d'opinion, article 5 notamment.. Cette commission des sondages veille à garantir le caractère scientifique de la méthodologie suivie, dans l'élaboration mais aussi les conditions de publication des sondages électorauxRomain Rambaud, Le droit des sondages électoraux, L'Harmattan, "Logiques juridiques", 2012, 306 p..

L'incitation à s’abstenir est particulièrement visée: l'article L 97Code électoral, article L. 52-2 et article L.97 prévoit que « ceux qui, à l’aide de fausses nouvelles, bruits calomnieux ou autres manœuvres frauduleuses, auront surpris ou détourné des suffrages, déterminé un ou plusieurs électeurs à s’abstenir de voter, seront punis d’un emprisonnement de deux ans et d’une amende de »Romain Rambaud, Sondages électoraux : faut-il abandonner le principe d’interdiction de diffusion des résultats avant 20 heures ?, RFDA, juillet-aout 2012, , ..

Ce régime juridique a ensuite été critiqué pour son manque de transparence: les citoyens ont théoriquement le droit de consulter les notices des sondages auprès de la Commission des sondagesLoi -808 du 19 juillet 1977 relative à la publication et à la diffusion de certains sondages d'opinion, article 3., mais les informations fournies sont peu nombreuses en pratiqueDenis Pingaud, Secrets de sondage, 2011, 144 pages. Voir également les rapports de la Commission des sondages sur son site internet : http://www.commission-des-sondages.fr/. cette pratique discutable a néanmoins été validée par le Conseil d'ÉtatArrêt Mélenchon du 8 février 2012, . Voir http://www.conseil-etat.fr/fr/selection-de-decisions-du-conseil-d-etat/ce-8-f.html au terme d'un raisonnement juridiquement et factuellement très contestéRomain Rambaud, Sondages électoraux et transparence, la solution controversée du Conseil d'État, commentaire de l’arrêt du Conseil d’État Mélenchon du 8 février 2012, RFDA, mai-juin 2012, , ..

La commission des sondages est de plus composée de hauts fonctionnaires « n’ayant aucune culture du sujet » selon les chercheurs. Elle n'a fait publier que cinq « mises au point » dans la presse pour des enquêtes « défectueuses ou manipulées » entre 2019 et 2021, malgré quatre élections et des centaines de sondages et aucun signalement à la justice n’a suivi.

Critique des sondages d'opinion en France Selon une enquête dans La Dépêche, les sondeurs ont échoué à prévoir le nom du président de la République en 2002, 2007 et 2017, soit trois fois sur cinq "Présidentielle 2022 : que disaient les sondages six mois avant l'élection, lors des quatre derniers scrutins ?" Article dans La Dépêche le 12/10/2021 , d'autres médias rappelant que la victoire de Jacques Chirac en 1995 n'avait pas non plus été prévue, ni même sa qualification au second tour. Plus généralement, l'observation des dix premières présidentielles de la Ve République (196( à 2017) montre qu'aucune ne s'est conclue comme les sondages l'annonçaient un an avant"Il ne sert à rien de prévoir l'issue de la présidentielle 2022 un an avant, l'histoire le prouve" par Olivier Biffaud, dans Slate le 29 avril 2021 . Des sites se proclamant indépendants, comme « Délits d'opinion » ont lancé une pédagogie des enquêtes d'opinion en faisant appel aux professionnels des entreprises de sondages, aux politologues ainsi qu'aux acteurs économiques et politiques, d'autant qu'en 2019 comme 2022 entre deux à trois candidats de grands partis furent estimés en dehors de la marge d'erreur y compris dans les derniers sondages.

À chaque élection, les sondeurs, sur la sellette en raison de "méthodes de calcul réputées opaques" et "inspirant souvent la défiance". se défendent de s’être « plantés » et concèdent qu’ils n’ont pas assez pris en compte une tendanceArticle le 30/03/2022 dans La Dépêche . Pour expliquer ces erreurs, ils évoquent en général "un corps électoral mouvant" , des électeurs se disant "pas sûrs" de leur vote, ou votant alors qu'ils avaient dit ne pas le faire, ce qui "complique les corrections des données brutes". Sous-évaluation de la participation de l'électorat jeune et populaire Une enquête de Mediapart auprès d'anciens employés d’instituts et chercheurs a recensé en 2021 "des biais méthodologiques que bien peu de personnes ont relevés", qui portent en particulier sur la façon dont est mesurée la « certitude d’aller voter » des électeurs, répertoriée en quatre catégories (de « pas du tout certain » à « tout à fait certain ») chez l'institut Harris, alors que d’autres instituts ont, eux, une échelle plus fine, de 1 à 10. Ces biais peuvent "avoir des incidences importantes dans la surreprésentation de certaines couches de la population".

Concernant les consultations électorales, le biais le plus souvent évoqué est de . Ainsi, en comme en , près de 4 Français sur 10 ne savaient pas encore pour qui voter à la présidentielle, et parmi eux 2 sur 10 pourraient s’abstenir, selon une étude Kantar Public - EpokaArticle dans la Charente libre avec AFP, le 4 février 2022 . Le biais vient du fait que les instituts mesurent le plus souvent seulement ceux qui ont une certitude d'« intention de vote ». Au plan sociologique, les électeurs . Les sondages ne portent, sauf exception, que sur les personnes « certaines » d’aller voter, en proposant au sondé de se situer sur une échelle de 1 à 10, ce qui réduit parfois l’échantillon des répondants de moitié et le concentre sur un profil sociologique moyen plus socialement favorisé, plus âgé, et plus politiquement motivé que l’ensemble de la population par la politique en général ou par l'actualité du moment.

Par ailleurs, les différents instituts n'ont pas la même définition de la « certitude » d'aller voter: en France, pour Ipsos-Sopra Steria et OpinionWay, seule la note 10 garantit la certitude d’aller voter, alors pour l'Institut Elabe c’est dès le 8. Les intentions de vote des électeurs « certains » d’aller voter écartent les indécis, les incertains, et ceux qui le plus souvent, ou bien dans un contexte particulier, ne se décident que tardivement. Ainsi, des instituts de sondages.

Gratifications financières et redressements secrets En 2011, le Sénat avait voté une proposition de loi pour « assainir » le système, mais qui s'était heurté à un veto présidentiel de Nicolas Sarkozy. Elle consistait à imposer aux entreprises de sondages de publier les « critères précis de redressement », ou encore d’interdire les « gratifications » financières offertes aux sondés, des méthodes devenues "quasiment systématiques dans les enquêtes en ligne". Biais de non-neutralité des sondeurs L'impartialité des entreprises de sondages est de plus en plus questionnéecritique des sondages sur www.sondonslessondages.org. Dès 2007, Le Figaro a constaté un mouvement de concentration des entreprises de sondages, désormais détenues par des groupes financiersLe Figaro, "Mouvements de concentration des instituts de sondages", 15 octobre 2007. L'entrepreneur Vincent Bolloré, ami proche du Président Sarkozy, détient l'intégralité du capital de CSA-TMO après le rachat des parts de Roland CayrolRoland Cayrol cède ses parts à Bolloré tandis que la présidente du MEDEF, Laurence Parisot, était présidente de l'IFOP.

La définition de la problématique, le choix des sujets abordés, la formulation des questions, ne sont plus confiés à la société civile (associations, syndicats, intellectuels) qui possède une réflexion formée sur le sujet mais plutôt à des groupes de presse et de télévision appartenant à des hommes d'affaires.

Deux exemples sont souvent cités : François Bayrou a raillé les entreprises de sondages, qui le plaçaient en dessous de Jean-Marie Le Pen le , alors qu'il a fait 8 points de plus (18,5 % contre 10,5 %) le soir du , le . En 2012, il réclame que les candidats rendent publics les budgets qu'ils y consacrent et le nom des instituts bénéficiaires"Sondages: Bayrou veut la transparence", par l'AFP le 14/03/2012 . Il dénonce les résultats des instituts Ifop Fiducial et TNS-Sofres-Sopra présentant favorables à Nicolas Sarkozy et François Hollande. la semaine précédant le deuxième tour de l'élection présidentielle de 2007, , alors qu'une petite entreprise de sondages, 3C Études, pratiquant la même méthode des quotas, aussi sérieusement, donne Nicolas Sarkozy à égalité avec Ségolène Royal.

Sondages sortie des urnes non-conformes au résultat final Le quotidien Libération a averti que "ce qui est publié à 20 heures en France, ce sont des estimations et pas des sorties des urnes", les premières venant du dépouillement dans les villes où il est terminé et les secondes de déclarations d'électeurs et averti sur le fait qu'il "faut faire gaffe avec les résultats qui circulent avant 20 heures""Présidentielle : pourquoi il faut faire gaffe avec les «résultats» qui circulent avant 20 heures", article par Laure Bretton le 10 avril 2022 dans Libération . La tâche des sondeurs est compliquée par le fait qu'en 2017, 12 % des électeurs avaient expliqué avoir fait leur choix dans l’isoloir et qu'en 2022 environ 26 % des électeurs disaient à la présidentielle 2022 n’avoir "pas encore décidé pour qui voter", à l'avant-veille du scrutin.