vignette|Carte définissant le tracé de la scission tel que défini par le traité des XXVII articles de 1831 et qui sera revue en 1839 pour donner la frontière entre la Belgique et le Luxembourg actuelle. La scission du grand-duché de Luxembourg, formalisée par le troisième traité de Londres le , désigne la séparation du grand-duché de Luxembourg en deux parties : l'une revenant à la Belgique (la province de Luxembourg) et l'autre rendue à la monarchie néerlandaise, son propriétaire initial qui dispose de ce territoire à titre personnel et héréditaire depuis le congrès de Vienne de 1815. Les deux États formaient alors une union personnelle : Guillaume d'Orange-Nassau étant à la fois le grand-duc de Luxembourg ainsi que le roi des Pays-Bas.

Cette scission prend ses racines après la révolution belge lorsque, le , le gouvernement provisoire de Belgique proclame unilatéralement l'annexion du Luxembourg au nouvel état fraîchement indépendant du royaume uni des Pays-Bas .. Un premier traité fut d'abord signé dès 1831 par les puissances européennes, réunies lors de la conférence de Londres, à l'exception notable des Pays-Bas. Celui-ci reconnaissait les frontières de la Belgique telles que déclarées lors de son indépendance, mais laissaient toutefois la « question du Luxembourg » à des négociations ultérieures. entre le futur roi des Belges, celui des Pays-Bas et la confédération germanique, dont le grand-duché était un état membre. Cependant, la guerre belgo-néerlandaise discréditant la jeune Belgique, un deuxième traité fut signé la même année à Londres, dans lequel les puissances organisaient un réagencement territorial et le partage du Luxembourg selon une frontière qui demeure encore aujourd’hui la frontière entre la Belgique et le Luxembourg. Mais, une nouvelle fois, Guillaume refusa de le ratifier, espérant toujours reconquérir ses terres. Il fallut attendre 1839 et le troisième traité pour que la scission s’opère de facto selon les termes établis huit années auparavant.

La scission du grand-duché de Luxembourg a pour particularité d'être opérée sur base de critères linguistiques : la partie occidentale, de langues romanes (appelé le « quartier wallon »), revenant à la Belgique, tandis que la partie orientale, de langues germaniques, demeurant luxembourgeoise, à l'exception notable du Pays d'Arlon, pourtant de patois luxembourgeois, mais rattaché à la Belgique pour des raisons politiques. Après neuf siècles de vie commune, le peuple de l'ancien comté puis duché de Luxembourg est donc séparé, malgré de vifs débats au parlement belge.

Elle s'opéra en même temps que la scission du Limbourg, dont une partie fut rendue aux Pays-Bas, amputant ainsi le territoire belge des de ce qui deviendra plus tard la province néerlandaise du Limbourg, et des de l'état indépendant du Luxembourg tel qu'il existe aujourd'hui, incluant la forteresse de Luxembourg qui joua un rôle majeur dans les négociations.

Il s'agit là de la troisième partition du Luxembourg après celle de 1659 et celle de 1815.

Contexte

Formation d'un « Grand-duché » vignette|Les anciens duchés et principautés de l'époque médiévale furent abolis lors de l'annexion française de 1795, mais servirent de base à la création des « départements réunis », dont le département des Forêts.

La formation territoriale du Luxembourg d'avant sa scission date de l'annexion française à la première république en 1795. En effet, c'est à ce moment qu'est créé le département des Forêts, qui voit ses frontières basées sur celles de l'ancien duché de Luxembourg, amputées de certains territoires à l'est de la Moselle, de l'Our et de la Sûre, mais agrémentées de ceux de l'ancienne République bouillonnaise. Dès 1802, le département est divisé en quatre arrondissements et vingt-huit cantons.

A la fin des guerres napoléoniennes et du Premier Empire, les puissances européennes victorieuses déclarent les anciens territoires annexés par la France « vacants ». Afin de déterminer l'attribution de ces terres et de redessiner les cartes de l'Europe, les vainqueurs (et la France) se réunissent lors du congrès de Vienne dès 1814. Légitimement, les anciens Pays-Bas autrichiens (y compris le duché de Luxembourg) reviennent aux Habsbourg, qui régnaient alors sur l'empire d'Autriche. Mais ces derniers, peu soucieux de récupérer des terres trop éloignées de leur capitale, Vienne, s’empressent de les négocier contre la Vénétie et la Lombardie, contiguës à l’empire d'Autriche sur lequel ils règnent.

Les puissances souhaitant disposer d'un rempart contre les éventuelles nouvelles ambitions expansionnistes françaises., décident de créer un nouvel état, « tampon » entre la France et la Prusse. C'est ainsi que, le , le royaume uni des Pays-Bas voit le jour avec, comme souverain, Guillaume Ier de la maison d'Orange-Nassau. En plus de ce royaume, Guillaume reçoit de nouveaux territoires à titre personnel en échange de la cession à la Prusse des principautés d'Orange-Nassau, situées près de Coblence. Ces nouvelles possessions, situées directement au sud de son royaume, sont réunies sous la forme d'un grand-duché : le grand-duché de Luxembourg. Celui-ci est également rattaché à la confédération germanique, ce qui permet notamment à la Prusse d'obtenir le droit maintenir une garnison de son armée dans la forteresse de Luxembourg, qui est alors une place forte stratégique essentielle. Guillaume devient donc grand-duc du Luxembourg et roi des Pays-Bas, les deux territoires formant alors une union personnelle.

La délimitation territoriale du nouveau grand-duché se fit sur base du département des Forêts, mais avec plusieurs modifications notables. D'une part sur la frontière orientale, où plusieurs territoires furent accordés au grand-duché du Bas-Rhin, selon l'article 25 du congrès de Vienne signé le . qui formalise les frontières du royaume de Prusse et ce qui est, encore aujourd'hui, la frontière entre l'Allemagne et le Luxembourg. D'autre part, des ajouts furent réalisés dans la partie occidentale, en provenance de l'ancien département de Sambre-et-Meuse (arrondissement de Marche-en-Famenne et arrondissement de Saint-Hubert).

Le grand-duché de Luxembourg est alors un territoire d'environ peuplé par , où la langue officielle est le néerlandais mais où deux grands types de dialectes sont parlés : les patois wallons et lorrains, dans la partie francophone à l'ouest, ainsi que les patois luxembourgeois et allemands dans la partie germanophone, à l'est. La langue véhiculaire de la bourgeoisie demeure toutefois le français.

Révolution belge vignette|Le grand-duché de Luxembourg formait une union personnelle avec le Royaume uni des Pays-Bas de Guillaume Ier d'Orange-Nassau.

Au fil des années, Guillaume Ier est de plus en plus décrié dans les Pays-Bas méridionaux ainsi que dans le grand-duché qu'il traite comme l'une des dix-huit provinces de son nouveau royaume. Il le soumet en effet à la loi fondamentale ainsi qu'à l'administration du royaume uni des Pays-Bas et lui confère d'ailleurs une représentation à la Seconde Chambre des États généraux ainsi que des États provinciaux et un gouverneur. Le mariage forcé entre les différents peuples du royaume ne se passe pas comme prévu, tant d'un point de vue religieux (majorité catholique au sud et protestante au nord), social (l'imposition du néerlandais comme seule langue officielle), que politique, avec de forts avantages octroyés aux « hollandais », notamment dans l'armée. De surcroît, les luxembourgeois étaient obligés de participer au remboursement de la dette néerlandaise considérable datant de l'époque des Provinces-Unies et pour laquelle ils n’étaient donc pas concernés.

Ces différentes tensions mènent à la Révolution belge qui éclate dès le à Bruxelles et déclenche la guerre belgo-néerlandaise. Le peuple luxembourgeois se rallie majoritairement aux révolutionnaires à l'exception notable d'un bastion « orangiste », dans la ville de Luxembourg, protégée par sa forteresse où réside une garnison mixte de troupes néerlandaises et prussiennes. Ceux-ci organisent une contre-révolution mais aux conséquences et effets très limités. On voit alors apparaître des drapeaux belges et brabançons dans un certain nombre de localités grand-ducales. Le , la garnison d'Arlon quitte la ville et le c'est au tour de celle de Bouillon de se replier.

Le , un corps franc luxembourgeois est constitué à Luxembourg-ville par Jean-Bernard Marlet, Théodore Pescatore et Dominique Claisse., et s'en va participer aux batailles visant à repousser l'armée néerlandaise vers la frontière des Pays-Bas..

Le , les huitAnvers, Brabant, Flandre-Occidentale, Flandre-Orientale,Hainaut, Liège, Limbourg et Namur provinces du sud déclarent .

Annexion à la Belgique puis projet de rachat vignette|Un premier partage de la Belgique fut proposé par les Français en 1830 mais refusé par la conférence de Londres qui lui préféra un projet de rachat du grand-duché de Luxembourg.

Profitant de la participation des Luxembourgeois à la Révolution belge, le gouvernement provisoire de Belgique déclare unilatéralement l'annexion du Grand-duché de Luxembourg dès le et décide d'en faire la neuvième des provinces de Belgique : la province de Luxembourg.

Néanmoins, un problème majeur se pose : le chef-lieu et la plus grande ville du grand-duché, Luxembourg-ville est défendue par sa puissante forteresse où réside une garnison conjointe des armées néerlandaises et prussiennes, selon les accords conclus lors de la convention de Francfort avec la confédération germanique, dont le Luxembourg est un état-membre. Cela empêche le contrôle total du territoire où, de surcroît, naît une contre-révolution issue d'un mouvement « orangiste », soutenu, entre autres, par le gouverneur du Luxembourg de l'époque, Jean-Georges Willmar. La Belgique décide alors de délocaliser temporairement le chef-lieu dans une autre ville et, après plusieurs hésitations, c'est Arlon, ville de langue vernaculaire luxembourgeoise (l'Areler), qui est choisie. Un arrêté lui transfère le siège de l'administration provinciale ainsi qu'un nouveau gouverneur provincial, fidèle aux idées belges : Jean-Baptiste Thorn.

D'un point de vue militaire, le , la convention militaire belgo-luxembourgeoise de 1831 est agréée entre le général commandant les forces belges dans la région, Charles Goethals, et le gouverneur civil de la forteresse, Louis-Guillaume de Hesse-Hombourg. Celle-ci réduit le rayon d'influence de la garnison à deux lieues autour de son glacis (au lieu de quatre précédemment), zone dans laquelle la Belgique s'engage à s'abstenir de toute organisation militaire.

D'un point de vue international, un premier projet de partage de la Belgique fut envisagé par les Français dès la fin de 1830, avant d'être refusé par le reste des puissances. Celui-ci devait octroyer l'ensemble du grand-duché (et tous les territoires au sud et à l'est de la Meuse) à la Prusse. C'est finalement une autre solution qui est proposée par la conférence de Londres le , avec l'adoption du protocole n° 24 qui envisage l'achat à Guillaume d'Orange-Nassau du grand-duché de Luxembourg par la Belgique :

Premier traité vignette|Le territoire belge tel que proclamé comme indépendant du royaume uni des Pays-Bas par le gouvernement provisoire de Belgique en 1830, avec l'annexion du grand-duché de Luxembourg dès le 16 octobre.

Un premier traité est alors signé par les grandes puissances réunies lors de la conférence de Londres (à l'exception notable des Pays-Bas), le : le traité des XVIII articles. Celui-ci reconnaît tacitement l'annexion du grand-duché de Luxembourg par la Belgique en actant les frontières de la Belgique telles que proclamées par le gouvernement provisoire en attendant néanmoins un arrangement quant à la question du Luxembourg et à son éventuel rachat, ceci étant précisé comme tel par l'article 3 :