Le massacre de Deir Yassin se déroule le au cours de la prise du village de Deir Yassin, à l'ouest de Jérusalem, durant la guerre de 1947-1948 en Palestine mandataire. Il est perpétré par 120 terroristes de l'Irgoun et du Lehi. Les historiens évaluent aujourd'hui le nombre de tués entre 77 et 120 ArabesPar exemple, Yoav Gelber, Palestine 1948, 2006, . Ce chiffre est également confirmé par l'iniversité de Beir Zeit.Kana'ana and Zeitawi, The Village of Deir Yassin, Destroyed Village Series, Berzeit University Press, 1988.Deir Yassin: Sof HaMitus, published 2017... À l'époque, la presse et différents commentateurs exagèrent le nombre à 254 victimes, afin d'exercer une pression psychologique sur les PalestiniensYoav Gelber, Palestine 1948, Sussex Academic Press, 2006, ..

Selon les historiens et commentateurs, ce massacre a eu des répercussions importantes sur la suite du conflit, notamment en favorisant l'exode de Palestiniens, craignant de subir le même sort, et comme justification pour les dirigeants arabes des pays voisins à intervenir dans le conflit. Il est resté un symbole dans l'histoire du conflit israélo-arabeZiyad Clot, Il n'y aura pas d'État palestinien, Max Milo 2010, ..

Aujourd'hui, l'hôpital psychiatrique est construit sur le site de cet ancien village palestinien à 7 km à l'ouestEmplacement sur Google map. de la vieille ville de Jérusalem Ettinger, Yair. "Deir Yassin massacre, 55 years on", Haaretz, 10 avril 2003..

Contexte

vignette|Localisation de Deir Yassin. Les événements se produisent le lors de la guerre civile en Palestine. À ce moment, le pays est toujours sous le contrôle des autorités britanniques, bien qu'elles aient entamé leur évacuation du pays depuis février et que leur retrait complet soit prévu pour le .

Fin mars, la guerre des routes entamée par le chef de la milice arabe Abd al-Kader al-Husseini et la Jaysh al-Jihad al-Muqaddas porte ses fruits : la ville de Jérusalem, où habitent cent mille Juifs, soit un sixième de la communauté juive palestinienne, est assiégée et ne peut plus être ravitaillée.

Début avril, les autorités sionistes prennent la décision de réagir et leur force paramilitaire, la Haganah, passe à l'offensive. Elles lancent l'opération Nahshon dans la nuit du 2 au . Celle-ci a pour but de désenclaver et de ravitailler la ville en permettant aux convois de réemprunter la route Tel Aviv-Jérusalem. L'opération est rapidement couronnée de succès et se poursuit jusqu'au . Le , le commandant palestinien Abd dal-Kader al-Husseini est d'ailleurs tué au cours des combats à Katel. Le plan Daleth prévoyait le nettoyage de la zone de Deir Yassin, afin de sécuriser la liaison Tel-Aviv vers JérusalemIllan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : Fayard, 2008. . Version électronique, 125.. Cependant, si l'officier David Shealtiel donne son accord pour l'opération contre Deir Yasin, il avertit le que le village doit être ni détruit ni déserté par ses habitants mais occupé après l'attaque, afin d'empêcher qu'il ne devienne un nouveau bastion pour les unités de combat arabes.

vignette|Vue de l'ancien village.

Deir Yassin est un village arabe prospère situé à à l'ouest de Jérusalem. Depuis une colline à 800 mètres au-dessus du niveau de la mer, à 700 mètres à l'ouest du quartier de Givat Shaul, Deir Yassin tient une position de contrôle des quartiers occidentaux de Jérusalem, l'entrée de celle-ci et la colonie de Motza. Il compte , tous musulmans, dont l'activité principale consiste à tailler la pierre. D'autres sources parlent de 400 à Note : Le Comité international de la Croix-Rouge rapportait 400 habitants ; l'historien Yoav Gelber, citant les chiffres de l'autorité mandataire britannique, en dénombrait 610 ; Eric Silver, biographe de Begin, entre 800 et 1 000 ; et l'historien Walid Khalidi compte une population d'environ 750 habitants. par l'ajout de réfugiés de Lifta, Sheikh Baader, Romema et d'autres villagesYoav Gelber, Palestine 1948 (2006), .. En janvier, ses habitants ont conclu des accords avec leurs voisins juifs de Givat Shaul et ont signé un pacte de bon voisinage avec eux après avoir chassé des paramilitaires d'al-Najjada hors du village. Ils se tiennent à cet accord et le village est tranquille. En février, des combattants irréguliers arabes massacrent les moutons de Deir Yassin en représailles au refus du village de leur permettre d'utiliser Deir Yassin comme base pour attaquer Givat ShaulMorris, 2004, p. 97.. À plusieurs reprises, les habitants ont empêché des hommes de la Jaysh al-Jihad al-Muqaddas et de l'Armée de libération arabe d'utiliser leur village comme base contre les Juifs, malgré la volonté du Jordanien Kamal Arekat - adjoint d'Abdel Khader - et l'ordre du Haut comité arabe (AHC)Yoav Gelber, Palestine 1948 (2006), .Benny Morris, The Birth revisited, 2003, et .. C’est en raison de cet accord que les dirigeants de la Haganah ont décidé de confier aux milices d’extrême-droite du Lehi et de l’Irgoun le nettoyage ethnique du village, dans le cadre du plan Daleth.

Cependant, le professeur d'histoire Yoav Gelber estime peu probable que le pacte de paix entre Deir Yassin et Givat Shaul ait été maintenu en avril, compte tenu de l'intensité des hostilités entre les communautés arabe et juive ailleurs. Le , le quotidien Davar, affilié à la Haganah, rapportait que « les quartiers ouest de Jérusalem, Beit Hakerem et Bayit Vagan, ont été attaqués la nuit du Shabbat () par des tirs provenant de Deir Yassin, Ein Kerem et Colonia » . Au cours des jours suivants, la communauté juive de Motza et la circulation juive sur la route de Tel Aviv ont été la cible de tirs en provenance du village de Deir Yassin. Le , des villageois de Deir Yassin ont participé à la défense du village arabe d'al-Qastal, envahi par les Juifs quelques jours auparavant : les noms de plusieurs habitants de Deir Yassin figuraient sur une liste de blessés établie par la police britannique de PalestineGelber, Yoav (2006). Palestine 1948. "Propaganda as History: What Happened at Deir Yassin?"; p. 307-318. Archived February 27, 2008, at the Wayback Machine. Sussex Academic Press. .

La plupart des forces juives qui attaqueront Deir Yassin appartiennent à deux milices clandestines extrémistes du Yishouv, l'Irgun (Etzel, abrégé IZL), Organisation militaire nationale, dissidente de la Haganah, dirigée par Menahem Begin, fondée en 1931, alignée sur le mouvement sioniste révisionniste, et le Lehi (Combattants pour la liberté d'Israël, abrégé LHI), également connu sous le nom de « Gang Stern », fondé en 1940, lui-même dissident de l'Irgun.

Considéré par la Haganah comme stratégiqueIn citation de la lettre de David Shealtiel par Menahem Begin., avec l'accord timide du responsable du secteur de Jérusalem pour la Haganah David Shealtiel, l'Irgoun et le Lehi rassemblent 120 à 130 combattants pour attaquer le villageL'Irgoun, 80, et le Lehi, 40, selon Benny Morris.. Des combattants de la Haganah et du Palmach prennent également part plus tard aux opérations, à la suite des difficultés rencontrées par l'Irgoun et le LehiBenny Morris, The Birth Revisited, 2003, ..

Selon Yoav Gelber, les motivations de l'Irgoun et du Lehi pour l'attaque de ce village qu'il considère stratégiquement insignifiant, sont de montrer qu'ils sont eux aussi capables de conquérir un village arabe (en rapport avec les succès de la Haganah dans l'opération Nahshon) avec un fond de vengeance à la suite des victimes juives du blocus de Jérusalem et de la .

Événements vignette|Plan d’opérations de l’assaut sur Deir Yassin. Les commandants des organisations Irgoun et Lehi ayant renoncé à l'avantage de la surprise, envoient une voiture blindée avec un haut-parleur à la périphérie du village avant l'attaque, pour appeler en arabe les habitants à fuir leurs demeures et leur indiquer que la route d'Ein Kerem est ouverte ; certains habitants quittent Deir Yassin sans dommage.

L'attaque est lancée le à 4h30 du matin. Cent-vingt à cent-trente hommes de l'Irgun et du Lehi sont à l'action. Le mot de passe est Achdut Lochemet qui signifie « Combattre [en] l'unité » marquant le fait qu'il s'agit de la première opération conjointe de l'Irgoun et du Lehi. L'opération est mal préparée et de nombreux incidents se produisent au milieu de la confusion et de frustration. Les commandants Irgoun et Lehi pensaient que la bataille serait facile mais les combattants arabes offrent une résistance plus importante que prévu. Les combattants de l'Irgoun et du Lehi (arrivés en retard) ne sont pas entraînés pour une opération qui consiste à prendre un village en plein jour et sont vite à court de munitions. Ils comptabilisent rapidement 5 morts et 35 blessés par balles dont plusieurs « officiers » ; ils font alors appel à la Hagganah pour évacuer leurs blessés et obtenir plus de munitions. Bien qu'il y ait eu des déserteurs militaires, des étrangers dont Irakiens ou quelques combattants arabes qui ont réussi à se glisser dans le village pendant l'attaque, ils ne constituaient pas un groupe important. Quand les miliciens du Lehi et de l’Irgoun entrent dans le village, ils mitraillent les maisons au hasard, faisant de nombreuses victimes.

Une section mieux entraînée du Palmach intervient aux alentours de midi et tire au mortier de 2 pouces sur la maison du Moukhtar bâtie en hauteur et où des défenseurs arabes commandaient une grande partie du village, dans l'espoir de faire cesser la riposte arabe. Mais ces tirs sont sans effet et les combattants arabes continuent à se battre même après que le reste du village a été pris ou que des villageois se sont rendusYoav Gelber, Palestine 1948, 2006, .. L'échec de l'Irgoun à tenir face aux tirs arabes permet à certains villageois ayant précédemment fui de revenir du village d'Ein Kerem où ils s'étaient réfugiés et de prendre position dans la guérilla. Des Arabes sont déguisés en femmes pour éviter d'être tués. Toutefois, selon Marius Schatner, la Marius Schatner, Histoire de la droite israélienne, .. Lors de ce ratissage, les hommes de l'Irgoun et du Lehi prennent les habitations une par une, les en procédant à des fusillades de villageois ou à la grenade. Ils font également sauter plusieurs maisons à l'explosifBenny Morris, The Birth… revisited, 2003, .. Dans certains cas, la force des explosions détruit des pans entiers de maisons, ensevelissant les Arabes à l'intérieur. Selon Ilan PappéNote : L'ouvrage d'Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, est vivement critiqué, notamment par son confrère historien Benny Morris ; ce dernier affirme que des distorsions, mineures et majeures, sont présentes à presque chaque page (lire en ligne). Le livre de Pappé, Histoire de la Palestine moderne : une terre, deux peuples, qui traite également de la période précédant la création de l'État d'Israël, est lui aussi critiqué par le professeur Ephraïm Karsh ; ce dernier reproche à Pappé de « nombreuses erreurs et inexactitudes », notamment de situer Deir Yasin près de Haïfa, au nord du pays, alors que la ville se trouve en réalité près de Jérusalem (lire en ligne)., des femmes sont violées et tuées mais ces accusations d'agressions sexuelles ou de mutilations sont controversées voire niées ; des enfants sont mis en file et mitraillés avant le départ des miliciens. Des maisons et des prisonniers sont pillésMorris, 2005, p. 79-107.. Le commandant Shaltiel du Palmah reçoit des rapports sur ce qui se passe à Deir Yassin et y envoie un émissaire vers 15h pour convaincre les dissidents de mettre fin au massacre.