Le métropolite Euloge (russe : Митрополит Евлогий), né Basile Séménovich Guéorguievsky (russe : Василий Семёнович Георгиевский) le à Somovo et décédé le à Paris, est un évêque de l'Église orthodoxe russe.

Après avoir occupé les plus hautes fonctions ecclésiastiques en Russie jusqu'à la fin du tsarisme, Euloge a connu la captivité en 1918-1919 puis l'exil, d'abord en Serbie puis en France où il choisit de s'installer définitivement à partir de 1922. Il est à l'origine de la fondation de l'Archevêché des églises orthodoxes russes en Europe occidentale et de l'Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge dont il sera le premier recteur de 1925 à sa mort en 1946.

Biographie

Enfance Le métropolite Eulogue est né dans un village rural de l'oblast de Toula dans la partie européenne de la Russie, à environ au sud de Moscou. Son père était prêtre de campagne et lui donna le nom de Basile à son baptême. Dans ses récits autobiographiques, . Cinquième enfant de la famille , de constitution fragile, il est présenté encore nourrisson au starets Ambroise d'Optina, depuis canonisé, qui l'accompagnera comme un père spirituel durant toute son enfance et son adolescence.

La famille, nombreuse ,vit dans la pauvreté et dans la dépendance matérielle des paroissiens, la question des salaires de l'État pour le clergé n'ayant été soulevée que sous Alexandre III. Son mode de vie est . Les règles du jeûne sont strictement respectées, les repas pris en silence et dans la prière. Dès son plus jeune âge, Basile suit son père dans les processions religieuses de Pâques, allant de village en village pour assurer les services de prière dans les maisons des paysans. Le métropolite souligne dans ses mémoires combien ces processions ont développé en lui son amour pour le culte qui . La nature qui l'entoure marque aussi profondément sa conscience d'enfant : . La famille possède un herbage et Basile participe activement aux travaux des champs et notamment de fenaison.

Pendant toute sa petite enfance, Basile vit avec les siens sans jamais s'en séparer, ne connaissant pas d'autre influence familiale si ce n'est celle, furtive, de son oncle, frère de sa mère, qui avait étudié au séminaire avec son père avant d'émigrer et de disparaître de leur vie.

Le père de Basile, qui lui a appris à lire et à écrire, l'envoie à l'âge de neuf ans à l'école ecclésiastique de Bélev, une ville voisine, où il est placé chez un diacre avec d'autres enfants. Chaque été, il rentre dans sa famille à Somovo et sa mère le conduit à cette occasion voir Ambroise à Optina. Dès sa neuvième année, le starets devient son confesseur et le restera jusqu'à sa mort. Premier de sa promotion, Basile obtient son diplôme de théologie à la fin de sa scolarité, à l'âge de .

Formation (1882-1892) En cette année 1882, Basile entre au séminaire de Toula qu'il fréquente jusqu'à sa vingtième année. Les premières années, il s'y passionne pour la littérature russe et y découvre la philosophie, l'enseignement des matières théologiques théoriques n'intervenant qu'à partir de la cinquième année. Il s'enthousiasme pour le populisme social russe et il continue de visiter régulièrement Ambroise dont le ministère au service du peuple l'inspire durablement. Les deux dernières années de sa formation au séminaire développent en lui . Il sort diplômé du séminaire en 1888 mais hésite encore sur sa vocation. Malgré les réserves de sa mère qui voudrait le voir suivre les traces de son père, il décide de faire des études supérieures et entre à l'Académie de théologie de Moscou. Il y écrit une thèse sur saint Tikhon de Zadonsk, qu'il soutient avec succès en 1892.. Dans ses mémoires, le métropolite Euloge indique que le travail mené sur sa maîtrise le .

Emplois profanes (1892-1894) Sorti de l'Académie, il exerce pendant six mois à Moscou l'activité de précepteur dans la famille Lopoukhine, Riche, cultivée, de tendance libérale, cette famille mène grand train et les dix enfants qu'elle compte étudient à la maison sous la houlette de différents enseignants. Les Lopoukhine accueillent le jeune précepteur à leur table, le mêlent à leurs conversations sur les questions sociales et politiques de la Russie mais aussi sur les évènements politiques européens dont ils sont bien informés. Basile y lit notamment le quotidien français qu'ils se font livrer et rencontre dans leurs salons des personnalités éminentes, telles Léon Tolstoï, Nikolay Vasilevich Davydov, le prince Gueorgui Lvov ou encore Mikhaïl Alexandrovitch Stakhovich. Basile mène alors une vie confortable et prospère qui lui fait craindre de dévier de chemin.

Le , il est nommé inspecteur adjoint de l'école diocésaine d'Efrémov. où il développe ses qualités de pédagogue puis professeur de grec au séminaire de Toula le .

Ministères en Russie (1895- 1918) gauche|vignette|Euloge dans ses jeunes années (cliché pris entre 1897 et 1902) vignette|Troisième Douma d'Etat, l'Union nationale panrusse (VNS) avec Chikhachev, P. N. Balashev, P. N. Krupensky, A. A. Pototsky. Après un bref séjour d'un mois au monastère de la Mère de Dieu de Chtcheglovsk, il reçoit la tonsure monastique de l'évêque Irénée sous le nom d'Euloge le , à l’âge de 27 ans . Deux jours après, il est ordonné diacre et le , il est ordonné prêtre. Il retourne au séminaire de Toula pour y enseigner jusqu'à sa nomination, le , en tant qu'inspecteur au séminaire de Vladimir. Deux ans plus tard, en 1897, il est nommé recteur du séminaire de Kholm en Pologne (alors sous domination russe) et est élevé au rang d'archimandrite.

Le , Euloge est sacré évêque de Lublin, vicaire du diocèse de Kholm-Varsovie par l'archevêque Jérôme (Ekziemplarski). Il est le premier évêque à avoir été sacré à Kholm devant l'icône miraculeuse de la Mère de Dieu exposée à la cathédrale. En 1905, les vicariats de Lublin et Sedlets sont réunis en un seul diocèse dont Euloge est l'évêque. En 1906, Euloge intervient à la demande d'une délégation de la population juive afin d'éviter un pogrom à Kholm.

En 1907, il est élu député de la province de Kholm à la deuxième Douma d'État de l'Empire, puis réélu à la troisième Douma. Il y rejoint alors le groupe des monarchistes-nationalistes. Ayant réussi à obtenir un statut administratif pour cette province ainsi que son intégration à la Russie, Euloge est élevé à la dignité d'archevêque en 1912.

A la veille de la Première Guerre mondiale, en , il est nommé au siège de Volhynie à Jytomyr. Il y organise les secours aux blessés du front tout proche, en transformant les hôpitaux du séminaire théologique et un certain nombre d'écoles en infirmeries. D' à , Euloge se rend plusieurs fois sur le front pour soutenir les troupes russes. Lors de l'occupation de la Galicie, il est désigné pour administrer les paroisses orthodoxes des territoires sous administration russe, avec pour centre Lvov. Dès le lendemain de la Révolution de Février, il subit des persécutions, est traité de Cent-Noirs et de suppôt de l'ancien régime. Il garde toutefois son siège épiscopal à la demande du premier Congrès diocésain libre du clergé de Volhynie. Durant l'été 1917, il participe, avec six autres évêques élus, aux travaux de la commission préconciliaire puis, à partir du , au Concile local de l'Eglise orthodoxe russe à Moscou. Il lui est confié la présidence de la section du service divin, de la prédication et de l'art religieux. Son projet de réforme du service divin n'est cependant pas approuvé par le métropolite Tikhon (Belavine). Le , il célèbre dans l'église de l'Ascension les funérailles des cadets défenseurs du Gouvernement provisoire, morts lors des journées d'octobre. Le , il est élu membre du Saint-Synode.

Le , alors qu'il se trouve à Kiev (qui est occupée par les Allemands) pour participer au Concile de l'Eglise d'Ukraine avec le métropolite Antoine (Khrapovitsky), il est arrêté par les séparatistes de Symon Pétlioura,

Captivité (décembre 1918 - août 1919) Les deux prisonniers sont transférés par les indépendantistes dans le monastère uniate de Boutchatch en Galicie, puis à Lvov par les troupes polonaises et enfin à Bielany dans un monastère catholique près de Cracovie. Leur captivité dure neuf mois. Dans ses mémoires, Euloge considère cette période de rupture dans sa vie comme salutaire : . Cette épreuve lui donnera une vision plus haute de sa vocation qui l'aidera dans l'exil de la deuxième partie de sa vie.

Ministères en France (de 1920 à sa mort) La libération d'Euloge et de son compagnon d'infortune, le métropolite ukrainien Antoine (Khrapovitsky), intervient grâce à la médiation du gouvernement Clémenceau, alerté de leur situation par l'attaché français en poste à Lvov que l'archevêque avait eu l'occasion de rencontrer au début du premier conflit mondial. Euloge rejoint le sud de la Russie en passant par la Roumanie et Constantinople. Inquiet de l'avancée de l'Armée rouge, il prend conscience qu'il ne peut regagner son siège épiscopal de Volhynie et se résout à l'exil. Il embarque au port de Novorossiïsk le et émigre dans un premier temps en Serbie en passant par la Grèce. Il y est accueilli par le roi Alexandre Ier. Après avoir passé l'été au monastère de Grgeteg, l'archevêque Euloge se consacre à l'enseignement à l'institut des jeunes-filles du Don, évacué à Bela Crkva.

En , Euloge est nommé à la direction des paroisses orthodoxes russes en Europe occidentale par le patriarche Tikhon de Moscou. De son côté, le métropolite Benjamin de Petrograd lui transmet sa juridiction sur les paroisses qui dépendaient de la métropolie de Saint-Pétersbourg. En 1922, Euloge est élevé à la dignité de métropolite. vignette|Institut Saint-Serge fondé en 1925 par Euloge. Après avoir vécu quelque temps à Berlin., Euloge s'installe à Paris à l'automne 1922 pour organiser l'administration diocésaine. L'église Saint-Alexandre-Nevsky est alors érigée en cathédrale. Il fonde en 1925 l'Institut Saint-Serge pour former les prêtres réclamés par les paroisses des émigrés russes en Europe occidentale. Il en maintient et défend la liberté académique jusqu'à sa mort. Selon les données diocésaines des années 1928-1938, le métropolite a sous sa gestion plus de ou communautés russes. Elles se situent au Maroc, en Italie à Florence, en Finlande, en Angleterre, en Hollande, en Allemagne, en Tchécoslovaquie et surtout en France qui en compte plus de 70..

En 1927, Euloge est accusé par le patriarcat moscovite de prendre des positions contre-révolutionnaires, notamment en accordant les funérailles religieuses aux Russes blancs. Il est alors demandé au clergé de l'émigration un engagement de loyauté envers le régime soviétique. Euloge assure les autorités de son apolitisme, tout en déclarant ne pouvoir être lié à un état dont il n'est pas le citoyen. Le conflit dégénère et Euloge est sommé de se démettre. Le métropolite en appelle au patriarche œcuménique Photius II qu'il rencontre à Constantinople. Photius le soutient et le prend sous son obédience dans le cadre d'un exarchat provisoire pour les paroisses russes en Europe occidentale.

À partir de 1939, la santé d'Euloge se détériore et il passe toute la seconde guerre mondiale à Paris. Au début des hostilités, il refuse de fermer l'Institut Saint-Serge malgré les difficultés notamment financières et veille à ce que la rentrée scolaire ait lieu avec un nombre réduit en professeurs et élèves non mobilisables. Ne pouvant plus se rendre tous les mardis au Conseil des professeurs, il fait instituer la fonction de doyen. Durant l'Occupation, ni les cours ni les offices ne seront interrompus. Le métropolite prend position pendant la Grande Guerre patriotique et reçoit à ce titre un passeport soviétique en 1945.. A l'issue du conflit, il tente un rapprochement avec le nouveau patriarche de Moscou, Alexis I, qui lui envoie une délégation en . Cependant le clergé de l'émigration est peu favorable à cette démarche que le patriarche de Constantinople tarde à accepter.