Entre 1789 et 1815, Toulouse, sous la Révolution française et le Premier Empire, voit son rôle et sa structure politique et sociale transformés.
En 1789, les échos de la Révolution versaillaise et parisienne sont plutôt bien accueillis par la population toulousaine. Comme dans les autres villes du royaume, la réforme politique, institutionnelle et sociale qui se met progressivement en place est bien acceptée. Ainsi, en , la commune se choisit-elle son premier maire. Mais, d'un autre côté, la disparition du parlement et la réforme judiciaire et administrative, qui enlève à la ville son rang de « deuxième capitale du royaume » et de grande capitale régionale, la proclamation de la constitution civile du clergé, qui heurte les sensibilités catholiques profondes des habitants de la ville et rejetée par la majorité des prêtres, créent des fractures dans la société toulousaine.
Mais, en 1793, l'entrée en guerre contre l'Espagne donne un sens plus aigu encore au péril de la défaite de la Révolution. Toulouse, au cœur du système militaire qui protège la frontière pyrénéenne, face à l'Espagne, devient une véritable citadelle jacobine. Refusant de rejoindre les insurrections fédéralistes qui s'emparent du Midi de la France, de Bordeaux à Toulon en passant par Marseille et Nîmes, Toulouse se rallie à la Convention nationale et « sauve » la République. Dans les mois qui suivent, la Terreur reste cependant mesurée : parmi les 200 victimes se trouvent les parlementaires toulousains, guillotinés à Paris en .
En revanche, avec la Convention thermidorienne, puis le Directoire, les persécutions religieuses ne cessent pas. La conscription universelle accroît le mécontentement dans les campagnes et le fossé se creuse avec la ville jacobine. Aussi, en , l'insurrection royaliste qui menace Toulouse et qui, en lien avec d'autres révoltes dans le pays et l'offensive des armées européennes, aurait pu mettre fin à la République, est-elle un nouveau succès pour les jacobins toulousains.
Contexte La croissance démographique En 1789, la population de Toulouse est de , ce qui en fait la ville la plus peuplée de sa région, devant Montauban, qui compte et Castres Godechot 1986, .. Plus loin, Montpellier atteint , Nîmes , Marseille et Bordeaux Godechot 1986, .. Au cours du , la croissance démographique toulousaine est d'ailleurs relativement forte, mais elle est due essentiellement à un solde migratoire positif, surtout des populations paysannes des régions voisines comme le pays de Foix.
La campagne toulousaine connaît également une forte croissance démographique, conséquence du recul des famines et des disettesGodechot 1986, . : les défrichements et la mise en culture de nouvelles terres, mais aussi l'utilisation de nouvelles méthodes de culture, comme l'assolement triennal et l'utilisation d'outils agricoles plus perfectionnés, permettent l'accroissement des rendementsGodechot 1986, .. Surtout, la grande nouveauté réside dans le développement de cultures nouvelles, parfois plus rentables économiquement et dont les revenus améliorent le niveau des paysans comme la vigne, autour de Toulouse, Gaillac et Fronton, particulièrement entre 1760 et 1780Godechot 1986, ., mais aussi le tabacGodechot 1986, .. Les plantes venues d'Amérique se diffusent également comme le maïs ou « millet d'Espagne », cultivé au nord de Toulouse dès le milieu du , dans le Lauragais et en Gascogne au début du , enfin dans les vallées pyrénéennes à la fin du siècle. La pomme de terre se répand à partir de 1770 dans les Pyrénées ariégeoises – elle est cotée sur le marché de Foix à partir de 1778. Elle est principalement utilisée pour les animaux et par les plus pauvres.
La situation religieuse Toulouse est le siège d'un archevêque, dont dépendent les évêques de Lavaur, Lombez, Mirepoix, Montauban, Pamiers, Rieux et Saint-Papoul. On compte dans la ville pas moins de 90 églises et chapelles, pour 200 prêtres, 20 couvents d'hommes, soit 400 religieux, et 23 de femmes, soit plus de 600 religieuses.
La population reste profondément catholique. On commémore encore, le , la « Délivrance », c'est-à-dire l'expulsion et le massacre des protestants toulousains en 1562. À la fin du , si on compte un millier de protestants, ils restent mal acceptés par la majorité de la population et restent la cible des autorités locales. En 1762, le parlement de Toulouse poursuit le pasteur François Rochette et les frères Henri, Jean et Joachim de Grenier, arrêtés à Caussade et exécutés le , place du Salin, et surtout Jean Calas, roué vif, étranglé et brûlé le , place Saint-GeorgesGodechot 1986, ..
Une capitale politique vignette|Le ressort du parlement de Toulouse. Le parlement domine la vie politique toulousaine. Il jouit d'un grand prestige, lié à son ancienneté – créé en 1443, il est le deuxième parlement du royaume, après celui de Paris – et à l'étendue de son ressort. Il compte une centaine de conseillers, entourés d'avocats, de procureurs, d'huissiers et de notairesGodechot 1986, .. La puissance du parlement explique d'ailleurs que le Haut-Languedoc ne compte pas d'intendant : pour la généralité de Toulouse, il n'existe qu'un subdélégué, représentant l'intendant du Languedoc résidant à Montpellier. La noblesse parlementaire représente l'élite financière de la ville.
Une situation économique difficile L'industrie toulousaine reste limitée à la production nécessaire à la vie quotidienne des habitants de la ville et de sa région. Les tentatives de développement de l'industrie textile n'ont pas donné de résultatGodechot 1986, ..
Le commerce s'appuie sur le trafic des céréales vers le Bas-Languedoc, à travers le canal du MidiGodechot 1986, .. Le commerce international est essentiellement limité à l'Espagne, Toulouse servant d'intermédiaire pour les marchands marseillais.
Les fractures sociales La noblesse toulousaine, qui représente moins de 1 % de la population de la ville, possède un peu moins des deux tiers des richesses.
Le groupe de la bourgeoisie, auquel peuvent être agrégés les professions libérales, les artisans et les petits propriétaires agricoles, représente 72 % de la population, mais ne possède qu'un peu plus du tiers des richesses. Ce groupe ne compte pas de grandes familles de négociants : la bourgeoisie toulousaine reste globalement pauvre.
Enfin, les classes populaires, composées de petits artisans, de compagnons et de travailleurs agricoles, forment un quart de la population, mais ne possèdent pas plus de 1 % des richesses. Un élément saillant de cette pauvreté est le taux d'enfants abandonnés : dans la deuxième moitié du , ils représentent 17 % des nouveau-nés, 40 % dans la paroisse de Saint-Pierre-des-Cuisines, la plus pauvre de la ville.
Un centre culturel actif L'université de Toulouse, fondée en 1229 et l'une des plus anciennes du royaume de France, se renouvelle au cours du . La faculté de droit, qui attire un millier d'étudiants, est le principal centre d'enseignement du droit romain du royaume. Elle compte 6 professeurs, assistés de 8 agrégés. En revanche, les facultés de théologie, des arts et de médecine ne bénéficient pas de la même situationGodechot 1986, ..
La ville compte également trois académies royales. La compagnie du Gai Savoir, fondée en 1323, a été érigée en Académie royale des belles-lettres en 1694. La Société des sciences, fondée en 1640, devient Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse en 1746. Enfin, une Académie royale de peinture, sculpture et architecture existe depuis 1750Godechot 1986, ..
L'alphabétisation fait aussi des progrès dans la population. En 1789, dans la noblesse et dans la bourgeoisie, c'est la presque la totalité des hommes et les trois-quarts des femmes qui savent signer. Dans les classes populaires du tiers état, ce sont seulement la moitié des hommes et 20 % des femmes.
1789 : l'été révolutionnaire La convocation des États généraux vignette|Lettre du roi pour la convocation des États généraux [...] et règlement pour le Languedoc (1789, bibliothèque universitaire de l'Arsenal). Le , Louis XVI fixe la convocation des États généraux au , mais il n'en fixe pas l'organisationGodechot 1986, .. Dès l'été 1788, des pamphlets sont publiés, dans toute la France et à Toulouse, parfois en occitan, portant sur leur composition, leur mode de désignation et leur mode de suffrage. Ainsi, les États de Languedoc prétendent représenter la province et députer directement ses membres à Versailles. À Toulouse, l'université souhaite avoir son propre représentant. Le parlement, quant à lui, soutenu par la sénéchaussée, mais aussi par la bourse des marchands et le chapitre de Saint-Étienne, souhaite conserver « les formes de 1614 »Godechot 1986, .. Finalement, entre le et le , Jacques Necker, ministre d'État, décide finalement des formes de l'élection : les députés seront élus dans le cadre des bailliages et sénéchausséesGodechot 1986, ..
Pour le tiers état, Jacques Necker accorde le « doublement », soit huit députés pour la sénéchaussée de Toulouse. À Toulouse, comme dans les autres villes, le suffrage est à trois degrés : les assemblées de corporation, auxquelles s'ajoute une assemblée pour les « non-incorporés », délèguent à l'assemblée de la ville, qui elle-même députe à l'assemblée de la sénéchaussée. Il y a dans la ville 81 corporations, telle que celle des cordonniers-savetiers, comptant plus de 300 membres, qui se réunissent le , à deux heures, au couvent des Grands-Carmes : trois sont élus pour s'assembler aux représentants des autres corporations et ceux des habitants « non-incorporés », le , à la Maison commune, où sont élus les représentants du tiers état de la ville de Toulouse, puis le , au couvent des Cordeliers, où sont élus les représentants du tiers état de la sénéchausséeGodechot 1986, .. Les huit représentants élus pour représenter la sénéchaussée sont Jean-Arnaud-Pascal Raby de Saint-Médard, avocat à Castelsarrasin, Pierre Devoisins, avocat à Lavaur, Jean-Jacques Monssinat, avocat au parlement et représentant de Noé, Jean François Campmas, médecin à Monestiés, Jean-Antoine-Édouard Fos de Laborde, maire de Gaillac, André de Lartigue, lieutenant général à la sénéchaussée, Pierre Roussillou, riche négociant en draps à Toulouse et Jean-Baptiste Viguier, avocat au parlement et membre de la municipalité de Toulouse. Leurs deux suppléants sont Dominique Hebrard, avocat au parlement et représentant de Grisolles, et F. Marchand, négociant de Toulouse.
La noblesse de la sénéchaussée de Toulouse choisit quatre députés. Deux sont issus de la noblesse d'épée : Dominique-Joseph de Brunet de Castelpers, marquis de Panat et maréchal de camp, et Louis-Gaston-François de Monstron de Sauton d'Escouloubre, marquis d'Escouloubre, seigneur de Belcastel et ancien colonel du régiment de Bresse-infanterie. Deux appartiennent à la noblesse de robe : Jacques-Paul-Marie d'Avessens de Saint-Rome, sénéchal de Toulouse, et Jean des Innocens, seigneur de Maurens et président à mortier au parlementDebat 2024, ..
Pour le clergé, il est décidé dans le règlement des États généraux que les curés ont le droit de siéger personnellement aux assemblées électorales. Aussi, ce ne sont pas systématiquement les prélats qui sont élus. Au côté de l'archevêque de Toulouse, François de Fontanges, se trouvent Louis-Étienne-Marie Chabanettes, curé de Saint-Michel à Toulouse, Jean-Joachim Gausserand, curé de Rivières, et Augustin-Paul Pous, curé de MazametGodechot 1986, .. Ils ont pour suppléant Pierre Laparre, curé de Dieupentale et de Bessens.