vignette|Le mont Aigoual a fait l'objet d'un important plan de reboisement dès le . vignette|Recolonisation du mont Ventoux par les arbres, à partir de la forêt réimplantée au . vignette|Cèdre de l'Atlas (Cedrus libani var. atlantica Glauca) utilisé lors de la première génération (1863) de reboisement des flancs du mont Ventoux par Bédoin. La biodiversité et en particulier son autochtonie n'était pas alors une préoccupation centrale du programme, mais quelques essences plus locales ont aussi été réintroduites. vignette|En hiver, le reboisement maintient la neige en place et facilite l'infiltration et la rétention de l'eau au printemps, au profit du niveau des sources qui remonte. vignette|Barrages de correction torrentielle sur le torrent de Bragousse : ils retiennent les matériaux (phénomène d'atterrissement des barrages), stabilisent les pieds de berges et le lit du torrent, ce qui permet une fixation durable de la végétation de berge contribuant à la restauration des terrains en montagne.
En France, la « restauration des terrains en montagne » (RTM) est une opération de stabilisation et de restauration des sols de pentes. Elle fait appel en raison du contexte et des risques particuliers à des techniques de génie civil, de génie végétal et de génie écologique spécialisées, adaptées à différents contextes (fortes pentes, climat froid, tempéré, chaud ou tropical).
Le service du même nom chargé de la mise en œuvre de ces opérations est créé au au sein de l’administration des Eaux et Forêts, et existe encore au début du au sein de l'Office national des forêts (ONF).
Principes et objectifs La RTM s'appuie sur deux hypothèses : Le recul de la flore (forêt, puis strate herbacée à une altitude plus élevée) cause une aggravation (par rapport à la normale) de la gravité et de la fréquence d'aléas tels que les inondations, glissements de terrain, coulées de boue, érosion, turbidité de l'eau ; La renaturation (reboisement, réengazonnement, restauration de l'humus) est un moyen efficace de diminuer ce risque et après un certain temps de retrouver une situation normale. Cette double hypothèse a des racines anciennes, puisque dès 360 , Platon écrivait dans le Critias à propos du passé légendaire de l’Attique :
Plus de 300 ans après, Pline fait aussi un lien entre le sol et l'eau :
En France, les thèmes de l'eau et de la forêt semblent depuis longtemps intriqués via la « maîtrises des Eaux et Forêts » qui aurait été créée par Philippe le Bel (ordonnance d'août 1291, définissant le rôle des maîtres des Eaux et Forêts) ou plus tôt en 1219 par une ordonnance de Philippe-Auguste, même si derrière les mots eaux et forêt il faut peut être voir aussi pêches et chasses royales, dont les recettes cumulées apportaient aux jusqu’à un quart du budget de la royauté . Selon Plaisance (1979) il y avait sous Charlemagne des forestarii surtout chargés surtout des réserves de chasse et de pêche de l'empereur. Selon Kittredge J. Kittredge, Forest influences : the effects of woody vegetation on climate, water and soil, with applications to the conservation of water and the control of floods and erosion, McGraw Hill, New York, 1948, 394 p., Christophe Colomb aurait estimé que la moindre pluviométrie des Açores par rapport aux « Indes Orientales » était due à sa déforestation. Kittredge cite de nombreuses autres observations ou suppositions anciennes, faites en Italie, au Japon, en Hollande, au Danemark en Allemagne concluant à un lien entre le déboisement et l'érosion des sols pentus et les crues. De l'époque de la révolution au tout début du , Rougier de la Bergerie réunit de très nombreux témoignages de préfets de départements et divers ingénieurs qui rapportent l'importance des dégâts induits par les défrichement ou le pâturage excessif sur les pentes et l'érosion qui s'ensuitRougier de la Bergerie (1800), Mémoire sur les abus de défrichements et la destruction des bois et forêts. Il propose des mesures fiscales pour inciter au boisement des hauteurs du bassin versant français de la MéditerranéeArt.IX : , cité par V. Andréassian dans sa thèse. En France, cette hypothèse a par exemple été développée en 1793 par Nicolas Brémontier à propos des dunesN.T. Brémontier, Mémoire sur les dunes, Imprimerie de la République, Paris, 1793, 73 pp., puis en 1841 à propos des torrents alpins par Alexandre Charles SurellA. Surell, Étude sur les torrents des Hautes Alpes, Carilian-Goeury et Victor Dalmont, Paris, 1841, 283 p., puis en 1853 et en 1854 par Eugène BelgrandE. Belgrand, « De l'influence des forêts sur l'écoulement des eaux pluviales », Annuaire de la Société Météorologique de France, , 1853, pages 176-193E. Belgrand, « De l'influence des forêts sur l'écoulement des eaux », Annales des Ponts et Chaussées, , 1854, pages 1-27E. Belgrand, « De l'influence des forêts sur l'écoulement des eaux pluviales », Annuaire de la Société Météorologique de France, 2, 1854, pages 81-87, puis avec une analyse et des questions scientifiques plus approfondies par Becquerel en 1853A.C. Becquerel, Des climats et de l'influence qu'exercent les sols boisés et non boisés, Firmin Didot frères, Paris, 1853, 366 pp., puis 1865A.C. Becquerel, Mémoire sur les forêts et leur influence climatérique, Firmin-Didot frères, Paris, 1865, 150 pp.. Avec un style plus littéraire, Bernardin de Saint-Pierre estime que Bernardin de Saint-Pierre, Études de la nature. Livre II (travail publiées de 1784 à 1788). V. Andréassian oppose (pour la période des reboisements du notamment) un « parti des forestiers » (qui serait le parti de ceux qui estiment que grâce à la forêt la pluie s'infiltre mieux vers les nappes et qu'il faut donc restaurer la forêt) à un « parti des ingénieurs » (selon lequel la forêt serait plutôt présente là où il pleut suffisamment, et selon lequel les travaux de terrassements, endiguement, canalisation, seraient préférables au boisement pour gérer le risque d'aléas liés à l'eau).
Pour protéger les habitants, la ressource en eau et la possibilité de cultiver ou durablement exploiter la ressource en bois, gibier, etc. la RTM vise à limiter à leur origine, c'est-à-dire dès le haut du bassin versant et le long des cours d'eau, les dégâts de l'érosion et du ruissellement là où à la suite des défrichements la forêt ou les herbages ont reculé. L'effort de renaturation doit être adapté au contexte. Ce contexte peut être celui d'une déforestation totale, d'une disparition du tapis herbacé d'altitude ou des situations en taches de défrichements plus ou moins intenses, accompagnés ou non de coulées de boue, de glissements de terrain et/ou d'incendies successifs qui détruisent les sols et leur capacité de rétention de l'eau et de fixation des particules, graviers, sables, cailloux, etc. Pour cela, la RTM cherche d'abord à restaurer un couvert végétal pérenne (capable de s'auto-entretenir) et de fixer le sol par son tissu racinaire. Il s'agit aussi de peu à peu restaurer la couche d'humus.
Difficultés, limites L'histoire a montré que les difficultés sont d'une part technique (il faut du temps, des moyens et des savoirs et savoir-faire techniques), et d'autre part sociopsychologiques. Au , ce sont notamment les habitants, agriculteurs et riverains ou usagers (bergers, éleveurs, élus locaux) qui se sont le plus opposés à la restauration du couvert boiséC. Lilin (ministère de l'environnement) en collaboration avec l'Inra (R. Larrere, A. Brun, B. Kalaora, 0. Nougarede, D. Poupardin), Histoire de la restauration des terrains en montagne au 19e siècle; Cahiers ORSTOM, sér pédol., vol. XXII, , 1986, pages 139-145, même quand ils étaient victimes des dégâts induits par la disparition de la strate arborée. La RTM n'a pu se faire en France qu'avec une importante . Certains projets trop basés sur une culture technique peuvent échouer si la population n'a pas été convaincue de l'utilité du reboisement, notamment dans le cas de transferts de méthodes et techniques dans un contexte socioécologique très différent, par exemple pour le transfert des techniques de RTM développées en France au vers Haïti au .
Au Japon En raison du risque élevé de tremblements de terre, les montagnes sont souvent interdites à l'agriculture, et les routes et communautés situées dans les vallées sont protégées par de nombreuses forêts de protection, dont certaines plantées avec de méthodes dites de génie végétal notamment promues par Akira Miyawaki.
En France Dans les montagnes, zones de grande ruralité vivant en autarcie, l'agrosylvopastoralisme (déboisement en bas pour la culture des céréales, déboisement en haut pour les alpages) fait partie des grands facteurs de déboisementLes deux autres grands facteurs de déboisement sont : les guerres (plus funestes encore aux forêts qu'aux cultures, car si celles-ci sont reconstituées, les reboisements sont souvent négligés) qui mobilisent des bois pour les armées (bois de chauffage et de boulange pour les troupes, bois pour les affûts de canons, les attelages des pièces, les fortifications, voire les traverses de chemins de fer, tranchées, abris et baraquements lors de la Première guerre mondiale) ou pour la reconstruction des villages incendiés ; les besoins en bois de corde alimentant les fours à chaux et en charbonnette pour la sidérurgie qui ne déclinent que lors de la révolution industrielle qui voit se généraliser l'utilisation du charbon. qui ont provoqué une mise à nue progressive de la roche, notamment par la mise en culture, le surpâturage des ovins et la coupe de bois pour le chauffage. . La croissance démographique à cette époque se traduit par une relance des défrichements afin de conquérir de nouvelles terres arables et de nouveaux pâturages pour répondre à l'accroissement de la population et par conséquent des besoins alimentaires. Les plaines étant déjà presque totalement défrichées au , la pression d'essartage se porte sur les flancs de montagnes et les dernières forêts. Après la Révolution française, le partage des biens nationaux et des biens communaux livre à la cognée et au feu des boisements alors épargnés.
Malgré les alertes lancées de tous les départements par l'administration des eaux et forêts et par les préfets, l’État ne parvient qu'à freiner le déboisement.
Une crise touche les régions de montagne et les régions situées à leur aval, devenues réceptacle d'inondations de plus en plus graves et fréquentes, qui charrient des boues et sédiments caillouteux jusque dans les deltas et estuaires.
Des années 1790 au début des années 1800, les préfets, certains élus et l'administration forestière arrivent peu à peu à convaincre les gouvernements et la population de l'urgente nécessité de reboiser les terrains de montagne pour enrayer le cercle vicieux de la déforestation et des perturbations hydrauliques, microclimatiques et agricoles.
Au , la législation se durcit : sous le Second Empire, la loi du 28 juillet 1860 sur le reboisement en montagne permet d'imposer le reboisement, sur la base d'un simple décret déclarant l'utilité publique à la constitution d'un périmètre de reboisement défini selon .
De 1860 à 1880, la France engage ainsi avec l'Administration des Eaux et Forêts une politique très volontaire de restauration des terrains en montagne (en abrégé RTM) pour contrer et réparer les effets désastreux des défrichements, d'écobuages excessifs voire de totale déforestation sur l'érosion des sols en montagne.