L'ouvrage de pharmaceutique intitulé Tang ye bencao 汤液本草 écrit par Wang Haogu 王好古, publié aux environs de 1298, comporte 3 chapitres (ou dans d’autres éditions 2 ou 1 chapitres).
L’ouvrage donne des règles simples et mécaniques pour déterminer quand tel organe zang a tel symptôme, quel type de drogues faut-il utiliser. Il met en œuvre des notions théoriques comme yin yang et les relations de correspondances systématiques entre les quintuplets de différents niveaux, pour déterminer par exemple quel organe est susceptible d’influer sur tel autre organe.
Le chapitre 1 offre aussi un traité qui a la particularité de donner des recommandations de traitement sans s’appuyer sur des considérations théoriques mais plutôt sur l’observation des symptômes réels et des traitements. Les deux derniers chapitres contiennent des discussions simples mais précises de 228 de drogues. Il classe les drogues selon leurs propriétés et leurs effets sur les conduits du corps.
La Tang ye bencao constitue la matière médicale la plus importante de la période des Yuan 元 (1279-1368). Elle fut très estimée par Li Shizhen l’auteur du Bencao gangmu.
Elle a été incluse dans le curriculum des académies médicales de l'époque et a été étudiée par de nombreux médecins. L’ouvrage a connu 16 éditions au cours des époques Yuan, Ming, et Qing ainsi que durant l’histoire de la république de Chine et de la république populaire de Chine, sans oublier une édition coréenne et quatre éditions japonaises.
Séduisante à première vue, les règles rigides de Tang ye bencao sont difficiles à appliquer. Car elles mettent en œuvre des notions qualitatives, qui supportent de grandes variations d’interprétation produisant de grandes variations d’interprétations dans les traitements à effectuer.
Texte Wang Haogu comme son maitre Li Gao, appartient à la classe très distinguée des médecins lettrés confucéens. Ses écrits s’appuient sur Li Gao, Zhang Yuansu ainsi que les travaux de Zheng Wu-yi 鄭無逸, actif durant la dynastie Jin (1115-1234), qui a mis l'accent sur l'importance de l'équilibre entre le yin et le yang et la théorie des cinq éléments (wuxing 五行) dans le diagnostic et le traitement des maladies. Zheng a ainsi renouvelé l’interprétation des maladies causées par le froid à la lumière des théories du Huangdi neijing.
Wang Haogu a créé la Tang ye bencao en reprenant les écrits des auteurs cités ci-dessus et en les complétant par ses propres commentaires. Il apparait ainsi comme un produit typique de la période Jin-Yuan 金元 de la longue tradition des pharmacopées chinoises.
Il cite notamment Yao lei fa xiang 藥類法象 de Li Dongyuan i.e. Li Gao (1180-1251) Yong yao xin fa 用 藥心法, de Li Gao 李杲 Jiegu zhenzhu nang 潔古珍珠囊 (1234) « Le recueil de perles de [Zhang] Jiegu » de Zhang Yuansu 张元素 (1151-1234) dit Jiegu 潔古.
Le titre renvoie à Tang ye jing fang 汤液经方 mentionnées dans Han shu yi wen zhi 汉书艺文志 / (trad.) 漢書藝文志, un chapitre du « Livre des Han » (han shu 汉书), intitulé Yi wen zhi 艺文志 / (trad.) 藝文志, une première tentative pour baser l’analyse de la matière médicale sur les doctrines du yin yang et des Cinq phases (wuxing 五行), datant à l'époque de plus d’un millénaire.
Cette œuvre qui a été préservée n’est pas très longue. Elle comporte 3 préfaces (et dans d’autres éditions 2 ou 1) par Wang Haogu et 3 chapitres. Le chapitre premier contient 37 traités généraux, et les chapitres deux et trois donnent les notices de 224 drogues.
Préfaces La deuxième préface place l’œuvre dans la longue tradition des bencaole terme bencao est transcrit en pinyin, le système de romanisation du chinois officiel, il se transcrit dans le système de romanisation Wade-Giles pen ts'ao .
Shennong est le héros civilisateur de la mythologie chinoise qui aurait goûté aux plantes pour sélectionner les herbes médicinales et aurait écrit le Shennong bencao, « La matière médicale de Shennong ». Si Shennong a longtemps été traité (à tort) comme un être historique, l’ouvrage Shennong bencao, lui-même bien réel, commence la longue filiation des pharmacopées chinoises (bencao).
Les « neuf critères qui régulent les transformations » sont les différents examens du patient que le praticien doit pratiquer pour faire son diagnostic: observer le teint, prendre le pouls, examiner la langue, etc...Yifang Yin 伊芳尹 est une figure légendaire ou semi-légendaire souvent associée à l’élaboration des lois de la médecine.
La préface en passant en revue les grands ouvrages de pharmacopée, nous apprend que le secret de cet héritage ininterrompu malgré la perte de nombreuses formules au cours du temps, tient à la permanence des méthodes de travail qui se sont transmises fidèlement d’un médecin renommé à l’autre. Les auteurs dans leurs discussions de leurs prédécesseurs n’ont jamais dévié des principes établis par Zhang Zhongjing (150-219). Cet auteur a en effet rassemblé et organisé de vastes quantités de connaissances médicales en un format structuré, en se basant sur les observations cliniques et les expériences des médecins précédents. Le principe de compilation élaboré par Zhang Zhongjing a jeté les bases de la longue tradition des Bencao. Sa méthode systématique de collecte, d'organisation et d'intégration théorique des connaissances médicales a permis de créer des textes complets et accessibles qui ont servi de référence pendant des siècles et continuent d'influencer la médecine chinoise moderne.
D’après les indications fournies par Wang Haogu dans les préfaces 1 et 2, la doctrine des médecins de l’époque Jin Yuan vise à combiner les deux grandes traditions de soin: la doctrine médicale abstraite des correspondances systématiques (développée particulièrement dans le Huangdi nei jing) et le savoir empirique reposant sur les remèdes naturels (la pharmacopée des bencao 本草).
L’unité des deux pratiques médicales a duré du Shennong bencao jusqu’à Zhang Zhongjing (150-219) puis fut brisée jusqu’au . C’est alors grâce aux efforts de Zhang Yuansu que l’unité fut rétablie.
Paul Unschuld fait remarquer que ces assertions correspondent exactement à des constructions similaires dans d’autres domaines de la littérature. Le néoconfucianisme, tel qu’il fut développé par Han Yu (768-824), Li Ao (mort en 844) et Zhu Xi (1130-1200) se réfère à une tradition dans laquelle ils voient la transmission du vrai principe du dao 道, qui continua seulement jusqu'à Mencius (372-289 av. J.-C.) et qu’ils ont revendiqué ensuite pour eux-mêmes le renouveau de la continuation de la tradition authentique, après une longue interruption.
La pensée médicale de la période Jin Yuan, comme le néoconfucianisme, ne signifie pas une reprise de l’ancienne tradition enterrée pendant des siècles, mais plutôt comme une tentative de réforme pour surmonter de vieilles structures devenues obsolètes. Les auteurs de pharmacopées de la tradition Jin Yuan présentent leur réforme comme une réaction pour retrouver l’esprit d’une tradition injustement écartée. Premier chapitre
Wang Haogu, tout comme ses prédécesseurs réformateurs de l’époque Jin Yuan 金元 (1115-1368), Zhang Yuansu et Li Gao, commence son ouvrage en présentant ses idées théoriques.
La première section commence avec (Wǔzàng kǔ yù bǔ xiè yào wèi 五脏苦欲补泻药味) . Il s’agit de reconstituer (bu 补) les déplétions et de drainer (xie 泻) les réplétions, en cas de souffrances dans les Cinq organes zang 脏. Le texte examine successivement les cinq organes pleins (foie, cœur, rate, poumons, reins), en commençant par le foie:
[...] * Le Classique dit : « En cas de déplétion [d’un organe], tonifier [l'organe de] sa mère » (Xū zé bǔ qí mǔ 虚则补其母). L'eau peut nourrir le boisshui neng sheng mu 水能生木, le rein est donc la mère du foie. Le reinLes noms chinois ne reçoivent pas de marqueur de nombre, donc le terme shen 肾 peut être traduit par « le rein » ou « les reins » ; nous garderons en général le singulier renvoyant à un référent duel (pour éviter « les reins sont la mère du foie »). est associé à l'eau, donc le goût amer peut tonifier le rein, comme la rehmannie préparée (shu dihuang 熟地黄) et le phellodendron (huángbò 黄柏). En l'absence d'autres symptômes, utiliser la pilule de rehmannie de Qian (Qián shì dìhuáng wán 钱氏地黄丸) »
Nous avons là un bel exemple de l’application des principes gouvernant les Cinq phases. Dans l’histoire de la littérature pharmaceutique, c’est la première fois qu’on rencontre l’utilisation de cette doctrine pour justifier l’usage d’une drogue sur un organe particulier.
Le Huangdi Nei Jing le (abr. le Classique) développe l’idée que différentes parties du corps sont en correspondance avec divers éléments de l’univers. La correspondance se fait après avoir partitionné le corps et l’univers en quintuplets.
La correspondance des phases et les organes pleins (zang 脏) se présente ainsi
Système de correspondances pentanaires Classe wuxing 五行 Bois, mu 木 Feu, huo 火 Terre, tu 土 Métal, jin 金 Eau, shui 水 Cinq dépôts wuzang 五脏 Foie, gan 肝 Cœur, xin 心 Rate, pi 脾 Poumon, fei 肺 Rein, shen 肾
Dans l'ensemble des éléments (ou phases, xing 行) de la première ligne, chaque élément a une relation de génération avec un autre élément, appelée relation « mère → enfant », que l’on présente en général sur un cercle comme sur le schéma ci-contre. Ainsi l’eau (représentant les reins) nourrit / engendre le bois (représentant le foie) – voir le chapitre 5 du (Huangdi neijing) Suwen 素问.). La relation de génération de chaque quintuplet est calquée sur celle des phases.
La déplétion (xū 虚) signifie un état de faiblesse ou d'insuffisance dans un organe. Pour restaurer l'équilibre, on peut tonifier l'organe en renforçant l'organe mère, c'est-à-dire l'organe qui le nourrit naturellement.
Lorsque le foie est en déplétion, on peut le tonifier en renforçant les reins, son organe mère. En renforçant les reins, on soutient ainsi indirectement le foie.
Wang Haogu donne pour chaque organe, une série de recommandations simples et mécaniques que l’on résume dans le tableau suivant. La première colonne donne l’organe zang affecté par tel symptôme (2 colonne). Pour traiter ce symptôme, les 3 colonnes suivantes indiquent qu’il faut chercher une drogue avec telle saveur (4 colonne) et telle fonction (5 colonne), et la dernière colonne donne un exemple de drogue faisant l’affaire.
Organe (Zang) Symptômes Saveur Fonction Exemple de Drogues Foie (gan 肝) Tension, urgence Doux (gan 甘) Relaxant, apaisant Gancao (甘草, Glycyrrhiza uralensis) Piquant (xin 辛) Dispersant Chuanxiong (川芎, Ligusticum chuanxiong) Acide (suan 酸) Purifiant Shaoyao (芍藥, Paeonia lactiflora) Cœur (xin 心) Relâchement, mollesse Acide (suan 酸) Resserre Wuweizi (五味子, Schisandra chinensis) Salé (xian 鹹) Ramollissant Mangxiao (芒硝, Sulfate de sodium) Doux (gan 甘) Purifiant Rénshēn (人參, Panax ginseng) Rate (pi 脾) Humidité Amère (ku 苦) Asséchant Baizhu (白术, Atractylodes macrocephala) Doux (gan 甘) Relaxant Gancao (甘草, Glycyrrhiza uralensis) Doux (gan 甘) Tonifiant Rénshēn (人參, Panax ginseng) Poumons (fei 肺) Sécheresse Acide (suan 酸) Humidifiant Wuweizi (五味子, Schisandra chinensis) Acide (suan 酸) Tonifiant Wuweizi (五味子, Schisandra chinensis) Salé (xian 鹹) Purifiant Zexie (泽泻, Alisma orientale) Reins (shen 腎) Sécheresse Piquant (xin 辛) Humidifiant Zhimu (知母, Anemarrhena asphodeloides) Amère (ku 苦) Fortifiant Huangbai (黄柏, Phellodendron) Salé (xian 鹹) Purifiant Zexie (泽泻, Alisma orientale) Wang Haogu donne en général une formulation à trois remèdes se complétant harmonieusement. saveur ↔ effet Amère kǔ 苦 Purger xiè 泄 Douce gān 甘 Détendre huǎn 緩 Acide suān 酸 Resserrer shōu 收 Salée xián 鹹 Ramollir ruǎn 軟 Fade dàn 淡 S’imbiber purger shèn xiè 滲泄 Piquante xīn 辛 Disperser sàn 散