Sangliers est un roman d'Aurélien Delsaux paru le aux éditions Albin-Michel. Deuxième roman de l'auteur, le livre de 554 pages raconte cinq années de la vie d’un hameau et un village imaginaires, les Feuges, à Lagnin, dans le centre de l’Isère, entre Lyon et Grenoble. Le livre s'attache à décrire le monde contemporain de la campagne française (dans les années 2010), où se côtoient anciens et néo-ruraux, paysans et premiers péri-urbains. Célébrant la beauté des paysages et la création d’oasis de résistance et de vie, il décrit aussi la montée de la violence politique d'extrême-droite, à travers le personnage du jeune Lionel.

Discrètement accueilli à sa sortie, mais salué néanmoins comme un deuxième roman réussi, l'ouvrage remporte en , le prix Révélations de la Société des Gens de lettres. Dans le milieu universitaire, il est de plus en plus salué pour sa singularité comme pour son caractère prophétique.

Résumé Présentant une galerie de portraits de mâles solitaires (principe d’où le roman tire son titre: le sanglier étant étymologiquement le singularis): paysan, prof, artiste, député,  tenancier du dernier bistrot…, le livre raconte le parcours du jeune Lionel, 10 ans au début de l’ouvrage, coupable à la fin d’une tuerie raciste dans le lycée public du secteur. Autour de lui apparaît toute une galerie de personnages: son demi-frère métis Mathias, son père Germain dit «le Chef», le vieux sculpteur Gottschalk, sa compagne Ania, le Père Victor, le maraîcher bio Sylvain et sa fille Louise, ou encore Lamia et Samir, nouveaux venus dans le hameau. Ensemble ils dessinent une sociologie nouvelle du monde rural et le grignotement d’une certaine campagne par le péri-urbain.

Très découpé, le roman s'organise en quatre grandes parties: «La Chasse», «L'Election », «L'Ultime période», «Le Grand Combat», elles-mêmes découpées en chapitres numérotés en chiffres romains et sous-chapitres numérotés en chiffres arabes. Tout le roman est par ailleurs parsemé de «dits», récits du temps passé, qui donnent au territoire l’épaisseur des siècles.

La Chasse I.1. Dans la chaleur de juillet, Lionel, violenté par son père, fuit et saigne, en courant à travers le hameau des Feuges, au bas du village de Lagnin, entre les vieilles granges en pisé et le nouveau lotissement. Avant de trouver refuge dans la nature, il épie le vieux Gottschalk, vieux sculpteur installé dans l’ancien moulin, puis un homme et sa fille qui se promènent, et qu’on découvre plus loin sous les noms de Sylvain Rieux, veuf, ancien professeur reconverti en maraîcher bio, angoissé par la possible fin de l’espèce humaine, et de Louise.  2. Germain, dit le Chef, père de Lionel, tond sa pelouse. On apprend le racisme que subit, dans sa famille et le village, son beau-fils, Matthias. Sa mère, que Germain appelle la Grosse, est prise d’une crise de folie. 3. On célèbre l’ouverture de la chasse au dernier bistrot du village, Chez Max, où l’on croise le professeur de français de Matthias au lycée Camus, Lesélieux, et toue une galerie de personnages secondaires (Lulu, Moustache, Gillou, Rouge-Gorge…). 4. Germain force Matthias à participer à une partie de chasse, puis à coucher dans la camionnette d’une prostituée.

II.1. Gottschalk est un sculpteur mondialement connu. Un jour débarque chez lui Ania Bielski, étudiante polonaise, pour poursuivre l’étude de son œuvre. Amoureux l’un de l’autre, ils vivent au moulin. À quelques centaines de mètres de là, Arnaud Lesélieux, rêve de gloire littéraire, sans parvenir à écrire grand chose, et décide de rendre une visite à son ami sculpteur. 2. Annie et Jean-Louis Morin, derniers paysans du hameau, ont tué le cochon et invitent à partager le boudin. On découvre leur fils Thomas, que Lionel admire, et le Grand-Pé, doyen du village, «mémoire des Feuges», vieil aveugle qui aime raconter les vieilles histoires du pays, qui fascinent Lionel, mais qui intéressent peu Thomas. Imbibés d’alcool, les hommes partagent des obsessions racistes. 3. Max, le tenancier du bistrot qui porte son nom, peint secrètement des icônes. Il montre à Matthias, envoyé chez lui acheter des cigarettes pour le Chef, son œuvre et lui demande de servir de modèle pour le portrait d’un apôtre. Entendant l’heure sonner au clocher, Matthias part précipitamment.

III. 1. Des hordes de sangliers font des ravages aux alentours de Lagnin et une grande battue est décidée. 2. Au bourg de Saint-Roch, le Père Victor médite sur la fête de l’Immaculée Conception, qu’on célèbre ici comme la fête des lumières, et s’oppose à la fermeture des églises. Mi-décembre, les sangliers déferlent aux abords de Lagnin. Au local des chasseurs, on célèbre les bêtes abattues, tout en se préparant à la lutte fantasmée contre d’autres «envahisseurs». 3. Dans son bain, Lesélieux calme son angoisse d’une rencontre parents-profs où il a fait face au beau-père de Matthias; Germain  refuse que son beau-fils participe à une sortie théâtre. Le Jour de l’an, le Père Victor retrouve son ami Gottschalk chez lui. Lesélieux les rejoint, surpris de leur entente, comme de l’amour entre Ania et le vieux sculpteur. 4. Dans la neige, un nouveau couple vient s’installer au hameau: Samir, militaire, et son épouse Lamia. Matthias, regardant tomber la neige, à bout des violences qu’il subit, envisage de s’enfuir. Début janvier, Samir et Lamia Bencheikh se rendent aux vœux du maire, et, dans la sourde hostilité qui les entoure, rencontrent Gottschalk et Ania. 5. En juillet, au village voisin de Bellieu, on organise le bal du 14-Juillet. Le Député-Maire prend la parole pour dire sa fierté du territoire. Aux Feuges, après la fête, dans la nuit, Matthias s’enfuit, rêvant de trouver un pays imaginaire en Afrique, dont il serait le roi. Les feux d’artifice ont réveillé Sylvain et Louise mais aussi des habitants du lotissement qui constatent soulagés que ce n’est pas la guerre, que personne ne leur tire dessus, que seules des fusées colorées éclatent.

L’Election I.1. À l’automne, des pluies diluviennes font couler des flots de boue sur le hameau. Le malheur ressuscite de vieilles solidarités. On s’inquiète même pour la vieille Zette, qui vit isolée, mais elle n’a rien. Dans le jardin de Sylvain tout est à refaire. Il en profite pour en repenser toute l’organisation, en permaculture.

2. Dans l’hiver, à Saint-Roch, on célèbre le carnaval avec le défilé de Mangecroutte. De sa cure, le Père Victor prie en regardant la fête et les résultats du concours de déguisement sur le thème du recyclage. Dans la foule se croisent Ania et Samir, qui lui confie son désir d’être envoyé combattre pour la France en Afghanistan. Dans sa solitude, le Père Victor bénit la foule.

II. 1. Dans la chaleur de la nuit d’été, Lionel sort secrètement marcher jusqu’au moulin. L’été est long pour Lamia, tandis que Samir est en mission, et qu’elle garde des enfants. Une visio avec Samir est interrompue par une explosion. Elle le revoit ensuite, mais son angoisse s’accroit. Au moulin, Ania se souvient d’un amour ancien, de son angoisse de mort, entre dans l’atelier et se frottant à une sculpture de Gottschalk, jouit — épiée, sans le savoir, par Lionel. 2. À Saint-Roch est organisée pour la première fois, grâce à Ania, une exposition consacrée à l’œuvre de Gottschalk. S’y croisent Sylvain et Lesélieux, Samir rentré «d’Afgha» et Ania, tandis qu’à quelques pas d’eux, la Maire de Saint-Roch et le Député-Maire de Bellieu s’inquiètent des prochaines élections, des réactions à la construction d’une mosquée, du succès du Parti aux affiches bleu et noir. Gottschalk, éméché, refuse leurs honneurs. Lesélieux, dans sa voiture, ramène chez eux Sylvain et Louise, et disserte sur l’effondrement en cours de l’Education Nationale. Sylvain conclut: «Tout s’est déjà effondré.» 3. Lionel se masturbe pour la première fois, devant le cercle des copains de Thomas. Il participe avec eux, dans le quartier des Renarts, à Saint-Roch, à des actes de violence au nom de Jeunesse Identitaire, en s’en prenant à un couple. 4. Au lendemain des élections, Sylvain découvre à l’arrêt de car une affiche du Collectif des Moutons Noirs. Lesélieux, lui, s’effraie de ses élèves qui affichent leurs convictions nationalistes, puis assiste en salle des profs à l’altercation entre un collègue syndicaliste («On fabrique des fascistes!») et la proviseure, qui lui enjoint la neutralité. 5. Sylvain emmène sa fille au goûter d’anniversaire de Shanira, subit le discours homophobe du père d’une autre copine de Louise, rentre en sentant monter un bruit de bottes. 6. Lionel va écouter les histoires du Grand-Pé, en se faisant passer pour Thomas, mais Thomas le surprend et le chasse.

III. 1. Thomas est mort dans un accident de mobylette. Lors de son enterrement à l’église de Saint-Roch, le Père Victor, dans son homélie, fait le constat que plus personne ne croit et cherche une autre façon pour parler de Dieu. Lionel est bouleversé par la mort de son ami. Lesélieux se souvient que Thomas fut un de ses élèves. 2. Gottschalck invite Sylvain à une promenade. Lui raconte combien la plaine est imbibée de sang et combien la violence menace encore; mais aussi que nous ne sommes pas les derniers, mais «les premiers du monde toujours neuf». 3. Sylvain rejoint pour la première fois une réunion du Collectif des Moutons Noirs, qui a lieu Chez Max. Il assiste à un délire de propositions, qui se conclut par l’idée du sage Grand-Pierre, vieux communiste, qui invite à proclamer, sans attendre, une République française nouvelle, «universelle, écologiste et sociale». 4. Lionel erre, se souvient au cimetière de Thomas, ne trouve plus dans la nature de refuge apaisant. Sylvain propose à Louise une balade à vélo jusqu’au Rhône. Elle est plus fascinée par le fleuve autoroutier que, sur un pont, ils surplombent, que par l’eau.

L’Ultime période I.1. L’été brûle et restera dans les mémoires comme le Gros Été. Un pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle traverse Lagnin en proclamant la fin du monde. Lionel retourne voir le Grand-Pé, bouleversé en croyant sentir la présence de son petit-fils mort, lui tendant son vieux couteau en héritage. Jean-Pierre Morin ne supporte plus le délire de son père et l’étouffe avec un coussin. Quand, préparant ses funérailles, on déshabille et lave son corps, s’envolent de lui toutes les histoires qu’il savait. À son enterrement, on comprend qu’avec lui peut-être le hameau s’achève. 2. La Grosse est prise d’un nouveau délire, craignant la haine des arbres, serrant son dernier fils, Eugène, entre ses bras; Germain la bâillonne, elle finit par se calmer. Lionel cache le couteau du Grand-Pé et commence à transformer son corps, qui grandit considérablement, par des exercices de musculation. Il propose ses services dans le voisinage, pour 5 euros par heure. Dans son lit, il fantasme sur le souvenir d’Ania. Dans son footing, il croise Louise et son amie Shanira. Louise, à son miroir, observe la transformation de son corps. Shanira passe l’inviter: croyant sa mère absente, les deux filles pourraient en profiter pour essayer ses tenues et son maquillage. Sa mère les surprend, hurle sur sa fille, qui demande à Louise de dégager. Sylvain se moque du visage barbouillé de sa fille: «Elle détesta le rire de son père». 3. Le jardin de Sylvain déborde de vie et de beauté. Tout en le travaillant, il songe à l’adolescence de sa fille, s’éloignant de lui, et Ania pour qui il se reconnaît du désir.