Entre et , l'empereur byzantin entreprend un voyage en Europe occidentale visant à obtenir du soutien militaire de la part des puissances occidentales. Promu et aidé par son ami, , dit , Manuel traverse les cours occidentales, en Italie, d'abord, puis en France et en Angleterre, ses plus grands espoirs. Il s'attarde un certain temps à Paris et y reçoit des promesses d'aide, comme dans d'autres capitales européennes, qui ne se concrétisent pas. De plus, la nouvelle de la défaite et de la capture de Bajazet, lors de la bataille d'Ankara rend le voyage inutile et rentre à Constantinople en . Si l'occasion est manquée et si obtient un sursis pour la survie de son Empire, le voyage annonce déjà le peu de soutien occidental que reçoit Constantinople en , alors que l'Europe occidentale se détourne de l'Orient.

Histoire

Contexte

La cité de Constantinople subit un siège larvé, qui dure depuis . Diverses tentatives de soutien échouent, comme lors de la bataille de Nicopolis, où les troupes ottomanes écrasent la coalition dirigée par le roi de Hongrie Sigismond de Luxembourg. Lors de ces efforts, , dit , accueilli en héros par la population, parvient, avec un petit contingent de troupes françaises, à soulager un peu la pression pesant sur la ville. Après avoir envisagé un temps de donner le trône de l'Empire byzantin à , Boucicaut et décident de s'engager dans un voyage diplomatique vers les cours occidentales, pour que puisse y recevoir le soutien militaire nécessaire à la survie de son Empire.

Voyage

Morée et Italie Boucicaut et Manuel embarquent sur des galères vénitiennes le . Ils se rendent en premier lieu dans la péninsule de Morée, plus spécifiquement à Mistra. Là, Manuel peut confier l'impératrice Hélène, son épouse, et leurs enfants, à son frère, le despote . Ils reprennent ensuite la mer jusqu'à Venise et l'empereur y est reçu par le doge monté sur le Bucentaure. Tandis qu'il intervient au Maggior Consiglio, Boucicaut se dirige vers Paris pour y organiser la réception de l'empereur. Satisfait des promesses vénitiennes, Manuel prend la route de Padoue, où il est accueilli en grande pompe par les fils de Francesco da Carrara. Il entre dans la cité à une heure du matin par la Porte de Tous les Saints. Après Padoue, Manuel rejoint Vicence, mais aucun détail ne survit de cette étape.

Enfin, l'empereur rencontre le duc de Milan, Jean Galéas Visconti, à Pavie. Celui-ci organise une réception luxueuse en son honneur et lui promet que dès que les autres souverains viendront à son aide, il se joindra à l'effort de guerre et viendra personnellement diriger les troupes à Constantinople. De plus, Visconti lui donne une escorte pour franchir les Alpes et se diriger vers Paris, pour qu'il y rencontre le roi de France, .

France et Angleterre Après le passage en Italie, Manuel prend le chemin de Paris, et suit une route qui est inconnue. Au sujet de sa visite, l'Anonyme de Saint Denys déclare :

Il est accueilli avec beaucoup d'honneurs par à Charenton-le-Pont dans une cérémonie amicale où les deux descendent de leurs montures pour se donner un baiser de paix. dépense sans compter pour accueillir son hôte : il organise une cérémonie majestueuse, réunissant deux mille bourgeois de Paris qui font une procession devant le groupe. Ils se rendent ensuite au Louvre où ils célèbrent leur rencontre. Malgré la folie dont il est touché depuis le bal des ardents de 1393, a un long intervalle de lucidité et passe du temps avec son visiteur, notamment en lui présentant et le guidant à travers monastères et les églises de la capitale. Le chroniqueur médiéval Juvénal des Ursins renseigne le fait que l'empereur vient accompagné de clergé orthodoxe, qui célèbre la messe à Paris. Au sujet de la liturgie célébrée alors à Paris, il déclare : . Manuel assiste au mariage de Marie de Berry et de et est placé entre le roi et le cardinal officiant, lors d'un banquet qui suit le mariage, témoignage supplémentaire de l'affection du roi, qui, par ailleurs, promet d'intervenir au plus vite et d'envoyer des troupes au secours de Manuel. Dans cette situation, Manuel écrit à son ami Chrysoloras :

Cependant, la folie de reprenant, Manuel décide de poursuivre sa route jusqu'en Angleterre, pour y rencontrer , et après un voyage dont on ne sait rien, il traverse la Manche, est accueilli par les augustins de Canterbury et le trouve à Blackheath le jour de la saint Thomas , soit le ou de cette année. Puisqu' vient de détrôner son cousin , cela le rend d'autant plus amical envers Manuel, qui est un apport de légitimité important pour son règne, et bien qu'on ne sache que peu de choses de cet épisode, il semble lui avoir promis des troupes et de l'aide, comme en témoigne une autre lettre à Chrysoloras:

Après ce passage en Angleterre, Manuel revient à Paris, où la situation s'est compliquée depuis le retour de la folie de , incapable de régner. Il demeure à la cour pendant deux ans, à s'occuper comme il peut, notamment en s'engageant dans des débats théologiques sur le Filioque à l'Université de Paris. Pour argumenter contre le Filioque, il compose notamment un texte de cent-cinquante-sept chapitres qui n'est pas traduit où il attaque aussi la primauté du pape. De plus, Manuel apprécie l'art français, il mentionne notamment une tapisserie qu'il voit au Louvre dans une de ses lettres. Il est par ailleurs possible que sa présence à Paris ait inspiré l'art français de l'époque, notamment en influençant des médaillistes et surtout les frères de Limbourg, qui semblent faire référence à et son entrée dans Paris lorsqu'ils représentent les rois mages dans Les Très Riches Heures du duc de Berry, une œuvre majeure de l'art européen.

Retour Manuel se rend progressivement compte que les puissances occidentales qui annoncent vouloir le soutenir sont aux prises avec leurs propres intérêts et conflits qui les empêchent d'intervenir ou rendent leurs promesses vides. Tandis qu'il attend l'aide qui ne vient pas, la nouvelle de la bataille d'Ankara lui parvient depuis Constantinople. Lors de cette bataille, le conquérant turco-mongol Tamerlan écrase les forces ottomanes et parvient à capturer le sultan ottoman, Bajazet, qui lève en toute hâte le siège de Constantinople pour aller l'affronter. La victoire timouride permet de donner un instant de répit à l'Empire byzantin, et rend la présence de Manuel en Europe occidentale inutile, d'autant plus si les promesses d'aide ne se concrétisent pas. Il prend donc le chemin du retour, en passant notamment par Gênes et aidé par et Michele Steno, le doge de Venise, qui sont satisfaits de s'en tirer à bon compte sans avoir à réellement s'impliquer. Manuel retourne en Morée, où il récupère sa famille, puis il revient à Constantinople en 1403.

Références

Catégorie:Voyage diplomatique Catégorie:Relations entre l'Empire byzantin et la France Catégorie:Relations entre l'Empire byzantin et la république de Venise Catégorie:Relations entre l'Angleterre et l'Empire byzantin