Le Grand Prix de Monaco 1968 ( Grand Prix de Monaco), disputé sur le circuit de Monaco le , est la cent-soixante-quatrième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la troisième manche du championnat 1968.

Contexte avant la course Le championnat du monde La saison 1968 est la troisième disputée sous la réglementation trois litres pour les monoplaces à moteur atmosphérique, avec également possibilité d'utilisation de moteurs suralimentés, un coefficient deux étant alors appliqué pour la cylindrée (soit un maximum de en cas d'utilisation d'un compresseur volumétrique ou d'un turbocompresseur). La réglementation s'appuie sur les points suivants :

pas de cylindrée minimale cylindrée maximale : si moteur atmosphérique ou si moteur suralimenté poids minimal : (à sec) roues non carénées double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial obligatoire ravitaillement en huile interdit durant la course distance minimale d'un Grand Prix : 300 km (à l'exception du GP de Monaco) distance maximale d'un Grand Prix : 400 km distance minimale pour être classé : 90% de la distance parcourue par le vainqueur

D'autre part, la Commission Sportive Internationale (CSI) autorise désormais l'apparition de publicité extra-sportive sur les voitures de course, aussi des annonceurs autres que les habituels pétroliers ou manufacturiers pourront-ils figurer sur les carrosseries.

En ce printemps 1968, le monde du sport automobile a été durement touché. Après la disparition tragique de Jim Clark à Hockenheim, début avril, lors d'une course de Formule 2, suivie un mois plus tard de celle de Mike Spence au cours d'une séance d'entraînement à Indianapolis, un autre accident vient de frapper un troisième pilote britannique : aux essais des 1000 km du Nürburgring, Chris Irwin (appelé à remplacer Spence dans l'équipe BRM) a perdu le contrôle de sa Ford P68 sur une bosse dans le secteur de Pflanzgarten ; souffrant d'une fracture du crâne ayant nécessité une intervention chirurgicale, il est resté plusieurs jours dans le comaRevue Moteurs n°68 - 22 juillet 1968 et ne pourra évidemment participer au Grand Prix de Monaco, dont l'annulation fut un moment envisagée à cause des événements de Mai 68Revue L'Automobile - juin/juillet 1968. Malgré la perte de Jim Clark, le Team Lotus domine le championnat du monde, Graham Hill, qui a pris le relais de son prestigieux coéquipier en s'imposant en Espagne, étant largement en tête du classement provisoire.

Le circuit

Membre de l'ACM, Antony Noghès est à l'origine de l'organisation annuelle du Grand Prix de Monaco, dont la première édition, en 1929, fut remportée par la Bugatti du Franco-Britannique W. Williams. Le tracé, qui a très peu évolué au fil des années, emprunte les rues tortueuses de la principauté : Boulevard Albert Ier, montée du Casino, descente vers la gare, tunnel sous le tir aux pigeons et enfin passage par les quais du port, l'épingle du Gazomètre achevant le tour de trois kilomètres. Beaucoup plus étroite que les circuits habituels, la piste comporte très peu de zones de dégagement et se révèle très exigeante en termes de pilotage. Stirling Moss et Graham Hill s'y sont chacun imposés à trois reprises. C'est le regretté Jim Clark qui détient le record official du circuit, ayant tourné, au volant de sa Lotus, à 126,5 km/h de moyenne lors de l'édition 1967 du Grand Prix. Pour 1968, la chicane située en sortie du tunnel, qui avait été le théâtre de l'accident ayant coûté la vie à Lorenzo Bandini l'année précédente, a été reculée de deux cents mètres. Des doubles rails de sécurité ont été posés dans la plupart des virages et la distance du Grand Prix a été réduite à 251,6 kilomètres (80 tours), contre 314,5 (100 tours) auparavant.

Monoplaces en lice Brabham BT24 & BT26 "Usine" thumb|upright=1.3|right|alt=Lotus 49B|La Lotus 49B de Graham Hill (vue ici à Zandvoort) est munie d'appendices aérodynamiques. Jack Brabham dispose à nouveau de la nouvelle BT26, dont le moteur V8 Repco à doubles arbres à cames en tête a été entièrement refait après la casse subie aux essais du Grand Prix d'Espagne. Son coéquipier Jochen Rindt pilote un modèle BT24, avec l'ancien V8 Repco à simples arbres à cames en tête. Les deux modèles ont une structure multitubulaire, la BT26 bénéficiant toutefois de renforts en aluminium de part et d'autre du cockpit et pèse 530 kg à vide, contre 510 pour sa devancière. Bénéficiant d'une distribution à quatre soupapes par cylindres, le moteur à double ACT développe 400 chevaux à 8500 tr/min, alors que celui de Rindt a une puissance limitée à 340 chevaux à 8000 tr/min. Les deux voitures ont une boîte de vitesses Hewland FG400 à cinq rapports et sont chaussées de pneus GoodyearRevue Moteurs n°67 - mai-juin 1968.

Brabham BT20 privée Au sein de l'écurie fondée par l'ancien pilote amateur suisse Charles Vögele, Silvio Moser conduit l'ancienne Brabham BT20 principalement utilisée par Denny Hulme au cours des deux saisons précédentes (monoplace avec laquelle le Néo-Zélandais avait remporté le dernier Grand Prix de Monaco) et rachetée en début d'année à l'usine. Son moteur V8 Repco a une puissance de 315 chevaux. Après la Course des Champions et l'International Trophy, ce sera la troisième apparition de Moser sur cette voiture, équipée de pneus Goodyear, mais seulement sa première en championnat du monde.

Lotus 49 & 49B "Usine" Le Team Lotus, dont les voitures arborent depuis le début de la saison européenne la livrée rouge et or de leur principal sponsor, a amené sa nouvelle 49B, qui sera aux mains de Graham Hill, et une 49 pour Jackie Oliver, qui remplace désormais Jim Clark. Les deux modèles, à structure monocoque et dont le moteur est porteur, sont très proches, la 49B ayant un empattement allongé de 8 cm par rapport à celui de sa devancière, des suspensions modifiées et renforcées et une boîte de vitesses Hewland FG400 au lieu d'une ZF. De plus, la 49B de Hill est munie de deux mini ailerons réglables à l'avant, et à l'arrière d'un capot moteur profilé intégrant un becquet aérodynamique. Les deux voitures sont dotées d'un V8 Cosworth DFV (distribution à deux doubles arbres à cames en tête et quatre soupapes par cylindre, injection indirecte Lucas, 415 chevaux à 9200 tr/min), fixé directement à l'arrière du cockpit. Elles pèsent 505 kg à vide et sont chaussées de pneus FirestoneRevue Sport Auto - .

thumb|upright|right|alt=Lucien Bianchi|En remplacement de Brian Redman, absent, Lucien Bianchi pilotera la deuxième Cooper à Monaco. Lotus 49 privée Rob Walker aligne l'ex Lotus 49 de Jim Clark (qu'il loue à Colin Chapman en attendant la livraison d'un modèle 49B) pour son pilote attitré Joseph Siffert. Elle est équipée de pneus Firestone.

Cooper T86B "Usine" L'équipe dirigée par John Cooper aligne deux T86B à moteur V8 BRM. Un partenariat avec Alfa Romeo a également été envisagé et Lucien Bianchi (pilote officiel de la marque milanaise) a testé début mai une T86C équipée du V8 2,5 litres de la T33/2 sur le circuit de Silverstone. La version 3 litres du V8 n'est cependant pas encore disponible et le pilote belge, remplaçant Brian Redman, indisponible car engagé sur Porsche aux 1000 km de Spa ce même week-end, disposera de la T86B du Britannique, identique à celle de Ludovico Scarfiotti. Dérivées de la T86 de 1967, à moteur Maserati, les T86B sont pourvues d'un châssis monocoque dessiné par Terry White. Leur V12 BRM, accouplé à une boîte «cinq» Hewland, a une puissance de 370 chevaux. Elles pèsent 545 kg à vide et utilisent des pneus Firestone.

Honda RA301 "Usine" Apparue à Jarama, la RA301 confiée à John Surtees a été légèrement modifiée depuis : le collecteur d'échappement est différent, les disques de freins sont désormais ventilés et le système d'injection a été amélioré. La monoplace japonaise, à structure monocoque, est animée par un V12 à doubles arbres à cames en tête et 48 soupapes développant 415 chevaux. Elle pèse 560 kg à vide et utilise des pneus Firestone.

BRM P126 & P133 "Usine" L'équipe de Bourne a amené une P133 pour Pedro Rodríguez ainsi qu'une P126 pour Richard Attwood, initialement engagé par le Reg Parnell Racing mais qui remplace Chris Irwin, blessé, au sein de l'écurie officielle. Rodríguez utilise ici sa voiture de réserve, sa monoplace habituelle étant en cours de réparation après sa sortie de route en Espagne deux semaines auparavant. La P133 est techniquement identique à la P126, à structure monocoque, initialement conçue pour la série Tasmane par Len Terry et construite dans ses ateliers. Ces deux voitures pèsent 565 kg et leur V12 est le même que celui équipant les Cooper, mais poussé à 400 chevaux. La transmission est assurée par une boîte «cinq» Hewland DG300. Contrairement à Rodríguez qui est désormais contractuellement lié à Goodyear, Attwood utilise des pneus Dunlop.

BRM P126 & P261 privées Le Reg Parnell Racing engage une P126 identique à celle d'Attwood, également chaussée de pneus Dunlop, pour Piers Courage. David Hobbs devait piloter l'ancienne P261 de Bernard White mais, jugeant ses chances de se qualifier très réduites, a préféré déclarer forfait.

thumb|upright=1.3|right|alt=Matra MS10|Jackie Stewart, vu ici au volant de sa Matra MS10 à Zandvoort, est présent à Monaco mais pas encore totalement rétabli de sa blessure à l'avant-bras. Il sera remplacé par Johnny Servoz-Gavin. Eagle T1G "Usine" Dan Gurney dispose de son habituelle Eagle T1G à châssis monocoque en titane et magnésium. Elle est maintenant équipée de la toute dernière version Mark IA du moteur V12 d'origine Weslake à doubles arbres à cames en tête et 48 soupapes, développant 420 chevaux à 10500 tr/min. Elle pèse 525 kg à vide et est chaussée de pneus Goodyear.

McLaren M7A "Usine" Bruce McLaren et son coéquipier Denny Hulme utilisent les mêmes M7A qu'en Espagne, le pilote-constructeur ayant toutefois fait démonter les réservoirs latéraux qu'il avait testés en course. Ces monoplaces à structure monocoque sont équipées d'un V8 Ford Cosworth DFV et d'une boîte de vitesses Hewland FG400. Elles pèsent 515 kg à vide et utilisent des pneus Goodyear.

McLaren M5A privée Le pilote indépendant Joakim Bonnier pilote l'ancienne M5A à moteur V12 BRM de Bruce McLaren, équipée de pneus Goodyear.

Matra MS10 & MS11 "Usine" Matra Sports a amené ses nouvelles Matra MS11 à moteur V12, qui n'ont encore jamais couru. Jean-Pierre Beltoise aura deux voitures à sa disposition. Une transmission intégrale peut être adaptée sur la première, qui servira de mulet, la seconde se caractérisant par un nez tronqué afin d'améliorer le refroidissement. Leur V12 délivre 395 chevaux à 10500 tr/min. L'équipe Matra Internationale dispose de son côté des deux MS10 déjà présentes en Espagne, l'une servant de mulet. Jackie Stewart est présent à Monaco mais sa blessure à l'avant-bras n'est pas encore totalement guérie et c'est l'espoir français Johnny Servoz-Gavin que Ken Tyrrell a choisi pour le remplacer. Si la partie avant et le cockpit de la MS10 sont presque identiques à ceux de la MS11, la coque de cette dernière supporte moteur et suspension alors que le V8 Ford Cosworth de la MS10 est porteur. Les boîtes de vitesses sont également différentes : Hewland DG300 pour la MS10 (qui pèse 560 kg), Hewland FG400 pour la MS11, dont le poids total avoisine les 600 kg. Les Matra sont chaussées de pneus Dunlop.

Coureurs inscrits