alt=Étagères blanches remplies d'ouvrages et d'archives lesbiennes, équipées d'une échelle en bois pour accéder aux parties en hauteur. On distingue plusieurs sections : "Romances", "Children books", "Sexuality" ; ainsi que quelques photos de femmes lesbiennes.|vignette|Aperçu d'une étagère de la « Lesbian Herstory Archives », Brooklyn, New York, 2019 Les archives queer ou archives LGBT sont un lieu de conservation des documents, physique ou virtuel, consacré à l'histoire LGBT. La problématique de l'archivage des expériences queer a intéressé nombre d'artistes. Les archives communautaires queer locales sont intrinsèquement liées à l'activisme LGBT et aux rapports de force qu'il construit.

Définition

Archives de et par la communauté LGBTQI Chez les chercheurs en archivistique, les archives queer sont associées au concept d'archives communautaires, dont elles peuvent être considérées comme une sous-catégorie.

Le chercheur britannique Andrew Flinn définit les archives communautaires comme des initiatives venant du bas, qui visent à préserver et valoriser le patrimoine et la mémoire d'une communauté, mettant l'accent sur l'aspect participatif et indépendant du projet. Patrice Marcilloux identifie trois critères pour les distinguer des autres structures conservant des archives privées : premièrement, les archives collectées documentent un groupe social qui s'identifie comme une communauté, deuxièmement les archives sont prises en charge directement par les membres de la communauté, et pour finir la valeur attribuée aux archives va au-delà de la collecte par simple loisir.vignette|Cortège funèbre à Buenos Aires en août 1987 pour la mort de la travesti Nancy de Martelli. Collections des Archives de la mémoire transUne définition plus large est également possible. Bénédicte Grailles utilise plutôt l'expression « archives de communauté » et propose une définition qui inclut également les institutions publiques qui mènent des initiatives en faveur de l'archivage des mémoires d'une communauté spécifique. De même, le Community Archives and Heritage Group au Royaume-Uni choisit d'inclure dans son périmètre toutes les organisations qui conservent des collections concernant une communauté de personnes et qui s'auto-définissent comme archives communautaires.

L'archive de la théorie queer L'archive comme concept, exprimé au singulier, est théorisée également par les penseurs et militants queer, dans la lignée des travaux de Michel Foucault et Jacques Derrida et du tournant archivistique des sciences humaines et sociales stimulé par leurs ouvrages L'Archéologie du savoir (publié par Foucault en 1969) et Mal d'archive (publié par Derrida en 1995).

Dans l'étude de Ann Cvetkovich sur la mémoire et culture lesbiennes aux États-Unis, le concept d'archive est mobilisé en tant que répertoire des sentiments et en particulier du traumatisme du vécu queer. Elle est composée de toute sorte de textes, objets, matériaux, témoignages, performances. Jack Halberstam reprend cette idée dans son ouvrage In a Queer Time and Place, où il parle de l'ensemble des mémoires, des récits et des traces du meurtre du jeune homme transgenre Brandon Teena, comme d'une archive des émotions et du traumatisme queer. Il appelle à penser l'archive comme un « signifiant flottant » des vies documentées par toutes sortes de traces matérielles, qui participe à la construction de la mémoire collective.

En France, Sam Bourcier prône une pratique de l'archive vivante, comme reprise en main de la subjectivité queer face aux invisibilisations et à la violence des institutions.

Histoire gauche|vignette|Photographie du pillage de la bibliothèque de l'Institut de sexologie en 1933 L'Institut de sexologie du médecin et sexologue Magnus Hirschfeld est considéré comme la plus ancienne organisation conservant des collections qui donnent une place importante aux minorités de genre et d'orientation sexuelle. Karl Giese, également compagnon de Magnus Hirschfeld, en est l'archiviste jusqu'à sa destruction en 1933.

D'autres organisations issues du premier mouvement homosexuel et des prémices du mouvement LGBT développent des centres d'archives et de documentation.

C'est le cas de Cultuur en Ontspanningscentrum, organisation fondée en 1946 aux Pays-Bas, dont les fonds sont ensuite intégrés aux collections de IHLIA LGBTI Heritage.

Les années 70, 80 et 90 voient la multiplication de ces initiatives, aux côté d'autres bibliothèques, archives et sociétés historiques indépendantes liées aux minorités. Au début des années 2000, le développement technologique facilitant la numérisation et le partage de reproductions à travers des plateformes comme Flickr favorise également la création et la visibilité des archives queer.

En 2012 sont fondées en Argentine les Archives de la mémoire trans, premières archives trans d'Amérique du Sud. Cette ouverture en inspire rapidement d'autres, dans un contexte politique où le travail de mémoire queer s'intègre aux mouvements de lutte pour les droits humains et au militantisme en opposition aux régimes autoritaires.

Type d'archives

En ligne vignette|Collection de badges conservés par The Arquives au Canada Les sites web peuvent constituer des supports intéressants pour les archives queer, car ils permettent un archivage participatif, discret et accessible : Queering the Map, L'Armari de la Memòria, Hexagone Gay et Cüirtopia utilisent ainsi Internet comme moyen principal d'archivage.

Collections Les objets collectés par les archives queers sont de natures diverses : rapports de police concernant l'arrestation de minorités sexuelles et de genre, recherches universitaires, publications d'associations communautaires, flyers de bars, objets, archives orales.

Organisation Différentes formes d'organisation sont possibles pour les structures conservant des archives queer. Bénédicte Grailles distingue quatre grandes familles de centres en fonction de leur rapport avec la communauté :

le centre non communautaire indifférent, institution publique où les archives de la communauté sont rentrées sans prise en compte particulière de leur lien avec cette communauté ; les centres non communautaires impliqués, publics mais qui travaillent de concert avec la communauté pour la collecte et la valorisation des archives ; les centres communautaires ouverts, souvent avec un statut d'association, mènent un archivage centré sur une communauté identifiée, avec l'application ou une adaptation des normes archivistiques et une collecte comprenant différents types de documents, objets et témoignages ; les centres communautaires intensifs, avec un statut privé, agissent par et pour la communauté et les archives sont traitées avec des règles propres, sans l'apport de professionnels.

Initiatives par continent et par pays

Afrique

En Afrique du Sud

Les Gay and Lesbian Archives, aujourd'hui GALA Queer Archive, naissent en 1997 comme projet de collecte et de conservation de documents liés aux vies homosexuelles en Afrique du Sud. Leur création est inspirée par d'autres initiatives européennes et américaines, comme Lesbian Herstory Archives et Homodok.

Amérique du Nord

Amérique du Sud et centrale Il est possible d'identifier au moins 55 initiatives d'archivage queer en Amérique Latine, ce foisonnement étant dû à une tradition militante de politisation de la pratique de l'histoire et des traces du passé.

En Argentine

vignette|Archives de la mémoire trans Les Archives de la mémoire Trans ont été conçues par les militantes transgenre Claudia Pía Baudracco et María Belén Correa et fondées en 2012. Elles conservent plus de 10 000 documents datant du début du XXème siècle jusqu'aux années 90. Il s'agit d'un projet pionnier qui en a inspirés beaucoup d'autres, en particulier en Amérique Latine.

Au Brésil

Au Pérou Archivo de la Memoria Marica del Perú naît comme projet numérique de mémoire LGBTQI+. La collection se construit à partir des documents collectés par André Mere Rivera, fondateur et aujourd'hui directeur de ce projet d'archivage, et qui témoignent du vécu LGBTQI+ au Pérou. Les archives mettent à disposition aujourd'hui des livres, flyers, posters, dépliants, badges, brochures, broderies et des œuvres d'art. Archivo de la Memoria Marica del Perú organise également des ateliers d'initiation à Wikipédia et Wikimedia Commons, et mène un projet de cartographie des lieux significatifs pour la communauté à Lima.

Dans cette même ville est fondé Archivo de la Memoria Disidente, installé dans une maison et maintenu bénévolement par ses fondateurs. La collection inclut la série de photographies La Virgen de la Puerta de la photographe britannique Annie Bungeroth, qui documente le quotidien et les pratiques religieuses de la communauté travesti du quartier La Floral de Lima dans les années 1990.

Asie

En Inde En 2017 naît à Bangalore l'organisation Queer Archive for Memory, Reflection and Activism (QAMRA), comme lieu de conservation d'archives queer physiques, multimedia et multingues. Le centre d'archives a constitué notamment une collection concernant la criminalisation puis la décriminalisation de l'homosexualité à travers l'abrogation de l'article 377 du code pénal indien, incluant des documents judiciaires, recherches scientifiques, articles de presse, imprimés et témoignages enregistrés. Depuis 2021, les fonds sont conservés à l'École nationale de droit de l'université de l'Inde.

En Indonésie Né en 2019, Queer Indonesia Archive est un espace virtuel d'archives numériques, alimenté par des bénévoles, qui collectent, numérisent et diffusent des archives liées à la communauté LGBTQI+ d'Indonésie.Parmi les premiers documents numériques collectés se trouve une collection de périodiques indonésiens scannés par l'anthropologue Tom Boelstroff. L'équipe de bénévoles constituent également des archives orales à travers des entretiens.

Le site met en place des expositions numériques d'archives, ainsi que des événements comme des lectures de poésie. Les personnes visitant le site sont invitées à contribuer en soumettant une description de leurs propres archives pour qu'elles soient numérisées.

À Taïwan Le musée numérique LGBTQI+ de Taïwan est créé en 2025 suivant une série d'expositions et séminaires sur la thématique LGBTQI+. La plateforme s'intéresse notamment à la conservation des traces des militantismes des années 1990 et 2000 allant au-delà de la lutte pour le mariage pour tous, obtenu en 2019.

Europe On trouve peu d'archives LGBTQIA+ structurées et accessibles en Europe centrale et de l'Est, en raison du développement tardif des mouvements et des études queer et de la persistence de l'homophobie dans les institutions patrimoniales, ce qui constitue un obstacle pour l'accès à des financements durables.gauche|vignette|250x250px|Boîtes d'archives dans les locaux de QWIEN, à Vienne

En Autriche Créé officiellement en 2009 dans la ville de Vienne, (en français : QWIEN – Centre pour l'histoire queer) naît de l'initiative de Andreas Brunner et Hannes Sulzenbacher qui collectent des documents sur la vie queer depuis les années 1990. Le centre est financé par la ville de Vienne et il s'agit du premier centre culturel LGBTQIA+ en Autriche.

En France En France, l'émergence des initiatives d'archivage par et pour la communauté LGBTQI est moins visible que dans les pays anglophones et présente des particularités en raison de la tradition politique du pays, de sa conception de la laïcité et du rapport à la chose publique, ainsi que d'un universalisme porté en opposition au communautarisme Elles sont également moins étudiées.