Federico García Lorca est un poète et dramaturge espagnol, également prosateur, peintre, pianiste et compositeur, né le à Fuente Vaqueros, près de Grenade, et mort le , possiblement à la Fuente Grande, localité de la commune d'Alfacar.

Membre du courant littéraire de la Génération de 27, il accède à la célébrité grâce à son recueil de poèmes Romancero gitan publié en 1928.

En 1931, il est nommé directeur de la société de théâtre étudiante, La Barraca, dont le but est de diffuser les grands classiques espagnols aux couches défavorisées. Sous sa houlette, la société rencontre un grand succès, notamment en Amérique latine.

Lorsque la guerre civile espagnole éclate en 1936, il est arrêté puis assassiné par des nationalistes, membres de la Phalange, entre les villes de Víznar et d'Alfacar, en Andalousie, victime de ce conflit annonçant historiquement la Seconde Guerre mondiale. Sa sépulture n'a pas encore été retrouvée malgré des recherches scientifiques de grande ampleur.

Aujourd'hui, Federico García Lorca demeure l'un des poètes et des dramaturges européens les plus importants du .

Biographie Jeunesse à Grenade vignette|redresse|gauche|Federico avec sa jeune sœur Isabel à Grenade en 1914. Federico García Lorca, de son nom complet : Federico del Sagrado Corazón de Jesús García Lorca (« Frédéric du Sacré Cœur de Jésus García Lorca »), est l'aîné d'une fratrie de cinq enfants nés de Federico García Rodríguez (1859-1945), propriétaire terrien aisé, et de Vicenta Lorca Romero (1870-1959), maîtresse d'école, qu'il avait épousée en secondes noces (de son premier mariage avec Matilde Palacios Ríos, il n'a eu aucun enfantFederico n'avait donc pas de demi-frère ou de demi-sœur. Voir notamment à ce sujet le testament de Matilde Palacios reproduit dans cet ouvrage consultable sur le site de Google books : .). En 1900 naît son premier frère Luis, qui est mort de pneumonie à deux ans. Sont venus ensuite : son frère FranciscoLes hispanophones pourront consulter l'article qui lui est consacré sur le Wikipédia en espagnol. (1902-1976, poète, historien de la littérature, professeur et diplomate, membre comme son aîné du mouvement littéraire de la Génération de 27), et ses sœurs María de la Concepción (Concha ou Conchita, 1903-1962Federico a dédié à sa sœur «Concha» son poème Romance de la Luna, Luna, du recueil Romancero gitano. Elle avait été l'épouse de Manuel Fernández Montesinos, médecin et maire socialiste de Grenade, qui a été fusillé le jour où l'on arrêta Federico : .Concha est décédée dans un accident de voiture à 58 ans, près de Valderrubio (Grenade), décrit dans cet article : .), puis Isabel (1909-2002, elle aussi professeure et écrivaine).. La mère de Federico possédait une sensibilité affirmée à la poésie et à la musique, et contribuera à former le goût de ses enfants... Federico Garcia Lorca développe très vite une passion pour le dessin.

Federico passe son enfance à la campagne, près de Grenade où son père possède une grande propriété, la Huerta de San Vicente. Revenant sur cette période de sa prime enfance, il déclarera en 1934 à Buenos Aires dans une interview : « Enfant j’ai vécu de plain-pied avec la nature. Comme tous les enfants, j’attribuais (conférais) à chaque chose, meuble, objet, arbre, pierre, sa personnalité. Je conversais avec eux, et je les aimais. Texte original de la citation (notre traduction) : “Siendo niño, viví en pleno ambiente con la naturaleza. Como todos los niños, adjudicaba a cada cosa, mueble, objeto, árbol, piedra, su personalidad. Conversaba con ellos y los amaba”. ». Cette sorte d'animisme infantile est fréquentVoir notamment Jean Piaget : "De quelques formes primitives de causalité chez l'enfant", Année psychologique, 1925 ; et La représentation du monde chez l'enfant, Alcan 1926, PUF 1947 ; La causalité physique chez l'enfant, Alcan, 1927., mais chez Lorca, il resurgira par bouffées créatives dans sa poésie et son théâtre. D'ailleurs, beaucoup plus tard, même après avoir beaucoup voyagé et avoir vécu de longues périodes en ville, notamment à Madrid, Federico se souviendra à quel point la vie et l'ambiance rurales de la Vega de Granada l'avait imprégné et avait influencé son œuvre : vignette|gauche|Huerta de San Vicente maison de campagne (résidence d'été) des García Lorca située dans la rue Arabial, parc Federico-García-Lorca (Grenade), aujourd'hui musée : Casa-Museo de Federico García Lorca.|190x190px

C'est pourtant sans complaisance aucune envers lui-même et le petit garçon qu'il était qu'il interprète sa position sociale de premier-né d'une famille aisée, adulé par sa famille et tout son entourage : en 1928, dans une interview publiée dans La Gaceta Literaria (« La Gazette Littéraire ») d’Ernesto Giménez Caballero, il a en effet résumé ainsi ses premières années à Fuente Vaqueros : « Mon enfance est traversée par l’obsession d’être de ceux qui sont couverts d’argent, ainsi que celle de quelques portraits de cette autre femme qui aurait pu être ma mère, Matilde Palacios [ : la première épouse de son père, morte sans enfant]. Mon enfance c’est surtout apprendre les lettres et la musique avec ma mère, être un gosse de riches parmi le peuple, un petit monsieur impérieux. Texte original de la première citation ici référencée (notre traduction) : « Mi infancia es la obsesión de unos cubiertos de plata y de unos retratos de aquella otra que pudo ser mi madre, Matilde Palacios. Mi infancia es aprender letras y música con mi madre, ser un niño rico en el pueblo, un mandón ».. » C’est d’ailleurs à Fuente Vaqueros que Lorca éprouve pour la première fois le sentiment de l’injustice sociale : dans Mi amiguita rubia (« Ma petite amie blonde »), chapitre de Mi pueblo (à la fois « Mon village » et « Mon peuple », écrit en 1915-1916), Federico se remémore l’histoire d’une famille pauvre de Fuente Vaqueros, et en particulier, de la mère qu’il qualifie de « martyr de la vie et du travail ». Federico commence l’école à quatre ans avec son maître des premières classes, Antonio Rodríguez Espinosa, à qui l’unira dès lors une amitié qui durera toute sa vie.

Vers l’âge de huit ans, il déménage avec sa famille qui s’installe à Asquerosa, petit village depuis rebaptisé Valderrubio. Comme le dit Jocelyne Aubé-Bourligueux : « de santé fragile, mais habitué à vivre librement en pleine campagne, il est depuis sa naissance très entouré de soins par les femmes de son entourage (sa grand-mère Isabel Rodríguez, ses tantes dont la "tía Isabel", ses nourrices, comme la fameuse Dolores) qui veillent sur lui avec tendresse (...) l’initiant, les unes au solfège, à la guitare, ou aux poèmes de Victor Hugo, les autres à la culture orale des berceuses ou des vers de romances. Il pourra bientôt en faire de petits spectacles, par lui créés à travers son premier vrai jouet : un théâtre de marionnettes miniature ». Les vieux tissus et vêtements conservés dans les malles du grenier serviront à vêtir la troupe des personnages de carton et de chiffon, cousus avec sollicitude sur ses instructions par ses tantes, cousines et nourrices qui l'adoraient, pour les saynètes qu'il imagine et fait jouer, ou encore les messes avec sermons qu'il invente en un rituel larmoyant! Cet amour du théâtre de marionnettes ne le quittera jamais et nourrira son imagination de futur dramaturge. De même que son amour précoce pour la musique, comme l'évoque sa mère Vicenta Lorca qui avait pris conscience très tôt des talents de son fils aîné : « avant même de parler, il fredonnait déjà les chansons populaires et s'enthousiasmait pour la guitare ».

Puis il est d’abord envoyé par sa famille à Almería, pour y entamer des études secondaires, logé chez son instituteur Antonio Rodríguez Espinosa : bref séjour interrompu par une grave maladie de gorge qui le met à l’article de la mort et l’oblige à rentrer d’urgence chez ses parents. En 1909, sa famille s’installe définitivement à Grenade, où il reprend ses études secondaires et deviendra bachelier en 1914.

Il suit ensuite des études de lettres, de philosophie et de droit à l'université de Grenade, surtout « pour faire plaisir à son pèreIl obtiendra néanmoins sa licence en droit, mais n'exercera jamais en tant qu'avocat, ayant alors déjà bien entamé sa carrière littéraire. Il suit notamment les cours de Martín Domínguez Berrueta, titulaire de la chaire de Théorie de la Littérature et des Arts, et de Fernando de los Ríos, professeur de Droit politique comparé et futur ministre de la Deuxième République espagnole dont la fille Laura de los Ríos Giner épousera en 1942, dans leur exil new-yorkais, Francisco le frère cadet de Federico. Voir ici : ., mais c’est vers la musique que va d’abord sa passion, accompagnée du rare talent qui est le sien ». Dès l’âge de dix ans, il avait travaillé le piano et l’harmonie avec son vieux maître don Antonio Segura, disciple de Verdi. Plus tard il « composera brillamment pour sa part, se faisant entendre de ses amis du RinconcilloRinconcillo : « le petit recoin », une tertulia ou groupe d'habitués pour des veillées artistiques situées au Café Alameda, un des cafés littéraires de Grenade aujourd’hui transformé en restaurant : le Chikito. Voir ici : ., qu’il enchante de ses improvisations à longueur de nuits ». C'est à l'université de Grenade qu'il devient l'ami de Manuel de Falla qui exerce une forte influence sur lui.. En 1922, les 13 et , il organise en lien avec lui le premier (Concours de Cante jondo de Grenade).

Vie à Madrid vignette|redresse|Salvador Dalí et Lorca, 1925. thumb|redresse|Portrait de Salvador Dalí par García Lorca en 1927 (à l'époque de son poème Oda a Salvador Dalí). Après plusieurs années passées à Grenade, il décide d'aller vivre à Madrid pour rencontrer le succès. Il y devient l'ami de Luis Buñuel, Salvador Dalí, Rafael Alberti, José Bergamín, Guillermo de Torre et Sánchez Mejías, parmi ceux qui deviendront des artistes influents en Espagne. Il avait fait aussi la rencontre, décisive pour lui, de ses grands devanciers de la Generación del 98, les poètes Antonio Machado et Miguel de Unamuno, rencontre qu'il raconte dans son premier livre publié en 1918 : (« Impressions et paysages »), dont son ami Ismael de la Serna illustre la couverture. et lui fait rencontrer Emilia Llanos., l'une des "muses" du café Alameda. C'est aussi entre 1919 et 1921 qu'il fait la rencontre d'un autre de ses grands prédécesseurs dont il a reconnu sans partage l'influence sur sa pensée et sur son écriture : Juan Ramón Jiménez, de la génération de 14 et futur Prix Nobel de Littérature 1956. Lui et son épouse, Zenobia Camprubí, feront partie du cercle d'amis qui fréquente la Huerta de San Vicente.. Il s'est lié d'amitié aussi avec des poètes plus jeunes que lui : Gabriel Celaya et Pablo NerudaVoir notamment l'extrait du journal intime de Celaya, sous le nom de Rafael Múgica, où celui-ci rapporte des propos de Lorca sur le premier livre de Celaya : Marea del Silencio (« Marée du Silence »), sur sa préoccupation pour la forme poétique classique (Lorca dit qu'il écrivait alors un livre de sonnets), et sur ses débats avec Alberti et Neruda à ce sujet. Cette note est datée du 8 mars 1936 et reproduite par Marie Laffranque ici : .. D'ailleurs, Lorca sera l'un des représentants les plus éminents de Generación del 27 (Génération de 27), à laquelle appartenaient nombre de ses amis poètes, comme une relève de celle de 98. Il participe également, avec Dalí, Maruja Mallo et Margarita Manso, ses camarades à l'Académie des Beaux-Arts de San Fernando, à l'épisode d'ôter son chapeau en public à la Puerta del Sol, geste alors réservé aux hommes, qui inspirera le mouvement artistique des Las Sinsombrero..