Les Limites à la croissance (dans un monde fini) (), également connu sous les noms de Rapport au club de Rome ou de Rapport Meadows, initialement Halte à la croissance ? Rapport sur les limites à la croissanceLa première traduction française, publiée en 1972, s'intitule Halte à la croissance ? puis prend son titre actuel lors de la réédition mise à jour en 2012., est un rapport commandé par le club de Rome et publié en 1972, qui porte sur les liens entre conséquences écologiques de la croissance économique, limitation des ressources et évolution démographique.
L'étude a recours au modèle mathématique World3 pour simuler informatiquement les interactions entre Terre et systèmes humains. Principalement dû aux écologues américains Donella Meadows et Dennis Meadows, le rapport est l'une des références des débats et critiques sur le sujet. Des mises à jour ont été publiées en 1992, 2004 et 2012.
Origine et méthodologie Le rapport a été commandé à des chercheurs du (MIT) en 1970, par un think tank basé à Zurich en Suisse, le Club de Rome.. Il a été communiqué lors d'un colloque en 1971 avant d'être publié le . Il se fonde sur un modèle de dynamique des systèmes (world3) dont l'évolution est simulée informatiquement pour différents scénarios.
Thèse La croissance et ses limites À l’époque du rapport, la croissance démographique ne cessait de s'amplifier année après année. Au , la population mondiale était de d'habitants et croissait de 0,3 % par an, soit un doublement tous les . Mais au début des années 1970, elle avait atteint d’habitants, doublant tous les . Par une prolongation tendancielle, on pouvait donc s’attendre à une population de plus de d’individus au milieu du .
La croissance économique mondiale croît plus rapidement encore que la croissance démographique. La production industrielle a crû d’environ 7 % par an au cours des années 1960, ce qui correspondait à un doublement tous les En 1970, lorsque est demandé ce rapport au MIT, la croissance économique est entrée dans de nombreux esprits comme un fait durable n’ayant apparemment que peu d’obstacles devant elle. Ce point sera contredit par la crise économique qui touchera les pays industrialisés dès 1973, même si celle-ci avait peu à voir avec les problèmes écologiques..
Cette croissance n'est cependant pas sans risque. Sur le plan démographique, les ressources alimentaires ne sont pas illimitées. Si la loi des rendements décroissants s'applique, la mise en culture de nouvelles terres sera non seulement plus coûteuse mais aussi moins profitable au fur et à mesure de l'augmentation des besoins alimentaires. L’accroissement des rendements agricoles ne fera que retarder la disette qui s’annonce, à laquelle risquent de s’ajouter les problèmes d’approvisionnement en eau potableOn trouve ici une analyse semblable à la célèbre étude du pasteur Thomas Robert Malthus (Essai sur le principe des populations, 1798) qui avait énoncé la loi selon laquelle la population connaissait une croissance géométrique (2-4-8-16-…) tandis que la production agricole ne pouvait au mieux suivre qu’une croissance arithmétique (1-2-3-4-…) et en avait conclu qu’il fallait absolument empêcher la croissance démographique si on voulait éviter une désastreuse disette. Un autre classique, David Ricardo (Des principes de l'économie politique et de l'impôt, 1817) avait quant à lui expliqué en quoi le rendement décroissant des terres, combiné à l’accroissement de la population, devait amener l’économie vers un état stationnaire et sans croissance..
Par ailleurs, la pollution engendrée peut avoir des conséquences délétères pour la vie et la production agricole, et nécessiter des investissements coûteux.
Sur le plan économique, les ressources énergétiques telles que le pétrole ou le gaz ne seraient pas suffisantes pour assurer la pérennité d’une croissance exponentielle au-delà du . Ici encore, les progrès scientifiques ne sont susceptibles que de retarder l’échéance de la pénurie. On peut à l’avance prévoir que la croissance sera au handicapée par le prix croissant des ressources naturellesDe fait, un an après la publication de ce rapport, le monde connaissait le premier choc pétrolier.. De plus, la croissance est à l'origine d’une très forte pollutionCe point suscite de vifs débats chez les économistes. Certains économistes ont avancé que la croissance était dans un premier temps nuisible à l’environnement, puis, passé un certain seuil, devenait bénéfique. Selon eux, ce seuil aurait déjà été franchi par les pays industrialisés. Voir la courbe environnementale de Kuznets., qui avec elle connaît une croissance exponentielle ; or il est probable que la planète ne puisse absorber une quantité illimitée de pollution.
Divers scénarios Selon le rapport, le monde peut être perçu comme un ensemble global dont les parties sont interdépendantes. Le développement économique est induit par la croissance. Celle-ci est stimulée par la croissance démographique et une exploitation croissante des ressources naturelles. Cette croissance économique provoque de la pollutionCe que les auteurs du rapport Meadows appellent « pollution » n'est pas ce qu'on entend habituellement par ce mot. C'est un phénomène planétaire et non local, qui, au-delà d'un certain seuil, a des effets négatifs sur la santé humaine et la productivité agricole de plus en plus grands lorsqu'elle augmente., qui elle-même sera cause de recul économique ou démographique. Par le jeu de ces interactions, une consommation excessive des ressources naturelles peut entraîner une crise économique durable. Ainsi, la croissance économique s’arrêtera faute de matières premières (énergie, ressources minières, appauvrissement des sols, épuisement des ressources halieutiques), la population diminuera faute de nourriture ou, comme par le passé, au moyen de conflits armés.
Cela conduit les auteurs à envisager pour l’avenir plusieurs scénarios : pénurie de matières premières et/ou hausse insupportable de la pollution. Chacun de ces deux scénarios provoquerait la fin de la croissance quelque part durant le . Le progrès technique ne ferait que différer l’effondrement inéluctable de l’écosystème mondial, incapable de supporter cette croissance exponentielle.
Les scénarios présentés par les auteurs ne mènent pas tous à un effondrement. Mais ils constatent que les seuls scénarios sans effondrement sont ceux qui abandonnent la recherche d'une croissance exponentielle sans limite de la production.
Propositions Le rapport Meadows a mis en évidence la nécessité de mettre fin à la croissance afin de préserver le système mondial d’un effondrement envisageable selon eux et de stabiliser à la fois l’activité économique et la croissance démographique. Selon les auteurs, plus la prise de décision sera tardive, plus elle deviendra difficile à mettre en place.
Sur le plan démographique, les auteurs prônent des mesures telles que la limitation de deux enfants par couple. Sur le plan économique, ils évoquent des taxes de l’industrie, afin d’en stopper la croissance et réorienter les ressources ainsi prélevées vers l’agriculture, les services et surtout la lutte contre la pollution.
Pour que cette économie sans croissance puisse être acceptée les auteurs proposent de répartir les richesses afin de garantir la satisfaction des besoins humains principaux. L’objectif est donc « un affranchissement de la faim et du dénuement qui reste, aujourd’hui encore, le privilège de si peu d’hommes sur la terre ».
Actualisations
Les réflexions sur la croissance économique contenues dans le premier rapport du Club de Rome sont à l'origine de l'émergence du concept de développement durable, qui cherche à concilier les aspects économiques, sociaux et environnementaux (trois « piliers ») du développement. En 1987 est publié le rapport Brundtland, qui donne sa définition officielle au développement durable (ou soutenable).
1992 voit paraître la seconde édition du rapport Meadows, dans une version actualisée tenant compte des données des deux décennies écoulées ; cette édition est nommée en anglais Beyond the Limits et le titre en français est Les limites de la croissance (au-delà des limites). 2002 verra une nouvelle édition, là encore remise à jour ; le constat est fait que le développement sur les trois décennies depuis la première parution du rapport est assez semblable à ce qui était modélisé dans le scénario « business as usual » (BAU).
En 2008, Graham Turner, chercheur au CSIRO, reprend dans un article (Confronter Halte à la croissance ? à de réalité) - Graham Turner, , . trois des scénarios les plus caractéristiques du rapport Meadows de 1972 (scénarios « », « monde super-technologique » et « monde stabilisé »), qu'il confronte à des données mondiales pour la période 1970–2000 : population, natalité/mortalité, production de nourriture, production industrielle, pollution et consommation de ressources non renouvelables. Il constate que, sur la période 1970-2000, ces données numériques étaient proches des valeurs que le rapport Meadows présentait pour le scénario « », et que, par contre, les scénarios « monde super-technologique » et « monde stabilisé » du rapport Meadows ne correspondaient pas à l'évolution que le monde avait connue à la fin du . Il termine son analyse en disant que
En 2012, Mathis Wackernagel, inventeur du concept d'empreinte écologique dans les années 1990 et membre du club de Rome, confirme l'idée qu'avait le groupe des chercheurs du MIT lors de la seconde édition du rapport (1992) : le début des années 1980 a vu le dépassement des limites de la planète au regard de la croissance considérée. Toutefois, d'autres recherches ultérieures ont permis d'estimer ce basculement aux années 1970.
En , lancent l'appel World Scientists’ Warning to Humanity: A Second Notice, publié par la revue BioScience et commenté dans Le Monde... Ils estiment qu'il y a un impératif moral à agir en faveur de la planète. Ils comparent la réalité actuelle à la situation de 1992 et font un double constat : l'échec à résoudre les défis environnementaux et l'aggravation de ceux-ci.. Ils relèvent notamment que le nombre d’animaux a chuté de près d’un tiers, que les émissions de gaz à effet de serre et les températures augmentent, que l'évolution démographique connaît une croissance de 35 % en , tandis que l’eau potable se raréfie, les ressources par habitant ayant chuté de moitié en .. Ils évoquent d'autres problèmes, relevant que l'absence de prise de conscience de certaines problématiques, comme , met en péril l'avenir, et ils soulignent la nécessité de limiter la .
En 2021, une comparaison des divers scénarios avec les évolutions réelles amène une chercheuse néerlandaise, Gaya Herrington, à estimer que le scénario « », prédisant un effondrement avant 2040, est le plus vraisemblable, qu’il reste peu de temps pour l’infléchir., et conclut à l'impossibilité de la poursuite d'une croissance continue., tout en affirmant :
Cinquante ans après sa publication originelle, Dennis Meadows considère que même si les dirigeants politiques sont convaincus par les argumentaires développés, ils ne peuvent se projeter au-delà de leur réélection, les empêchant de mettre en œuvre des mesures nécessaires qui seront bénéfiques sur le temps long...
Croissance zéro
Le rapport a souvent été envisagé dans la perspective d'une croissance zéro, qui ne se trouve pas explicitement mentionnée par Donella Meadows, Dennis Meadows, Jørgen Randers et William W. , qui, dans l'édition révisée de 2004, répondent à cette proposition qui a été tirée de leur livre : .
Critiques Thèses Le livre, et sa méthodologie pluridisciplinaire recourant à la dynamique des systèmes, ne se reposant pas sur la discipline économique, et pour ses conclusions critiques au sujet de la croissance, a attiré la critique de certains économistes.