Claude Marin Henri de Montchenu (1757-1831), baron de Thodure, dit le marquis de Montchenu par fantaisie est un officier français de l'ancien régime nommé commissaire français à Sainte-Hélène de 1816 à 1821, durant la captivité de Napoléon Bonaparte.

Origine Issu d'une famille d'ancienne chevalerie du Dauphiné, il est le fils ainé de Joseph de Montchenu, baron de Thodure, chevalier de Saint-Louis (1705-1769) et de Henriette Dominique de Murat de Lestang (1735-1790). Il est né le à Thodure (Isère). Frère ainé de Victor François de Montchenu, il entre aux chevau-légers de la garde du Roi le , sous-lieutenant au général-dragons le , capitaine le , mestre de camp en second au colonel-dragons du au , colonel dans ce régiment le , réformé en 1788, resté attaché à la formation du , émigré en 1791, premier aide-maréchal des logis de cavalerie de l'armée de Bourbon en 1792, quitte le service le , suit le roi à Gand en , maréchal de camp (général de brigade) le , maintenu sur le tableau des officiers généraux en activité le . Sur le registre du dragons, ci-devant colonel-dragons, de 1788 à 1793, fol. 3, il est noté en 1785 :

Peu avant son émigration, il s'était marié le avec Catherine Louise de Maupeou 1768-1824. Son épouse, restée en France dans son hôtel parisien du 35-37, rue du faubourg Saint-Honoré, et alors que les biens de Thodure avaient été confisqués le , réussit à lui envoyer quelques subsides. Le , elle obtient la radiation de son mari de la liste des émigrés. Montchenu se fixe alors à Lyon sans attirer d'attention particulière durant le Premier Empire. L'historien Auguste Jal, qui le côtoya assez souvent à Lyon à la table de son père, raconte :

Lors de la Première Restauration il se présente au Congrès de Vienne, sans aucune raison apparente et s'insinue auprès de Talleyrand.

Commissaire de France à Sainte-Hélène

Nomination () Le , du château des Tuileries, Louis XVIII nomme Montchenu son commissaire à l'Ile de Sainte-Hélène pour surveiller la détention de Buonaparte, et signe son ordre de mission le . Pour sa mission de commissaire, Montchenu reçoit des instructions précises du Duc de Richelieu : s'assurer de la présence de Napoléon sur l'île ; rapporter tout ce qu'il pouvait entendre ou savoir sur l'île, mais n'entretenir aucune relation avec les exilés de Longwood et surtout, ne se mêler en rien des décisions prises par le Gouverneur anglais de l'île chargé de la captivité de l'Empereur. Les autres commissaires reçoivent les mêmes consignes. Il quitte la France le dimanche et accoste à Sainte-Hélène le . Il est porteur d'un courrier de Lady Jerningham à l'attention de la comtesse Bertrand, sa nièce, exilée à Sainte-Hélène

Arrivée ()

À Sainte-Hélène et alors qu'il sort avec l'Empereur, Emmanuel de Las Cases note dans son Mémorial, le : . O'Meara, médecin de l'Empereur à Sainte-Hélène, lui rapporte ainsi l'arrivée de Montchenu :

La première réunion entre Hudson Lowe et les commissaires a lieu le . Montchenu, qui se pense plus rusé que Napoléon, expose sa stratégie ; s'il doit dire à sa cour , il veut aussi parler politique avec lui et obtenir des informations essentielles sur les faits et actes passés qui présentent un intérêt hautement politique pour la France car, dit il, Les présents, doutant unanimement des capacités du Marquis, lui répondent ouvertement que .

Dès son arrivée, Montchenu désire remettre la lettre de lady Jerningham et tente de prendre contact avec la comtesse Bertrand. Soupçonneux, le Gouverneur informe le , par une proclamation à tous les habitants , qu'il est interdit, sous lourdes peines, de recevoir ou de transmettre tout billet venant des Français. Au même moment, Fanny Bertrand tente de faire parvenir un petit mot à Montchenu par un intermédiaire qui, craignant les foudres du Gouverneur, en informe les autorités. Il s'en suit une violente dispute entre Hudson Lowe et la colonie française, impliquant Napoléon lui même. O'Meara, qui joue un double jeu de médecin ami de Napoléon et d'espion du gouverneur, écrit à l'aide de camp de ce dernier : Napoléon refuse officiellement de voir Montchenu, mais aimerait bien garder le contact avec lui.

Le Marquis a, entre autres, des soucis d'ordre financier qui occuperont une grande partie de sa correspondance avec le Duc de Richelieu et les autres ministres qui suivirent. La bureaucratie de la coalition anti-napoléonienne est complexe, l'île appartient à la Compagnie britannique des Indes orientales mais est sous contrôle militaire britannique ; les flux d'argent doivent faire l'objet de traités tripartites complexes. L'afflux soudain de troupes militaires et navales importantes cause un renchérissement considérable des biens et des services. Montchenu se voit obligé d'emprunter, moins d'un mois après son arrivée, cent livres sterling au gouverneur Lowe, ce qui est une somme importante. Bertrand se fait l'écho de ses préoccupations: .

Le , lors d'une longue entrevue, le Gouverneur aborde la question des commissaires. L'empereur lui fit comprendre qu'il les recevrait volontiers en tant que particuliers, sous entendant non en tant que commissaires. Même Montchenu qui, disait-il, avait été , que c'était lui qui l'avait .

Les commissaires, Montchenu en particulier, sont exaspérés par la rigidité et l'intransigeance du Gouverneur. Ils ne savent plus trop bien ce que l'on peut faire, ou ne pas faire. Lowe reproche à Montchenu d'avoir rencontré l'entourage de Napoléon, ce à quoi le Marquis lui réplique avec aplomb ; Hudson Lowe rapportera au lord Bathurst les propos exacts Dans le même courrier, Hudson Lowe reproche à Montchenu une attitude pour le moins paradoxale puisque, lorsqu'ils se rencontrent, il semble lui dire que ses restrictions ne sont pas suffisamment sévères : . Mais il critique publiquement ses règlements concernant les limites de Longwood qu'il voudrait voir étendues à toute l'île . Ce n'est pas la première fois que Montchenu se fait remarquer par Hudson Lowe ; à peine a-t-il mis le pied sur l'île qu'il demande d'employer la force armée pour ouvrir la porte de Buonaparte. Comme le dit le commissaire autrichien Barthélemi de Stürmer

Arrivé à Sainte-Hélène depuis peu, il tente d'embrasser de force sa logeuse, Martin, qui se défend par un soufflet. Le , O'Meara narre l'incident à Napoléon et, selon le médecin

L'histoire est bien connue : Napoléon avait pratiqué un trou dans la lame d'un volet pour y placer sa lorgnette et observer sans être vu. C'est ainsi que Marchand raconte la première approche, timide, hésitante et infructueuse de Monchenu et des commissaires : . Saint-Denis narre ainsi la scène :

Lors d'un dîner chez le gouverneur anglais de l'île en , il montre que sa réputation de bavard est loin d'être usurpée. Il trouve que le général Bertrand et que . Aux officiers anglais présents qui s'empressent de lui signaler que il avouera piteusement que Bertrand se vengera en rapportant :

Années (-) Dans une lettre adressée en 1818 depuis Sainte-Hélène à Roland, comte des Escotais, alors agent du roi au Cap de Bonne-Espérance, Montchenu indique avoir reçu à deux reprises le comte de Montholon à déjeuner. Il justifie ces rencontres par sa fonction de commissaire, qui lui imposait, selon ses propres termes, de « voir, examiner et veiller à tout ce qui se fait ». Il précise en revanche n’avoir jamais reçu Henri-Gatien Bertrand, condamné à mort en France.

Décès de l'Empereur () Les commissaires ne virent jamais Napoléon. Seul Montchenu, dernier des commissaires à être resté, voit la dépouille le lendemain de sa mort. Marchand raconte la scène : . En réalité, et d'après sa dépêche n° 42 adressée au Duc de Richelieu au sujet de l'Empereur, Montchenu note : . Le mercredi , Montchenu assiste aux funérailles de Napoléon, avant de quitter Sainte-Hélène le .

À Jamestown subsistent de cette époque, dans Main Street, trois maisons identiques qui appartenaient au gouvernement anglais. D'après les historiens Thierry Lentz et Jacques Macé, Montchenu loua celle du milieu, aujourd'hui l'hôtel Mantis St Helena qui perpétue son souvenir.

Portrait du personnage Il ne fut pas vraiment très apprécié des mémorialistes de Sainte-Hélène, à part du général Gaspard Gourgaud qui l'avait en estime, et

Napoléon, qui l'avait connu dans sa jeunesse à Valence, dit de lui : .

Le Comte de Balmain fit beaucoup rire sa cour en rapportant le trait et rajoute . Plus tard, Napoléon dira : .

Talleyrand, qui l'avait pourtant choisi, dit: . O'Meara, médecin de l'Empereur à Sainte-Hélène, est catégorique : .

Barthélemi de Stürmer, commissaire autrichien sur l'île de Sainte-Hélène, l'a beaucoup blâmé ; il écrit même à Metternich : . Montchenu, lors d'un dîner officiel, ose même se vanter en public que

Dans un même temps, aveuglé par sa propre vanité, Montchenu écrivait à un ami .

Jusqu'à M. (de) Gors, son propre secrétaire sur l'île, qui dit de son maître : .

Dans les notes des "Mémoires de Marchand" publiées par Jean Bourguignon et Henry Lachouque il est dit que Montchenu avait un fort appétit et acceptait toutes les invitations au point que les Hélénois l'appelleront .

Galant homme, il s'avisa de conter fleurette à Lady Lowe, l'épouse du Gouverneur, qui montrait, non sans malice, une lettre brûlante de 8 pages signée par l'amoureux commissaire. Bertrand le défend disant qu'il ne s'agissait que d'une lettre d'excuses où le Marquis se mettait "aux pieds" de Lady Lowe et que d'ailleurs les étrangers ne comprennent rien à la galanterie française.

Les différents rapports qu'il envoya au Duc de Richelieu nous le montrent, peut être, plus préoccupé par le montant de ses traitements que par sa mission, mais il sut habilement tirer parti d'une situation délicate, ne trompa pas la confiance du Duc et, somme toute, remplit sa mission en rapportant fidèlement ce qui se passait sur l'île.

Son épouse décède à Paris le à l'âge de 55 ans.

Le couple a eu deux enfants : Angélique Georgette de Montchenu, née le qui épousera Gilles Charles de Maupeou et Charles Henri de La Pasture en secondes noces, elle sera Chanoinesse et comtesse du chapitre de Saint-Anne de Bavière fondé en 1784 par Marie-Anne de Saxe ; elle décèdera le à l'âge de 81 ans. Charles Henri Gaston de Montchenu, né le qui deviendra marquis de Montchenu et décèdera le . Claude Marin Henri de Montchenu décède le à Dieppe. Il était chevalier de Saint-Louis depuis le , et chevalier de la Légion d'honneur le .

Notes et références Notes

Références

Annexes Bibliographie . . . . . . . . . . . .

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Liens externes

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