Elizabeth Françoise Dillon, dite Fanny Dillon puis Fanny Bertrand, née le à Gognies-Chaussée et morte le à Saint-Maur, est une aristocrate française. Épouse du général comte Henri-Gatien Bertrand, grand maréchal du palais sous , elle accompagne l'Empereur avec son mari durant son exil à Sainte-Hélène.
Biographie Origines Issue d'une famille noble franco-irlandaise et catholique, elle voit le jour au château de Gontreuil à la frontière franco-belge et est baptisée le à Quévy-le-Grand. Elle est la fille de messire Arthur, comte de Dillon, et de dame Laure de Girardin de Montgérald (1749-), riche créole blanche de la Martinique. Fanny est la demi-sœur de Henriette Lucy Dillon, née d'un précédent mariage de son père avec Thérèse-Lucy de Rothe. Elle est aussi petite cousine de l'impératrice Joséphine.
Pour l'année 1784, Henriette Lucy Dillon, devenue Lucy de La Tour du Pin, écrit dans ses mémoires au sujet de son père : . L'affirmation semble cependant erronée : les deux mères, nées Claire Elisabeth Hooke (dite de Girardin) pour Laure et Marie Christine Françoise Brown pour de la Pagerie, n'étaient point sœurs mais cousines à la mode de Bretagne. Les liens remontent à la grand-mère paternelle de Laure qui était une des Vergers de Sannois, nom de jeune fille de de la Pagerie. Sa belle-sœur, lady Frances Dillon Jerningham, décrit le couple en
Peu après sa naissance, lorsqu'il est nommé gouverneur de Tobago ( - ), Dillon installe sa nouvelle famille à la Martinique. En 1789, désigné député de la noblesse des colons de la Martinique, il retourne seul en métropole pour siéger aux États généraux, laissant Fanny et sa famille sur l'île. Fanny a tout juste dix ans en lorsque la nouvelle de l'exécution de son père arrive à la Martinique. Quel est le contrecoup de cette mort violente ? . Laure émigre immédiatement, partant retrouver sa belle-famille en Angleterre avec Fanny, ses deux enfants du premier lit et deux domestiques. La tante de Fanny, lady Frances Jerningham, prend en charge son éducation. Comme il y a plusieurs Fanny dans la famille, sa tante la nomme dans ses courriers "La petite Fanny la seconde - little Fanny the 2nd", cette Fanny née du second mariage de son frère. Le elle écrit à une de ses correspondantes : ou Plus tard, en raison de sa taille, sa tante la surnommera En , au début du Consulat, Fanny et sa mère, rentrent en France.
Mariage L'impératrice Joséphine se prend d'affection pour Fanny, sa lointaine cousine, qui réside alors à Beauregard et fait partie de son entourage immédiat. Comme toute jeune fille de bonne famille à cette époque, Fanny espère un beau mariage, éventuellement avec une famille régnante à l'instar de Stéphanie de Beauharnais et de Stéphanie de Tascher de la Pagerie. C'est ce que Joséphine puis Napoléon lui promettent. Plusieurs prétendants sont envisagés : Alphonse Pignatelli de Gonzague, comte de Fuentes et d'Egmont, le prince Aldobrandini, le duc de Medina-Sidonia et beaucoup d'autres.
En 1808, au grand désespoir de Fanny, l'attention de Napoléon se porte sur Henri-Gatien Bertrand qu'il veut faire comte d'Empire. La comtesse de Boigne, parente par Éléonore Dillon (1753-1831), relate dans ses mémoires que Fanny tient tête à l'Empereur : . Napoléon lui réplique sèchement : .
Elle finit par céder aux exigences impériales alors que l'Empereur, devant se rendre à Erfurt fin septembre, presse les événements. Le mariage civil est célébré à Paris le et le mariage religieux à Saint-Leu le lendemain 17 septembre, chez la reine Hortense. Ce sera une union exemplaire que les épreuves ne réussiront pas à ébranler.
thumb|left|Qu'il te serve de talisman dans les dangers et t'empêche d'oublier jamais ta Fanny (au dos de la miniature de Hallier).
Les Provinces illyriennes Profondément éprise de son mari, elle le domine par son caractère impérieux. Fanny n'hésite pas à braver tous les dangers pour suivre ou rejoindre Bertrand au gré des missions que l'Empereur lui confie. Le nait leur premier enfant, Napoléon Charles Joseph Henri Bertrand, dont Napoléon et Joséphine seront les parrains et marraines. En , à peine remise de son premier accouchement, elle décide de rejoindre son époux à Vienne en calèche, laissant son petit Napoléon Bertrand, âgé de trois mois seulement, aux soins de sa mère. Elle suit son mari en mission d'inspection des fortifications de Croatie, au milieu d'une population souvent hostile, et ne rejoint Paris que le . A nouveau enceinte, mais infatigable, elle suit cette fois Bertrand en tournée d'inspection en Hollande, où la berline verse plusieurs fois, et rejoindra Paris tout juste à temps pour mettre au monde Hortense-Eugénie le .
Le , Napoléon nomme le général Bertrand gouverneur des Provinces illyriennes. Selon Jules-Antoine Paulin, Napoléon demande à Fanny de et elle ne s'en est pas privée. Paulin donne dans ses mémoires un tableau très vivant de la comtesse, qu'il qualifie de . Madame Dillon, la mère de Fanny, qui n'était pas prête, les suit à trois semaines de distance ; c'est elle qui s'occupe des deux enfants du couple.
Amédée Massé, qui fut secrétaire de Bertrand à cette époque, relate dans ses souvenirs la froideur et la dureté de son supérieur, mais souligne : . Albine de Montholon, qui la connut plus tard à Sainte-Hélène, dit qu'elle est belle, souple et d'une physionomie agréable. Elle complète le tableau en précisant qu'.
Une nouvelle grossesse n'empêche pas Fanny de suivre à nouveau son mari sur les routes hasardeuses des Provinces illyriennes. Le troisième enfant du couple, Henri, naît à Trieste le , trois jours après le retour de Fanny d'un nouveau périple avec son mari. Parfaite dans son rôle de première dame, Fanny brille par ses tenues et sa grâce lors des fêtes données le .
En raison de la désastreuse campagne de Russie, Napoléon a besoin de Bertrand. Fanny rentre seule à Paris avec sa mère et ses enfants, Bertrand devant se diriger vers l'Allemagne. Il a d'ailleurs le plus grand mal à dissuader sa femme de venir le rejoindre.
Exil
Île d'Elbe D'une fidélité absolue à l'Empereur, Bertrand le suit lors de son exil à l'île d'Elbe et plus tard à Sainte-Hélène, sans avoir consulté Fanny au préalable. Ayant suivi l'impératrice Marie-Louise à Blois et Orléans, elle prend la route pour regagner Châteauroux chez ses beaux-parents. Depuis Portoferraio, Bertrand s'inquiète : . Début , elle quitte Châteauroux et part rejoindre Bertrand avec ses enfants, un domestique et une femme de chambre. Elle embarque à Gênes le et arrive à Portoferraio le . André Pons de l'Hérault, qui a laissé de célèbres mémoires sur l'île d'Elbe, écrit :
Sur l'attitude de Napoléon, il ajoute : . Le 27 août, elle met au monde leur quatrième enfant, qui décède trois mois plus tard ; .
Si le général Bertrand retourne sans encombre de l'île d'Elbe avec Napoléon à Vallauris le (début des Cent-Jours), Fanny, contre l'avis de tous mais , débarque aux alentours d'Antibes (au port Vauban) à bord d'une felouque, le . . Elle est immédiatement appréhendée avec quelques compagnes et conduite à Toulon. Par ordre du préfet du Var, elle est transférée à la prison du palais de justice de Marseille, puis au Lazaret et finalement au Château d'If. André Masséna, qui commande alors la , n'a de cesse de tenter de la faire sortir, ce qui se produit le sur une goélette qu'il a envoyée. Dans ses Mémoires, Marchand prétend que Masséna ne libéra Fanny que quand .
Sainte-Hélène Au moment de l'exil définitif de Napoléon à Sainte-Hélène, la reine Hortense s'étonne de l'empressement de Fanny à rejoindre son mari. Lorsque le marquis de Verteillac, chambellan de Napoléon, lui demande quels sont ses projets, elle répond avec vivacité : .
Elle tente cependant de convaincre l'Empereur de ne pas emmener son époux en exil et tente même, le , de se jeter par-dessus bord. Selon Albine de Montholon, Bertrand la retient de la fenêtre de la cabine par où passait le haut du corps alors que le duc de Rovigo, resté sur le quai, crie en riant à Bertrand : . Gourgaud dit laconiquement Saint-Denis de son coté écrit : Fanny ne décolère pas et, toujours selon Gourgaud, . Le , encore à bord du , dans une lettre adressée au lord Dillon, le Grand-Maréchal assure qu'ils seront de retour dans un an ; Fanny joint un mot à son cousin où elle demande qu'un piano soit livré à Sainte-Hélène et ajoute : Lorsque Willian Warden, chirurgien de la Royal Navy à bord du , lui dit qu'il aurait fallu qu'elle aille en Angleterre avec ses enfants pour parfaire leur éducation, elle réplique :
On sait qu'elle se montre favorable à l'idée que Napoléon se livre aux Anglais, malgré l'opposition de Gourgaud, Montholon et du général Lallemand ; mais, selon Marchand, ce n'est pas le seul fait de son opinion qui a guidé le choix.
Malgré ses réticences initiales et une santé fragile à la suite de ses grossesses successives, Fanny Bertrand s'avère un appui constant pour son époux ; c'est elle qui traduit en anglais les Lettres du Cap.
Le , elle donne naissance à Arthur, le cinquième enfant du couple. Dans ses cahiers, le général Bertrand note : . Lorsque Napoléon lui rend visite le , elle lui déclare : . À Sainte-Hélène, elle est toujours en contact avec sa famille paternelle et profite des nombreux Anglais qui désirent rencontrer l'Empereur pour donner de ses nouvelles à lady Frances Jerningham. Elle saisit l'occasion du départ de Lady Malcolm, épouse de l'amiral Sir Pulteney Malcolm, pour l'informer de la naissance de son dernier enfant, qu'elle est très fatiguée et qu'elle déteste Sainte-Hélène. Elle n'écrit pas parce que ses lettres sont ouvertes. Bertrand est le meilleur homme du monde mais, selon Lady Malcolm, il est
Les rapports de Fanny avec l'Empereur sont fréquemment houleux. Les liens puissants qui unissent le couple Bertrand incommodent Napoléon, qui souhaite que son grand maréchal du palais soit exclusivement dévoué à sa personne. Le couple ne réside pas au sein même de Longwood House, l'Empereur reprochant à Bertrand de consacrer trop de temps à sa famille. En , le nouveau gouverneur Hudson Lowe exige que chaque compagnon d'exil signe une déclaration s'engageant à demeurer à Sainte-Hélène autant que l'Empereur, sous peine d'expulsion. Fanny, affectée par les conditions de l'exil, pousse son mari à refuser. Napoléon lui rétorque alors : . Réussissant à convaincre Fanny qu'il n'était pas , Bertrand signe la déclaration.
Ces tensions expliquent en partie pourquoi Charles-Tristan de Montholon, pourtant arrivé plus tardivement dans l'entourage impérial, obtient parfois les faveurs de Napoléon au détriment de Bertrand. Venue présenter ses vœux le , Fanny s'entend dire par l'Empereur : . Elle confiera plus tard .
Après le décès de l'Empereur en mai 1821, elle demande la réalisation d'un masque mortuaire. Un différend l'oppose par la suite au docteur Burton et au docteur Antommarchi quant à la propriété et la copie de ce moulage, donnant lieu à de vives polémiques par voie de presse.
Retour en Europe La famille Bertrand quitte définitivement l'île le à bord du Chameau et débarque à Portsmouth le . À Londres, Fanny retrouve avec joie sa famille paternelle. Sa présence au Brunet's Hotel de Leicester Square attire l'attention des curieux et son fils, Napoléon Bertrand, donnant des ordres en français au grand Terre-neuve ramené de Sainte-Hélène, provoque l'hilarité générale .
C'est l'occasion pour Bertrand et Montholon de s'acquitter d'une tache sacrée, le , remettre à lady Holland la tabatière avec le camée antique, don de Napoléon. Les Bertrand sont plusieurs fois reçus à dîner à Kensington. Lady Holland, qui n'est pas d'un caractère facile, n'est pas particulièrement charmée par Fanny. Elle écrit le 18 octobre : .
Après le rétablissement du général Bertrand dans ses titres et fonctions, la famille regagne la France par Calais le .
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