Frederick Delius , CH (né le à Bradford dans le nord de l'Angleterre - mort le à Grez-sur-Loing, France) est un compositeur post-romantique britannique. Né dans une famille marchande prospère d'origine allemande, il n'a pas suivi la voie souhaitée par ses parents dans le commerce. Il fut envoyé en Floride aux États-Unis en 1884 pour y gérer une plantation d'orangers. Ne s'intéressant guère à ses devoirs d'administrateur, il retourna rapidement en Europe à peine deux ans plus tard en 1886. Au contact de la musique afro-américaine lors de ce court séjour en Floride, il se prit à composer. Après une brève période d'études musicales en Allemagne commencées dès son retour en 1886, il se lança dans une carrière de compositeur en France, à Paris puis à Grez-sur-Loing. Il affectionnait ce dernier lieu et s'y établit avec sa femme Jelka jusqu'à la fin de sa vie, excepté durant la Première Guerre mondiale.
Delius connut ses premiers succès en Allemagne, où Hans Haym et d'autres chefs d'orchestre avaient fait connaître sa musique à partir de la fin des années 1880. Dans la Grande-Bretagne natale de Delius, ce n'est qu'en 1907 que sa musique commença à être régulièrement jouée lors de concerts, après que Thomas Beecham l'eut adoptée. Beecham dirigea la grande première de A Mass of Life à Londres en 1909 (il en avait créé la Part II en Allemagne en 1908) ; il mit en scène l'opéra A Village Romeo and Juliet au Covent Garden en 1910 ; il monta un festival de six jours consacré à Delius à Londres en 1929, et il grava plusieurs enregistrements des œuvres de Delius. Après 1918, Delius commença à souffrir des effets de la syphilis, contractée durant ses jeunes années à Paris. Paralysé et aveugle, il parvint à achever certaines de ses dernières pièces entre 1928 et 1932 avec l'aide d'un copiste, Eric Fenby.
Le lyrisme de Delius dans ses premières compositions reflète à la fois la musique qu'il avait entendue en Amérique et l'influence de compositeurs européens comme Edvard Grieg et Richard Wagner. À mesure que ses compétences mûrissaient, il développa un style unique, caractérisé par son orchestration particulière et son utilisation de l’harmonie chromatique. La musique de Delius n'a été populaire que par intermittence et a souvent été l'objet de critiques. La Delius Society, créée en 1962 par ses partisans les plus dévoués, continue à promouvoir la connaissance de la vie et l'œuvre du compositeur et parraine le concours annuel du Prix Delius pour les jeunes musiciens.
Biographie Enfance vignette|redresse|La Mairie victorienne de Bradford (Yorkshire), la ville où Delius est né et a grandi. Delius est né à Bradford dans le Yorkshire. Il fut baptisé Fritz Theodore Albert Delius et utilisa le prénom Fritz jusqu'à l'âge de quarante ans. Il était le deuxième de quatre garçons (il avait également dix sœurs) nés de Julius Delius (1822–1901) et d'Elise Pauline, née Krönig (1838–1929). Les parents de Delius étaient nés à Bielefeld, Westphalie, et étaient d'origine hollandaise. Le père de Julius, Ernst Friedrich Delius, avait servi sous Blücher durant les guerres napoléoniennes. Julius déménagea en Angleterre pour poursuivre sa carrière de marchand de laine et fut naturalisé britannique en 1850. Il se maria avec Elise en 1856.
La famille Delius aimait la musique, des musiciens renommés comme Joseph Joachim et Carlo Alfredo Piatti étaient invités et jouaient pour eux. Malgré son ascendance allemande, le jeune Fritz était attiré par la musique de Chopin et de Grieg plutôt que par la musique austro-allemande de Mozart et Beethoven, une préférence qu'il garda toute sa vie. Le jeune Delius reçut d'abord des cours de violon de Bauerkeller de l’Hallé Orchestra, puis des cours avancés avec George Haddock de Leeds. Bien qu'il ait atteint un niveau assez élevé au violon pour pouvoir donner des cours de cet instrument dans les années futures, sa joie musicale était d'improviser au piano et c'est une pièce pour piano, une valse de Chopin, qui lui donna son premier contact extatique avec la musique. De 1874 à 1878, Delius fut scolarisé à la , où le chanteur , un peu plus âgé, étudiait aussi. Il étudia ensuite à l’ à Isleworth entre 1878 et 1880. En tant qu'élève, il n'était pas particulièrement rapide ou assidu, mais l'école était idéalement située à proximité de Londres, pour que Delius puisse assister à des concerts et à des opéras.
Julius Delius considérait que son fils prendrait part au commerce familial et les trois années suivantes, il essaya de le persuader de travailler avec lui. Le premier travail de Delius fut comme représentant de l'entreprise à Stroud dans le Gloucestershire, poste où il réussit assez bien. Après avoir été envoyé dans la même fonction à Chemnitz, il négligea ses devoirs pour visiter les principaux centres musicaux d'Allemagne et pour étudier avec Hans Sitt. Son père l'envoya ensuite en Suède où il fit passer une nouvelle fois ses intérêts artistiques avant ses devoirs professionnels, sous l'influence des dramaturges norvégiens Henrik Ibsen et Gunnar Heiberg. La dénonciation par Ibsen des conventions sociales éloigna encore plus Delius de sa formation commerciale. Delius fut ensuite envoyé comme représentant en France, mais il s'absentait régulièrement de son travail pour des excursions sur la Côte d'Azur. Après cela, Julius Delius reconnut qu'il n'y avait aucune chance que son fils réussisse dans l'entreprise familiale, mais il resta opposé à une carrière musicale et l'envoya aux États-Unis pour gérer une plantation d'orangers.
Floride vignette|gauche|Le fleuve Saint Johns en Floride, près de Solano Grove – –, où Delius, inspiré par la musique des plantations, écrit plusieurs de ses premières œuvres. On ne sait pas si l’idée du voyage aux États-Unis est celle de Julius ou celle de son fils. Une importante société immobilière en Floride avait des ramifications dans plusieurs villes anglaises, y compris à Bradford. Dans un article sur le séjour de Delius en Floride, William Randel émet l'hypothèse que Julius Delius avait visité le bureau de Bradford et conçu l'idée d'envoyer son fils rétif faire pousser des oranges en Floride, ou que Fritz lui-même y vit un moyen pour échapper à l'abhorré commerce familial de la laine et suggéra l'idée à son père. Delius resta en Floride du printemps 1884 à l'automne 1885, vivant dans la plantation de Solano Grove sur le fleuve Saint Johns, à environ au sud de Jacksonville. Il continua à se plonger dans la musique et à Jacksonville il rencontra Thomas Ward qui lui enseigna le contrepoint et la composition. Delius dira plus tard que l'enseignement de Ward fut la seule instruction musicale utile qu'il ait jamais eue..
Delius aima par la suite représenter sa maison à Solano Grove comme une , mais c'était un cottage de quatre chambres avec suffisamment de place pour accueillir des invités. Ward y séjournait parfois, ainsi qu'un ancien ami de Bradford, Charles Douglas, et Ernest le frère de Delius. Protégé de la chaleur estivale excessive par la brise de la rivière et l'ombre des chênes, la maison était un lieu agréable à vivre. Delius portait peu d'attention à la gestion de la plantation d'orangers et continua à s’intéresser à la musique. Jacksonville avait une vie musicale riche, mais non orthodoxe pour un Européen. Randel note que dans les hôtels locaux les serveurs afro-américains faisaient également office de chanteurs, avec des concerts quotidiens pour les clients et les passants, faisant découvrir à Delius le negro spiritual. De plus, les armateurs encourageaient les matelots à chanter en travaillant.
En Floride, Delius vit sa première composition publiée, une polka pour piano intitulée Zum Carnival. À la fin de 1885, il laissa un gardien s'occuper de Solano Grove et partit à Danville en Virginie. Par la suite, il poursuivit une carrière musicale à plein temps. Il publia l'annonce suivante dans le journal local : Delius donnait également des cours de français et d'allemand. Danville avait une vie musicale prospère et ses premières œuvres y furent jouées publiquement.
Leipzig et Paris vignette|redresse|Edvard Grieg, qui a eu une forte influence sur les premières compositions de Delius. En 1886, Julius Delius accepta de laisser son fils poursuivre une carrière musicale et lui paya officiellement des études de musique. Delius quitta Danville et retourna en Europe via New York, où il s'arrêta brièvement pour donner quelques leçons. De retour en Europe, il rentra au conservatoire de Leipzig en Allemagne. Leipzig était un centre musical majeur où Nikisch et Mahler étaient chefs d'orchestre à l'Opéra et Brahms et Tchaikovsky dirigeaient leurs propres œuvres au Gewandhaus. Au conservatoire, Delius fit peu de progrès dans ses études de piano avec Carl Reinecke, mais Salomon Jadassohn saluait son travail acharné et sa compréhension du contrepoint ; Delius repris également les cours avec Hans Sitt. Un des premiers biographes de Delius, le compositeur Patrick Hadley, observe qu'aucune trace de la scolarité académique de Delius ne peut être trouvée dans sa musique mature Encore plus important pour le développement de Delius fut sa rencontre à Leipzig, avec le compositeur Edvard Grieg. Grieg, comme Ward avant lui, reconnut le potentiel de Delius. Au printemps 1888, Sitt dirigea la Florida Suite de Delius, devant trois personnes : Grieg, Christian Sinding et le compositeur. Grieg et Sinding furent enthousiastes et devinrent de chauds partisans de Delius. Lors d'un dîner à Londres, en , Grieg convainquit finalement Julius Delius, que le futur de son fils était dans la musique.
Delius quitta Leipzig en 1888, pour Paris où son oncle, Theodore, le prit sous son aile et s'occupa de lui socialement et financièrement. Durant les huit années suivantes, Delius se lia d'amitié avec de nombreux écrivains et artistes dont August Strindberg, Edvard Munch et Paul Gauguin. Il fréquenta peu de musiciens français bien que Florent Schmitt arrangeât la partition de piano des deux premiers opéras de Delius, Irmelin et The Magic Fountain ; Ravel fera plus tard de même pour l'opéra vériste Margot la rouge, opéra issu d'une collaboration entre Delius et Karl Rosenval, alias Berthe Danville. En conséquence, il ne devint jamais connu en France. Le biographe de Delius, Diana McVeagh, dit de ces années que Delius était considéré comme Il est généralement admis que c'est pendant cette période qu'il attrapa la syphilis qui dégradera sa santé des années plus tard..
Les années de Delius à Paris furent musicalement productives. Son poème symphonique Paa Vidderne fut joué à Christiania en 1891 et à Monte-Carlo en 1894. Gunnar Heiberg commanda à Delius la musique de scène pour sa pièce Folkeraadet en 1897. Le second opéra de Delius, , fut accepté pour être mis en scène à Prague, mais le projet échoua pour une raison inconnue. Il a également composé durant cette période l'ouverture fantaisie (1895–97) et les variations orchestrales Appalachia (1896, réécrites en 1904 pour voix et orchestre).
Premiers succès vignette|gauche|Delius en 1897 par Christian Krohg.