Le suicide d'Avril, aussi connue sous les prénoms Fouad ou Luna, est le suicide d'une lycéenne française scolarisée à Lille (Nord), commis le à Lambersart. Femme trans, elle se suicide quelques jours après avoir été exclue d'un cours et réprimandée par la direction de son lycée pour le port d'une jupe. Cet évènement provoque un scandale national et met en lumière la situation précaire des élèves trans.

Contrainte par l'événement de la jupe à effectuer son coming out, Avril Mabchour a fait face à un établissement qui a persisté à refuser sa transition et à la considérer comme une femme.

Le lendemain du drame, une vidéo montrant une CPE criant sur Avril en lui reprochant le port de sa jupe est massivement partagée sur les réseaux sociaux. Elle suscite l'indignation des associations et personnalités politiques de gauche, jusqu'aux membres du gouvernement. La responsabilité de l'équipe pédagogique dans le suicide est remise en cause. En réaction, le rectorat défend l'établissement et les de la CPE et remet la faute du suicide sur le parcours de transition d'Avril. Il présente dans son communiqué Avril comme un homme, un mégenrage qui renforce la polémique.

Des syndicats professionnels et lycéens dénoncent et la responsabilité du ministère de l'Éducation, qui n'a jamais fourni ni procédure pour permettre une transition des élèves ni formation du personnel et a ignoré la question malgré les demandes des travailleurs. Le personnel de l'établissement ne savait pas comment gérer le cas d'Avril et avait pour seule consigne le respect de la « tenue républicaine » demandée par Jean-Michel Blanquer. Cette absence de formation est reconnue dans un second temps par le rectorat.

Durant la semaine qui suit, plusieurs rassemblements organisés à travers le pays et les camarades d'Avril, qui sont une centaine à se réunir dès le lendemain devant le lycée, participent à la couverture médiatique de l'événement.

Le scandale du suicide d'Avril Mabchour conclut une séquence de l'actualité (suicide de Doona, télédocumentaire Petite Fille) qui a mis en avant les conditions difficiles et les suicides des personnes trans dans l'éducation et le supérieur. Cette séquence pousse le ministère à publier une circulaire pour permettre un cadrage national des transitions d'élèves (dite « circulaire Blanquer »), qui est toutefois critiqué par les associations.

Faits Situation personnelle d'Avril

Avril Mabchour naît le à Lille, dans le département du Nord.. Elle est en classe de terminale au lycée Fénélon à Lille. Elle est active sur le réseau social, où elle diffusait de nombreuses chorégraphies.

À sa mort, elle utilisait à la fois son prénom de naissance masculin (« Fouad ») et le prénom d'Avril. Son assistante familiale la prénommait Avril et elle explique à la presse locale que Toutefois, elle utilise encore son prénom de naissance au lycée et avec ses amis avant d'en choisir un définitivement. Elle est après sa mort régulièrement désignée par les trois prénoms.

Prise en charge par l'aide sociale à l'enfance (ASE), Avril Mabchour est élevée pendant seize ans par une assistante familiale, domiciliée sur la Côte d'Opale. Elle lui fait son coming-out trans en . Son assistante familiale l'accepte et l'accompagne dans sa transition. Sa mère refuse elle sa transition. Avril débute tout de même une transition médicale et administrative.

Souhaitant vivre davantage en autonomie et à proximité des spécialistes nécessaires à sa transition, Avril emménage à la rentrée 2020 dans un foyer d'accueil situé à Lambersart, à proximité de Lille. Sa mère ne lui permet alors plus de rendre visite à son assistante familiale. Au lycée, qu'elle intègre à la fin du mois de septembre, elle se présente avec des barrettes ou du maquillage. Selon les propos d'une amie recueillie par la presse, Avril souffrait de discriminations racistes et sexistes au lycée et en dehors..

Exclusion d'un cours au lycée Le , Avril Mabchour se présente pour la première fois en jupe en jean et collants épais dans l'établissement . À , elle envoie un SMS à un ami du lycée : , qu'elle complète par un message vocal : C'est la CPE qui vient la chercher ; elle a comme directive du ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer de faire respecter aux élèves le port d'une . Avril publie dans le même temps sur Snapchat une vidéo qu'elle a filmé lorsqu'elle s'est fait réprimander d'un ton sec par la CPE dans un bureau . Celle-ci déclame : Avril répond : La CPE crie, Avril pleure.

Avril quitte le lycée. Sur le groupe Snapchat de sa classe, elle conclut : Une amie rapportera à la presse qu'Avril lui a confié . Une médiation est finalement organisée le jour même entre son éducatrice de la maison d'enfants à caractère social et le proviseur. Avril est finalement prévenue le lendemain qu'elle est autorisée à porter une jupe, ce qu'elle fait alors. La décision est communiquée à l'ensemble du personnel de l'établissement.

Avril profite de l'incident pour faire son coming out à toute sa classe ainsi qu'à l'établissement. Celui-ci refuse toutefois de lui accoler des pronoms féminins. Lorsqu'elle revient au lycée le lendemain, elle bénéficie du soutien de ses camarades. Plusieurs filles et garçons viennent en jupe, d'autres collent des affichettes sur les murs , , , qui sont retirées dans la minute par le personnel.

Selon ses amies, il n'y a pas de fait notable dans les deux semaines qui suivent.

Suicide Le dimanche , Avril commet une première tentative de suicide. Le lendemain, elle téléphone à son ancienne assistante familiale. Celle-ci témoigne à Lille Actu : Elle se suicide le mardi à son foyer de Lambersart. Elle avait .

La plupart des amis d'Avril apprennent son suicide par un courriel froid envoyé par l'administration, qui fait référence à Avril comme un jeune homme. L'Aide sociale à l'enfance ne prévient son assistance familiale que le lendemain du drame, et il ne lui est permis ni de se rendre à la morgue, ni à l'enterrement, ni de récupérer les vêtements féminins d'Avril. Avril est inhumée au cimetière de Lille-Sud.

Une enquête de police est ouverte afin de déterminer les raisons du suicide, ainsi qu'une enquête interne au lycée, comme le veut la procédure.

Affaire de société Emballement médiatique Le lendemain de la mort d'Avril Mabchour, des témoignages de camarades de classe et, surtout, la vidéo de son altercation avec la CPE se répandent sur différents réseaux sociaux. Il s'ensuit un emballement populaire. Sur la base de la vidéo, de nombreux internautes mettent en cause la responsabilité de l'équipe pédagogique. Un hashtag (seul prénom connu alors) devient viral. La vidéo d'un snapchateur de Villeneuve-d'Ascq, Tarek, est vue plus de en moins de . Sur Twitter, c'est un thread écrit par une militante féministe lilloise, Marlène Ducasse, partagé lui plus de , qui lance la polémique. Rapidement, la presse locale et la presse nationale s'emparent du sujet.

Scandale politique et syndical L'évènement déclenche une forte émotion et une protestation de la part de la communauté trans française. Sur les réseaux sociaux, la CPE et la direction du lycée sont accusées de transphobie, d'avoir exclu Avril Mabchour en raison de sa tenue et d'être une cause de son suicide par des violences psychologiques transphobes.. La militante Marlène Ducasse dénonce particulièrement qu'Avril a été et .

Les associations LGBTI, les politiques de gauche radicale et les syndicats dénoncent des pratiques discriminatoires dans l'établissement et rejoignent l'appel à la . Parmi eux, l'association trans Acceptess-T et le député de Lille et coordinateur de La France insoumise Adrien Quatennens. L'Inter-LGBT dénonce

Dès le surlendemain du drame, les responsables politiques réagissent à ce qui devient un évènement de société. Le ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer affirme que et qu'il faut agir contre le harcèlement scolaire et la ministre déléguée chargée de l'Égalité Élisabeth Moreno déclare que .

Avec la presse, les organisations associatives, syndicales et politiques élargissent l'affaire à une question politique sur l'accueil des élèves trans. Les lycéens de Fénélon participent aussi à ce mouvement. ; un rassemblement devant le lycée le est particulièrement relayé par la presse internationale, contribuant à la médiatisation de l'affaire. Une large intersyndicale et interprofessionnelle, le « Collectif Éducation contre les LGBTIphobies en milieu scolaire et universitaire », dénonce du ministère sur la question des élèves trans, action pourtant promise, et demande des formations pour le personnel sur les sujets LGBTI. ; des positions qui sont suivies par le syndicat lycéen FIDL et la CGT Éduc'action 59-62.

Défense de l'établissement par le rectorat Faisant face aux réactions populaires, le rectorat publie un communiqué le , deux jours après les faits, afin de soutenir le lycée mis en cause. Il évoque le suicide d'un lycéen, parlant d'Avril Mabchour au masculin, et assure que l'élève était pour . Le rectorat remet plutôt la faute sur . Le communiqué déclenche un tollé sur les réseaux sociaux. À la presse, la recteure Valérie Cabuil demande, à propos de la vidéo virale : par le coming out trans d'un élève et défend l'attitude de la CPE, qui a eu les .. Ce n'est que contactée par la presse locale qu'elle admet qu'il y a un manque de formations trans et s'excuse du mégenrage d'Avril. Lors de l'hommage organisé au sein du lycée, le proviseur défend l'établissement dans son discours en affirmant qu'Avril y avait été bien accueillie.

Contactée par la presse, l'association de parents d'élèves FCPE Nord qualifie la vidéo de et remet elle aussi la faute sur la famille musulmane ; le syndicat SNES-FSU réagit également avec prudence, affirmant qu'il est .

Séquence médiatique sur les élèves trans

La polémique autour du suicide d'Avril apparaît alors que la question des jeunes trans, et plus particulièrement de leurs conditions d'existence à l'école, revient à plusieurs reprises dans l'actualité française.. Se suivent dans les médias le cas de Lilie, , dont le changement de prénom lui a été refusé par l'école et par l'état civil, le cas de Sasha, dont le documentaire Petite fille de Sébastien Lifshitz. témoigne du combat mené par les parents, puis le suicide d'Avril. Plus généralement, la médiatisation du suicide d'Avril prend place dans un phénomène général de visibilité des jeunes trans inédit avant les années 2020.. Aucune autre mort trans n'a alors été autant médiatisée en France.

Malgré cette médiatisation déjà existante, c'est bien le suicide d'Avril qui cause l'onde de choc et rend visible les conséquences de l'absence de politique éducative en faveur des jeunes trans.. Le manque de formation du personnel est particulièrement mis en avant durant l'affaire., de même qu'un manque de procédures d'accompagnement spécifique. Plusieurs médias visibilisent des recherches sociologiques qui démontrent un retard dans la prise en charge des élèves trans et un décalage de plus de cinq ans entre les politiques éducatives et l'état de la recherche, qui a pourtant démontré la situation précaire des élèves trans. La transphobie a été absente des rapports et actions contre la violence scolaire jusqu'en 2019 et le mot ne comptait que deux occurrences dans les documents transmis aux professionnels jusque-là... En conséquence, le personnel ne sait pas comment accueillir les élèves trans et l'acceptation de la transition se fait au cas par cas, en fonction des établissements et des professionnels, pouvant aller jusqu'à une ignorance totale des demandes de l'élève.. Ce manque à l'accompagnement conduit les élèves trans à subir des situations de décrochage scolaire, harcèlement et cyberharcèlement et de violences intrafamiliales.