Les raids Wakõ de Jiajing ()() causent d'importants dégâts tout le long des côtes chinoises au siècle, durant le règne de l'empereur Jiajing (r. 1521–1567), de la dynastie Ming.

A la base, le terme « Wakõ » fait référence aux pirates japonais qui traversent la mer de Chine et attaquent la Corée et la Chine. Cependant, au milieu de la période de la dynastie Ming, les équipages des Wakõ sont multinationaux, comprenant des marins Japonais et Portugais, mais surtout une grande majorité de chinois. L'activité des Wakõ commence à poser un sérieux problème dans les années 1540, atteint son apogée en 1555 et se calme en 1567. Les destructions générées par ces raids s'étendant à travers les régions côtières de Jiangnan, Zhejiang, Fujian et Guangdong.

Contexte historique

Le commerce maritime au siècle en Chine

Jusqu'à l'établissement de la dynastie Ming en 1368, la Chine a une grande tradition de commerce maritime, avec un réseau commercial qui s'étend jusqu'à l'océan Indien. En 1371, l'empereur Hongwu, le fondateur de la dynastie Ming, met en œuvre la politique haijin, qui prohibe toute forme de commerce maritime privé, afin de débarrasser les mers des de pirates. En vertu de cette interdiction, tout le commerce maritime doit être effectué par le biais du «commerce des tributs», le seul officiellement approuvé. Il s'agit d'une forme de commerce dans lequel les États tributaires étrangers envoient des tributs à la cour chinoise, se reconnaissant ainsi comme étant les vassaux des Ming, et reçoivent en retour des cadeaux en signe de faveur impériale. Ce commerce, en plus d'être humiliant pour les étrangers concernés (sinocentrisme), est inadapté aux exigences des marchés, tant nationaux qu'étrangers, car les Ming ont des règles strictes sur la fréquence à laquelle un vassal peut venir présenter un tribut. Malgré ces limites, ce système de tribut, étant la seule forme légale de commerce avec la Chine, est extrêmement rentable. De nombreux États, dont le Japon, sont donc prêts à se soumettre aux rituels du système tributaire chinois.

Les Japonais se voient attribuer la ville de Ningbo, dans le Zhejiang, comme port d'entrée en Chine et sont autorisés à présenter un tribut une fois tous les dix ans. Ces missions japonaises dans la Chine des Ming ont lieu du au siècle, mais prennent fin avec la période Sengoku, lorsque l'emprise du shogunat Ashikaga sur le pays s'affaiblit et que le Japon sombre dans une guerre civile durant laquelle les différents daimyos luttent pour le pouvoir. Ces querelles intestines atteignent la Chine lors de l'incident de Ningbo, qui a lieu en 1523 et durant lequel des commerçants du clan Ōuchi se battent avec ceux du clan Hosokawa à Ningbo pour avoir le droit de présenter un tribut. Ce conflit dégénère et s’achève par le pillage pur et simple de Ningbo. Lorsqu'une flotte Ming finit par arriver sur place pour mettre fin aux troubles, elle est vaincue et les commerçants japonais s'enfuient. Après cet épisode, les Ming interdisent à tous les Japonais de faire du commerce à Ningbo, et donc en Chine. Dès lors, les commerçants japonais doivent retrouver les pirates sur les îles au large des côtes chinoises pour pouvoir échanger des marchandises.

En , des explorateurs portugais atteignent les côtes du Guangdong, intégrant, de facto, la Chine à l'Échange colombien. Concrètement, cette situation crée une nouvelle demande au niveau mondial pour les produits chinois, tandis que les armes à feu européennes et les cultures du Nouveau Monde sont introduites en Chine pour la première fois. Cependant, le potentiel du marché chinois est limité par l'insistance des Ming sur les interdictions maritimes. Les premières tentatives portugaises de négociations commerciales échouent et les premiers établissements portugais situés à l'embouchure de la rivière des Perles sont réduits à néant à la suite de la bataille de Tunmen en 1521 et de la bataille de Shancaowan en 1522. Les Portugais, comme les Japonais, sont alors contraints de mener leur commerce illégalement sur les îles isolées située le long de la côte chinoise, loin de la portée des autorités Ming.

Les Japonais et les Portugais sont donc tenus à l’écart du commerce tributaire au cours des premières décennies du XVIe siècle, ce qui ne les empêche pas de devenir les premiers fournisseurs d’argent en Asie de l’Est, en faisant venir de l’argent extrait de mines comme celles d’Iwami Ginzan au Japon et de Cerro de Potosí en Bolivie. L’argent est le moteur de l’économie chinoise des Ming, mais le gouvernement Chinois impose de nombreuses restrictions à l’exploitation minière par crainte que le marché de l'argent ne finisse par être contrôlé par des intérêts privés. Même sans ces restrictions, les filons d’argent de la Chine ont des rendements trop faibles et sont situés dans le sud-ouest du pays, soi trop loin des riches provinces côtières pour pouvoir répondre à leur énorme demande. Cette situation rend les transactions non officielles avec des étrangers très rentables et attrayantes pour les marchands chinois, malgré les risques et l’illégalité de leur commerce.

Les Wakõ

La première utilisation connue du terme Wakõ (倭寇) est sur la Stèle de Kwanggaet'o, érigée sur le territoire de l'actuelle ville-préfecture de Ji'an, Jilin, en Chine pour célébrer les exploits du roi Kwanggaet'o, dit le Grand (374-413), dix-neuvième souverain du royaume coréen du Koguryo. Selon le texte gravé sur cette stèle, les wakō (« voleurs japonais ») ont traversé la mer et ont été vaincus par le roi en 404. Ce terme wakō est une combinaison des termes chinois Wō (倭), désignant soit les nains, soit de manière péjorative les Japonais, et kòu (寇) "bandit"Prof. Wang Yong, "Realistic and Fantastic Images of 'Dwarf Pirates': The Evolution of Ming Dynasty Perceptions of the Japanese." In Prof. Joshua A. Fogel, ed., Sagacious Monks and Bloodthirsty Warriors: Chinese Views of Japan in the Ming-Qing Period (EastBridge, 2002), 17–41Prof. Douglas R. Howland. Borders of Chinese Civilization: Geography and History at Empire's End (Duke University Press Books, 1996), p. 22. Ce terme est ensuite réutilisé en 1223, lorsque des pirates japonais attaquent la côte coréenne. Ces pirates finissent par élargir leur zone d'opérations à la côte chinoise et sont actifs sur toute la côte est-asiatique, jusqu'à l'établissement de la dynastie Ming. C'est en réaction a cette vague de piratage que l'empereur Hongwu met en place les « interdictions maritimes ». Cependant, au XVIe siècle, les pirates désigné par le terme Wakõ sont pour la plupart d'entre eux Chinois et non Japonais. Selon lHistoire des Ming et d'autres documents chinois datant de la même période, seulement trente pour cent des Wakõ du XVIe siècle sont japonais, tandis que soixante-dix pour cent sont d'origine chinoise. De plus, ce sont les Chinois qui jouent un rôle déterminant dans les raids Wakõ de cette période, les Japonais et les pirates d'autres nationalités n'étant que de simples associés et/ou des mercenaires.

Les Chinois qui sont a la tête des Wakõ sont des marchands dont les activités commerciales sont devenues illégales à la suite des décrets de l'empereur Hongwu. En effet, non seulement le Haijin interdit aux gens de voyager en mer, mais ceux qui passent outre, ou sont déjà en mer au moment de la parution des décrets, ont interdiction de de rentrer chez eux. En conséquence, un grand nombre de marchands chinois sont contraints de s'établir sur des îles au large des côtes chinoises ou même dans des ports de commerce d'outre-mer. Parmi les marchands stationnés à l'étranger, on peut citer Xu Dong (許棟) et ses frères qui commencent a faire fortune une fois installé à Malacca et Patani, ainsi que Wang Zhi et Xu Hai (徐海) qui s'installent sur l'île de Kyūshū, au sud du Japon. Les marchands chinois de Kyūshū crée et entretiennent des liens étroits avec les daimyos locaux, qui offrent aide et refuge aux marchands-pirates en échange d'une part de leurs bénéfices. Par exemple, le bras droit de Xu Hai est décrit comme étant le frère cadet de Shimazu Takahisa, le Daiymo de la Province de Satsuma , tandis que son associé Chen Dong (陳東) occupe un poste élevé à la cour de Satsuma en tant que chef du secrétariat de Shimazu.

Pour protéger leur cargaison des bandes de pirates rivales et de la marine Ming, les marchands pirates s'arment avec des fusils et canons portugais et engagent des combattants japonais. Même si les Ming découvrent les armes à feu portugaises dans les années 1520, elles sont principalement déployées sur la frontière nord et non sur les côtes. De plus, Wang Zhi aide les commerçants portugais à atteindre Tanegashima en 1543, où ces derniers font découvrir les arquebuses aux Japonais pour la première fois. Cela permet aux combattants Japonais, qui avaient déjà la réputation d'être des épéistes redoutables, de se doter d'armes à feu plus avancées que celles dont disposent les forces de défense côtière chinoises à l'époque. Selon les sources de l'époque, les troupes aborigènes Ming ont particulièrement peur des arquebuses des pirates.

Défenses côtières et politique L’échec de la marine Ming lors de l’incident de Ningbo en 1523 met en évidence le déclin des capacités navales chinoises depuis la fin des célèbres expéditions maritimes de Zheng He en 1433. Si, sous les règnes des premiers empereurs Ming, la Chine dispose d’un système de patrouilles côtières et de bases insulaires pour défendre les côtes chinoises, ce dernier est dissout lorsque la politique étrangère des Ming passe de l’interventionnisme à l’isolationnisme, à la suite de la défaite catastrophique survenue lors de la bataille de la forteresse de Tumu, sous le règne de l’empereur Zhengtong (r. 1435-49). La raison officielle de ce retrait est que ces bases avancées en mer représentent un lourd fardeau pour les civils qui doivent les approvisionner, et que l’armée Ming est capable de défendre les terres après le débarquement des envahisseurs. Dès lors, les navires de guerre ne sont plus utilisés pour patrouiller le long des côtes et restent ancrés dans les ports, où ils pourrissent à cause de la négligence. L'exemple le plus extrême est celui de la garnison navale de Dengzhou, au Shandong, qui dispose d’une flotte de 100 navires de guerre à son apogée, mais au début du XVIe siècle, il ne reste que trois navires en état de naviguer, après des années de réduction des crédits et de de délabrement. Dans les années 1540, Au début de la crise des Wakõ, il n'y a que 68 navires de guerre gouvernementaux sur la côte du Fujian, tandis que les fonds alloués à la construction de navires ont apparemment été détournés. De plus, les garnisons navales présentes le long de la côte ne sont pas disposées à construire et à accueillir de nouveaux navires, car chaque navire a besoin de personnel et de ressources pour son entretien. Les navires confisqués aux pirates et redistribués aux garnisons navales finissent par être volés, échangés ou sabordés.