Roger Planchon, né le à Saint-Chamond (Loire) et mort le à est un directeur de théâtre, metteur en scène, dramaturge, comédien et cinéaste français.

Il est l'un des plus grands représentants du Théâtre national populaire, héritier de Jean Vilar, et un artisan fervent de la décentralisation théâtrale.

Biographie Enfance Ses parents quittent l'aride monde rural de l'Ardèche en quête de travail, et Roger Émile Planchon. naît le à Saint-Chamond (Loire). Sa mère, , est femme de chambre, et son père plongeur dans un hôtel avant d'acquérir un bistrot à Lyon. Le jeune garçon partage son enfance entre les quartiers populaires de la ville et la ferme du grand-père à Borée, sur les hauts-plateaux ardéchois. Pendant la guerre, il se charge de faire passer les messages des maquisards ce qui lui vaut de recevoir la Croix de guerre à l'âge de treize ans. À la fin de l'école primaire, il est inscrit dans un établissement des Frères des écoles chrétiennes où il est pensionnaire. Grâce à l'attention bienveillante d'un enseignant, il découvre l'art, la poésie et surtout le cinéma, sa première passion.

Théâtre Les débuts vignette|redresse|Les Spectacles d'art libre organisés par Suzette Guillaud chez qui Roger Planchon prend des cours d'art dramatique.

Après le collège, son père l'oriente vers le métier de cuisinier, mais son destin est déjà tracé : employé de banque le jour, il hante la nuit les caves existentialistes lyonnaises de l'après-guerre où l'on écoute du jazz et de la poésie. Nourri de la littérature qu'il dévore en autodidacte, il fait ses débuts en disant des poèmes de Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud, René Char, Jules Laforgue, Henri Michaux, dans une cave de la presqu'île, rue Bellecordière. De poésie en théâtre, il lit les ouvrages sur les nouvelles théories, les revues littéraires qui consacrent leurs articles à des auteurs inconnus en France, voit les spectacles de Jean Vilar à Paris et au festival d'Avignon, les programmations novatrices de Charles Gantillon au Théâtre des Célestins. Il suit les cours d'art dramatique de Suzette Guillaud où il rencontre les premiers compagnons de la grande traversée : Alain Mottet, Claude Lochy (le futur compositeur de la musique de ses spectacles), Robert Gilbert (son futur administrateur). Avec ses amis et Isabelle Sadoyan qui les a rejoints, il monte ses premiers spectacles, donnés dans les salles paroissiales comme celle du Quai Saint-Antoine sur les bords de SaôneJean-Jacques Lerrant, art. cit.. : La Mort joyeuse, arlequinade de Nicolaï Evreinov et Les Chemins clos, pièce de Claude Lochy en 1949 ; Le Songe d'une nuit d'été de William Shakespeare en 1950. Le , les jeunes comédiens se déclarent en compagnie constituée, encore amateur, la Compagnie Que Vlo-ve, du nom de l'une des nouvelles de L'Hérésiarque de Guillaume Apollinaire et présentent, en juin 1950, Bottines, collets montés, parade burlesque 1900, d'après Georges Courteline et Eugène Labiche, au concours du théâtre universitaire et amateur de MâconFonds Roger Planchon, BNF. dont ils remportent le premier prix.

Lyon En 1952, il crée le Théâtre de la Comédie de Lyon, qui devient le premier théâtre de province à jouer tous les soirs. À la suite d'un déficit du Théâtre de la comédie, Planchon fait appel au tutorat pour le faire survivre. La mairie de Lyon lui donne une subvention de 10 millions de francs pour relancer la troupe du théâtre de la Comédie. Il rencontre Bertolt Brecht en 1954 et, dès 1956, met en scène presque intégralement Grand-peur et misère du Troisième Reich, puis développe sa vision propre du réalisme.

Le Théâtre National Populaire à Villeurbanne vignette|redresse|Le Théâtre national populaire de Villeurbanne dont Roger Planchon fut le directeur pendant trente ans.

En 1957, il se voit confier le Théâtre municipal de Villeurbanne.. Il obtient pour ses acteurs le statut de troupe permanente en 1959 et celui de Centre Dramatique national (CDN) en 1963.

Après avoir mis en scène le Tartuffe de Molière, une première fois en 1962, Roger Planchon reprend cette création scénique en 1967 pour le Festival d'Avignon, puis créée à nouveau ce spectacle en 1973 et le présente tous les ans en tournée jusqu'en 1977. "Saluée par la critique mais controversée pour son propos provocateur, sa mise en scène donne à voir en Tartuffe un séduisant jeune homme libertin qui suscite de la part d'Orgon un amour homosexuel éperdu. Planchon [en 1973] assume lui-même le rôle".. La première création de cett eoeuvre scénique et sa reprise restent une référence.

En 1972, le ministre de la culture, Jacques Duhamel, offre au Théâtre de la Cité le label de Théâtre national populaire. Planchon en prend la direction, qu'il partage avec Robert Gilbert et Patrice Chéreau, puis avec Georges Lavaudant. Christian Schiaretti lui succède en 2002.

Planchon est une figure importante de la décentralisation théâtrale. Il met en scène Brecht, Molière, Shakespeare, Calderón, des créations d'auteurs contemporains, d'Arthur Adamov à Michel Vinaver. Il a inspiré depuis 50 ans de grands metteurs en scène comme Patrice Chéreau. Les mises en scène de Roger Planchon sont avant tout une histoire de lieu. Son théâtre est critique et populaire. Il a mené, dans toute son œuvre, une réflexion importante sur l'Histoire. Il élabore une réflexion critique sur les œuvres, qui inaugure un débat sur le rôle que le théâtre joue et doit selon lui jouer dans la société, ainsi que sur le lien entre destin individuel et collectif. Il se tourne vers un théâtre populaire, le théâtre étant pour lui le meilleur moyen de réaliser des actions populaires en faisant découvrir au grand public les classiques. Il a tenu une douzaine de rôles en vingt-cinq ans, notamment dans ses propres mises en scène de Tartuffe, George Dandin, Le Triomphe de l'amour, L'Avare

Écriture Son origine rurale inspirera nombre de ses pièces, comme La Remise. Le sujet de la vie rurale revient fréquemment dans ses écrits, notamment dans ses oeuvres dramatiques, qui traitent aussi bien, souvent, de l'Histoire de France et développent une réflexion d'ordre également historiographique. Il a de surcroît développé de nombreuses réfelxions sur l'évolution de la pratique de la mise en scène moderne et proposé le concept d'écriture scénique pour définir les possibilités signifiantes offertes aux artistes de la scène.

Récitant Dans les années 1975, il participe comme récitant à certains enregistrements de la collection de disques pour enfants "Musica Poetica, le Orff-Schulwerk" sous la direction de Jos Wuytack.

Cinéma Au cinéma il réalise trois longs métrages : Dandin en 1987 (d'après la pièce éponyme de Molière), Louis, enfant roi en 1993 (sur l'enfance de Louis XIV) et Lautrec en 1998 (sur le peintre Toulouse-Lautrec).

Il a consacré sa vie à la décentralisation théâtrale, mais également cinématographique. En 1990, il fonde Rhône-Alpes Cinéma et ouvre en 2002 un studio de cinéma de transformable en un Théâtre Studio de 700 places, le Studio 24, situé à Villeurbanne.

Il a aussi codirigé, aux côtés de Robert Gilbert, les cinémas CNP fondés en 1968, avant de revendre les trois salles, malgré les protestations des salariés, à Galeshka Moravioff en 1998.. Les trois cinémas sont maintenus en activité pendant encore dix ans. Trois mois après la disparition de Roger Planchon, en , l'Odéon est fermé et l'avenir des deux autres salles incertain.. Les deux CNP (Bellecour et Terreaux) sont finalement rouverts respectivement en 2015 et 2016 à la suite de leur rachat et de leur rénovation par la société « Cinémas Lumière » présidée par Thierry Frémaux..

Fin de vie En 2002, Christian Schiaretti lui succède à la direction du TNP ; il crée sa propre compagnie avec laquelle il continue d'écrire et de mettre en scène jusqu'à son décès.

Roger Planchon meurt le à d'une crise cardiaque, à l'âge de 77 ans.., et est inhumé au cimetière du Père-Lachaise ().

Hommage Une salle de spectacle de deux cents places porte désormais le nom de Salle Roger-Planchon, dans sa ville natale de Saint-Chamond..

Décorations

(1998)

Théâtre Metteur en scène Roger Planchon a mis en scène environ 80 pièces différentes entre 1950 et 2008, adaptations de pièces classiques (Shakespeare, Molière, Marivaux), contemporaines (Adamov, Pinter, Dubillard, Juliet) et de ses propres textes. Son travail se divise en cinq périodes principales : celle des pièces de jeunesse (1950), celle où il dirigeait le Théâtre de la Comédie de Lyon (1950-1957), celle où il dirigeait le Théâtre de la Cité de Lyon (1957-1972), celle où le Théâtre de la Cité est devenu le Théâtre National Populaire (TNP) (1972-2001), et celle où il ne dirigeait plus de théâtre (2002-2009). La liste suivante est établie selon plusieurs sources, à commencer par celle des Archives du Spectacle.. Compagnie Que vlo-ve (1950)

Théâtre de la Comédie de Lyon (1950-1957)

Théâtre de la Cité de Lyon (1957-1972)

Théâtre National Populaire (TNP) de Lyon (1972-2001)

Compagnie Roger Planchon (2002-2009)

Comédien 1950 : Bottines et collets montés d'après Eugène Labiche et Georges Courteline, mise en scène Roger Planchon, Théâtre de la Comédie de Lyon 1950 : Faust Hamlet d'après Thomas Kyd et Christopher Marlowe, mise en scène Roger Planchon, Théâtre de la Comédie de Lyon 1951 : La Nuit des rois de William Shakespeare, mise en scène Roger Planchon, Théâtre de la Comédie de Lyon 1952 : Les Joyeuses Commères de Windsor de William Shakespeare, mise en scène Roger Planchon, Théâtre de la Comédie de Lyon 1952 : La vie est un songe de Pedro Calderón de la Barca, mise en scène Roger Planchon, Théâtre de la Comédie de Lyon 1952 : Claire de René Char, mise en scène Roger Planchon, Théâtre de la Comédie de Lyon 1953 : Les Aventures de Rocambole de Lucien Dabril d'après Rocambole de Ponson du Terrail, mise en scène Roger Planchon, Théâtre de la Comédie de Lyon 1953 : Le Sens de la marche d'Arthur Adamov, mise en scène Roger Planchon, Théâtre de la Comédie de Lyon 1953 : Liliom de Ferenc Molnár, mise en scène Roger Planchon, Théâtre de la Comédie de Lyon 1954 : Le Professeur Taranne d'Arthur Adamov, mise en scène Roger Planchon, Théâtre de la Comédie de Lyon 1954 : La Bonne Âme du Se-Tchouan de Bertolt Brecht, mise en scène Roger Planchon, Festival de Lyon, Théâtre de la Comédie de Lyon 1954 : Édouard II de Christopher Marlowe, mise en scène Roger Planchon, Festival de Lyon, Théâtre de la Comédie de Lyon 1955 : Victor ou les enfants au pouvoir de Roger Vitrac, mise en scène Roger Planchon, Théâtre de la Comédie de Lyon 1956 : Aujourd'hui ou Les Coréens de Michel Vinaver, mise en scène Roger Planchon, Théâtre de la Comédie de Lyon 1958 : La Bonne Âme du Se-Tchouan de Bertolt Brecht, mise en scène Roger Planchon, Théâtre de la Cité de Villeurbanne 1959 : Henri IV de William Shakespeare, mise en scène Roger Planchon, Théâtre de l'Ambigu 1959 : Falstaff de William Shakespeare, mise en scène Roger Planchon, Théâtre de l'Ambigu 1959 : La Seconde Surprise de l'amour de Marivaux, mise en scène Roger Planchon, Théâtre Montparnasse 1959 : Les Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas, mise en scène Roger Planchon, Théâtre de l'Ambigu 1960 : Les Âmes mortes de Nicolas Gogol, mise en scène Roger Planchon, Théâtre de la Cité de Villeurbanne 1960 : Les Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas, mise en scène Roger Planchon, Festival de Baalbeck, Festival d'Édimbourg 1960 : La Seconde Surprise de l'amour de Marivaux, mise en scène Roger Planchon, Théâtre de la Cité de Villeurbanne 1961 : Les Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas, mise en scène Roger Planchon, Festival de Vienne 1962 : La Remise de Roger Planchon, Théâtre de la Cité de Villeurbanne, Odéon-Théâtre de France en 1964 1963 : Les Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas, mise en scène Roger Planchon, Moscou, Théâtre de la Cité de Villeurbanne 1968 : Les Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas, mise en scène Roger Planchon, Théâtre de la Cité de Villeurbanne