« Empire romain d'Occident » est une formule conventionnelle utilisée par les historiens français pour désigner, à la suite de la division effectuée par Dioclétien en 285, la partie occidentale (en latin ) de l'Empire romain dans le cadre du système de la tétrarchie (gouvernement de quatre empereurs, deux Auguste et deux César), tandis que la partie orientale est désignée par la formule « Empire romain d'Orient ».

L'empire d'Occident prend conventionnellement fin en 476, lorsque le Germain Odoacre dépose l'empereur (usurpateur) Romulus Augustule sans demander à l'empereur d'Orient de le remplacer. Cette date est retenue comme celle de la fin de l'Antiquité et du début du Moyen Âge. L'empire d'Orient se prolonge en revanche durant le Moyen Âge, désigné par la formule « Empire byzantin », en référence à l'ancien nom (Byzance) de sa capitale, Constantinople (aujourd'hui Istanbul), prise par les Turcs en 1453.

De 285 à 476, Rome reste capitale symbolique de l'empire, mais n'est plus le siège du gouvernement, les empereurs d'Occident titrés Auguste résidant à Milan, puis à partir de 402 à Ravenne, et les César à Trèves.

Il ne s'agit pas d'une séparation entre deux États indépendants, mais d'un partage de responsabilités, pour des raisons principalement militaires, à une époque où l'empire subit de plus en plus d'attaques de peuples extérieurs, mais aussi de troubles intérieurs, notamment le phénomène des bandes bagaudes. Il arrive à l'occasion que l'unité du gouvernement soit rétablie au : sous le règne de (324-337), de Julien (361-363) et de (392-395).

Après la mort de Théodose, la situation de l'empire d'Occident devient très critique, situation dont le symbole est le sac de Rome par les Wisigoths en 410. La crise est due notamment à l'installation de pouvoirs germaniques sur le territoire de l'empire, soit avec le statut de fédérés (royaume wisigoth de Toulouse à partir de 418, royaume franc de Tournai), soit sans aucune allégeance au pouvoir impérial (Vandales en Afrique, Suèves en Galice et Lusitanie). De fait, le pouvoir des empereurs d'Occident est très limité au : le pouvoir effectif à la cour de Ravenne est détenu par des généraux, souvent d'origine germanique, qui ne peuvent pas dans ce cas être empereurs, mais portent le titre de patrice, notamment Ricimer de 455 à 472, puis Odoacre.

Après 476, l'empereur d'Orient redevient en théorie empereur unique, tandis que l'empereur d'Occident légitime, Julius Nepos, se trouve en Dalmatie romaine de 476 à 480. De fait, Odoacre gouverne l'Italie de 476 à 493, jusqu'à son assassinat par l'Ostrogoth Théodoric le Grand. Au , l'empereur d'Orient Justinien lance une grande opération de reconquête de l'Occident et parvient à reprendre certains territoires (notamment Ravenne et la lagune de Venise).

Au bout de trois siècles, le roi des Francs Charlemagne, maître de la Gaule, de la Germanie et de l'Italie (mais pas de l'Espagne ni de l'Afrique du Nord, tombées sous la domination du califat de Damas, ni de l'ancienne Bretagne romaine, aux mains des rois saxons), se fait couronner empereur à Rome par le pape en l'an 800, rétablissant , dont l'ultime avatar sera le Saint-Empire romain germanique (962-1806).

Contexte : la crise du Avec l'assassinat de l'empereur Sévère Alexandre en , l'Empire romain connaît une période d'instabilité interne de cinquante ans (235-284), désignée par l'historiographie sous le nom de « crise du troisième siècle », à quoi s'ajoute en Perse l'avènement de la dynastie des Sassanides, qui entraîne un nouveau cycle de guerre à l'est de l'Empire.

Le règne de Gallien et l'usurpation de Postume (260) En 259, l'empereur Valérien est fait prisonnier par le roi et meurt en captivité l'année suivante.

Gallien, son fils aîné, qui règne à ses côtés depuis 253, lui succède. Il dirige la guerre contre les Sassanides, tandis que son propre fils, Salonin, et le préfet du prétoire, Silvanus, résident à Cologne (Colonia Agrippina), en Germanie inférieure afin de contrôler les légions du limes rhénan. Cela n'empêche pas le gouverneur Postume de se rebeller.

Venant probablement de Gaule belgique (Reims), il attaque Cologne. Salonin et Silvanus sont tués et Postume se proclame empereur des Gaules, choisissant Trèves (Augusta Treverorum) pour capitale. Il prend le contrôle des provinces de Germanie, de Gaule, d'Hispanie et de Bretagne, créant son propre Sénat et nommant ses propres consuls.

Postume meurt en 269, mais sa succession est assurée par plusieurs empereurs des Gaules jusqu'en 273-274.

De plus, des provinces orientales font sécession sous le commandement de la reine de Palmyre Zénobie, qui institue l'empire de Palmyre.

Le règne d'Aurélien (270-275) et ses suites (275-284) Ce règne marque un certain redressement. Aurélien lance la construction des murailles de Rome, le « mur d'Aurélien ». De nombreux chefs-lieux de cités (par exemple Lutèce, chef-lieu des Parisii, en Gaule) se dotent aussi de remparts, notamment dans la partie ouest de l'empire.

En 272 il parvient à reprendre le contrôle des territoires de Zénobie. Il se tourne ensuite vers les Gaules où il met fin à la sécession initiée par Postume. Le , lors de son triomphe à Rome, il officialise le culte de Sol Invictus (« Soleil invaincu »), divinité appréciée dans l'armée.

La succession est assez agitée après la mort d'Aurélien : six empereurs de 275 à 284, avec en 281 trois usurpations en Gaule, en Germanie et en Syrie.

L'avènement de Dioclétien, pourtant empereur autoproclamé (284), marque le début d'une période de stabilité et de profondes réformes de l'empire.

De l'avènement de Dioclétien à la mort de Théodose (284-395) Les réformes de Dioclétien

Voulant renforcer le système administratif et militaire, Dioclétien est à l'origine de la division de l'Empire romain en deux grandes parties, de la tétrarchie (gouvernement à quatre empereurs, deux titrés Auguste et deux titrés César), de la création des préfectures du prétoire hors de Rome, des diocèses (civils) regroupant plusieurs provinces et de l'augmentation du nombre de provinces (par exemple, la province de Gaule Lyonnaise est divisée en quatre provinces avec pour chefs-lieux Lyon, Rouen, Tours et Sens).

Division de l'empire en deux (286) La division de l'Empire romain commence sous Dioclétien. En 285, à Milan dont il a fait une résidence impériale, il nomme un empereur en second qui reçoit le titre de César, Maximien Hercule, et dès 286 lui donne le titre d'Auguste qu'il détient lui-même (mais il est primus Augustus). Dioclétien prend en charge l'Orient (avec Nicomédie comme résidence) et Maximien est chargé de l'Occident (Trèves).

Division en quatre : le système de la tétrarchie (293-305) thumb|left|upright=0.7|Les tétrarques, basilique Saint-Marc de Venise

La division de l'empire est renforcée lorsqu'il institue en 293 la tétrarchie en nommant un César pour lui-même et un autre pour Maximien, avec la répartition suivante : Dioclétien (Auguste) : Asie, Pont, Orient (préfecture du prétoire d'Orient : Nicomédie) Galère (César) : Pannonnie, Mésie, Thrace (préfecture du prétoire d'Illyricum : Sirmium) Maximien (Auguste) : Italie, Hispanie, Afrique (préfecture du prétoire d'Italie : Milan) Constance Chlore (César) : Gaule, Bretagne (préfecture du prétoire des Gaules : Trèves)

Ce système divisa l'Empire en quatre parties avec chacune sa résidence impériale, Rome restant l'unique capitale, afin d'éviter les troubles qui avaient marqué le .

Crise de la succession de Constance Chlore (306-324) La mort de Constance Chlore (306) et ses conséquences Le , selon la règle choisie par Dioclétien d'un règne de vingt ans, les deux Augustes abdiquent et sont remplacés par leurs Césars, après avoir nommé de nouveaux Césars.

La mort prématurée de Constance Chlore (Auguste d'Occident) en 306 déstabilise le système. Son fils Constantin est proclamé empereur par les légions de Bretagne que commandait Constance Chlore, tandis que son César, Sévère, devient Auguste.

Conflit entre Constantin, Maxence et Licinius (307-324)

Il s'ensuit une crise de quelques années, Sévère étant assassiné en 307 par un autre usurpateur, Maxence, qui prend le pouvoir en Italie.

En 308, l'Auguste d'Orient, Galère, organise une conférence à Carnuntum, .

De 308 à 312, Licinius et Constantin établissent leur pouvoir dans leurs parties respectives de l'Empire. Constantin élimine Maxence en 312 à la bataille du pont Milvius.

Puis, à partir de 313, Constantin et Licinius s'affrontent pour la domination de l'Empire. Licinius est vaincu et fait prisonnier à Chrysopolis en 324 et exécuté l'année suivante.

Règne unitaire de Constantin (324-337)

Un premier événement important date de 313 : l'édit de Milan, par lequel Constantin rend le christianisme légal dans les territoires qu'il contrôle, conséquence de sa victoire du pont Milvius. Le christianisme, qui n'est plus menacé de persécutions, commence à se développer en touchant des membres de l'élite romaine. Constantin lui-même ne se convertit pas officiellement (il se fera baptiser seulement peu avant sa mort en 337).

Un deuxième événement important est la création de Constantinople en 324.

L'empire divisé sous les successeurs de Constantin (337-353) La mort de Constantin laisse trois fils pourvus du titre de César : , et , chacun d'eux ayant dès le début des années 330 été chargé d'un certain nombre de diocèses de l'empire.

L'Ouest est réunifié en 340 sous , puis l'Empire tout entier en 353 par .

Règnes de Constance II, de Julien et de Jovien (353-364) En 355, Constance II, écartelé entre l'agitation des Germains et la guerre contre les Sassanides, fait de son cousin Julien son César et l'envoie en Gaule combattre les Alamans, avec succès.

En 360, Julien est proclamé Auguste par ses soldats. Constance II, qui se trouve alors en Mésopotamie, décide de partir le combattre en Gaule, mais il meurt en chemin (361), laissant Julien seul maître de l'Empire. Julien, qui est hostile au christianisme, est tué en 363 en combattant les Sassanides (bataille de Samarra).

Son successeur, le commandant de la garde impériale, Jovien, est tué l'année suivante.

L'empire divisé à partir du règne de Valentinien Après la mort de Jovien, l'empire retombe dans une période d'instabilité politique, au terme de laquelle s'impose en 364. Il divise immédiatement l'empire, en plaçant la partie orientale sous le gouvernement de son frère Valens.

Les deux parties de l'empire sont alors perturbées par les menaces extérieures, notamment les Huns et les Goths. Les Wisigoths, entrés dans l'empire pour se protéger des Huns, font subir à l'armée romaine une défaite sévère à Andrinople en 378. Ils commencent alors un périple de longue durée dans l'empire.

Un autre problème est le développement de tensions entre les élites converties au christianisme et celles qui veulent rester polythéistes, ou, selon les chrétiens, païens (dont Julien a été le champion durant son court règne). Or la religion officielle de l'empire reste fondée sur le polythéisme, notamment à travers le culte impérial.

En 379, Gratien, fils et successeur de Valentinien, refuse de porter le titre traditionnel de pontifex maximus ; en 382, il prive les prêtres païens et fait retirer l'autel (non chrétien) de la Curie, lieu de réunion du Sénat.

Règne unitaire de Théodose (394-395) En 388, le général Magnus Maximus s'empare du pouvoir en Occident, forçant , frère de Gratien, à fuir vers l'Orient pour y chercher de l'aide. L'empereur d'Orient, , le rétablit rapidement sur le trône.

En 392, Valentinien II est assassiné par le magister militum d'Occident Arbogast, un Franc (païen), qui place sur le trône le sénateur Eugène. Eugène est renversé en 394 par Théodose, qui gouverne l'Orient et l'Occident pendant deux ans, jusqu'à sa mort.

C'était la dernière fois qu'un seul empereur gouverne la totalité de l'empire romain.

vignette|Division de l'Empire après la mort de Théodose (395).