Le tombeau des Deux-Amants était un édicule antique situé à l’entrée nord de Lyon, dans le Faubourg de Vaise, rive droite de la Saône. Il fut détruit en 1707. Bien que modeste, ce monument connut une grande notoriété en raison de sa dénomination évoquant l’amour et du mystère entourant son origine.
Description
En bordure de la voie d'Aquitaine, entre les portes de Vaise et de Pierre-Scize, se trouvait un petit monument de pierre isolé, tourné vers l’orient., faisant face à la Saône, que la tradition populaire désignait sous le nom de tombeau, ou sépulcre, des Deux-Amants. Il était , Il était à proximité de l'ancienne église de l'Observance, à peu près en face du couvent de Franciscaines du Tiers-Ordre, dites de Sainte-Elisabeth, surnommé le monastère des Deux-Amants., qui est actuellement occupé par le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse.
Il était de forme simple, de plan carré, du style d'un temple à celle, d’une hauteur d’environ 20 pieds (6 mètres).. Sur un vaste socle s'élevaient quatre pilastres à chapiteau dorique, qui supportaient un entablement, couronné de deux côtés par un fronton. L'entrepilastre d'une des faces était muré, les trois autres faces étaient ouvertes.. André Steyert dans sa Nouvelle histoire de Lyon parue en 1895 le rapproche de son dessin hypothétique du mausolée d’Acceptius, dont les fragments épars ont été découverts peu de temps auparavant, en 1870, rue de Marseille, dans le 7e arrondissement de Lyon.
Origine Ce petit monument était le seul édifice antique de Lyon qui subsistât presque entier jusqu'au début du .. Pour le comte de Caylus, ce monument paraissait être du siècle d’Auguste. Claude Brossette juge lui qu’il avait été fait après le siècle d’Auguste.. Quant au P. de Colonia, il pense qu’il devait être au plus tard du second siècle..
Cependant il devint aussi célèbre par l’incertitude de son origine que par son ancienneté même. En effet il dut sa grande popularité au mystérieux couple duquel il tenait son nom, ce qui suscita diverses fables sur l'amour conjugal ou fraternel et en fit le symbole de l’amour éternel.
Conjectures sur sa destination Comme aucun auteur ancien n'en a parlé et qu'il ne portait aucune inscription, les antiquaires et historiens de Lyon ont formulé au cours du temps de nombreuses conjectures concernant la véritable destination de ce tombeau et l'identité de ces fameux deux Amants, sans pouvoir affirmer rien de certain. Sa démolition n’ayant rien révélé, le mystère est resté entier.
Voici les différentes hypothèses qui ont été émises successivement par les antiquaires et les historiens lyonnais.
Tombeau des amants Hérode Antipas et Hérodiade Selon la tradition populaire, qui s’appuie sur le récit de Flavius Josèphe mentionnant, dans ses Antiquités Judaïques, que Caligula condamna Hérode et exila aussi Hérodiade avec lui., le tombeau des Deux-Amants aurait été celui d’Hérode Antipas et d’Hérodiade.
Cette légende, citée par Guillaume du Choul ( — 1560) vers 1547, a été reprise et propagée par Guillaume Paradin de Cuyseaulx ( — 1590), dans ses Mémoires de l'histoire de Lyon publiées en 1573, celui-ci se référant à Flavius Josèphe, mais aussi à Comestor et à l’archevêque de Florence Antonin :
Claude de Rubys (1533 — 1613), dans son Histoire véritable de la ville de Lyon publiée en 1604, avance plusieurs arguments pour réfuter cette fable., qu’il qualifie par dérision de Paradine. Tout d’abord il se réfère à Antonin, , estimant que des personnes mortes dans la misère ne peuvent avoir une sépulture qui . Il indique ensuite qu'il n'est pas assuré qu'Hérode et Hérodiade soient morts à Lyon, car bien que Flavius Josèphe l'ait écrit dans ses Antiquités Judaïques, il a aussi écrit dans son livre de la Guerre des Juifs. qu'Hérode se retira en Espagne où il eut sa femme pour compagne de sa pérégrination. Il ajoute qu'Egesippus et Ado Viennensis affirment qu'Hérode et Hérodiade sont morts misérables en Espagne. Si tel est bien le cas, leur tombeau ne pourrait être à Lyon. Il affirme enfin qu’il était expressément défendu par les lois romaines de dresser en une colonie romaine comme était Lyon,
Jacob Spon reprendra les mêmes arguments en 1673 dans son ouvrage Recherche des antiquités et curiosités de la ville de Lyon.
Tombeau de chastes époux chrétiens Claude de Rubys, toujours dans l’Histoire véritable de la ville de Lyon de 1604, suggère que le tombeau des Deux-Amants pourrait être celui de deux époux chrétiens de l’église primitive ayant fait vœu de chasteté et enfin réunis dans la tombe : Il s’inspire en cela de l’histoire des deux amants de Clermont que rapporte Grégoire de Tours dans son Histoire des Francs. et dans Les livres des miracles.. À l’appui de cette conjecture il mentionne que la localisation du tombeau à l’entrée de la ville était usuelle pour les sépultures des premiers chrétiens dans l’empire Romain :
Tombeau de deux amants, ou amis, réunis à Lyon Le voyageur allemand (15.. — après 1642), dans son ouvrage Ulysses Belgico-Gallicus publié en 1631, rapporte une autre légende :
Ce récit est repris en 1696 par le P. Claude-François Ménestrier (1631 — 1705) dans son Eloge historique de la ville de Lyon, avec quelques variantes :
Autel payen Jacob Spon (1647 — 1685), dans son ouvrage Recherche des antiquités et curiosités de la ville de Lyon datant de 1673, doute que ce monument soit un tombeau Il propose que ce soit un autel payen, un sacellum :
Le comte de Caylus (1692 — 1765), dans son Recueil d’antiquités égyptiennes, grecques, romaines et gauloises de 1759, penche pour cette hypothèse, sans certitude :
Toutefois cette hypothèse n'explique pas la dénomination de ce monument.
Tombeau de deux prêtres d’Auguste surnommés Amandus Le P. Claude-François Menestrier (1631 — 1705), dans son Eloge historique de la ville de Lyon de 1696, évoque deux inscriptions trouvées sur les piédroits d’une porte du cloître de la cathédrale Saint-Jean pour proposer une autre explication : ce monument serait le tombeau de deux prêtres d’Auguste dont l’un s'appelait Tiberius Claudius Amandus : Le P. Ménestrier ne reproduit qu’une seule des deux inscriptions auxquelles il fait référence :
Claude Brossette (1671 — 1743), dans son ouvrage Éloge historique de la ville de Lion, datant de 1711, réfute cette hypothèse. Tout d’abord il fait remarquer que les inscriptions sur lesquelles se base le P. Ménestrier ne font mention que d’un seul Amandus alors qu’il est question de deux Amants. Ensuite il ne voit pas pourquoi on aurait détaché ces deux pierres de l’édifice sans le démolir et pourquoi on les aurait transportées à l’autre bout de la ville.
Sépulture d’un gaulois nommé Amandus et de sa sœur bien aimée Brossette, dans son ouvrage Éloge historique de la ville de Lion de 1711, formule une nouvelle hypothèse, basée sur une inscription que Spon avait trouvée sur un cippe et transcrite dans son ouvrage Recherche des antiquités et curiosités de la ville de Lyon, mais sans faire de lien avec le tombeau des Deux-Amants tout proche :
Il en déduit qu’il s’agit de la sépulture d’un frère et d’une sœur :
Le P. Dominique de Colonia (1660 — 1741), dans son Histoire littéraire de la ville de Lyon, publiée en 1728, justifie ce récit. Il mentionne, comme Spon avant lui, que les noms des frère et sœur, Arvescius Amandus et Olia Tributa, sont deux noms gaulois latinisés.
Cette conjecture a été jugée la plus vraisemblable par les historiens du , mais sans certitude absolue...
Mausolée de deux amants gaulois Louis-Claude Bruyset de Manévieux (1738 — 1793), dans un chapitre du Porte-feuille Lyonnois paru en 1780, raconte que deux gaulois, Anitus et Ovar, se battirent pour Doncia, une gauloise amoureuse d’Ovar. Anitus tua les deux amoureux Ovar et Duncia et le Gouverneur de la ville, Séranus, fit bâtir un mausolée décoré de quatre colonnes sous lequel furent ensevelis leurs corps..
Ce récit est repris en 1829 par Pierre Clerjon (1800 — 1832), dans son Histoire de Lyon..
Tombeau d'un garçon et d'une fille qui se seraient précipités ensemble du haut du bastion des Deux-Amants La notice accompagnant la gravure Vue du Bastion des deux Amans à Lyon qui figure dans l'ouvrage anonyme Nouveau voyage pittoresque de la France publié en 1817. rapporte que le tombeau des Deux-Amants aurait été élevé à un garçon et une fille qui, contrariés dans leur passion amoureuse, auraient accompli, en se précipitant ensemble du haut de cette tour, une union que refusaient d'opérer des parents impitoyables.
Sépulture de parents du général Amandus Joseph-François Artaud (1767 — 1838), dans son ouvrage Lyon souterrain publié en 1846, indique que
Destruction Sur la requête des habitants du quartier Pierre-Scize, le Consulat de la ville de Lyon a ordonné, par sa délibération du mardi , la démolition du tombeau des deux Amans. Les raisons invoquées sont l’embarras qu’il cause à la circulation et le danger que représente sa caducité, car il menace ruine d’un côté, ces risques s’aggravant Le Consulat a également arrêté et de
Sa démolition a été effectuée le , elle n’a rien révélé concernant son origine et, contrairement à ce qui avait été décidé, il n’a pas été reconstruit à proximité.
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Artaud, dans son ouvrage Lyon souterrain, dit néanmoins avoir vu un ossuaire retiré du tombeau des Deux-Amants :
Œuvres littéraires et musicales Les légendes du tombeau des Deux-Amants ont inspiré plusieurs auteurs.
Honoré d’Urfé
Dans son roman L'Astrée, publié de 1607 à 1627, Honoré d'Urfé (1567-1625) fait du tombeau des Deux-Amants un lieu d’asile pour les amants persécutés : . Hylas et Periandre s'y rendent pour faire le serment de leur amitié., Chriséide y jure son amour pour Arimant..
Pierre Labbé (Le tombeau des Deux-Amants érigé à Lyon) est un poème de Pierre Labbé (1596-1678) figurant dans la deuxième édition de son ouvrage (Eustathe ou Placidas, héros chrétien) parue en 1672.. Il fait référence à Grégoire de Tours.
Laurence Sterne Dans le roman The Life and Opinions of Tristram Shandy, Gentleman (Vie et opinions de Tristram Shandy, gentilhomme), de l’écrivain anglais Laurence Sterne (1713-1768), publié à partir de 1759, le héros Tristram Shandy rapporte la fable d’Amandus et Amanda, deux amants lyonnais séparés l’un de l’autre par de cruels parents, qui sont morts de joie en se retrouvant dans leur ville natale après une très longue pérégrination.. Il se rend tout exprès à Lyon pour aller voir le Tombeau des Amants, érigé en l’honneur de leur fidélité et où les amants venaient les prendre à témoin de leur sincérité., mais grande est sa déception quand il se rend compte qu’il n’existe plus..
Gaspare Spontini Le Tombeau des deux amants est une aria da camera (air de chambre) pour voix moyenne et piano (ou harpe) du compositeur italien Gaspare Spontini (1774-1851), sur des paroles de M. de Luigny, extraite de Six nouvelles romances, ., dédiées à Sa Majesté la Reine de Hollande..
Anonyme du L'Histoire d'Aranthès et d'Aspasie est le récit de deux amants longtemps séparés puis enfin réunis, accidentellement tués par un archer et mis dans le même tombeau à Lyon. Ce récit est publié anonymement dans l'Année littéraire d'Élie Fréron en 1767..
Lieux et édifices homonymes Les Deux-Amants fabuleux dont, d'après la tradition populaire, l'édicule romain situé à la porte de Vaise aurait été le tombeau, ont également donné leur nom à plusieurs lieux et édifices publics, dont certains existent encore aujourd'hui.
Lieux et édifices actuels Le clos des Deux-Amants est un terrain du 9e arrondissement de Lyon où se situe l’actuel Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse.
Le tunnel des Deux-Amants est un tunnel ferroviaire de 310 m de long, entre Tassin et Gorge-de-Loup, sur la ligne de Lyon-Saint-Paul à Montbrison, mis en service en 1876..