La Grammaire de l'Académie française est la première grammaire publiée par l'Académie française en 1932. Sa rédaction a été dirigée par l'académicien Abel Hermant, aidé d'un ou de plusieurs prête-plumes inconnus. Elle a fait l'objet l'année suivante d'une seconde édition qui corrige les erreurs contenues dans la première.

Première grammaire publiée depuis la création de l'institution en 1634 , elle n’a été suivie d’aucune autre tant elle a fait l'objet de vives critiques, et ce en dépit du fait que les statuts de l’Académie lui imposent de travailler à sa rédaction.

Histoire

Place de la grammaire à l'Académie Les statuts de l'Académie tels qu'établis lors de sa fondation en 1635 prévoient qu'elle travaille à la composition d'« un dictionnaire, une grammaire, une rhétorique et une poétique »Statuts et règlements de l'Académie française. (art. XXVI). Alors que plusieurs éditions du Dictionnaire de l'Académie avaient paru, ce n'était toujours pas le cas de la grammaire ; quant à la rhétorique et la poétique, elles n'ont jamais été entreprises. Dans son allocution sur la grammaire de l'Académie, Abel Hermant précise : « [L'Académie] semble avoir renoncé à la Rhétorique et à la Poétique, qui ne sont plus au goût de notre temps : c’est une petite hardiesse que personne, j’imagine, ne lui reprochera.. »

Une première tentative d'établir une grammaire avait précédemment été entreprise par un autre académicien : François-Séraphin Régnier-Desmarais (élu en 1670 à l'Académie, dont il devient le secrétaire perpétuel en 1683). Il publie en 1705 un Traité de la Grammaire françoiseFac-simile de l'ouvrage : ., qui n'est donc pas une grammaire générale, et qui parait sous son nom et non en celui de l'Académie...

Dans les nouveaux statuts établis le , les objectifs de l'institution se font plus modestes. Seule la rédaction du Dictionnaire est formulée, et la grammaire, mentionnée à l', n'est plus qu'un thème de discussion : « des discussions sur tout ce qui tient à la grammaire, à la rhétorique, à la poétique, des observations critiques sur les beautés et les défauts de nos écrivains, […] et particulièrement la composition d’un nouveau dictionnaire de la langue, seront l’objet de ses travaux habituels »..

Rédaction et publication

La composition d'une grammaire par l'Académie est soutenue par Abel Hermant en . Il souhaite qu'elle soit conforme à celle décrite par FénelonVoir .. Soumis au cours de la séance du , le projet est adopté et officiellement annoncé au cours d'une séance extraordinaire le .

Une commission ad hoc est créée, composée de Joseph Bédier, Paul Valéry et Abel Hermant. Il ne subsiste aucune trace des travaux de cette commission, ce qui rend impossible de connaître les conditions précises de la rédaction de la grammaire. Il est certain qu'Abel Hermant en a dirigé la publication. Certains articles de presse indiquent qu'il a été aidé par un prête-plume inconnu, y compris des académiciens eux-mêmes. Jean-Paul Caput, dans le Que sais-je ? qu'il a consacré à l'Académie, précise : « L'élaboration de l'ouvrage étant restée mystérieuse, l'on peut se demander s'il y eut un ou plusieurs auteurs, et éventuellement des rédacteurs. Officiellement, c'est l'œuvre de l'Académie, et non celle de telle ou telle personne particulière. En fait, il y eut des collaborateurs extérieurs, si l'on en croit F. Gaiffe, dans la Revue universitaire en 193 : « Nul n'ignore que M. Abel Hermant en est le principal auteur, mais qu'il a fait appel à un ou plusieurs collaborateurs universitaires. ».. » Le procès-verbal de la séance du indique que « M. Abel Hermant [a pris l'initiative de la Grammaire] et s'est chargé de préparer le travail dont les épreuves ont été soumises à tous les membres. ».

La publication de l'ouvrage a lieu au mois d', durant lequel une souscription a été ouverte. C'est un très grand succès de librairie, puisque les sont vendus le jour même de sa parution, puis dix jours plus tard.. Jean-Paul Caput explique cet accueil « triomphal » par quatre raisons : « le prestige de l'Académie ; l'intérêt des Français pour leur langue ; le souci encore très répandu de la pureté de celle-ci ; enfin, un phénomène de curiosité. ».

Sur la vente de l'ouvrage, Abel Hermant reçoit 37,5 % de la somme que l'éditeur verse à l'Académie.

Cette première édition ayant fait l'objet de nombreuses critiques, elle est réimprimée corrigée en 1933 : . Cette seconde édition est qualifiée, sur sa page de titre, de nouvelle, et non de corrigée. L'Académie se justifie dans sa préface :

Éditions de la grammaire

Structure de l'ouvrage

+Sommaire des deux éditions de la GrammaireÉdition de 1932Édition de 1933Préface Grammaire de l'Académie française Les Sons et les Signes Formation des mots La Proposition Le Nom L'Article Le Pronom L'Adjectif Adjectifs déterminatifs Adjectifs qualificatifs Le Verbe La Conjugaison Verbes irréguliers Les Modes et les Temps Les Mots invariables L'Adverbe L'Interjection La Préposition La Conjonction La Phrase Les Propositions subordonnées La Concordance des Temps Index

Critiques L'année même de sa parution, le linguiste Ferdinand Brunot, lauréat de l'Académie française et membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, critique vivement l'ouvrage en publiant ses Observations sur la Grammaire de l'Académie Française. Il relève et commente de nombreuses erreurs. En réaction à ces attaques, Abel Hermant publie dans Le Figaro une série d'articles sous le pseudonyme de « Lancelot » dans lesquels il attaque le linguiste sans pourtant réfuter ses observations. Camille Aymonier vient également défendre le travail de l'Académie en publiant en 1933 La grammaire de l'Académie française et ses critiques. Cependant l'Académie donne tacitement raison à ses détracteurs en publiant en 1933 une nouvelle édition de sa grammaire dans laquelle sont corrigées les erreurs relevées. Un autre ouvrage est publié par Louis Baudry de Saunier sous le titre Gaîtés et Tristesses de la Grammaire de l'Académie française. Auteur très populaire à l'époque, son livre, largement diffusé, a certainement été beaucoup lu. Toutefois, Baudry de Saunier n'a aucune compétence en grammaire. Son travail ne fait donc pas autorité en la matière et n'est pas pris au sérieux.

L'hostilité envers la grammaire vient aussi de certains académiciens eux-mêmes, notamment Joseph Bédier, pourtant membre de la commission chargée de son élaboration, qui anima l'opposition au sein de l'institution. Dans le Journal de Genève, un académicien anonyme adresse cet épigramme à Abel Hermant :

En réaction à la publication de la grammaire de l'Académie, l'Office de la langue française est créé en 1937 par des linguistes et des hommes de lettres. Il est présidé par Ferdinand Brunot et Paul Valéry (membre de l'Académie française).

Échaudée par les critiques dont cette grammaire a fait l'objet, l'Académie n'en a plus publié d'autre édition..

Références

Annexe

Bibliographie

Articles connexes Académie française Dictionnaire de l'Académie française Dictionnaire historique de la langue française (Académie française)

Liens externes

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