Fouad Belkacem (en ) surnommé Abu Imrân, né le à Rumst (Belgique), est un prédicateur, activiste takfiriste et fondateur du groupe terroriste Sharia4Belgium.

Fouad Belkacem est une figure controversée en Belgique en raison de ses activités prônant la fin de la démocratie et l'instauration d'un État islamique régi par la loi de la Charia en Belgique. Il fonde l'organisation Sharia4Belgium, qui est dissout en 2012 et qualifié de groupe terroriste djihadiste par l'État belge. Il collabore également régulièrement avec l'organisation Sharia4Holland aux Pays-Bas, tenant des conférences anonymes et clandestines à Amsterdam, Anvers et Bruxelles.

Arrêté le à Anvers, il est condamné le à douze ans d'emprisonnement pour terrorisme, avant d'être déchu de sa nationalité belge en 2018.

Il est actuellement incarcéré à la prison de Hasselt. À la fin de sa condamnation, en 2027, il pourrait être expulsé vers le Maroc, un pays dont il ne se considère pas citoyen, critiquant ouvertement le gouvernement marocain et le roi Mohammed VI.

Biographie Fouad Belkacem naît le à Rumst, en Belgique, dans une famille d'origine marocaine. Son père, né en 1957 à Berkane, au Maroc, émigre en France dans les années 1950 pour travailler comme ouvrier. Ne trouvant pas sa place en France, il décide de revenir au Maroc. Cependant, ses deux frères émigrent en France, et lui-même, ressentant une pression académique insupportable au Maroc, quitte le pays en 1974 pour s'installer à Paris. Il travaille dans un restaurant de distribution avant de déménager à Bruxelles en 1977. Là, il trouve un emploi dans un restaurant et, plus tard, commence à commercer des voitures. La mère de Fouad, née en 1960 à Casablanca, émigre en Belgique en 1970 avec sa famille, après que son père, un artisan du verre, ait été recruté pour travailler dans une usine en Belgique. La famille s'installe à Boom, où la mère de Belkacem devient interprète assermentée en arabe, néerlandais et français.

Fouad Belkacem grandit dans un environnement où l'islam sunnite modéré est pratiqué. En tant qu'élève, il fréquente l'école catholique Onze-Lieve-Vrouw jusqu'à la quatrième année du secondaire, puis poursuit ses études au PTS Boom en commerce, avant de se réorienter vers la mécanique automobile au GTI Duffel. Passionné par le football et populaire parmi ses amis, il est également bien intégré socialement.

En 1994, son père fonde une entreprise de vente de voitures d'occasion de carrés le long de l'A12, où Fouad et son frère aîné aident à temps partiel. L'entreprise prospère jusqu'à ce qu'elle fasse faillite en 2003. Cette même année, un grave accident de voiture à Dijon lors d'un voyage au Maroc devient un tournant majeur dans la vie de Fouad. Lors de l'accident, sa voiture, une Renault Clio modifiée, se retrouve sous un camion, entraînant Fouad, sa sœur de 17 ans, et son frère cadet dans une situation critique. Fouad subit de graves blessures, notamment une fracture de la mâchoire et une perte importante de sang. Cet événement marque un tournant crucial dans sa vie et devient un catalyseur pour sa radicalisation religieuse. Il commence à s'intéresser au salafisme et est encouragé par l'imam Nordine Taouil. Son père tente de refonder une entreprise à Hoboken, avec l'aide de Fouad, avant qu'il ne se détache.

Activités sur internet : Débuts dans l'extrémisme religieux (2006-2009) Après l'accident et la faillite de l'entreprise familiale, Fouad se tourne vers le salafisme et adopte le nom d'Abou Imran après la naissance de son fils Imran. Sa passion pour le football se transforme en une passion pour le salafisme djihadiste. Il se tourne vers la politique belge en étudiant la possibilité de pratiquer une justice islamique en Belgique. À Anvers, il forme rapidement un cercle aux idéologies extrêmes, prônant la fondation de la charia. Âgé de 22 ans, Fouad Belkacem est régulièrement présent dans les quartiers d'Anvers tels que Borgerhout et Deurne, où il pratique bénévolement la "street dawah", prêchant dans les rues de la ville.

Dans sa quête de défendre les droits des musulmans, Fouad s'engage politiquement en rejoignant la Moslim Democratische Partij (MDP), rebaptisée plus tard Ligue arabe européenne (AEL). Il collabore avec Dyab Abou Jahjah et Said Touhafi de Boom. Il crée également un jeugdhuis (maison des jeunes) à Boom, une organisation à but non lucratif ouverte à tous les jeunes. Son engagement en faveur des droits des musulmans, ainsi que sa générosité et son désir d'aider les autres, sont des aspects marquants de sa personnalité.

Cependant, il se heurte à l'opposition de nombreux imams, y compris Nordine Taouil, qui se retourne contre lui et dépose une plainte. Son père, malgré les difficultés et l'opposition, exprime son soutien inconditionnel envers son fils, même s'il est conscient des controverses et des conflits qui entourent ses activités.

Comme toutes les personnes de leur génération, lui et son cercle proche sont très actifs sur internet. YouTube leur permet de diffuser leurs messages radicaux. Dans l’une de ces vidéos, avec une douzaine de personne, Fouad Belkacem menace de s'en prendre à l'Atomium. Le groupe a également sa page Facebook ; il y propose notamment l'achat de vêtements, comme le niqab.

Ayant pour but de monter sa propre parti politique, il gagne en notoriété en Belgique en défiant des personnalités de la haute sphère politique flamande : Filip Dewinter, Theo Francken, et Bart de Wever, appartenant pour la plupart aux partis Vlaams Belang et Nieuw-Vlaamse Alliantie.

Sharia4Belgium : Parti politique belge devenu groupe terroriste (2010-2015)

Fondation Le , Fouad Belkacem fonde le parti politique Sharia4Belgium, un groupe prônant l'instauration de la loi islamique en Belgique. Il tient son inspiration d'Anjem Choudary avec l'organisation Islam4UK. Alors que l'Exécutif des musulmans de Belgique se désavoue de Sharia4Belgium, le groupuscule se fait pour la première fois remarquer quelques jours après sa fondation en perturbant une lecture de l'auteur néerlandais Benno Barnard à l'université d'Anvers. La première conférence de presse, en présence d'Anjem Choudary, a lieu en . Il fait alors état de contacts avec des groupes similaires aux Pays-Bas avec Sharia4Holland, en Grande-Bretagne, en France, en Allemagne et au Liban.

Sous sa direction, l'organisation gagne en notoriété et attire de nombreux jeunes musulmans belges. Les discours enflammés de Belkacem, souvent diffusés sur YouTube, appellent à la violence et au djihad, ce qui entraîne une surveillance accrue des autorités belges. Le groupuscule "dépeint l'Occident démocratique comme l'ennemi de l'islam qui veut opprimer les musulmans. Les Etats de droit démocratiques doivent être écrasés et remplacés par des Etats islamiques dont le but ultime est la suprématie mondiale de l'islam", détaille le procureur belge Ann Fransen.

Selon le Ministère Public, Sharia4Belgium se concentre sur cinq activités: diffusion de l'idéologie via internet et les réseaux sociaux, recrutement de jeunes musulmans via des prêches de rue, endoctrinement de ceux-ci lors d'entraînements idéologiques et physiques, actions violentes en Belgique et lutte armée en Syrie. Lors d'un prêche de rue salafiste en , une affrontement éclate entre jeunes anversois et la police à Anvers.

Réseautage international Parmi les hauts responsables de l'organisation, Nabil K. et Brahim B. occupent des postes clés, s'occupant des contacts internationaux avec des personnes partageant leur idéologie et participant à la lutte armée à l'étranger. Ils voyagent au Liban, au Yémen et en Syrie pour rencontrer des figures djihadistes comme Omar Bakri Muhammad et tenter d'entrer en contact avec Al-Qaïda.

Aux côtés de Fouad Belkacem, Houssien E. (probablement mort en Syrie), dirigeait avec Elias T. et Abdelmajid G. la branche vilvordoise de Sharia4Belgium. Houssien a lui aussi joué un rôle important puisqu'il était à la tête d'un groupe de combattants étrangers en Syrie. L'homme cite d'ailleurs ce groupuscule comme employeur sur son profil Facebook. Il revenait également à Houssien E. de donner son approbation pour le départ de combattants depuis la Belgique. Il organisait leur voyage et les récupérait à la frontière syrienne. C'est lui aussi qui avait décidé de la détention de Jejoen Bontinck.

Dissolution, départs en Syrie et arrestations En 2012, Sharia4Belgium est dissous par les autorités belges. Alors que plusieurs membres de l'organisation partent en Syrie, Fouad Belkacem affirme n'avoir plus aucun contact avec les anciens membres de l'organisation. Le , il est arrêté pour avoir provoqué les émeutes de Molenbeek-Saint-Jean à l'encontre de la police. En , il sort de prison sous conditions, avec un bracelet électronique.

En , l'État belge désigne officiellement Sharia4Belgium comme un groupe terroriste. Les juges notent que sur les 45 prévenus, à l'exception de Fouad Belkacem et de la mère d'un des combattants, tous ont rejoint la Syrie. Ils ont intégré des groupes tels que Jabhat al-Nosra (une émanation d'Al-Qaïda) ou le Majlis Shura Al Mujahidin (qui a depuis rallié l'État islamique). Selon le tribunal, ces groupes ont recours à des pratiques telles que la torture et les décapitations, des actes incompatibles avec le droit de la guerre. Leur objectif est d'instaurer un État islamique totalitaire, sapant les fondements de la démocratie.

Le , alors que Fouad Belkacem est arrêté par la police pour incitation à la haine et pour son rôle dans le recrutement de combattants pour des groupes terroristes en Syrie, il est défendu par les avocats Nabil Riffi, John Maes et Liliane Verjauw. Le tribunal estime que Sharia4Belgium poursuit les mêmes objectifs : "L'introduction de la charia par la violence et l'abolition de la démocratie implique une grave perturbation ou la destruction de notre société."

En , le ministère public requiert 15 ans d'emprisonnement à l'encontre de Fouad Belkacem, lui, ne se présentant pas au procès. Cinq mois plus tard, il est condamné à une peine de 12 ans et d'amende, comme responsable de l’organisation Sharia4Belgium.

En , Fouad Belkacem se marie à la prison de Hasselt, avec une ressortissante belge d’origine marocaine.

Le , après cinq ans d'emprisonnement, il est déchu de sa nationalité belge par le cour d'appel d'Anvers. Fouad Belkacem est alors juridiquement en séjour illégal sur le territoire belge, n'ayant pas de titre de séjour. Selon le secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration, Theo Francken, la procédure pour demander son expulsion interviendra donc dès la libération de Belkacem, soit en 2027, à la fin de sa peine, soit avant s'il devait bénéficier d'une libération conditionnelle.

Controverses Provocation de violentes émeutes à Molenbeek (2012) Le , une femme portant le niqab, refuse de retirer son niqab à la suite d'un contrôle de police à Jette. Elle est pour cette raison emmené au commissariat et forcée de retirer son voile. Cet incident pousse Fouad Belkacem à lancer des appels à la violence via ses réseaux sociaux.

En , Fouad Belkacem exprime des critiques virulentes contre la police de Molenbeek-Saint-Jean. Lors d'une interview, il maintient ses propos très durs à l'égard des forces de l'ordre et conteste la légitimité de la loi contre le port du niqab. Ses paroles et appels à la violence donnent naissance à une émeute entre jeunes de quartiers et policiers dans le quartier de Comte de Flandre, à quelques mètres du commissariat.

Le tribunal correctionnel d'Anvers l'inculpe pour incitation à la haine, à la violence et à la discrimination pour avoir, sur YouTube, vilipendé les policiers et félicité les jeunes musulmans qui avaient engagé des heurts avec la police à la suite de l'interpellation, à Molenbeek, d'une jeune femme portant un niqab en rue.