Le rhume est la maladie humaine la plus courante, et les facteurs influençant la susceptibilité à développer des symptômes du rhume sont étudiés depuis des milliers d’années. L'histoire de la thérapeutique du rhume constitue une très vaste littérature scientifique, ethnographique et folklorique.
La Grèce et la Rome antique expliquaient le rhume en termes de pathologie humorale, développée dans le corpus hippocratique, et popularisée par Galien au , selon laquelle une perturbation des humeurs provoque un écoulement de mucus ou pituite par le nez depuis le cerveau, ce que l'on appelait « catarrhe ». D'autre part, une idée bien ancrée, attribuait à un hypothétique refroidissement de la température corporelle au contact des éléments, une prédisposition au rhume. Le refroidissement de la surface corporelle comme cause des symptômes du rhume ou comme moyen d'augmenter la sensibilité à l'infection, bien que réfutée par Benjamin Franklin (1706-1790), en 1773, a persisté tout au long des et du , et même à l'heure actuelle, est toujours proposé, bien qu'avec peu de preuves et d'explications scientifiques, comme un mécanisme pouvant influencer la sensibilité à l'infection et au rhume. La théorie humorale antique a progressivement été réfutée, en ce qui concerne les catarrhes, d'abord par Jean-Baptiste Van Helmont (1579-1644) dans son , puis définitivement par Conrad Victor Schneider (1614-1680), dans son , ce qui constitue une première révolution conceptuelle du rhume, la seconde provenant de la révolution pasteurienne.
La connaissance virale du rhume n'a véritablement pris son essor qu'en 1946, avec la Common Cold Unit (CCU) de David Tyrrell à Salisbury, financée par le .
Les pratiques médicinales traditionnelles basées sur l'utilisation de plantes ont constitué la base de la plupart des premiers médicaments suivies par des études cliniques, pharmacologiques et chimiques ultérieures. Maladie spontanément résolutive, la médication du rhume a été du ressort des charlatans et des confiseurs pour passer dans le champ des médecins, apothicaires et pharmaciens. De tous les remèdes symptomatiques disponibles en vente libre ou sur ordonnance, aucun n'a jamais traité la cause sous-jacente du rhume.
Le rhume est une maladie des plus courante chez l'homme. Spontanément résolutive, on ne lui a par ailleurs jamais trouvé de remède efficace. De manière générale, le repos permet aujourd'hui d'endiguer la maladie en une semaine, voire deux, en n'oubliant pas de boire beaucoup de liquide. Elle peut se prolonger par de la toux. Le rhume pouvait avoir des conséquences bien plus grave par le passé, s'il était négligé devant les activités usuelles du quotidien, à commencer par les activités rémunératrices. Le rhume a été très tôt appelé « » en anglais (début ) ; d'après le médecin anglais William Buchan (1729–1805) dans , en 1775, le mot « », dont on fait suivre le mot « » (équivalent de notre « refroidissement ») était donné par les gens eux-mêmes pour minimiser l'importance de cette maladie par rapport aux tâches domestiques ; il est traduit par son traducteur français, le médecin Jean-Denis Duplanil (1740-1802), par le mot « simple » : on penserait y trouver le mot « banal », pour « rhume banal », la manière dont on appelle aujourd'hui le rhume, qui a une autre origine plus récente (avec une connotation de ?).
Le rhume évoque les symptômes provoqués par plus de 200 virus et qui n'ont cessé de muter à travers le temps. Un journaliste scientifique a suggéré que la pandémie russe de 1889 habituellement attribuée à la grippe, était peut être due à un coronavirus, qui aujourd'hui ne provoque rien de plus grave qu’un simple rhume ; et il est possible que la maladie à coronavirus de 2019 suive la même trajectoire ne provoquant dans un avenir plus ou moins proche que de simples rhumes. Se projeter dans le passé ou l'avenir, considérant le rhume, amène à considérer un paysage microbien changeant et une humanité dont l'immunité a évolué, de même que son environnement et ses précautions d'hygiène.
Théorie humorale antique
vignette|Fresque de la Cathédrale Santa Maria d'Anagni en Italie, datant du , représentant Hippocrate et Galien. Maladie et saison chez les anciens
Le rhume se produit plus fréquemment entre l'automne et le début du printemps et, de nos jours à raison de deux à quatre épisodes de rhume par an chez l'adulte ; cette saisonnalité du rhume l'a durablement associé au froid et à l'humide et a sans nul doute inspiré les anciens, qui associaient communément les saisons aux maladies. Déjà les dans les Aphorismes () d'Hippocrate, portant sur les divers aspects de l’art médical, il existe des remarques sur les relations entre le climat et la santé (Aph. III, 1), les saisons étaient désignées par , qui va donner « heure » ; les quatre saisons habituelles sont identifiées par les Grecs à cette époque, que l'on retrouve de manière quasi identique chez Hérodote : vignette|La théorie populaire des quatre éléments (terre, feu, eau et air) proposée par Empédocle », ici rapportée aux quatre qualités élémentaires, utilisées en médecine. « Si le vent est du nord, il y a des toux, des maux de gorge » (Aph. III, 5) . La toux est désignée par , et les maux de gorge par , qui va donner en latin « pharynx », Hippocrate a coutume de nommer la partie elle-même pour désigner l'état de souffrance de cette partie; les écoulements de mucus sont désignés par « catarrhes » (de , s'écouler) ; les catarrhes avec toux (), on peut supposer les pneumonies, emportent les vieillards. « En automne, les maladies sont très aiguës et en général très meurtrières. Mais le printemps est très salubre et la mortalité n'y est pas considérable. » (Aph. III, 9) ; « si l'hiver est sec et boréal et le printemps pluvieux et austral, il surviendra nécessairement en été des fièvres aiguës, des ophtalmies et des dysenteries, surtout chez les femmes et chez les hommes dont la constitution est humide. » ; « Mais si l'hiver est austral, pluvieux et doux […], il survient des ophtalmies sèches et des dysenteries ; chez les vieillards, des catarrhes qui les enlèvent promptement.» (Aph. III, 12) ; « si l'été est sec et boréal et l'automne pluvieux et austral, en hiver il survient des céphalalgies, des toux, des enrouements, des coryzas, et chez quelques-uns des phtisies. » (Aph. III, 13) . Le rhume est désigné par qui a donné en latin « » et en français « coryza », un des noms scientifiques du rhume).
« Quant aux constitutions de l'année, en somme les sèches, sont plus saines et moins meurtrières que les pluvieuses. » (Aph. III, 15). Les quatre qualités élémentaires — chaud, froid, sec humide — étaient familières des médecins grecs, et ils établissaient une opposition importante entre les climats générés par vent du nord, froid et généralement sec, appelé Borée ; et le vent du sud, chaud et généralement humide, appelé Notos. « Dans les saisons, lorsque pendant la même journée il survient [habituellement] tantôt du froid, tantôt du chaud, il faut s'attendre aux maladies automnales.» (Aph. III, 4); les médecins hippocratique pouvaient pousser la précision jusqu'à considérer une seule journée. « Les changements de chaud et de froid entre les saisons ou à l’intérieur des saisons, voire à l’intérieur d’une journée, entraînent des maladies » et sont donc nocifs pour l'homme; « il en est de même de l’excès de sécheresse ou de l’excès d’humidité, bien que la sécheresse soit moins grave que l’humidité. ».
Les rhumes (coryza) sont dans les Aphorismes des maladies de l'hiver, mais les saisons n'étant pas étanches, ils peuvent se prolonger à d'autres saisons.
Dans le Traité des airs, des eaux et des lieux (), les périodes de l'année les plus dangereuses sont celles où les changements de saisons sont les plus grands, deux saisons qui se suivent définies par des qualités contraires : sèche/humide et froids/chaudes.
Les connaissances climatiques mais aussi astronomiques et topographiques des médecins grecs sont démontrées dans les Épidémies I et III (), rédigées par un médecin hippocratique itinérant sur l'île de Thasos, fin du : l’homme est pris dans une totalité marquée par le milieu dans lequel il vit, son physique, son moral et ses maladies
L’influence des saisons sur l’homme varie d'un individu à l'autre, avec pour chaque individu une prédisposition pour l'une ou l'autre saison. C’est ce qui est dit dans l’Aphorisme III, 2 de Hippocrate: . L'âge est aussi un facteur influençant la maladie, ce qui est dit dans l'Aphorisme III, 18 : La nature (, Phusis), est un concept large, utilisé ici par les médecins. Dans le corpus hippocratique elle trouve un aboutissement dans la théorie des quatre humeurs, où la nature de l'homme est mise en relation avec chaque saison.
Maladie et Nature de l'homme chez les anciens
vignette|330x330px|Fresque de la voûte de la crypte de la Cathédrale Santa Maria d'Anagn, datant du , représentant l’homme dans l’univers.
La théorie des quatre humeurs, la théorie la plus connue attribuée à Hippocrate, est exposée dans le traité De la Nature de l’homme (). Les quatre humeurs de la médecine hippocratique sont le sang (), le phlegme () ou pituite (du latin ), la bile jaune () et la bile noire ou atrabile (). . Le phlegme, humide et froid, s'impose en hiver, saison humide et froide ; le sang, humide et chaud, s'impose au printemps, saison humide et chaude ; la bile jaune, humeur sèche et chaude, s'impose en été, saison sèche et chaude. La bile noire, sèche et froide, s'impose en automne, saison sèche et froide:
La théorie des quatre humeurs ou tempéraments se définit par la prédominance d'une des quatre humeurs tout au long de la vie : flegmatique, sanguine, bilieuse et mélancolique; Le cycle des humeurs au cours de la vie divisé en les Quatre âges de la vie (prédominance du sang pendant la jeunesse, de la bile jaune pendant la force de l'âge, de la bile noire pendant l'âge mûr et du phlegme pendant la vieillesse); Enfin les quatre humeurs sont connectées avec les quatre éléments de l'univers : feu, air, eau, terre. La doctrine galénique avait soumis à la loi des nombres toutes les données de la science de son temps : les quatre humeurs correspondent quatre tempéraments, aux quatre qualités, aux quatre saisons, aux quatre âges de la vie, et enfin aux quatre éléments qui dominaient cet édifice artificiel mais gracieux. La Nature de l'homme établit un système cohérent à succès dont l'influence se prolongera après Hippocrate; et aura un essor considérable non seulement en Orient, mais aussi en Occident, puis au Moyen Âge. La théorie n'a connu sa forme définitive, notamment avec la théorie correspondante des quatre tempéraments — savoir sanguins, phlegmatiques bilieux, mélancoliques, — qu'à une époque tardive. Le système complet tel qu'il peut se comprendre dans son entièreté peut se résumer de cette manière : HumeursSaisonÂgesÉlémentsOrganeQualités élémentairesTempéramentsSangPrintempsEnfance AirFoieChaud et humideSanguinBile jauneÉtéJeunesseFeuVésicule biliaireChaud et secColériqueBile noireAutomneÂge adulteTerreRateFroid et secMélancoliquephlegme/pituiteHiverVieillesseEauCerveau / PoumonsFroid et humideFlegmatique / lymphatique La morve du rhume peut être aisément reconnue dans le phlegme, ou son nom latin, la pituite:
Cerveau et catarrhes des anciens