130px|thumb|Drapeau des Polynésiens créé par Herb Kawainui Kāne : la figure à gauche représente la mythique Hawaiki, les étoiles figurent les principales îles réelles. La renaissance culturelle polynésienne est le processus par lequel les populations locales de Polynésie ayant des ancêtres indigènes, qui ont d'abord été acculturées pendant la mondialisation des , perdant ainsi une grande partie de leurs traditions sociales, culturelles et religieuses, se sont mises, à partir du milieu du , à les rechercher pour se les réapproprier, dans les récits des anciens, mais aussi au besoin dans ceux des navigateurs européens ou dans les livres des archéologues et des ethnologues. Par exemple, l’art du tatouage traditionnel, pour les Européens, a disparu pendant plus de mais fut redécouvert au cours des années 1980 dans toute sa subtilité et sa complexité, grâce aux notes et aux croquis du missionnaire allemand Karl von den Steinen qui avait dessiné fidèlement plus de 400 tatouages polynésiens.

Cette renaissance concerne les arts, les langues, la littérature orale, la spiritualité (notamment autour des marae et des nécropoles mais sans remettre en question la christianisation), l'utilisation de l'espace, l'architecture traditionnelle, les traditions populaires, la cuisine et l'alimentation, les activités sportives, la navigation et, dans les territoires monarchiques, le rôle politique de l'aristocratie localeSarah Bernard et Florence Mury, « Le fenua, entre renouveau culturel et retour à la terre : vers une revalorisation des marges insulaires en Polynésie française » in : Population, temps, territoires, Collège international des sciences territoriales (CIST), Nov 2020, Paris-Aubervilliers, France. pp.39-42, sur Hal-open-science-03114112 .. Du point de vue économique, la renaissance culturelle polynésienne est aussi un facteur de développement touristique et de recherche d'un mode de vie durableS. Gon, K.B. Winter, « Une Renaissance hawaïenne qui pourrait sauver le monde » in American scientific n° 107 (4), 2019 : 232–239, ..

Par pays Chili, Rapa Nui (île de Pâques) 130px|left|thumb|Drapeau de Rapa Nui. Sur l'île chilienne de Pâques, les Rapa Nui sont les autochtones polynésiens. Leur culture polynésienne est la plus orientale de toute la Polynésie. Les rongorongo des Rapa Nui sont un système de signes dont le déchiffrement est un processus inachevé : il n'est pas encore clair si c'est une forme d'écriture ou une autre forme d'expression culturelle. Leurs tiki sont les plus grands de toute l'Océanie : ce sont des géants appelés moaï qui leur permettent aujourd'hui de vivre du tourisme qu'ils génèrent, ce qui est symboliquement interprété, pour ces ancêtres mythiques, comme une .

Jacob Roggeveen est le premier Européen à enregistrer un contact avec les Rapa Nui le (dimanche de Pâques). Il reste sur l'île environ une semaine. Felipe González de Ahedo aborde en 1770 et revendique l'île pour l'Espagne : de nos jours Rapa Nui est la seule terre polynésienne rattachée à un pays sud-américain. James Cook et Jean-François de La Pérouse, abordent aussi l'île pendant quelques jours en 1774 et 1786 respectivement. Les contacts ultérieurs entre les Rapa Nui et les Européens ou les Sud-Américains sont dramatiques. La première population austronésienne, les Haumaka ou Matamua, est quasiment exterminée en 1862, lorsqu’une flotte péruvienne d’esclavagistes accoste dans l’île. Après avoir attiré les insulaires — grands amateurs de musique — en jouant de l’accordéon, ils en capturent environ pour les mettre au travail forcé d’extraction du guano sur les îles Chincha. Les rares survivants sont évacués sur le continent lorsque l’Espagne, qui n’a pas encore reconnu l’indépendance du Pérou en 1864, occupe les îles Chincha le , au début de la guerre hispano-sud-américaine (1864-1866)Spencer C. Tucker, A Global Chronology of Conflict : From the Ancient World to the Modern Middle East, ABC-Clio 1967, Santa Barbara, California, , page 1431 et suiv.. De là, ils sont rapatriés grâce aux pressions des missionnaires et du consul de France à Lima, mais au retour ils propagent une épidémie de variole, manquant de peu d’exterminer le reste de la population.

À partir de 1864, les colons français installés dans l’île de Pâques, comme Jean-Baptiste Dutrou-Bornier, commencent à faire venir de Rapa, dans l’archipel des Australes en Polynésie française, des ouvriers agricoles pour travailler dans les plantations et les élevages. Ils s'y livrent à des maltraitances et des viols. Simultanément, des missionnaires français comme Eugène Eyraud achèvent d'acculturer les Rapa Nui en faisant disparaître leurs cultes propres : ceux de Hotu Matu'a, premier découvreur légendaire et ariki mau ( ou « roi »)Carlos Mordo, Easter Island (Willowdale, Ontario: Firefly Books Ltd., 2002), celui du Tangata manu () et celui de Make-make. vignette|Tepano, Rapanui photographié en 1870. Dans les années 1870, il n’y a plus que cent onze survivants Rapa Nui, issus de trente-six familles, en majorité amenées de Rapa Iti par les planteurs. La tragédie des Rapa Nui continue quand les autorités chiliennes annexent l’île en 1888 : elles la louent à des planteurs et éleveurs de moutons anglais, confinant les « indigènes » dans le village d’Hanga Roa, cerné de barbelésAlfred Métraux, Introduction à la connaissance de l’Ile de Pâques, éditions du Muséum national d'histoire naturelle, Paris 1935, relatant les résultats de l'expédition franco-belge de Charles Watelin en 1934.. Ce n’est qu’à la fin du que les barbelés sont enlevés et que les Rapa Nui deviennent des citoyens chiliens de plein droit, libres de circuler dans leur île et d’y exploiter ou louer eux-mêmes leurs propriétés.

Actuellement les Rapa Nui parlent davantage l'espagnol que la langue traditionnelle Rapa Nui également connue sous le nom de Pascuan, écrite en alphabet latin. Le Rapa Nui est une langue minoritaire, d'autant que l'espagnol est la langue de l'éducation et de l'administration.

La renaissance culturelle Rapa Nui commence dans les dernières décennies du et se poursuit au avec, entre autres manifestations, la « semaine autochtone de Pâques » qui se démarque des « arts touristiques » et promeut la fraternisation entre indigènes et continentaux.. Matato'a, l'un des groupes musicaux de l'île, restitue les styles de danse et de musique traditionnels. Les militants de l'autodétermination vont plus loin et revendiquent l'autonomie leur île. Les manifestations en 2010 et 2011 des Rapa Nui, s'opposant à la création sur l'île de Pâques d'un parc marin et d'une réserve qui les aurait privés de leurs usages traditionnels, sont réprimées par la police chilienne, mais désormais la question de la légitimité de la gouvernance chilienne depuis Santiago et Valparaíso est posée.

Les Rapa Nui se réfèrent à leur patrimoine monumental et à l'archéologie, notamment aux 887 moaï taillés dans la roche entre 1250 et 1500 de notre ère et transportés dans toute l'île, par exemple sur l'ahu Tongariki et l'ahu Vinapu restaurés pour se réapproprier leur histoire, largement instrumentalisée par des Européens et des Nord-AméricainsNicolas Cauwe (dir.), Île de Pâques, faux mystères et vraies énigmes, éd. du Cedarc, 2008 comme Kevin Reynolds qui, dans son film Rapa Nui sorti en 1994, intègre dans son scénario à la fois le mythe de la « guerre civile entre les dominants longues-oreilles et les dominés courtes-oreilles », se concluant par le cannibalisme, tiré des récits de Thor Heyerdahl et de Jean-Hervé Daude, et celui de l'« écocide de leur île par les autochtones », avant l'arrivée des planteurs et des éleveurs de moutons européens, tiré du livre de Jared Diamond Collapse de 2005. Ils revendiquent aussi le retour sur l'île des moaï emmenés en Europe, comme Hoa Hakananai'a d’Orongo (« l'ami dérobé » en Rapa Nui) exposé au British Museum, ou encore Ansosis exposé au musée du LouvreNicolas Cauwe, Île de Pâques, le grand tabou : dix années de fouilles reconstruisent son histoire, éd. Versant Sud, Louvain-la-Neuve 2011..

États-Unis, Hawaï 130px|left|thumb|Drapeau des Kānaka maoli d'HawaïDavid Keanu Sai of the University of Hawai'i sur . Aux États-Unis, dans l'archipel hawaïen, les racines de la renaissance culturelle des autochtones kānaka maoli remontent au roi Kamehameha V dont l'intention était de former une identité nationale hawaïenne sur le modèle japonais Meiji c'est-à-dire en prenant aux britanniques et aux États-Unis leurs technologies, mais non leur civilisation, et surtout en évitant de devenir une colonie. Faute de cohésion interne, la monarchie hawaïenne ne réussit finalement pas à concrétiser ce projet et fut renversée par les colons et les missionnaires britanniques et américains (les haolés) qu'elle avait laissé s'établir nombreux dans l'archipel : rétrospectivement, on a appelé ce siècle monarchique (1795–1893) « première renaissance culturelle hawaïenne »Hawaï fut annexé aux États-Unis le 4 juillet 1898 : . Le palais ʻIolani est un témoignage et un héritage de cette période. thumb|Affiche du film de 1926 Aloma of the South Seas (« Aloma des Mers du Sud ») qui reflète une vision européenne, coloniale et machiste de l'Océanie, que la renaissance culturelle des autochtones vise à dépasser. thumb|Le Hokulea et des pirogues à balancier à Kailua, 2005. À la fin des années 1960 et du début des années 1970, la « seconde renaissance culturelle hawaïenne » démarre sur la vague de contestation de la culture dominante wasp et la réhabilitation, aux États-Unis, des cultures non-européennes dont profite aussi la renaissance amérindienne. La « seconde renaissance culturelle hawaïenne » est principalement connue grâce à des musiciens et musicologues indigènes comme Gabby Pahinui, , Ledward Kaʻapana ou Ledward Kaapana. Le groupe musical Olomana contribue aussi à la musique de cette période avec des chansons comme O Malia et Mele O Kahoolawe.

Après des décennies de stéréotypes négatifs (au milieu du certains wasps se permettent encore de qualifier les Hawaïens de ) et de (par lequel Hawaï, comme le reste de la Polynésie, est caricaturée) l'essai On Being Hawaiian de l'écrivain John Dominis Holt, inaugure en 1964 la résurgence d'une dignité de la culture traditionnelle dite kahiko halau (terme que l'on peut approximativement rendre par « conservatoire de chants anciens »). Cette même année 1964, fonde le Merrie Monarch Festival, résurgence de la pratique du hula ancien dansé avant 1893Hula Festival Information . L'époque connaît un regain d'intérêt pour l'agriculture traditionnelle, la gastronomie, la reconstruction des navires polynésiens transocéaniques comme le HōkūleʻaGoodell, Lela (1989). "Société Polynésienne de Voyaging: Introduction" (PDF) : guide des archives de la société polynésienne des voyageurs et des voyages des Hōkūle'a (en anglais et hawaïen), éd. des écoles Kamehameha. p. 5., la langue hawaïenne, le pidgin hawaïen« L'aménagement linguistique dans le monde : Hawaï » - ., l'artisanat traditionnel hawaïen, les études hawaïennes et d'intenses luttes juridiques et médiatiques pour la récupération de terres spoliées par les haolés dans les vallées de Kalama, Kahoʻolawe et Waiāhole/Waikāne, et la reprise des pratiques agricoles traditionnelles telles que l'agriculture loʻi kalo du taro ou la sylviculture mālama ʻāina (foresterie durable et restauration des sols).

Nouvelle-Zélande vignette|gauche|130px|Drapeau tino rangatiratanga des Māori de Nouvelle-Zélande, créé par Harold Thomas.